LÉON XIII PAPE
Vénérable Frère, Salut et Bénédiclion Apostolique.
Marchant sur les traces de Nos Prédécesseurs les Pontifes Romains, Nous avons toujours eu à cœur que le Sénat des Cardinaux fùt composé d’hommes dont l'esprit religieux, la vertu et les mérites fussent en harmonie avec l’éclat et la suprême dignité de ce collège. Cette considération vient de Nous déterminer à créer Cardinal de la Sainte Église Romaine Notre vénérable Frère, Alexandre TascuerEau, Archevêque de Québec, dont la piété, la science, le dévouement à ce Saint- Siège Apostolique, le zèle et l’habileté à cultiver le ehamp du Seigneur, Nous ont été tellement manifestés que Nous l'avons jugé digne de recevoir un si grand honneur. Comme il s’agit maintenant de choisir quelqu'un qui soit chargé de lui
imposer la barrette, insigne de la dignité qu’il a obtenue, Nous avons pensé, Vénérable Frère, à vous confier cette fonction, à vous qui êtes à la tête d’une Église très illustre et dont la soumission envers Nous, et envers la Chaire du Bienheureux Pierre, est telle que Nous avons la certitude de ne pas vous voir en cela frustrer Notre attente, En conséquence, Nous vous chargeons, Vénérable Frère, par la teneur des présentes et en vertu de Notre Autorité Apostolique, d’imposer en Notre nom et dans son Église Métropolitaine, suivant la totalité et chacun des rites prescrits par la Sainte Église, à Notre cher Fils, Alexandre TascReREAu, créé Cardinal-Prèêtre de la Sainte Église Romaine, la Barrette de pourpre que Nous lui envoyons par Notre cher Fils, Henri O’Bryen, Notre Camérier surnuméraire ; et Nous vous accordons et octroyons pour cela, par les présentes et en vertu de la même autorité apostolique, toutes les facultés nécessaires et opportunes, en général et en particulier. Nonobslant tou'es les conditions à ce contraires, qu’il faudrait mentionner spécialement et individuellement.
Ponné à Rome, près Saint-Pierre, sous l’anneau du Pècheur, le 7° jour de juin 1886, en la neuvième année de Notre Ponuificat. :
(Signé) M. Carn. LEpocnowski.
Prenant alors la parole, Mgr Lynch fit le discours suivant, en latin puis en anglais :
Discours pe Mer LyNcn, ARCHEVÈQUE DE TORONTO, Traduction.
Très Illustre et très Révérend Ablégat,
Ce sera pour moi un grand bonheur que vous daigniez exprimer à Sa Sainteté Léon XHI, le Pasteur Suprême non moins distingué par sa science que par sa vigilance, mes plus
sincères remerciements du g'and honneur qu'il m'a conférée” me choisissant pour représenter sa personne sacrée et imposer à notre très révérend e{ bien aimé frère, l'Arehevêque de Québee, les insignes de la grande dignité du Eardinalat.
De plus, veuillez bien dire à Sa Sainteté que son génie: élonnant, qui hi fait diriger avec tant de sureté la barque sacrée du bienheureux Pierre à travers les éeueils de la mer agitée de ce monde, l’a fait légal de son (rès Hlustre Prédécesseur Léon-le-Grand, et que, si son nom est glorieux dans le monde entier, nulle part il ne l'est plus que dans notre heureux pays.
Quant à vous, Éminentissime Prince, nous avons eontracté à votre égard une dette de reconnaissance po: l’henneur que vous nous avez fait en nous appek 4 à venis vous conférer læ consécralion épiscopale. Je vous Hicite de voir cette œuvre si heureusement couronnée d'une Lloire additionnelke par l'autorité du Souverain Pontife.
Que te dirai-je, vénérable Église de Québec, mère de tant d'Églises ! Avec toi je me réjouis de ce que l’un de tes enfants les plus savants et les plus zélés vient d'être mis au nombre des princes illustres qui forment le Sénat de F'Église du Christ.
