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C'était l'habitude alors de ceux qui se destinaient à de longs et périlleux voyages de faire avant leur départ, une donation générale de leurs biens à leur famille 3.
1 Appendice c. tom. I. Æist. du Canada.
2 Greffu de Martial Piraube. Ce document porte la date du 26
juin 1641.
3 A chaque instant, on trouve dans les greffes des notaires du S, temps des actes qui commencent par ce préambule éloquent dans e son genre: Fut présent Charles Rocheron, lequel estant près de | son départ pour faire voyage au Mississipy, et comme c'est un lieu . éloigné auquel il risque sa vie et que nous sommes pour mourir en
quelque lieu que nous puissions être et en cas que le dit Charles Rocheron vienne à mourir, il fait donation à son père, mère et sœur de ses biens et du quint de son voyage pour faire dire des messes (greffe de Metru—7 mai 1699).
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Couture avait laissé en France sa vieille mère et une sœur :. Son père, qui exercait l’honnête profession de menuisier, était mort laissant quelques biens dans sa succession. Il y avait entre autres certains immeubles en la paroisse de la Haye-Aubray, en Normandie. Un des oncles de Guillaume, laboureur à Aubray, était son tuteur et avait eu l'administration de ses biens.
De passage à Québec, dans l'été de 1641, Couture fit donation de ses héritages à sa mère et à sa sœur et leur donna pouvoir de se faire rendre compte de la gestion de tutelle de son oncle ?,
I] dut partir la même année pour le pays des Hurons, car, au printemps de 1642, le père Isaac Jogues revenant de cette grande et glorieuse mission, après six ans d’incessants labeurs, le cite comme son compagnon de voyage 3.
Partis du Saut-Sainte-Marie le treize de juin,
1 Marie Cousture,
2 Greffe de Martial Piraube, 26 juin 1641. Dans l'inventaire des minutes d'Audouard on trouve encore, datée du 23 juin 1641, une donation par le même Couture à sa mère Magdeleine Mallet. Cet acte est disparu. (Voir à l'appendice a).
3 Lettre du père Jogues au P. Provincial de France, écrite d'Al. bany le à août 1643.
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les voyageurs arrivaient à Québec après trentecinq jours de marche. Il leur avait fallu parcourir trois cents lieues de pays, “ désembarquer quarante fois et quarante fois porter leurs bateaux et tout leur bagage dans les courants et les chutes d'eau.” Dans ces accidents de voyage n'étaient point compris quelques naufrages où ils avaient été en grand danger de perdre la vie, et les embuscades des [Iroquois évitées comme par miracle.
Après quinze jours de repos, ce prêtre infatigable reprenait le chemin du pays des Hurons.
Trois-Rivières était le poste avancé d’où partaient les expéditions pour les pays lointains des lacs et des missions sauvages. C’est à cette dernière escale en pays connu, que le père Jogues s’embarque le second jour d'août avec les sauvages qui l’ont suivi depuis les lacs. Il ramène avec lui Guillaume Couture, interprète, René Goupil, jeune chirurgien, qui allait exercer son art auprès des chrétiens, et un jeune français dont les Relations ne nous ont point conservé le nom.
L'expédition se compose de quarante person-
1 Relations de 1647 p. 18.
nes montées sur douze canots divisés par escouades. L’avant-garde est conduite par le valeureux chef Eustache Ahatsistari.
La flottille porte les approvisionnements des missionnaires et de leurs compagnons, ainsi que les objets nécessaires pour les chapelles.
Aux flancs des canots voltigent au gré du vent comme des flouelles' les chevelures des ennemis tués au combat.
Les voyageurs avaient laissé les Trois-Rivières depuis deux jours, lorsqu'un matin, arrivés aux environs des îles du lac Saint-Pierre, l’avantgarde découvre sur le rivage quelques pistes d'hommes nouvellement imprimées sur le sable *, On met pied à terre. Les uns disent que ce sont des vestiges de l'ennemi, les autres assurent que ce sont des traces d’Algonquins, sauvages alliés. Ahatsistari, auquel tous les autres
1 Relations.
2 Les canots longeaient la côte pour éviter le courant (Père Jogues). Situé } rès de l'embouchure de la rivière des Iroquois et traversé par des canaux nombreux et étroits, ce groupe d'’iles offre bien des points où l’on peut facilement dresser des embuscades. Aussi les Agniers s'y tenaient ordinairement lorsque la navigation était ouverte : car, outre la facilité d'y surpendre les canots hurons et algonquins, ils y trouvaient le gibier et le poisson en abondance. (Ferland.)
