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notre instrument pour connaître l’écartement des lignes que ces deux lunettes formeraient eatre elles , si de la lune nous en dirigions une sur la terre et l’autre sur le soleil.
Non, sans doute; mais voici comment on sy prend poür avoir ce second angle. On a Soin de ne faire l’opération qu’au moment où la lune est demi-pleine, car on sait qu’alors la ligne venant du soleil à la lune fait exactement un angle droit (ou une équerre) avec la ligne qui de la lune irait à la terre. Ainsi donc , ayant dans ce triangle un côté qui est de 90,000 lieues , et deux angles, l’un en équerre à la lune et l’autre que vous avez vous-même mesuré sur la terre, vous avez tout le reste, et vous connaissez aussitôt que la ligne allant du soleil à nous est 400 fois plus longue que la ligne qui va de nous à la lune. Or, celle-ci étant de 90,000 lieues , la distance du soleil , 400 fois plus grande , sera done de 36 millions de lieues.
Vous voyez déjà, chers enfants, devant ces distances, combien le monde est grand et que nous sommes petits. — Une fois que nous connaissons exactement l'éloignement du s0oleil , nous pouvons également ; par la géomé-
Pi He trie, déterminer aussi très-exactement sa grandeur. Il est 1,500,000 fois plus grand que la terre. Il est si grand que si l’on mettait son centre à la place où est notre terre , nonseulement il remplirait tout l'espace qui s’étend entre nous et la lune, mais encore à peu près une fois au delà, c’est-à-dire jusqu’à 75,000 lieues par delà la lune; car son demi-diamètre est cent dix fois le demi-diamètre de la terre, et la distance de la lune n’est que soixante fois ce demi-diamètre.
Ainsi , lon compte qu’un boulet de guerre, allant toujours aussi vite qu’à sa sortie du canon, ferait 400 lieues à l'heure ou 96.000 lieues par jour de vingt-quatre heures ; mais combien pensez-vous qu’il mit de temps à parvenir de la terre au soleil ? -— Dix ans, trois mois et treize jours !|
Eh bien ! chers enfants, ce voyage que ferait un boulet de canon en dix ans, trois mois et treize jours, nous en faisons nous-mêmes un six fois plus long chaque année dans notre course autour du soleil, à raison de 7 lieues par seconde ; et nous faisons ce voyage sans nous en apercevoir, pendant que vous êtes là sur ces bancs.et moi dans cette tribune , et
que nous sommes emportés sur notre globe.
C’est cependant une lourde voiture, puis- qu’elle a 9,000 lieues de tour et qu’elle
pèse (on a pu Sen assurer) deux fois autant que si elle était tout entière de marbre, Or, maintenant on a compté plus de cinquante planètes qui tournent toules , comme nous , autour de notre soleil, les unes plus petites et les autres beaucoup plus grandes que notre terre : Uranus, par exemple, 77 fois plus grande; Saturne, 887 fois; Jupiter, 1470 fois. Et ces grands corps , au lieu de n’avoir qu’une seule lune comme nous , en ont plusieurs et sont beaucoup plus loin que nous du soleil : Jupiter, plus de 5 fois ; Saturne , plus de 9 fois et demie ; Uranus , plus de 19 fois. Mais encore qu'est-ce que toutes ces grandeurs qui étonnent votre imagination ? Elles ne sont rien auprès de ce que le télescope et la science des modernes nous ont fait connaître dépuis cinquante années dans le monde des étoiles fixes.
Il à été reconnu que ces innombrables petites lumières , qui ne sont pas à vos yeux de la grosseur d’une lête d’épingle , sont autant de soleils égaux et même souvent irès-supé-
DE HA rieurs au nôtre. Dieu a donné récemment à l’homme l’étonnant instrument du télescope , qui nous transporte dans les profondeurs de la création, et qui nous y fait découvrir de jour en jour de nouvelles immensités. — Je veux vous en dire en passant quelques mots.
Un œil nu, dans une belle nuit d'hiver, ne peut apercevoir au ciel tout au plus que mille étoiles , et il est reconnu maintenant qu’un télescope nous en peut faire découvrir un nombre 80,000 fois plus grand que lœil nu.
