‹ Le premier chapitre de la GenèseChapitre 20 sur 31 · SIXIÈME LECON · texte numérisé non relu

SIXIÈME LECON

9. Puis Dieu dit: Que les eaux qui sont au-dessous des cieux soient rassemblées en un lieu, et que le sec paraisse. Et ainsi fut.

10. Et Dieu nomma le sec, terre. Il nomma aussi l'amas des eaux, mers ; et Dieu vit que cela était bon.

41. Et Dieu dit : Que la terre pousse son jet, de l'herbe portant semence, et des arbres fruitiers, portant du fruit, selon leur espèce, qui aient leur semence en eux-mêmes sur la terre ; et ainsi fut.

12. La terre donc produisit son jet, de l'herbe portant semence selon son espèce, et des arbres portant des fruits, qui avaient leur semence en eux-mêmes selon leur espèce ; et Dieu vit que cela était bon.

13. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin. Ce fut le troisième jour.

Nous voici donc au troisième jour de la création. Les œuvres des deux premiers jours ont élé puissantes et magnifiques sans doute, mais celles du jour suivant le seront plus encore; et vous les verrez tour à tour

terribles et charmantes, terribles par leurs deux premiers prodiges , chape par le troisième.

Notre globe, tel que nous le laissâmes dimanche, élait toujours en feu dans son intérieur, et l’abîime des eaux le recouvrait de toutes parts. Mais depuis le premier jour, les ténèbres ont pris fin ; et depuis le second jour, le silence aussi a pris fin ; les eaux supérieures , élevées désormais dans les hauteurs de l’aimosphère et réfléchissant dans les cieux la lumière et ses admirables couleürs, se promènent majestueusement dans les airs sous le souffle des vents; et vous y entendrez désormais les mugissements de là tempête, le roulement des tonnerres ef la voix des grandes EAUX.

Cependant, il n’y à point encore de vie; non, point de vie, ni dans les airs, ni dans les eaux plus basses que les airs.

Voici donc aujourd’hui , troisième jour, les trois prodiges magnifiques qui vont noùs apparaitre et que je viens vous expliquer:

Premier prodige. — La croûte de la terrë, formée depuis longtemps au-dessous des eaux du grandabîime et au-dessus des feux bouile

| RE Lu lonnants de son intérieur, sort avec impétuosité du fond des mers par la puissance de ce feu, sous leffort des volcans et de leurs gaz enflammés. Elle sort, elle apparaît enfin au fracas de la foudre et au bruit terrible des grandes eaux. Quelle scène imposante mais effroyable !

Deuxième prodige. — Le grand abîme des eaux, cataracte immense de 9,000 lieues détendue, se précipite avec fureur dans les vastes profondeurs que Dieu lui avait préparées; et vous voyez enfin apparaitre, par la puissance divine, le magnifique ensemble des mers entre des barrières qu’elles devront respecter et qu’elles ne passeront plus. Quelle scène encore terrible aussi, mais toute pleine de majesté!

Troisième prodige. — Enfin, c’est le plus étonnant de tous et le plus merveilleux.

Voici la vie qui commence sur la terre; voici le grand peuple des plantes, au nombre de 60,000 espèces, à ce que disent les savants, et peut-être même de 100,000, à ce que croit M. de Candolle; voici le peuple charmant des fleurs, qui couvre toute la terre sortie des eaux et créée par le feu ; voici la terre pous-

sant son jet; voici un tapis vivant de verdure qu’embellissent mille et mille fleurs, et d’où s'exhalent les plus doux parfums ; voici des prairies, des jardins, des bosquets, des arbres gigantesques , des forêts immenses. Mais voici surtout, voici la merveille des merveilles : c’est que loutes ces plantes aux mille formes, ces êtres nouveaux et charmants, portent leur semence en eux-mêmes; C’est que ces arbres innombrables portent du fruit, chacun selon son espèce, comme dit Moïse; c’est que chaque graine contient en petit, dans son intérieur , les plantes et les arbres qui se reproduiront en mille générations jusqu’à la fin des siècles.

C’est donc par ces magnifiques créations du troisième jour que Dieu préparait sur cette terre , tant de siècles à lavance, la demeure de ses élus! N'est-ce pas, chers enfants, que toutes ces scènes sont bién émouvantes ?