défèrent pour ses faits d'armes et son courage, s’écrie : ‘“ Qu'ils soient amis ou ennemis, il n’importe, je remarque à leurs traces qu'ils ne sont pas en plus grand nombre que nous. Avançons et ne craignons rien.” À peine ont-ils fait un mille de chernin, que l'ennemi, caché dans les grandes herbes et les broussailles, se lève avec de grands cris et décharge sur les canots une grêle de balles.
Le bruit des arquebuses effraye si fortune partie des Hurons, qu'ils abandonnent leurs canots et leurs armes pour se sauver au fond des bois. Le jeune Français,qui se trouve à l’arrière-garde, les suit. Heureusement, cette première décharge n'a fait aucun mal; un Huron seulement a eu la main transpercée et quelques canots sont brisés en éclat. La petite expédition ne compte plus que douze à quatorze combattants. On se bat vaillamment, lorsqu'une bande de quarante Iroquois en embuscade de l’autre côté du fleuve vient fondre sur ceux qui résistent encore. Ecrasée par le nombre des ennemis qui reçoivent toujours du renfort, cette poignée de braves perd courage. Ceux qui sont les moins engagés sont contraints de’ fuir, abandonnant leurs camurades dans la mêlée. René Goupil, qui n’est plus soutenu de ceux qui le snivent, est
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ne MR entouré et pris avec Ahatsistari et les plus courageux des Hurons.
Le père Jognes, qui aurait pu se sauver en se cachant dans les halliers et dans les roseaux, ne veut point abandonner les Français et les néophytes, et ?l vient grossir le nombre des captifs.
‘“ Pour moi, écrit-il, témoin de tout, je ne voulais ni ne pouvais fuir. Comment fuir en effet nu-pieds : ? Comment me résoudre à abandonner ce bon Français, les autres Hurons captifs, et ceux qui allaient le devenir, et dont plusieurs n'étaient pas baptisés ? Cependant, comme les ennemis, pour poursuivre les fuyards, m'avaient laissé sur le théâtre du combat, j'appelai un de ceux qui veillaient à la garde des prisonniers, et le priai de m'adjoindre au Français déjà pris, lui faisant comprendre qu’étant son compagnon de voyage, je voulais partager ses périls et sa mort. Cet homme, comme saisi de frayeur, et pouvant à peine ajouter foi à mes paroles, s’approcha de moi, et me réunit aux autres captifs.”
Guillaume Couture, qui rencontre pour la
1 C'était un usage chez les sauvages de quitter les chaussures en entrant dans les canots, afin de n'y introduire ancune saleté,
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première fois l’Iroquois, fait bravement le coup de feu, puis, voyaut que les Hurons lâchent pied, il se sanve comme eux dans les bois. Jeune, plein d’ardeur et d'agilité, il est bientôt hors des prices de l'ennemi, lorsqu'il s'aperçoit que le père Jogues ne l’a point suivi. Il est pris de remords parce qu’il a abandonné le missionnaire et son camarade. ‘ Comment ai-je pu, se dit-il à lui-même abandonner mon père chéri, et le laisser exposé à la rage des sauvages ? Comment ai-je pu fuir sans lui ? Quoi! l’abandonner ? Jamais.” Ilne veut point passer pour lâche et comme il s’en va retourner sur ses pas, 1l se trouve en face de cinq grands Iroquois. L’un deux le couche en joue, mais l’arquebuse fait fausse amorce, et Couture, qui considère que l’on ne doit jamais manquer son ennemi, le jette raide mort sur place: Il se trouve que celui qu’il vient d’expédier si prestement est un chef distingué. Les quatre Iroquois qui restent, furieux, se jettent sur lui, le dépou'llent de ses vêtements, le rouent de coups de bâtons, lui arrachent les ongles, lui broient les doigts avec leurs dents, et lui passent une épée à travers la main droite. Après lavoir lié et garrotté ils l’imènent à ses compagnons !.
1 Plût à Dieu, écrivait plus tard le père Jogues, qu'il eût échap-