Essai de sémantique
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rapprochement, c'est-à-dire de « runification » des humains.
Que devient dans ces conditions la fatalité psychologique des races? Ses bases s'écroulent, car tout paraît comploter contre leur solidité. Si problématiques et si légères qu'elles soient, la force du progrès ne cesse de leur porter des coups systématiques et répétés. La moindre découverte scientifique opère quelquefois plus de changements que des siècles d'atavisme n'auraient pu produire de stabilité. L'invention de la poudre, des caractères mobiles ou des chemins de fer ont détruit plus de différences ethniques entre les races quB^ les origines communes ou des siècles de cohabitation n'auraient pu et dû le faire. Cette seule considération suffirait pour rendre stériles toutes les prophéties sur le lendemain ethnique des peuples. Qui pourrait prédire, dès aujourd'hui, ce que deviendrait la psychologie du ou des peuples qui bénéficieraient de la découverte d'un métal plus léger que l'air?
Le caractère d'un peuple n'est ainsi qu'un éternel devenir. Les qualités de notre âme et ses aspirations restent mobiles comme les nuages chassés par le vent. Elles naissent et se modifient sous l'influence de causes innombrables. Parler de la stabilité ou de la fatalité psychologique des peuples, c'est vouloir faire croire que les cercles décrits par une pierre qui tombe sur la surface de l'eau gardent leur forme éternellement. Il nous est impossible d'écrire rien de durable sur le fonds changeant des races. Leur composition réelle nous échappe, tandis que leur évolution dans l'histoire, mélange incessant des unités ethniques, se rit de toutes les formules où nous prétendons l'enchaîner.
Le milieu géographique seul ne suffit point non plus pour expliquer l'âme d'un peuple, car l'homme, d'après l'heureuse expression de Comte, socialise la nature. Le sang des aïeux, de plus en plus complexe avec la marche des générations, se trouve luimême neutralisé par les conditions multiples de noire existence. Les facteurs sociaux disputent, en
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outre, l'influence aux principes géographiques et ethniques, etparmi leur nombre incalculable s'affirme l'imitation avec son effet immédiat : le nivellement des différences internationales. Tout cela révolutionne de haut en bas l'existence morale et matérielle des peuples et des races.
Les progrès récents de la science nous interdisent même une psychologie raciale du passé. Tout ce qui touche aux origines des races, à leur formation ou évolution, est sujet à controverses. Comment créer alors la psychologie vraie d'une race, cette synthèse complète de sa vie et de sa pensée? Lorsqu'il s'agit d'un groupe ethnique existant, la tâche est en elle-même paradoxale. La vie d'un peuple s'accompagne d'une telle mobilité de phénomènes qu'il devient àpeuprès impossibledeles exprimer dans une formule stable. Admettons que le nombre des données qu'il faudrait prendre en considération pour formuler un jugement sur un peuple ou une race ne dépasse pas le chiffre 100, et voyons combien de chances d'erreur se mettent à travers notre route. On sait, par l'exemple devenu classique, que quinze personnes se tenant autour d'une table peuvent être assises d'environ 1350000000 000 façons différentes! Or comparons et concluons ... Ou, plutôt, abandonnons ces opérations désastreuses qui offrent des résultats si chimériques.
Les unités raciales ou nationales ne se prêtent point à ce jeu de patience. Ce que nous pouvons tout au plus, c'est nous borner aune psychologie « stati-
que » , c'est-à-dire à celle du moment donné. Elle peut avoir sa raison de curiosité, sous réserve expresse des erreurs inévitables.
L'an thropo-psychologie devrait donc prendre congé de tout dogmatisme. Elle devrait s'abstenir également de lancer ses oracles impitoyables et de nous accabler de ses condamnations ou apologies collectives. Chose plus essentielle : toutes ses généralisations, lorsqu'elles arrivent par hasard à être d'accord avec la vérité, ne peuvent avoir qu'une valeur éphémère, dès qu'il s'agit de collectivités vivantes.
Le peuple d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier, de même qu'il n'est pas celui de demain. Dans le tourbillon éternel de la vie, tout évolue. Les qualités de notre âme ne font point exception. Notre « moi » psychologique n'est qu'un vaste cimetière, où se trouvent enterrées nos consciences métamorphosées durant notre existence. L'âme d'un enfant ne ressemble point à celle d'un adulte, comme celle d'un adulte n'est point celle d'un vieillard. Dans la vie d'un peuple ces changements sont encore plus accentués, plus profonds, pour de nombreuses raisons expliquées plus haut.
Dans l'éternel écoulement des choses et des idées, les âmes des peuples changent radicalement. Une race ou un peuple supérieurs deviennent inférieurs et réciproquement. Un peuple vanté pour sa moralité devient immoral. Tel autre, considéré comme pacifique, devient guerrier, tandis que tel autre, noble ou généreux, manque à la tâche et se montre barbare
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et cruel. La stabilité ou la fatalité psychologique des peuples ne sont point choses de ce monde.
Tous les peuples évoluent sous l'influence des facteurs extérieurs, par conséquent il n'y en a point qui soient condamnés d'avance à être les maîtres ou les esclaves des autres, comme il n'y en a point de condamnés à une immobilité éternelle! La vertu et le vice des peuples ne sont que les produits des circonstances. La civilisation, qui tend à augmenter et à égaliser le nombre de causes qui agissent d'une façon uniforme à l'égard de tous les peuples, provoque comme résultat direct l'augmentation de leurs ressemblances et le nivellement de leurs différences.