Le télescope d'Herschell, je veux dire son miroir. réflecteur de 40 pieds, qui grossit 6,000 fois, nous permettrait de voir les montagnes el les vallées de la lune comme si nous étions transportés tout d’un coup à 14 lieues de cet astre. [l rend un objet 5,700 fois plus brillant qu’on ne le verrait à l’œil nu, et permet de distinguer des étoiles de la 1,344 grandeur (1), tandis que l’œil le plus exercé ne peut les voir que jusqu’à la 6° ou 7° grandeur. Dans une assez profonde obseurité, Herschell voyait à la distance d’une lieue un
(1) Arago, dans sa Nofice sur Herschell. — Annuaire du bureau des longitudes , 1842, p. 286.
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clocher et l'heure que montrait l’aiguille de son horloge. Aussi les étoiles de première grandeur , avant de paraître sur son miroir, ‘s’annonçaient-elles par une lueur crépusculaire, comme fait pour nous le soleil, et répandaient-elles bientôt un éclat si vif qu’il en fallait détourner sa vue.
Je voudrais vous donner une idée d’abord de la multitude d’étoiles fixes (ou de soleils) que contient le ciel, et ensuite de leur étonnante grandeur. Pour vous faire concevoir leur nombre immense, je vous dirai qu’en dirigeant sa lunette vers la voie lactée, Herschell s’assura que , dans un espace du ciel grand seulement comme celui qu’occupe à nos yeux la lune , il pouvait compter avec son télescope 2,000 soleils à la fois, et que s’il l'avait dirigé sur un des amas d'étoiles qu’on étudie beauéoup aujourd’hui et qu'on appelle les nébuleuses, là la lune aurait couvert sur le firmament un nombre de 200,000 soleils. — Lœil nu le plus fort, dans une belle nuit sombre et sereine, ne peut apercevoir que jusqu'aux étoiles de sixième grandeur , tandis que les lunettes astronomiques peuvent compter jusqu’à celles de seizième grandeur, el que cha-
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que accroissement dans les dimensions et le pouvoir des télescopes (en particulier le nouvel instrument construit en Angleterre par lord Ross) fait apparaître de nouvelles étoiles, de telle sorte qu’on est fondé à dire aujourd’hui que le nombre de ces astres est réellement infini , et que la Bible parlait vrai (déjà dans le temps où Les yeux de l’homme, dans la plus belle des nuits, n’en apercevaient que mille), la Bible parlait vrai, lorsqu'elle les disait « innombrables comme le sable de la mer , » et qu’elle ajoutait que Dieu les « avait semés dans les espaces des cieux comme de la poussière. »
Voilà pour leur nombre : il est infini ; mais écoutez encore un mot sur leurs grandeurs.
Je les appelais tout à l’heure des soleils ; et je vous disais que la lune, en marchant dans le ciel, nous en cache derrière elle jusqu’à deux mille. Eh bien ! vous allez juger de leurs dimensions par quelques faits, car déjà plusieurs de ces étoiles fixes, qui ne nous apparaissent dans l’immensité du ciel que comme un point lumineux sans la moindre largeur, ont élé mesurées. — Par exemple, vous connaissez dans le ciel les plus brillantes
2 00e des étoiles qui se voient de nos contrées , Sirius, Arcturus, Antarès, Wéga. -= D’après les recherches du grand Herschell et les conclusions d’Arago (1), le diamètre d’Arcturus, la plus belle étoile du Bouvier, serait pour le moins 11 fois celui de notre soleil , en sorte que, si elle était mise à sa place , elle présenterait en surface à nos yeux un soleil 121 fois plus grand que notre luminaire. Et quant à Sirius , la plus brillante des étoiles de notre hémisphère, on a conclu, des expériences de Wollaston sur sa lumière, que son diamètre serait au moins 5 fois et trois quarts celui de notre luminaire , et que, placée à la même distance, elle nous présenterait'en surface un soleil égal à 14 fois le nôtre. — Æt que dirai-je de Wéga , la plus belle étoile de la Lyre ? D’après des mesures prises plusieurs fois par Herschell (2), elle aurait un diamètre 5,000 fois plus grand que celui de notre soleil et serait à la distance de 8 millions de millions de lieues ! = Ces mesures, qui lui assigneraient des dimensions égales aux trois
(1) Annuaire du bureau des longitudes, 1842, p. 375. (2) Revue britannique, 1828 , t. XXIX,, p. 188,
— OÙ. = quarts de notre système solaire, dépassent toutes nos conceptions.