Et vous, Ô saints fondateurs de eelte Église, vous qui, à travers de nombreuses tribulations et de laborieux eombats, avez semé dans les larmes le grain de la vraie foi, vous moissonnez maintenant dans la joie de Ja Vie, et, couronnés dans les cieux, vous vous réjouissez avee nous sur la terre.
Cette nation cellique, qui tout d'abord pouvait être regardée comme une vigne sauvage croissant sans culture, et qui, comme par instinct, enlouraït ses prêtres de tant d'honneur, à peine fut-elle greffée à la vraie vigne, qui est le Christ, qu’elle les a vénérés presque jusqu'au culte. Cette vigne a produit deux branches dans le Nouveau Monde, lune française, l'autre irlandaise.
Ces peuples ont élé préparés par Ja divine Providence de deux manières différentes à disséminer la vraie doctrine :
Tan, par des persécutions héroïquement soutennes pour d'amour du Christ ; l'autre, par son zèle ardent pour la conversion des sauvages ; tous deux au reste demeurant fermement attachés à la foi catholique el amoureusement dévoués à d'égard du Saint-Siège.
En terminant, il me sera permis de dire que la Puissance ænlière du Canada surabonde de joie à l'occasion de l’insigne honneur qui lui est conféré par de présent acte du Souverain Pontife.
Après ce disceurs, 1e Cardinal, encore revêtu de ja soutane æt de la cappa violettes, se rendit a l'autel avec Mgr Lynch, monta sur le palier et se tint du côté de l'Évangile, tandis que de Délégué Apostolique prit place du côté de l'Épitre.
La Barrette cardinalice, aussitôt après l'entrée de da procession dans la Basilique, avait été placée, recouverte d’un voile, sur une {able auprès du trône de Son Excellence Mgr l’Ablégat. Le Garde-Noble de Sa Sainteté, M. le Comte Gazzoli, s'était placé a eôté, debout, «épée nue au poing, et l'avait gardée ainsi pendant tout le temps de la messe et de la cérémonie jusqu'au moment actuel. En ce moment, Son Excellence l’Ablégat vint la prendre et la remit au Délégué Apostolique, Mgr Lyncb, qui lui-même la posa sur da Lète de Son Éminence, en disant en latin :
« En vertu de l'aulorité apostulique qui m'a été octroyée w par le Souverain Pontife Léon XII, je vous impose cette » Barrette de pourpre, au nom du Père, et du Fils, et du » Saint-Esprit. Ainsi soit-il.»
Les deux Prélats descendirent des degrés de l'autel; le Délégué Apestolique et l'Ablégat allèrent reprendre leurs sièges, et Son Éminence se rendit à la sacristie pour y revêtir la soulane reuge, le rochet (1) et la cappa rouge.
Ainsi revêtu de tous les insignes de sa dignité, le Cardinal entra solennellement au chœur, monta à sen trône, et de là
(1) Ce rochet a appartenu à Mgr de Laval.
adressa, comme suit, la parole, en latin à Mgr l’Ablégat, pais en français à tout le reste de l'assistance :
ALLOCUTION pu CARDINAL TASCHEREAU APRÈS L’IMPOSFTION DE LA BARRETTE,
Excellentissime Ablégat,
Le Souverain Pontife, qui gouverne sï glorieusement la “Sainte Église catholique, a donné une nouvelle preuve de sæ prudenee et de sa sagesse, en vous choisissant pour apporter au premier Cardinal canadien les insignes de la plus haute dignité ecclésiastique.
Fils de l’He des Saints, de eette île bénie de Dieu, que ni les coups du glaive, ni les horreurs de la famine, ni la plus cruelle persécution poursuivie durant trois siècles, n'ont pu séparer de la foi et de la eharité du Christ, vous venez vers nous comme l’envoyé du suecesseur de Pierre ! de Pierre, qui .à reçu de son divin maître la eharge de confirmer ses frères, -et qui signa de son sang se profession de foi ; de Pierre, qui, “même après sa mort, se fait encore entendre, ct dont la voix -retentit par tout l'univers.