Elles sont d’ailleurs si merveilleuses que je crains de n’avoir pas le temps de vous en parler ce matin comme je l'aurais à cœur, et d'être obligé d'y revenir encore dimanche prochain.

Reprenons donc nos versets. — Je com-

Li On

mence par le verset 13 (ainsi fut le soir), parce que le troisième jour aussi commença par un soir. Faut-il s’en étopner, quand de si grandes révolutions se préparaient ou s’opéraient déjà sous l’abime des eaux? Au moment où la croûte qui s'était dès longtemps formée au fond des mers, subissant l'effort immense des feux intérieurs et de leurs gaz enflammés , surgissait à la surface du globe avec ses vallées , ses montagnes , ses feux, ses volcans , ses rivières de laves ardentes , ses détonations effroyables, ses tremblements de terre et ses pluies de cendres, faut-il s’étonner si celte lutle immense des élémenis en fureur ramenait encore une fois et pour un temps d’épaisses ténèbres sur la surface de notre globe?

Je ne vous citerai, pour vous le faire comprendre, que deux exemples fort connus.

Vous y verrez ce que peut faire un seul volcan ; et vous jugerez par là de ce que devait être notre globe, quand toute sa croûte ébranlée surgissait à la surface sous la puissance du feu. |

Je visitai, dans le royaume de Naples , il y a quelques années, près du volcan le Vésuve,

deux grandes villes qui avaient été complètement ensevelies sous les cendres de sa première éruption, lan 79 de Jésus-Christ, et qu’on à découvertes dans les temps modernes én creusant le sol pour y coenstrüire un puits. Je vis également, à 5 lieues du Vésuve, ce fameux cap Misène, où se tenait la flotte romaine pendant que son commandant , le célèbre Pline, trouvait la mort dans cette éruption. Son neveu, qui était là, raconte que, par l'effet de la pluie de cendres , une profonde obscurilté couvrit en plein jour toute la contrée ; et l’on a dit même que des cendres du Vésuve furent portées alors jusqu’en Afrique et jusqu’en Palestine.

Mais j'aime mieux vous raconter ce qui arriva dans ma jeunesse , pendant léruption du mont Tomboro, dans l'ile de Sumbawa. La terre fut puissamment ébranlée dans un espace large de 600 lieues, et l'obscurité fut si grande qu’en plein midi, dans l’île de Macassar (située à la même distance du volcan que Paris l’est de Genève) , un homme ne voyait pas sa main en la plaçant devant ses yeux. Je vous lirai quelques lignes qu’adressait alors de Macassar le capitaine du Bénarès au gou-

— 109 — | verneur anglais de Java. C'était au 12 avril

« Déjà le 8 avril, » écrit-il, «on entendit à Macassar comme des coups de canon venant du sud. Le soir, le bruit parut s'approcher et indiquer de puissantes décharges d'artillerie. On crut qu'il y avait des pirates dans le voisinage ; on embarqua des troupes à bord du Bénarés et l’on alla à la recherche des ennemis ; mais ne trouvant rien dans les îles voisines , on revint le 8 à Macassar. Dans la nuit du 11, les coups de canon recommencerent dans la plus vive succession ; et c'était quelque chose de si violent que notre navire, comme aussi les édifices du port Rotterdam , en étaient secouës. Quelques explosions même semblèrent si proches de nous, que j’envoyai des gens sur les mâts pour chercher à.reconnaître les lueurs de Partillerie, Le matin du 12 fut extrêmement obscur, À huit heures il fut sensible qu’il s'était passé quelque chose d’extraordinaire : la face des cieux , au sud et à l’est, avait pris un aspect beaucoup plus sombre qu'avant le lever du soleil. À dix heures l'obscurité s’était tellement accrue qu’on aurait pu voir un navire à un mille. À onze

heures , toute l’étendue des cieux élait voilée, excepté dans un petit espace , à l’est, près de horizon. Ce fut alors que les cendres commencèérent à tomber comme une averse, el que l'aspect de toutes choses devint inquiétant et terrible. À midi, ce qui était resté lumineux disparut; une complète obscurité couvrit la face du jour ; et cet état du ciel se prolongea tout le reste de la journée du 12 avec une lelle intensité, que je ne me rappelle pas avoir rien vu de semblable dans la nuit Ja plus profonde. Il était impossible de voir sa propre main quand on la plaçait devant ses yeux. Les cendres tomberent sans interruption toute la nuit. Elles étaient si légères et si subtiles , que, malgré ma précaution d’étendre des toiles dans tous les sens , elles pénétrèrent.toutes les parties du navire...

