‹ Le premier colon de Lévis [microforme]Chapitre 4 sur 33 · ER · texte numérisé non relu

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Le père Jogues le reconnait, il s'échappe de ses gardes et se jette à son cou: “ Courage, lui dit-il, mon cher frère et mon cher ami, ‘offrez vos douleurs et vos angoisses à Dieu pour ceux mêmes qui vous tourmentent ; ne reculons point, souffrons courageusement pour son saint nom, nous n'avons prétendu que sa gloire en ce voyage.” Les Iroquois demeurent d’abord tout étonnés. Puis, se figurant que le Père applandit à Couture de ce qu'il a tué un de leurs chefs, ils se jettent sur lui, le frappent à coups de poings, de bâtons et de massues, et le laissent à demimort, Comme 1l respire encore, ceux qui n'oiit point frappé s’approchent, lui arrachent avec leurs dents les ongles des doigts, lui mordent les index dépouillés des chairs et les broient comme entre deux pierres. René Goupil est traité de la même façon.

Quelque atroce que soit la douleur, les mariyrs la supportent avec calme et sang-froid.

pé et qu'il ne fût pas veuu augmenter le nombre des infortunés ! En pareille circonstance, ce n'est pas une consolation d'avoir des compagnons, surtout quand ce sont des personnes qu'on aime comme soi-même. Mais tels sont les hommes, qui, bien que séculiers et sans motif d'intérêt terrestre, se consacrent chez les Hurons au service de Dieu et de la compagnie de Jésus...

4 Le souvenir des souffrances de Notre Seigneur, m'a-t.il dit depuis, lui fit supporter avec grand: joie cette don'eur, quoiqu'elle fût atroce. (Lettre du père Jogues.)

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Cependant les coureurs reviennent de leur chasse aux hommes, et l’on s'embarque pour l'autre rive du fleuve où le bagage des douze ‘anots est partagé. Le butin était assez considérable, car outre ce que chaque Français apportait pour lui-même, il y avait vingt paquets renfermant beaucoup d'objets d'église, et de plus pour les missionnaires, des habits, des livres, et autres choses, que la pauvreté chez les Hurous rendait vraiment précieuses". On prit ensuite le chemin du pays iroquois.

Le voyage dura treize jours.

Il est difficile de concevoir les souffrances qu'eurent à endurer les prisonniers : la faim, la soif, une chaleur ardente, les menaces, les mauvais traitements, la douleur des plaies encore ouvertesetenvenimées,dans lesquelles se formaient déjà des vers. l'endant les haltes, les barbares s’approchaient des prisonniers pour leur arra-

1 Le lieu où se fit le partage, d'après un ancien manuscrit, était près de Sorel. Les [roquois, selon leur coutume, gravèrent sur les arbres l’histoire de leur triomphe. A l'aide de ces lignes grossières et hiéroglyphiques, i's faisaient connaitre le nombre et la qualité des captits. Il était facile de distinguer le P. Jogues parrui eux. Les chrétiens qui trouvèrent, peu après, ce triste monument, voulurent en perpétuer et en sanctifier le souvenir, en élevant une croix au méme lieu. [l'était juste que le signe des prédestinés marquât la route de ces héros de la Foi. [Il ne reste plus aujourd'hui de traces de ce pieux monument.

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cher les cheveux et la barbe, et enfoncer profondément leurs ongles toujours très aigus, dans les parties du corps les plus délicates et les plus sensibles. Chaque soir, pour se délasser des fatigues de la journée, on renouvelait les tortures. Cette marche funèbre de chrétiens avait quitté les rives du Saint-Laurent depuis huit jours lorsqu'on fit la rencontre de deux cents guerriers iroquois qui venaient à la chasse des Français.

C'était une croyance parmi les sauvages que ceux qui partaient pour la guerre étaient d’autant plus heureux qu'ils étaient plus cruels envers leur ennemis. Les gnerriers s’en allant en course, à la vue des prisonniers, remercient d’abord le soleil, dieu des combats, de cette capture, et félicitent leurs compatriotes par une brillante décharge de mousqueterie, puis tous entrent dans les bois voisins pour y couper des bâtons. Ainsi armés, deux cents guerriers se rangent sur deux lignes et font passer les prisonniers tout nus dans ce chemin nouveau. C’est d qui deschargera plus de coups et plus fortement. Le père Jogues, qui est réservé pour la fin, n’a pas fait la moitié de la route, qu’il tombe écrasé sous cette grêle de coups et ne peut plus se relever. Un instant on le croit mort. Il revient à

lui et les supplices recommencent. Les doigts sont brül”s, écrasés, pressés, tordus. Quand les forces manquent aux captifs, on leur applique du fen aux bras et aux cuisses.