Que Votre Excellenee soit le témoin irrécusable de la vive reconnaissance qu'éprouve aujourd'hui le peuple eanadien ; qu’Elle veuille bien être, auprès de Sa Sainleté, l'interprête de notre dévouement au Saint-Siège, et qu’Elle soit notre “imtercesseur auprès du Pontife Suprème, pour qu’il daigne répandre sur nous tous ses plus amples bénédietions.
Monseigneur le Délégué Apostolique,
Ï y a quinze ans, dans cette même Basilique de Notre- Dame de Québec, je m'agenouillais aux pieds de VotreGrandeur -pour recevoir l'onetion épiscopale. Je suis heureux de voir que le Souverain Pontife ait choisi Votre Grandeur pour imposer aujourd'hui sur ma tête l’insigne de la dignité cardinalice. Ce sera pour moi un nouveau molif de reconnaissance et d’attachement filial envers le digne Archevêque qui, depuis
un quart de siècle, gouverne avec tant de sagesse et de prudence l’importante province ecclésiastique de Toronto.
Vénérables confrères dans l'Episcopat,
Je ne saurais vous exprimer dignement les sentiments de ma reconnaissance pour l’empressement avec lequel vous êtes venus rehausser l'éclat de cette cérémonie.
Mieux que personne vous comprenez, vous sentez la pesanteur du fardeau dont nous sommes tous chargés. C'était déjà pour moi un poids au-dessus de mes trop faibles épaules ; un acte de souveraine autorité du Vicaire de Jésus-Christ, à qui nous devons obéissance, m’impose une nouvelle responsabilité en proportion de la dignité sublime dont je me vois revêtu : je dois compter sur vos ferventes prières afin d'obtenir les grâces dont j'ai besoin plus que jamais.
Et vous, Messieurs les membres du Clergé, qui êtes en même lemps nos collaborateurs, notre appui et notre gloire par votre zèle et votre dévouement, soyez les bienvenus. Faitesvous un devoir de joindre vos prières à celles de vos Évèques, afin que tous ensemble nous obtenions plus sûrement et plus abondamment l’aide et l'assistance que requiert notre faiblesse.
Mes chers frères,
C'est votre foi et votre attachement au Saint-Siège que le Souverain Pontife a voulu reconnaître et récompenser en appelant un enfant du Canada à la sublime dignité de Cardinal.
Cette foi et cet attachement, vous en avez donné des preuves bien sensibles à l’occasion de la solennilé qui nous réunit en ce moment. Montrez-vous toujours dignes de cette haute estime dont vous jouissez auprès du Souverain Pontife. Conservez comme le plus précieux des trésors ces traditions de foi et de dévouement que vous ont léguées vos ancêtres, et apprenez à vos enfants à regarder la Sainte Église comme une mère à qui nous devons amour, respect, obéissance, à la vie el à la mort.
Lorsque Son Éminence eut terminé son allocution; Elle se
rendit avec tous ses ministres au pied de l'autel et entonna le Te Deum.
Impossible de rendre l'émotion de l'immense assistonce en ce moment, Tous les cœurs débordaient : nous avions un Cardinal canadien et il était en pleine possession de ses attributs et de tous ses privilèges. Jusque là la fête avait été splendide au possible; les choses s'étaient passées de manière à dépasser toutes les allentes ; pas une ombre n'était venne faire la moindre tache au tableau. Aussi tous les cœurs sentaient-ils le besoin de témoigner l'immensité de leur reconnaissance au Souverain Maître. Le Te Deum, ce chant qui, par sa fréquente répétition, devrait, ce semble, réveiller Pidée d’ennui, produit au contraire comme un effet électrique sur ceux qui y prennent part. Jamais cet effet ne fut plus sensible qu'en ce moment. Lorsque le Cardinal entonna l'hymne d'actions de grâces, toute l'assistance se leva et unit sa voix à eelle des deux grands chœurs qui avaient été chargés du chant. L'orgue et l'orchestre semblèrent redoubler de puissance pour se tenir à l'unisson de ces milliers de voix, qui faisaient retentir les voüles de la Basilique de leurs cris d'allégresse et de remerciements. Les cloches qui se mirent à sonner à toutes volées avertirent la foule immense qui stationnait au dehors, que te chant du Te Deum retentissait en dedans, et les firent entrer en participation du sentiment commun. C'était donc le Canada toul entier qui, en ce moment, faisait monter au ciel, par ses représentants présents à Québec, les accents de sa vive reconnaissance et de son allégresse. Oh! Dieu dùt entendre ce cri du eœur, ce cri de l'amour ! Il dût multiplier, en ce jour, ses bénédictions sur ce jeune peuple, qui célébrait si pieusement son entrée, malgré sa dépendance, dans le congrès des nations libres de la terre ! :
