LE
apporte de nouvelles découvertes et de nouveaux héros. Tous ces traits épars réunis en faisceau formeront un trophée qui vaudra bien des monuments élevés à la mémoire de personnages renommés pour des actions de moins d’éclat.
Il est une classe d'hommes surtout dont nos historiens se sont attachés dans ces derniers temps à nous faire connaître l’histoire intime : c'est celle des voyageurs-interprètes.
On sait que ces voyageurs se divisaient en deux groupes.
Les uns, mercenaires à la solde des traiteurs et des commerçants, couraient les bois avec l'ambition de faire fortune coûte que coûte. Ils ne songeaient ni de près nide loin à la cause de la morale ou à l'avenir de la colonie française. Pourvu que le trafic des fourrures allât bien, ils ne s’inquiètaient guère de conserver aux colons l'amitié des tribus.
À cette avant garde d’écunmieurs, les missionnaires et les gouverneurs opposèrent une école d'hommes probes et religieux. Dans ces temps de foi et d’honnèêtes dévouements, il se trouvait
POS at
des laïcs disposés à braver la mort pour prendre partaux mérites des missionnaires et pour aider la France à fonder des colonies. Cette école s'était formée autrefois au Brésil, bien avant l’arrivée des Portugais dans ce pays, et Champlain avait jugé combien elle serait utile à son œuvre. Dans ses voyages, il enrôla dans les ports de mer de France quelques-uns de ces serviteurs dévoués qui furent les premiers pionniers patriotes dans les forêts du Canada. Sur leurs traces marchèrent Marsolet, Brûlé, Nicolet, Marguerie, les Godefroy.
Ces gens n'étaient point de vulgaires aventuriers. Dans leurs courses lointaines parmi les peuplades sauvages, ils se formaient à leurs habitudes, apprenaient leur langue et les entretenaient en bonne amitié avec la colonie. Généralement admis à faire partie de la nation dans les villages de laquelle ils demeuraient, ils étaient regardés comme ses enfants, et acquéraient au moyen de leur adresse et de leur énergie une grande autorité dans les conseils.
Dans l’histoire des premiers temps de la colonie, ces hommes ont joué un grand rôle.
Après être demeurés de longues années au
ass EE ous
milieu des bois, ils revenaient au pays rapportant les connaissances qu'ils avaient acquises. Combien de découvreurs ont dû leur gloire aux relations de ces pauvres enfants du peuple ?
La plupart du temps, au retour de leurs courses, ves intrépides pionniers se sont mariés et établis dans le pays, et ils sont devenus la souche des principales familles canadiennes. Ces simples colons savaient conserver toujours la confiance des sauvages qui les avaient vus vivre la même vie qu'eux.
Combien d’entre eux conduisirent au loin les missionnaires dont ils avaient préparé la visite en instruisant les capitaines sauvages et en baptisant les enfants ? Que de troubles, que de massacres n'évitèrent-ils pas à la colonie, ces hommes simples et naïfs? Qui redira jamais les choses étonnantes qu'ils accomplirent ? Il est assez commun de trouver des hommes capables de faire face à un danger pressant durant un court espace de temps; mais il est rare d’en rencontrer qui puissent, pendant la durée de plusieurs années, fournir chaque jour des
preuves de prudence, d’habileté et de courage,
sans jamais se démentir.
| Ce
Et, pourtant, c'est ce que firent les voyageursinterprètes.
Pendant que le missionnaire catéchisait la tribu, eux parcouraient le pays, relevant les rivières et les lacs, découvrant de nouvelles nations pour les gagner à la foi et au roi.