Ahatsistari eût les deux pouces coupés, et, par la plaie de la main gauche, on enfonça jusqu'au coude un bâton très aigu.

Dans l'après-midi du treizième jour après leur départ, les captifs arrivent enfin sur les bords de la rivière, près du premier village des Agniers. Pendant tout leur voyage, ils n'avaient mangé que quelques fruits cueillis en passant sur la route. Dans les haltes, les sauvages avaient mis la chaudière sur le feu, comme pour cuire la nourriture; mais tout s'était burné à laisser chacun prendre de l’eau tiède à discrétion.

À l'entrée du village, la jeunesse, armée de bâtons, et rangée sur deux haies, attendait les hôtes de la nation.

Voici l’ordre établi dans la marche :

En tête des prisonniers, on fit marcher Couture. Il avait tué uu chef de distinction et on

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le considérait comme le plus criminel. Après lui venaient les Hurons, à égale distance les uns des autres, et au milieu d'eux était René Groupil. Le père Jogues fermait la marche. Les Iroquois s'étaient répandus dans les rangs pour retarder la marche et mettre plus de distance entre les prisonniers.

Les uns, armés de morceaux de fer qu'ils faisaient jouer au bout d’une corde, les autres, brandissant de lourds gourdins, frappaient à coups redoublés. Ce chemin conduisait à un échafaud élevé au milieu du village où les victimes furent exposées pendant le jour à la curiosité publique :.

La nuït on les réunissait dans une cabane où les enfants s’amusaient à jeter sur eux des cendres rouges et des charbons ardents’, Pour rendre leurs fils capables des plus grandes choses, les sauvages leur faisaient faire l’apprentissage de la cruauté.

Les Iroquois n’avaient encore jamais vu sur

fe . “@— j ‘ leurs théâtres des prisonniers français, ni des chrétiens ; aussi, contre l'usage, et pour conten-

1 M. Joseph Marmette a admirablement tiré parti de cette scène de bastonnade dans ie chevalier de Mornac.

2 Relations de 1647—passim. Lettre du père Jogues.

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ter la curiosité de tout le monde, on les conduisit dans tous les villages.

Il fallait avoir des bourreaux plus frais.

Pendant ses tourments le père Jogues trouvait encore moyen de baptiser les catéchumènes hurons avec quelques gouttes d’eau, restées à la suite de la pluie sur les feuilles des épis de blé d'Inde qu’on lui avait servis pour nourriture.

Guillaume Couture, quoiqu'il eût les mains toutes meurtries, n’avait encore perdu aucun de ses doigts. Un sauvage se chargea de réparer cet oubli, et lui enleva la moitié de l'index droit. La douleur fut d'autant plus grande que le sauvage se servit, non d’un couteau, mais d’un morceau de coquillage ; et comme il ne pouvait couper le nerf trop dar et trop glissant, il le lui arracha en tirant avec une telle violence, que le bras enfla prodigieusement jusqu'au coude. La douleur en rejaillit jusqu’au fond de son cœur, dit le père Jogues.

Un sauvage eut pitié de lui, et le g'arda dans sa maison. Couture put ainsi échapper aux tourments qu'eurent à subir encore ses malheurex compagnons.

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Depuis sept jours ils étaient trainés de village en village, de théâtre en théâtre, lorsqu'on leur annonça qu'ils allaient périr par le feu. Cependant, après une plus mûre délibération, les anciens des villages pensèrent qu'il valait mieux conserver la vie aux Français afin de pouvoir se servir d'eux avantageusement dans l’occasion pour faire la paix.

C'était de la politique sauvage.

Trois Hurons furent condamnés à mourir.

L'un d'eux était le brave Ahatsistari, qui périt au milieu des tortures avec toute la grandeur d'âme et la pationce d'un martyr.