Après le Te Deum, la procession se reforma, pour sertir de l'église, dans le même ordre que pour l'entrée. Lorsque le Cardinal Taschereau passa le seuil de l'édifice sacré, et monta
les degrés qui conduisait sur l'arc de triomphe servant de péristyle à la Basilique, la procession s'arrêta: un coup de canon annonça la présence de Son Éminence sur le balcon, èt alors eut lieu un spectacle indescriptible, Lel que jamais ville d'Amérique n’en a vu de semblable, inférieur seulement à la scène, unique au monde, que présentait autrefois la place de Saint- Pierre à Rome, lorsque le Pape donnait solennellement la bénédiction Urbi et Orbi. De vingt à vingt-cinq mille personnes, c'est-à-dire tout ce que pouvaient contenir la place de la Basilique et les rues avoisinantes d'où il était possible de voir le balcon de l'arc de triomphe, étaient entassées depuis plusieurs heures en cet endroit, et attendaient patiemment pour jouir de cet instant, si court pourtant ! Elles en ont joui.
Cette masse vivante, qui avait peine à se remuer, tomba spontanément à genoux dès qu'elle aperçut le Cardinal sur le balcon. Fascinée par cetle apparition qui dura à peine une minute, et sans pouvoir en détourner ses regards, elle reçut, dans les sentiments de la foi la plus ardente, au milieu de bien des sanglots qu’arrachait comme malgré soi la grandeur du spectacle, mais en même temps avec une immense surabondance de joie et de bonheur, cette première bénédiction solennelle, si vivement attendue, donnée au nom du Saint-Père par Son Éminence dans tout l'éclat de sa pourpre récente.
Les personnes qui, des fenêtres bordant la place, ont été témoins de cette scène émouvante, disent que jamais elles ne pourront l'oublier, et les larmes leur montent aux yeux rien qu'à se la rappeler. Beaucoup de nos frères séparés, qui faisaient partie de la foule, n’ont pu s'empêcher de prendre part au sentiment général et ont partagé l'émotion commune, Qui dira ce qui s’est alors passé dans ces cœurs plus retenus peut-être par l'ignorance que par l'obstination, et quelles n’en seront pas les heureuses conséquences dans l'avenir ?
La procession reprit alors sa marche et revint au palais du Cardinal en abrégeant un peu la route ; ce qui lui permit de passer devant le monastère des Ursulines, dont les Révérendes
Mères avaient organisé, comme elles savent le faire, un magnifique chœur, qui fit entendre, au passage de Son Éminence, un hymne approprié à l’allégresse universelle.
A l'arrivée dans la cour de l'archevèché, un charmant chœur d'enfants termina cette triomphale procession par un dernier chant, et Son Éminence, après les avoir bénis, monta à la salle du Trône, où un grand nombre de prêtres et de laïques vinrent lui présenter de nouveau leurs hommages et leurs félicitations.
La fête religieuse était finie.
Quant à la foule, elle se dispersa, heureuse, contente, satisfaite de ce qu’elle avait vu, et emportant avec elle la bénédiction qu'elle avait reçue, comme un précieux trésor et un gage de bonheur pour les familles chrétiennes.
A deux heures et demie, à la suite des splendides cérémonies du malin, Son Éminence le Cardinal Taschereau réunissait cinq cents convives autour des tables somptueusement décorées par les soins de M. Russel!, propriétaire de l'Hôtel St-Louis, dans le vaste parterre de l'Académie de Musique adjacent à cet hôtel. La salle était tendue de draperies rouges et de festons de verdure qui donnaient le plus charmant coup d'œil.