Et maintenant à quelle distance penseronsnous que soient situés ces brillants luminaïires ? On a essayé de faire des triangles pour Ja mesurer en prenant pour un des côtés les deux extrémités de l'orbite de la terre , qui sont à 72 millions de lieues l’une de l'autre ; mais cette ligne s’est trouvée trop petite pour de telles distances, et l’on a pu seulement compter que la lumière, qui fait 70,000 lieues par seconde et qui ne met que huit minutes pour venir du soleil à nous (landis que vous vous rappelez qu’un boulet de canon mettrait à ce voyage dix ans et trois mois), la lumière mettrait nécessairement plus de six ans à venir de la plus proche à nous, et que si celle d’une étoile de première grandeur ne mel que six années à venir jusqu’à nous, celle des éloiles de dix-huitième grandeur y emploiera 2,000 ans.
Ah ! mes amis, adorons le Dieu de la création et répétons avec Amos (V, 8) : « Cher- » chez l'Eternel, et vous vivrez ; cherchez Celui » qui a fait les Pléiades, la Grande-Ourse et » Orion (ces magnifiques constellations des
Ce » cieux). » Et comme David : « O Eternel !
» quand je contemple les cieux qui sont l’ou- » vrage de tes mains, la lune et les étoiles que » {u as arrangées , je m’écrie : Qu'est-ce que » de l’homme, que tu te souviennes de lui, et » du fils de l’homme que tu le visites ? »
Mais il est une pensée mauvaise qui vient quelquefois aux hommes dans la contemplation de ces grandeurs ; la voici. On se dit : « Ah! le ciel est trop grand pour me permettre de croire que le Créateur soit descendu sur cette insignifiante terre et qu’il y soit venu mourir pour nous. » — Je répondrai deux choses :
Premièrement cette difficulté ne vient que de ce qu’on ne conpaît pas assez la grandeur du Très-Haut. Dieu est si grand qu’il n’y a rien pour lui de grand ni rien de petit. Si, au lieu de nous avoir donné 5 ou 6 pieds de haut, il nous avait faits d’une taille telle que, tandis que nos pieds seraient sur la terre , notre tête toucherait au soleil, en sorte qu’un boulet de canon, allant jour et nuit, mettrait dix ans et trois mois à monter de nos pieds à notre front, serions-nous assez grands pour que Dieu s’occupât de nous ? — Non, sans doute , pas encore ; el lobjection, vous devez le voir, serait
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aussi forte alors qu’elle l’est aujourd’hui ; car on pourrait dire encore, lout aussi justement, que nous serions trop petits pour ces faveurs de Dieu. Que serions-nous encore auprès des étoiles fixes de dix-huitième grandeur ? Que serions-nous auprès des nébuleuses ? Qui prouve trop ne prouve rien ; el cet argument reviendrait à dire que Dieu ne peut s'occuper de rien, parce que rien n’est assez grand devant son immensité ; ce qui serait l’abaisser au lieu de l’exalter.
Mais voici une seconde réponse. — Est-ce que la grandeur de Dieu nous écrase ? Mais sa miséricorde est aussi écrasante que sa grandeur. Les mystères de la rédemption ne sont pas moins au-dessus de nous que les mystères de la création. Je suis encore plus petit devant sa bonté que devant sa grandeur. « O Eternel Dieu ! Seigneur des cieux et de la terre, je te loue de ce qu'ayant caché ces choses aux habiles et aux intelligents, tu les as révélées aux petits enfants ! »
On me récitera dimanche les cinq premiers versets de la Genèse, et l’on y joindra les versets 4, 5, 6 et 7 du trente-huitième chapitre de Job.