» Le lendemain malin à six heures, il faisait encore aussi sombre que la veille ; mais à sept heures et demie l’espace commença à s’éclaircir. À huit heures , on pouvait distinguer des objets sur le pont. L’aspect du vaisseau quand la lumière nous revint, était des plus singuliers. Toutes les parties étaient couvertes de cette matière qui pleuvait; elle

avait l'apparence de pierre-ponce calcinée ; son épaisseur sur le navire était d’un pied , bien que nous eussions dû, pour lalléger, en jeter déjà plusieurs tonnes par-dessus bord ; car quoique ce füt une poussière impalpable , elle avait un poids considérable lorsqu'elle était comprimée. Une pinte pesait 12 onces et trois quarts. De Sumbawa au port de Sumatra, où le bruit fut entendu, il y a 970 milles en ligne directe, etc... À Ternate, on fut effrayé du bruit comme à Java. La distance est de 720 milles en ligne directe. »

Vous le voyez , tel est l’effet d’un seul volcan de nos jours , à 100 lieues de distance et jusqu’à 300 lieues. Or, si M. Gay-Lussac ne connaissait que 165 volcans allumés aujourd’hui sur la terre, on en compte des milliers d'à demi éteints ou d’entièrement éteints en diverses parties de notre globe.

Jugez donc par là de ce que devaient produire d’obseurité tous les volcans du troisième jour, alors que la croûte immense de la terre était tout entiere soulevée par la puissance du feu!

Mais je me hâte d’en revenir aux premiers versets de votre leçon. Voici le verset 9 :

Puis Dieu dit : Que les eaux qui sont au-

dessous des cieux soient rassemblées en un lieu , el que le sec paraisse ; et il fut ainsi.

O Jémouvant spectacle ! Voilà le plancher sur lequel je devais venir un jour, après tant de milliers d'années, accomplir mon épreuve et rencontrer mon Rédempteur ! Voilà Dieu qui le fait venir au-dessus des feux et au-dessus des eaux! C’est là que devait descendre, après tant de milliers d'années, la Parole faile chair , pour manifester la gloire des miséricordes de l'Eternel à toutes les créatures des cieux ! là qu’on devait lui entendre dire ces paroles : « Personne n’est monté au » ciel, sinon Celui qui est descendu du ciel , » Savoir, le Fils de l’homme qui est au ciel ! »

Mais je vous prie de bien remarquer ici comment s’est exprimé Moïse. Il ne dit pas : Puis Dieu dit : « Que le sec soit créé , »

non ; mais : Que le sec paruisse. — Lx sec était formé déjà et préparé depuis longtemps au fond des mers avec ses montagnes et: ses vallées. Il existait; mais il fallait seulement qu'il fût, en une partie du globe , soulevé au-dessus des eaux pour paraitre au jour, et qu’il fûl ailleurs affaissé pour recevoir dans ses profondeurs l’abondance des mers :

car Dieu avait dit aussi : Que les eaux qui sont au-dessous des cieux soient rassemblées en un lieu. Et il en fut ainsi.

Avez-vous vu, nes amis, chez des bijoutiers ou d’autres fundeurs, des métaux en fusion dans leurs creusets ardents? Vous aurez toujours aperçu à leur surface une croûte dé leurs rouilles et de leurs impuretés qui surnage.

Eh bien! ainsi en était-il, sous la profondeur des mers , à la surface des métaux embrasés. Il s’y était formé depuis des siècles, sous la quadruple influence des feux, des eaux , des métaux et des gaz tourmentés el bondissants, une croûte qui sagitait sous Vabime bouillonnant des eaux, tandis que cetle croûte et ces eaux étaient elles-mêmes souvent travaillées par les granites, les gaz et les feux jaillissant au travers. Cétait donc cette croûte qui, soulevée le troisième jour à . l’ordre de Dieu, vint à la surface avec ses montagnes et ses vallées, tandis qu’elle sabaissait ailleurs pour recevoir dans ses mystérieuses profondeurs l’immense assemblage des mers! |