Sur la scène se trouvait la table d'honneur, en forme de p grec. Les autres tables, formant six longues rangées, occupaient le parterre, Une vaste salle attenante contenait en outre des tables supplémentaires en cas de besoin ; car, en dehors des invités spéciaux, qui devaient occuper des sièges réservés, une invitation générale avait élé faite à tous les membres du clergé présents à Québec, et l’on ne pouvait déterminer exactement d'avance le nombre de ceux qui assisteraient. Au dessus du siège de Son Éminence flamboyait
un soleil radieux dont le gaz faisait les frais. Pendant le repas, la fanfare du 8" Carabiniers Royaux, placée dans la tribune en face de l'estrade, fit entendre par intervalle d’excellente musique.
A la table d'honneur, l’ordre des places avait été fixé comme suit, en commençant par la première place à droite de Son Éminence, qui occupait le centre de la table, puis continuant alternativement à gauche et à droite successivement,
Son Excellence l'honorable M, Masson, Lieutenant-Gouverneur.
Son Excellence Mgr H. O'Bryen, Ablégat.
Sa Grandeur Mgr J.-J, Lynch, Délégué du St-Siège.
Son Excellence le Comte Charles Gazzoli, Garde-Noble.
Sa Grandeur Mgr A. Taché, archevêque de St-Boniface, Manitoba.
Sir A.-P. Caron, ministre fédéral,
Sa Grandeur Mgr O'Brien, archevêque d'Halifax, Nouvelle- Ecosse.
L'honorable M. Costigan, ministre fédéral.
L'honorable Frank Smith, ministre fédéral.
Sa Grandeur Mgr Leray, archevêque de la Nouvelle-Orléans, États-Unis.
L'honorable M. Thempson, ministre fédéral.
Sa Grandeur Mgr Fabre, archevêque de Montréal.
Sa Grandeur Mgr Duhamel, archevêque d'Ottawa.
L'honorable J.-A. Chapleau, ministre fédéral.
Sa Grandeur Mgr Grandin, évêque de St-Albert, Nord-Ouest.
L'honvrable Juge en chef Stuart.
L'honorable juge Fournier, membre du Conseil Privé.
Sa Grandeur Mgr Sweeney, évêque de Saint-Jean, Nouveau- Brunswick.
L'honorable Pantaléon Pelletier, membre du Conseil Privé.
Sa Grandeur Mgr Melntyre, évêque de Charlottetown, Ile du Prince Edouard.
Sa Grandeur Mgr Rodgers, évêque de Chatham, Nouveau- Brunswick.
L'honorable W. Laurier, membre du Conseil Prive,
Sa Grandeur Mgr J. Langevin, évêque de Rimouski.
L'honorable P, Baillargeon, sénateur,
L'honorable Elzéar Taschereau, juge de la Cour suprême.
Sa Grandeur Mgr Walsh, évêque de London, Ontario.
L'honorable J.-T, Taschereau, juge en retraite de la Cour Suprème.
Sa Grandeur Mgr Cameron, évêque d'Arichat, Nouvelle- Écosse,
Sa Grandeur Mgr Ant. Racine, évêque de Sherbrooke.
L'honorable juge Casault, de la Cour supérieure.
Sa Gran ‘eur Mgr Moreau, évêque de St-Hyacinthe.
L'honorable juge Routhier, de la Cour Supérieure.
L'honorable juge Caron, de la Cour Supérieure.
Sa Grandeur Mgr Dom. Racine, évêque de Chicoutimi.
L'honorable juge H. Taschereau, de la Cour Supérieure.
Sa Grandeur Mgr Cleary, évêque de Kingston, Ontario.
Sa Grandeur Mgr Carbery, évèque d'Hamilton, Ontario.
L'honorable juge Andrews, de la Cour Supérieure.
Sa Grandeur Mgr Lorrain, Vicaire Apostolique de Pontiac.
L'honorable juge Cimon, de la Cour Supérieure.
L'honorable juge C. Pelletier, de la Cour Supérieure,
Sa Grandeur Mgr Gravel, évôque de Nicolet.