Les Français ayant la vie sauve, on ne leur fit plus aucun mal. Où les coucha sur des écorces d'arbre et on leur donna de la farine d'Inde pour se réconforter et parfois un peu de citrouille à demi-crue. “Leurs mains et leurs doigts étant tout en pièces, dit la relation, il leur fallait appaster comme des enfants.”

Lorsque les captifs eurent repris assez de force, on parla de Îles ram:ner aux Trois- Rivières pour les rendre aux Français, mais les chefs ne purent s’accorder.

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il- Les sauvages avalent coutume de donner Îles on prisonniers aux familles qui avaient perdu U. quelques-uns de leurs parents à la guerre. Ces )n, prisonniers héritaient en quelque sorte des uit droits des défunts et n'avaient plus d’autres de maitres que le chef de la famille. Celui-ci ns î avait sur eux droit de vie et de mort.

Guliaume Couture, qui avait conservé assez de vigueur pour march:r jusqu'à Tionnontoguen’', fut donné à uue famille dont le chef 1 à avait été tué en guerre.

it ir | Le père Jogues et Rné Groupil furent gardés

comme otages,

Dans l’automne, le gouverneur du fort d’O- S range traita en vain de la délivrance des prie sonniers. L: commandant hollandais proposa e | aux [roquois 269 piastres de rançon. Malgré

ses offres et s2s promesses, 1l ne put rien il obtenir. Les sauvages, très adroits et rusés, ne 4. voulant point paraitre rejeter la demande | de leurs alliés, alléguèrent faussement qu'ils avaient promis de rendre les captifs aux Français dans pou de jours *?.

1 Ce village était le plus éloigné des cinq cantons. 2 L'ordre de délivrer le P. Jogies avait été envoyé à tous les

En septembre, une simple aventure occasioina la mort de Goupil. Il ôta un jour le bonnet d'un enfant qui vivait dans sa cabane, et lui fit faire un signe de croix. Un vieillard superstitieux, aieul de l'enfant, prit cette action pour un maléfice, et ordonna à son neveu de tuer le français ; le neveu exécuta fidèlement cet ordre barbare.

Un jour, comme ie père Jogues et le jeune chirurgien rentraient au village, récitant leurs prières, deux jeunes gens les arrêtèrent, et l'un deux, tirant une hache cachée sous son vêtement, en porta un coup violent sur la tête de René Goupil, qui fut renversé et mourut peu d'instants après, en prononçant le saintnom de Jésus. A la vue de la hache ensanglantée, le père Jogues se jeta à genoux, ôta son bonnet, et se recommandant à Dieu, attendit que la hache lui tombât sur la tête. “ Lève-toi, lui dit le meurtrier, je n'ai pas le droit de te tuer, car tu appartiens à une autre famille.”

Après avoir trainé le corps de Goupil dans le village, on le jeta dans un torrent voisin où commandants de la Nouvelle-Belgique, par les Etats-généraux de

la Hollande, à qui la reine régente de France l’avait fait demander avec les plus vives instances. (Charlevoix).

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PEN: : DES les eaux du printemps l'entraîinèrent dans la rivière Hudson.

Dans l'hiver le père Jogues fut donné comme valet à des chasseurs. Vêtu d’un mauvais capot rouge, il Jui fallait couper ét apporter le bois pour entretenir le feu de la cabane. Il put cependant visiter les autres bourgades et donner des consolations aux captifs. :

ÎT s’appliqua à l'étude de la langue. Comme les assemblées de tout le pays se tenaient dans sa cabane, il commença d’instruire les anciens sur les mystères de la foi, Ceux-ci lui adressaient mille questions sur le soleil, sur la lune, sur la figure qu’on aperçoit dans son disque, sur l'étendue de la terre, la grandeur de l'océan, le flux et le reflux de ses eaux. Ils lui demandalent si, comme ils l'avaient entendu dire, le ciel touchait quelque part à la terre.

Le Père leur répondait suivant les préceptes de la science, en se proportionnant à leur intelligence. Et les sauvages saisis d'admira:ration disaient entre eux: ‘* Nous aurions fait une grande sottise de le tuer, comme nous avons été souvent sur le point de le faire,”

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