« O Eternel! mon Dieu, tu es merveilleuse-

» ment grand, » s’écrie le Psalmiste racontant ces prodiges en son psaume CIV ; « tu fais du » feu: brûlant tes serviteurs! Tu avais couvert » la terre de l’abîime des mers comme d’un » vêtément; les eaux se tenaient sur les mon- » tagnes ; elles s’enfuirent à ta menace et se » mirent promplement en fuite au son de ton » tonnerre; les monts s’élevèrentet les vallées » $’abaissérent au même lieu que tu leur avais établi, Tu leur a mis une borne qu’elles ne passeront point : elles ne retourneront plus » à Ouvrir la terre, »

« Mais, » me direz-vous peut-être, « pourquoi, monsieur, nous parlez-vous toujours de métaux embrasés dans l’intérieur de la terre ? Et si l’on a reconnu que cet intérieur est en. feu, comment savez-vous que celte matière ardente ddive: être métallique ? »

Je le sais de deux manières, toutes deux très-simples. Je le sais d’abord par le poids de notre globe ; car on a pu se convaincre, au moyen d’un instrument très-exact nommé le pendule, et par des procédés très-sûrs que vous comprendrez très-bien quand vous serez plus grands , que notre globe, y compris ses terres , ses rochers et ses aux, pèse deux fois

autant que S'il était tout entier de marbre, plus de cinq fois et demie autant que sil était tout entier d’eau, et un peu moins seulement que s’il était tout entier de fer ou de zinc fondu. Il faut donc bien, s’il pèse deux fois plus que le marbre, que tout ce qui dans son intérieur n’est pas eau ou n’est pas terre ou n’est pas rocher, soit métallique.

Mais voici d'ailleurs une autre manière dont je le sais. Elle est pius simple encore. Cest qu’on a récemment étudié la composition de celte croûte de notre globe ou du sol sur lequel nous marchons; et l’on s’est assuré que toutes les substances dont sont composées les terres de nos champs et les rochers de nos montagnes, sont des rouilles diverses de métaux. Locre est de la rouille de fer; la céruse, de la rouille de plomb ; la chaux , de la rouille d’un métal nommé calcium ; la soude, la potasse, la magnésie, l’alumine, la silice, * de la rouille.de métaux nommés sodium , potassium, magnésium , aluminium, silicium.

Ainsi les rochers du Jura, dont nous bâtissons nos plus belles maisons, sont de la chaux combinée avec l'air fixe ou Pacide carbonique; la molasse et le grès que nous tirons

de Lausanne ow de Savoie, sont composés de sable siliceux, mêlé d'un ciment de chaux et de fer; la pierre à fusil est composée d'une rouille de silicium , mêlée à celle du fer et de l'aluminium ; la lave des volcans est à moitié formée de celle du silicium, mélée de celle du fer, du sodium et de Paluminium; le dur granite du mont Blanc, dont on fait les marbres de nos trottoirs, est aussi de la rouille de silicium, combinée de magnésie, d’alumine et de potasse.

Ainsi donc s'était formée au sein des mers et déposée en leur fond la croûte de noire globe , alors que Dieu dit enfin, le troisième jour de la création : Que les eaux qui sont au-dessous des cieux soient rassemblées en un lieu, et que le sec paraisse.

Mais je voudrais encore, mes amis, avant que nous allions plus loin, vous faire une fois de plus remarquer ici la sagesse divine des Ecritures et cette admirable précision avec laquelle elles ont, sur ce point comme ailleurs, précédé, dans leurs divins et simples récits, toute la science des hommes.

Les savants? depuis un siècle, se sont vivement attachés à l’étude des montagnes , des

mines , des volcans, des rochers et des en:

trailles de la terre, pour chercher à découvrir quelle a pu être l’histoire de notre globe avant qu’il y eût des hommes. Et comme on appelle en grec la terre gé, ils ont nommé Géologie cette étude dont ils s’occupaient.

Les pères de cette intéressante science furent. deux illustres génevois, MM. de Luc et de Saussure, qui naquirent il y a 146 à 130 ans, et qui voyagèrent beaucoup dans nos montagnes. M. de Luc s’atiacha dans ses écrits à montrer la profonde sagesse du livre de la Genèse; et comme il était lecteur de la reine d'Angleterre, il lui adressa, sur les montagnes et sur l’histoire de la terre , des lettres très-estimées.

M. de Saussure fit aussi paraitre de beaux écrits sur le même sujet; et comme il fut le premier savant qui parvint au sommet du mont Blanc, je vous dirai tout à l'heure ce qu'il remarqua dans les Alpes quand il les contempla de ce point élevé.