L'honvrable juge Larue, de la Cour Supérieure.
Sa Grandeur Mgr O'Mahony, évêque coadjuteur de Toronto.
Très Révérend M. Laurent, administrateur de Peterborough, Ontario.
L'honorable F, Langelier, membre du Parlement fédéral, Maire de Québec.
L'honoruble juge Würtele, de la Cour Supérieure.
M' P.-B. Casgrain, membre du Parlement fédéral,
L'honorable M. McGreevy.
M' L.-J. Riopel, membre du Parlement fédéral,
M' P.-V. Valin, membre du Parlement fédéral.
M' G. Amyot, membre du Parlement fédéral.
L'honorable 4.-J, Ross, Premier Ministre de la Province de Québec.
L'honorable Jean Blanchet, Secrétaire Provincial,
L'honorable L.-0, Taillon, Procureur Général.
L'honorable W, Lynch, Commissaire des Terres de la Couronne,
Outre la table d'honneur, où, faute d'espace, on ne pouvait placer plus de convives, les têtes de table dans le parterre étaient autant de places d'honneur autour desquelles on avait groupé toutes les autres sommités ecclésiastiques et laïques invitées.
Lorsque l'on fut sur le point de se mettre à table, Son Excellence le Lieutenant-Gouverneur, sans prétendre déroger à l'ordre des préséances officielles, demanda gracieusement à Son Éminence de donner la place d'honneur à Mgr l'Ablégat, et il se plaça lui-même à gauche du Cardinal, par respect personnel pour le Délégué du Saint-Siège, Cet acte de courloisie fut très remarqué et fit un sensible plaisir aux assistants,
Il y eut naturellement beaucoup d'entrain pendant lebanquet, qui était du reste fort bien ordonné. Il y avait abondance et variété. Mais, quoiqu'il en soit de l'excellence de la partie gastronomique du repas, le dessert intellectuel devait surtout intéresser les convives ; et ils ne furent pas déçus,
Vers la fin du repas, Sa Grandeur Mgr Lynch se leva au milieu des applaudissements ct proposa la santé de Son Eminense dans les termes suivants :
SANTÉ DU CARDINAL PROPOSÉ pan Mén Lyncu, Traduction,
On dit que les peines n'arrivent iuais seules, Je fais aujourd'hui une nouvelle expérience, que les joies et les honneurs arrivent rarement isolés. Le second honneur qui m'échoit en partage aujourd'hui (grâce à la condescendance bienveillante de quelques-uns, sans aucun doute) est celui de proposer santé, longue vie, succès et bonheur au premier
Cardinal canadien, Son Éminence le Cardinal Taschereau, un de ces vrais favoris de la nature, grand par les ancêtres, grand par les talents, grand par la science, grand par l'intelligence, grand surtout par les plus belles qualités d’un cœur vraiment sacerdotal ; ami de son pays, ami de son clergé, ami de son peuple, ami de ceux qui, sans faire partie de ses ouailles, ont un cœur large et généreux animé de sympathies chrétiennes,
S'il nous fallait voter pour choisir l'endroit du Dominion où devrait échoir le premier chapeau de Cardinal, le verdict universel serait pour Québec, la mère d’un si grand nombre de diocèses, tant aux États-Unis que dans le Dominion du Canada.
Son Éminence répondit à cette santé avec un rare bonheur de pensée el de style. Tous les auditeurs ont été d'accord pour proclamer que jamais le Cardinal Taschereau n'avait été mieux inspiré. Voici ce très remarquable discours :
RÉPONSE DU CARDINAL TASCHEREAU À LA SANTÉ PROPOSÉE PAR Mer Lyncu.
Excellence, Votre Honneur, Messeigneurs et Messieurs,
Je suis profondément touché de la cordialité avec laquelle vous avez accueilli la santé proposée par Mgr l’archevèque de Toronto.
Ce vénérable Prélat semble avoir eu pour mission spéciale de me transmettre les faveurs du Saint-Siège. En 1871, je recevais de sa main la mitre épiscopale, et en ce jour, le Saint- Père se sert encore de son ministère pour m’imposer la barrette cardinalice.