Ces voyageurs étaient choisis parmi les plus alertes et les plus vigoureux. L:s sauvages s'étonnaient ie leur vaieur et de leur adresse. On les vit provoquer les enfants des bois à la course, soit avec des raquettes, soit sans raquettes, et remporter la victoire sur tous leurs concurrents Et leur humeur était si gaie et si agréable, que les vaincus eux-mêmes leur témoignaient de l’amour et du respect,
On avait soin de les prendre encore jeunes, afin de les façonner plus aisément à cette vie rude et aux difficultés des langues. La plupart d'entre eux avait une excellente instruction. Ils parlaient le latin, l'anglais, le hollandais, et savaient d'ordinaire plusieurs dialectes sauvages. Quelques-uns, pendant leur captivité, ont écrit des lettres fort touchantes. Ces récits naïfs, tracés sur des écorces de bouleau, quelquefois avec de l'encre form de poudre à fusil délayée,
de
étaient attachés aux arbres le long des rivages et tombaient aux mains des voyageurs de passage ’.
On en a vu mener des négociations avec l’ennemi, comme de véritables diplomates.
Les Relations sont pleines de touchants détails sur les actions héroiques de ces serviteurs dévoués.
Hardis, intelligents, doués d’un heureux caractère, 1]s accompagnaient les enfants de la forêt dans leurs courses aventureuses, supportant des fatigues et des privations incroyables.
Quand la chasse ne donnait pas, ils n'avaient souvent pour toute nourriture que l'écorce des arbres.
C’est l’histoire de l’un de ces enfants du peuple, la vie d’un de ces oubliés que nous voulons raconter.
En recueillant les détails épars dans lhistoire, dans nos manuscrits, dans les archives, en reproduisant le récit des vieilles relations nous avons cru faire œuvre bonne.
1 Relations des Jésuiles ; relation du père Bressani ; lettre du P. Jogues.
= 7 em ee .
SAR Dar
Guillaume Couture, /e bon Guillaume, comme l’appellent toujours tous les vieux récits, ‘ fut un des plus remarquables voyageurs-interprètes des premiers temps. Il se voua au service de sa religion et de son roi. Compagnon du martyr Jogues, camarade de René Goupil et de Lalande, il est l’'émule de Nicolet, et les Sauvages lui décernèrent ce nom.
Et si Québec s’enorgueillit de la probité et du dévouement d'hommes de bien comme Hébert et Couillard, ses premiers habitants, une des plus vieilles paroisses du pays, celle de la Pointe de Lévy, est heureuse de pourvoir mettre en pleine lumière le nom de Guillaume Couture, son premier colon, premier juge senéchal et premier capitaine de milice.
1 Le père Bressani, le père Jogues, les Relations des Jésuites, la vénérable Marie de l'Incarnation l'appellent toujours ainsi.
sm EE
Guillaume Couture est un enfant de la Normaudie. Il naquit à Rouen, en 1617, du mariage de Guillaume Couture et de Madeleine Mallet.
Ce renseignement est pris dans le dictionnaire généalogique de l'abbé Tanguay. D’après l'abbé . Ferland, Couture: aurait vu le jour l’année 1 même de la fondation de Québec, en 1608.
Rouen était alors la ville où se recrutait spécialement toute cette intrépide population qui avait donné à la France l'empire d’un monde.
| C’est là que Champlain avait trouvé la plupart | de ses fidèles interprètes. C’est dans les fau- | bourgs des villes de Normandie que les armateurs raccolaient leurs meilleures équipages. | Nicolet, le Tardif, Marguerie, Hertel, Marsolet, les Godefrov sont des enfants de la province normande.
Elevé au milieu des pêcheurs et des marins, | Couture dut se former de bonne heure à l’idée des voyages. Etant encore fort jeune, il s’em- | barqua pour le Canada.
| 1 (Histoire du C'unada—tome T, page 3 F7.)
is M
Les pères jésuites, dès 1684, avaient fondé sur les bords des grands lacs un établissement au milieu des Hurons. Ils avaient besoin de jeunes gens de métier, courageux et actifs: Couture,
sr 48 qui était menuisier, s'engagea au service de la 18e compagnie, dès son arrivée.
let.
ire L'abbé Ferland le fait venir au pays en 1642, bé mais par un acte qui se trouve au grefte des 16e
notaires à Québec ?, on voit que Guillaume Couture, domestique des révérends pères religieux de la compagnie de Jésus de la mission des Hurons en lu nourelle France, demeurait déjà dans cette m1 | mission dès 1640.