Pendant longtemps ces savants et leurs successeurs, ayant remarqué qu’il existe dans les montagnes deux sortes de roches tres-différentes : les unes évidemment formées sous

les eaux, car elles sont stratifiées (c’est-à-dire toutes composées de lits en couches superposées); les autres évidemment formées dans le feu ; car, au lieu d’être stratifiées, elles sont toutes composées de matières fondues et cristallisées ; ces savants, dis-je, furent longtemps . divisés en deux camps, dont lun disait :

« La croûte de ia terre est sortie du feu; » et l’autre : « Non, Messieurs, la croûte de la terre est sortie de l’eau. »

Mais la Bible, qui en savait plus qu'eux, leur eût dit : « Vous avez tous tort et tous raison ; » car elle enseignait depuis 5,500 ans que la croûte de la terre est formée à la fois sous l’action combinée et des eaux et du feu : les montagnes non stratifiées ayant été failes par le feu, sous le poids de ’abime des eaux; et les montagnes stralifiées, dans Peau, mais dans une eau profonde soumise à la puissance du feu. |

Eh bien! mes chers amis, voilà ce que reconnaissent aujourd’hui tous les savants, qu’ils soient croyants ou qu’ils soient incrédules. — N'est-ce pas que tout cela est admirable? ?

Et voyez aussi que cette condition de notre

demeure, sortie de l’eau et sortie du feu, nous rappelle fortement notre dépendance de Dieu et nous prêche que nous sommes gardés cha:

que jour par sa toute-puissance. Car on sait que la croûte qui recouvre notre globe , et sur laquelle nous bâtissons nos maisons’ et nos villes, n’est au-dessus des feux qui bouillonnent sous nos pieds que comme un frêle radeau flottant sur une mer de feu. Un savant géologue moderne, M. Buckland,, observe qu’on a compté dans cette couche 28 espèces de roches straüfiées en grès et en calcaires, ayant en moyenne chacune 1,000 pieds de hauleur , et 8 espèces non stratifiées (en granite, en gneiss, etc.), ayant encore chacune une plus grande épaisseur ; en sorte que la croûte tout entière aurait environ 3 lieues de hauteur, e’est-à-dire trois fois la hauteur du mont Blanc. Mais qu'est-ce que cela auprès de la terre, quia 3,000 lieues d’épaisseur ? C’est ‘un pour 1,000 ; c’est beaucoup moins que n’est sur une grosse et belle pêche la fine peau qui la recouvre. Mettez mille pelures de pêches les unes sur les autres, vous aurez une épaisseur bien plus grande que celle de leur fruit. M. de Quatrefages compare plus convenablement

éette croûte à ce que serait une feuille de papier à leltres appliquée sur une de ces sphères mobiles qu’on place sur un pied et dont on se sert dans nos écoles de géographie pour représenter la terre, — Comprenez donc combien est mince cette pellicule de notre globe.

Aussi voyez que de fois celte pellicule est secouée par les évolutions des feux et des gaz qui se développent dans son intérieur!

Il y a dix jours qu'à Genève, sur la rive droite du Rhône, au matin, les habitants des Bergues sentirent trembler la terre. Quelques-uns de vous ont-ils visité cet été, dans le canton du Valais, la malheureuse vallée de Viége? Avez-vous vu ce pays désolé, ces maisons renversées, ces rochers fendus et précipités ? C’était done ainsi, il y a peu de mois, qu’au sein même de nos puissantes Alpes, au pied rocheux du gigantesque mont Rose, du Cervin, de la Gemmi, la lerre tremblait, les rochers éclataient sons la puissance du feu intérieur, le sol s’entr’ouvrait! — Vous voyez par là combien la croûte de notre globe, est mince el le feu proche d'elle, Mais vous en pouvez juger mieux

encore par un très-simple calcul sur les accroissements de la température sur les minces profondeurs de cette croûte.