Vous ne vous étonnez donc pas que son cœur paternel lui ait inspiré des éloges et des compliments contre lesquels la piété filiale et la reconnaissance m'empêchent de protester,
Pour en détourner votre attention, laissez-moi résumer quelques pages de notre histoire religieuse.
Au delà de deux siècles se sont écoulés depuis que le premier évèque du Canada, l’illustre et saint Monseigneur de Montmorency-Laval, remontait le St-Laurent. Pendant un mois entier que dura ce voyage, il eut le loisir de contempler les deux rives de ce fleuve majestueux, dont la sublime grandeur lui faisait deviner l'immensité du pays qu'il devait évangéliser. Son œil d’apôtre se fixait ardemment et avec anxiété sur ces vastes forêts, abritant d'innombrables peuplades assises à l'ombre de la mort, et plongées dans les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie.
Plus d’une fois peut-être, un nuage de découragement et de frayeur fil passer une ombre sur cette grande âme que le zèle, la foi et le charité la plus ardente ne pouvaient soustraire à l'infirmité humaine.
Permettez-moi de vous dire une histoire, dont je ne garantis point l'authenticité, mais pour laquelle je réclame cependant une foi absolue.
Un jour donc, que Mgr de Laval avait longtemps prié pour attirer les bénédictions célestes sur lui-même, sur ses missionnaires et sur cette innombrable multitude d âmes au salut desquelles il s'était généreusement dévoué, un sommeil profond vint le surprendre.
Tout-à-coup lui apparaît un homme portant un vêlement fait de poil de chameau et une ceinture de cuir, tel que l'Evangile nous dépeint le précurseur du Messie. (St Matt. 1, 4.)
» Ne crains point, dit-il à l’apôtre du Canada : je suis Jean- Baptiste, le patron des Canadiens ; je suis envoyé vers toi pour te montrer ce que deviendra ce pays.
» Ouvre les yeux et porte tes regards sur les rives de ce grand fleuve. Vois-tu ces champs fertiles qui ont remplacé les forêts dont le sombre aspect t’effrayait tout-à-l'heure ?
» Les maisons échelonnées sur les rives abritent des familles nombreuses et contentes de leur sort.
» Regarde ces villages rapprochés les uns des autres, entourant le temple, où le Sauveur du monde reçoit les hommages
des fidèles et verse sur eux les trésors de sa miséricorde et de son amour. Entre dans cette église de campagne, et admire le sentiment profond de ces henmes dont la générosité n'a pas de borne quand il s’agit de contribuer à la magnificence de la maison de Dieu.
» Dans quelques instants apparaîtra cette ville naissante où le vicaire de Jésus-Christ a placé le siège épiscopal que tu dois occuper. C’est là que, pendant un demi siècle d’épiscopat, tu travailleras à la vigne du Seigneur.
» Compte, si tu peux, les provinces et les diocèses qui, sur ce vaste continent, regarderont l'église de Québec comme leur mère.
» Regarde ces rochers couronnés par une citadelle imprenable ; vois ce que sera dans deux siècles cette cité où doivent reposer Les cendres ; contemple ces nombreux asiles de la piété et de la science, Vois-lu ces immenses constructions ? ce sont ton Séminaire el l'Université qui se glorifiera de porter {on nom. Ecoute les accents de la joie universelle qui, dans deux siècles, retentiront dans tout le Canada, parce que ton quinzième successeur aura élé revêtu de la pourpre ; prends part avec moi à celte réjouissance. Vois-tu, assis autour àe lui dans un banquet, les représentants de l'autorité civile, de nombreux prélats, une armée de ministres du Seigneur, des convives de toutes nationalités et de toutes croyances, levant les yeux etles mains au ciel pour le remercier d’un honneur qui rejaillit sur tout le Canada ?
» Le Canada, si pelit aujourd'hui et qui compte à peine quelques centaines de Français, le Canada s’étendra alors d'un océan à l’autre, et ces océans seront reliés par un chemin de fer, sur lequel rouleront des palais emportés par le feu et l’eau. Sans être une nation indépendante, il en aura lous les privilèges, et l’immortel Pontife qui occupera alors le Siège de Pierre, fera tomber sur celle nation un rayon de lumière céleste et la reconnaîtra comme telle en appelant un de ses enfants à partager avec lui la sollicitude de toutes les églises.