« On se fait dans le monde,» dit M. de Quatrefages, « une idée fort exagérée de la voûte terrestre. Des expériences maintes fois répétées ont montré que ces accroissements de température étaient en moyenne d'environ 1 degré par 53 mètres. Prenons le nombre rond de 50 mètres. Il en résulte qu'à une profondeur de 5,000 mètres, c’est-à-dire à trois quaris de lieues de la surface, on aurait déjà la température de l’eau bouillante. Et si l’on suppose que la chaleur croisse d’une manière uniforme, à une profondeur de 20 kilomètres on trouverait 666 degrés, c’est-à-dire une température à laquelle fondent la plupart des silicates qui entrent dans la composition de nos roches. Ainsi, à environ 4 lieues de poste de la surface doit commencer la masse incan- . descente qui forme la presque totalité de notre globe. » — « Quand on ramène la question à ces termes, » ajoute M. de Quatrefages, « on cesse de s'étonner des mouvements qui peuvent agiter celte pellicule, et l’on est plutôt surpris que la Surface habitée de notre globe n’en

soit pas plus souvent bouleversée (1). » Vous le voyez, mes amis, telle est cette pellicule sur laquelle vous marchez tandis que les 1aves bouillonnent au-dessous, en sorte que lorsque de Genève ou de Zermatt, ou de Chamouni, vous contemplez ces géants des Alpes, dont la tête, couverte de neiges perpétuelles , vous semble se perdre dans les nues, vous pouvez vous dire qu’au-dessous leur pied, à 4 lieues de poste seulement, est enfoncé dans les ardeurs du feu. Il disait donc bien plus vrai qu'il ne pensait, le trop célèbre Voltaire, quand, décrivant notre lac et nos Alpes , il parlait

«5, DURE CU SEPT De ces monts sourcilleux Qui pressent les enfers et qui fendent les cieux.

Et le livre de Job, parlant, il y a trente-trois siècles, de cette pellicule que Dieu fit paraître - au troisième jour et qu'il nomma ferre, avait de bonnes raisons pour défier à jamais les savants et les géologues de tous les âges de nous dire comment ce sec se maintient ferme

sur une mer de feu. « Qui est celui-ci qui

(1) Souvenirs d’un naturaliste, 2e vol., p. 463.

» obscurcit mon conseil par des paroles sans » science ? Ceins maintenant tes reins comme » un vaillant homme, et je finterrogerai et » {u m’insiruiras. Où étais-tu quand je fondais » la terre? Si tu as de l'intelligence, dis-le » moi. Qui en a réglé les mesures, si tu le » sais? Sur quoi ces bases sont-elles affer- » mies, ou qui est celui qui en a posé la » pierre angulaire pour la soutenir (1)? »

Ne vous ai-je pas dit, chers enfants, que lon compte 163 à 200 volcans allumés encore aujourd’hui en diverses parties de la terre , et qu’on en voit des milliers d’autres qui brülerent autrefois et sont éteinis ou presque éteints de nos jours? En 1707, à 200 lieues seulement d'ici, on vit sortir de la mer, près de l’île Santorin , une ile qui avait 5 milles de circonférence et 40 pieds de hauteur au-dessus des flots. Ainsi aux Açores, l’île de Sabrino. Ainsi au Mexique, le 29 septembre 1755, la . montagne de Jorullo, d’ane surface de 4 milles carrés, fut vue de tous les habitants, au bruit épouvantable des feux souterrains, se soulever de la plaine en forme de dôme ou de vessie , à

(4) Job, XXXVII, 2-6. w :

une hauteur de 1,670 pieds qu’elle conserve encore aujourd’hui : des flammes sortaient de terre autour de la nouvelle montagne sur un espace de plusieurs milles, et la surface de la plaine s'élevait et s’abaissait comme une mer agitée. Ainsi des centaines et des milliers d’îles , de corail, dans locéan Pacifique, ont évidemment surgi du fond des eaux, puisque leurs rochers et leurs montagnes de corail ont été formés sous la surface des mers, les animaux innombrables qui les construisirent périssant dès qu’ils sont hors de l’eau. Les côtes de La Suède se sont récemment élevées de plusieurs pieds au-dessus de la mer, ainsi que celles du Chili. Vous le voyez donc, on remarque partout, sur la croûte de notre terre , les œuvres du feu qu’elle recouvre.

Et quand M. de Saussure se trouva monté sur la plus haute cime de l’Europe , au sommet du mont Blanc, il remarqua avec élonnement, en regardant tout l’ensemble des grandeurs dont il était environné , qu’elles étaient situées autour du mont Blanc comme sont dans un artichaut les feuilles du fond autour de son cœur. Et plus tard , les géologues ont reconnu que presque toutes nos grandes mon-

lagnes de granite sont plus récentes que les autres , et que, poussées en haut par le feu intérieur perçant et soulevant les montagnes plus anciennes et les écartant tout autour, elles avaient surgi comme des géants et s’étaient élevées dans les hauteurs des nues, lancées de bas en haut par la puissance du feu.

Aussi remarque-t-on sur toute la terre, quand on perce et qu’on étudie les montagnes et les roches stratifiées, qu’elles sont souvent fendues , et que leurs fentes ont été remplies ou de granite fondu, ou de laves, ou de métaux d’or , d'argent, de fer, de cuivre, de zinc, d’étain, de plomb, qui, jaillissant de bas en haut, ont rempli ces cavités en s’y refroidissant.

Je vous ai apporté ici un dessin de la croûte de la terre telle que les savants l’ont reconnue et telle que l’étudient aujourd’hui nos géologues. Je pourrai vous le montrer après notre leçon, et j'espère pouvoir , dans un dimanche prochain , vous dire quelques-unes des mer:

veilles qu’ils y ont découvertes.

Eh bien! mes chers enfants, j'espère que vous avez compris ces deux premiers prodiges du troisième jour : le sec apparaissant au-des-

sus des eaux, et aussi les eaux s’amassant aux lieux qui leur avaient été préparés de Dieu, et formant sur le globe l’admirable ensemble des mers.

Mais quelle merveille que cette mer ! Je voudrais avoir le temps de vous dire son étendue, ses marais, ses courants supérieurs el inférieurs qui en font presque un être organique et vivant, ses immenses profondeurs, qui en quelques lieux de l'Atlantique méridional et du Pacifique (si on en croit les différents sondages des officiers de la marine américaine) vont jusqu’à trois fois la hauteur du mont Blanc, je veux dire jusqu’à 40 et 50,000 pieds. Je voudrais surtout vous faire remarquer sa haute utilité ou plutôt sa nécessité pour la vie de notre globe. Car ne croyez pas que l’étendue respective du sec et de la mer sur le globe soit un résultat du hasard.

Dieu à tout fait par ordre et par mesure. Notre terre périrait si les mers en étaient retranchées ou seulement diminuées, leurs eaux qui s'élèvent dans les hauteurs de l'air étant indispensables pour entretenir nos fleuves el pour arroser nos campagnes. Et cetle mème terre, abîimée par les pluies, seraitinhabitable ,

si les mers de notre globe étaient plus abondantes. D'ailleurs, comme l’a dit l’illustre Fénelon, « ces vasies mers qui semblent mises au milieu des terres pour en faire une éterpelle séparation , sont au contraire le rendezvous de tous les peuples , qui ne pourraient aller par terre d’un bout du monde à Pautre sans des fatigues et des dangers incroyables. C’est par ce chemin sans bornes, au travers des abîmes, que l’ancien monde donne la main au nouveau , et que le nouveau prête à l’ancien tant de commodités et de richesses. »

Mais il faut que je parle, en finissant, du troisieme et du plus étonnant des prodiges du troisième jour. Voyez ces plantes qui la couvrent au nombre de 60,000 espèces, comme les a comptées M. de Candolle. Ce n’est plus une transformation : c’est une création . c’est un miracle, c’est 60,000 miracles. Un chimiste peut faire des rochers el même des diamants avec de la silice, de la chaux et du charbon ; mais est-il aucun chimiste qui puisse faire un arbre, une herbe, une mousse , une plante vivante? Voyez ces plantes, ces fleurs, ces arbres, ces graines ,.ces fruits et toutes ces richesses mystérieuses de la végétation.

O quel ensemble de miracles! mais le miracle des miracles, c’est qu’elles portent leur semence. Une montre, le plus admirable ouvrage de l’homme, est bien inférieure encore à la moindre plante et à tous ces organes qu’il faut voir au microscope. Mais encore, que diriez-vous d’une montre qui produirait des montres, lesquelles, à leur tour, produiraient d’autres montres de génération en génération et jusqu’à la consommation des siècles ? O puissance de Dieu ! à sagesse de Dieu! Ô richesse et fidélité de Dieu! Puis Dieu dit :

Que la terre pousse son jet. La terre donc produisit son jet. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin; ce fut le troisième jour.

Adorons Dieu dans toutes ses œuvres, et attendons-nous à sa fidélité.

On récilera dimanche prochain depuis le verset 11 au versel 19.

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