A celte occasion, il déclarera solennellement qu'il a voulu récompenser la foi de cette jeune nation, destinée à de grandes choses, el son attachement au Saint-Siège. Tels seront alors les fruits de cette vigne que tu vas planter et cultiver. Tes sueurs n'auront donc pas été stériles,
» À la vérité, tes successeurs, comme toi-même, auront des fatigucs à endurer, des combats à livrer, des jours d'angoisse, des tentations de découragement : il y aura des guerres, des luttes intestines, toutes les misères de cette vallée de larmes... Mais l'or s’éprouve et se purifie par le feu, et les pensées de Dieu, qui permet ces épreuves, sont trop profondes pour être toujours comprises par l'intelligence humaine.
» Un siècle après ton arrivée, il y aura une guerre terrible entre les deux plus grandes puissances du temps. Voisines sur ce continent nouveau comme sur l’ancien, elles y transporteront leurs querelles européennes, et le Canada, après une résistance héroïque, passera sous la domination de l’Angleterre. Il y aura grande désolation dans toute la famille Canadienne-française : pour tout cœur bien né, c’est une agonie d'être séparé d'une mère chérie. Console-toi, pauvre famille orpheline, la Providence veille sur loi, et ce sera précisément cette douloureuse séparation qui fera ton salut et ton bonheur. -
» La France sera bouleversée de fond en comble et elle sera comme une ville bâlie sur un volcan toujours prêt à l'anéantir. . endant ce temps, la famille Canadienne aura sans doute ses jours d'épreuves et de luttes, mais à la tempête succèdera le calme ; elle grandira avec une rapidité étonnante ; elle envahira pacifiquement ses immenses forêts, puis se répandra peu à peu d’un océan à l’autre, et jusque dans une grande république voisine, et tout cela parce que, sous l'égide de la puissante Angleterre, elle jouira de toute la liberté religieuse et politique qu’il est possible de désirer. Elle vivra en profonde paix avec les autres familles de diverses origines et de différentes croyances, et participera aux avantages que l'union et la
concorde produisent infailliblement, Ce sera juste le moment que l’habile Pontife qui gouvernera l’Église, choisira pour lui donner une marque solennelle de son affection et acquitter une dette de reconnaissance pour les courageux défenseurs que cette nation lui aura envoyés dans les jours de péril.
» En ee temps-là, l'Empire Britannique, sur lequel le soleil ne se couchera point, sera gouverné par une Souveraine dont les vertus feront l'admiration et l’édification de ses innombrables sujets, en mème temps que sa justice et sa bonté la leur rendront chère comme une mère à ses enfants.
» Que Dieu la conserve longtemps à leur affection ! »
A peine saint Jean-Baptiste, le plus canadien des Canadiens, a-t-il prononcé ces paroles de loyauté vraiment canadienne, qu’un coup de canon annonce l'entrée au port. Mgr de Laval se réveille tout consolé et émerveillé de cette vision, et se prépare à prendre possession de celte terre, qui est devenue sa patrie.
J’ai fini mon histoire,
À vous de la juger.
A moi de vous remercier de la bienveillance avec laquelle vous l’avez écoulée.
Je ne dois pas omettre de témoigner aussi ma vive, profonde el sincère reconnaissance envers tous ceux qui, sans dislinction d’origine et de croyance, ont contribué à rehausser léclat de cette belle fête nationale, par leur présence, par leurs généreuses souscriptions, surtout par leurs sentiments de religieux respect.
L'union et la concorde font la force d’une nation et on peut ajouter aussi qu’elles font son bonheur.
Plusieurs fois dans le cours de cet entretien, j'ai parlé du Souverain Pontife. Nous avons ici son digne représentant, un fils de la fidèle Irlande. Vous serez sans doute heureux de l'entendre vous dire combien Léon XIII aime le Canada et je suis persuadé que, de retour à Rome, Son Excellence Mgr