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capable de travailler les bois et de creuser proprement un canot, ce normand, intrépide comime tous les normands, ne tarda pas à s'emparer de l'esprit de ses nouveaux compagnons. Îl se forma à leurs habitudes, apprit leur Jangue et fit tant et si bien que l’on finit par l’admettre dans les conseils de la nation. Quand ses amis restés au pays déploraient son sort, Couture trônait dignement au milieu des sachems indiens, faisant valoir ses talents de société.
Pendant un certain temps, le bruit se répandit qu’il était mort dans des tourments cruels C'était un leurre des sauvages pour effrayer le père Jogues. Dans l'été de 1648, deux Hurons Captifs dans son village parvinrent à s'échapper, abordèrent aux Trois-Rivières et racontèrent force nouvelles au père Biébeuf.
Couture pendant l'hiver avait eu le pied gelé
de froid.
“ Les deux Français qui sont avec le père Jogues nous donnent de l’étonnement, dit la relation de 1643 (pp. 68-69), celuj notamment quise nomme Guillaume Couture, Ce jeune
1 Lettre du père Joguss
homme pouvait se sauver, mais la pensée Iui |
en étant venu: “non, dit-il, je veux mourir
avec le Père, je ne le saurais abandonner, je | ‘
souffrirai, volontiers, le feu et la rage de ces
tigres pour l'amour de J.-C., en la compagnie de mon Père.” C’est parler en homme vraiment || fidèle ; aussi ne s’était-il pas jeté dans ces dan- | sers, pour aucune considération temporelle.” L
| Depuis trois ans, le bon Guillaume vivait 1: de la vie des bois, jouissant de l'estime et de | | la considération de ceux qui l'avaient voulu mettre à mort, lorsqu'au printemps de l’année 1645, il vit arriver au milieu des cinq cantons À un prisonnier iroquois qui venait annoncer à | sa nation la bonne nouvelle qu'Ononthio avait
î résolu de faire la paix aïec la tribu :.
! Fatigués de guerroyer et de soutenir une | | Jutte sanglante, poussés sans doute par les bons j conseils de Couture, les vieillards résolurent | | d’enterrer la hache de guerre. Deux hommes | de considération furent délégués auprès du
souverneur de Montmagny. On leur donna | Couture comme compagnon de route. |
la visite du père Bressani qui fut fait prisonnier des Froquois, vers
1 Pendant sa captivité, au mois de novembre 1644, Couture eut cette époque. (Mémoire du père Bressani).
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Au mois de juillet, les ambassadeurs parurent en face des Trois-Rivières. ‘* Sitôt que Couture fut reconnu, nous disent les Relations ‘, chacun se jeta à son cou. On le regardait comme un homme ressuscité qui donne de la joie à tous ceux qui le croyaient mort, ou du moins en danger de passer le reste de ses jours dans une très amère et très barbare captivité.” Ayant mis pied à terre, il informa les autorités des desseins pacifiques de ses compagnons.
Cette bonne nouvelle annoncée, on vit accourir les Français au bord de la rivière. Alors le chef de la députation, debout à l'avant du canot qui l'avait amené, couvert de porcelaine, fit signe de la main qu'on l’écoutât : ‘ Mes frères, dit-il, j'ai quitté mon pays pour vous venir voir. On m'a dit à mon départ que je venais chercher la mort, et que je ne verrais jamais plus ma patrie, mais je me suis volontairement exposé pour le bien de la paix ; je viens donc entrer dans les desseins des Français, des Hurons et des Algonquins, je viens pour vous communiquer les
1 Relation de 1645. 3
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pensées de tout mon pays.” Cela dit, la chaloupe tira un coup de pierrier et le fort répondit d’un coup de canon.
Ce ne fut alors que réjouissances et festins, jusqu’à l’arrivée du gouverneur de Montmagny. Celui-ci voulut sceller le traité de paix par une somptueuse cérémonie qui eut lieu dans la cour du fort où l’on avait étendu de grandes voiles contre l’ardeur du soleil,
D'un côté était le gouverneur accompagné de sa suite et du père Vimont. Les Iroquois étaient assis à ses pieds sur une grande écorce de pruche. En face du trône de M. de Montmagny se tenaient les sauvages ailiés. Les deux côtés du carré étaient fermés par les Françaiset quelques Hurons.
L'audience étant ouverte, le chef de la députation, qui était d’une haute stature, se leva et regardant le soleil et tournant les yeux sur l'assemblée, prit un collier de porcelaine dans sa main et commença sa harangue d’une voix forte :
“ Ononthio prête l'oreille, je suis la bouche de tout mon pays, tu écoutes tous les [roquois
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en entendant ma parole. Mon cœur n'a rien de mauvais, je n'ai que de bonnes chansons en bouche, nous avons des tas de chansons de guerre en notre pays, nous les avons toutes jetées par terre, nous n'avons plus que des chants de réjouissance.”
Et, là-dessus, il se mit à chanter, et ses compatriotes répondirent. Il se promenait dans la place comme dans un théâtre ; il faisait mille gestes,il regardait le ciel, il envisageait le soleil :, il frottait ses bras comme s’il eut voulu en faire sortir la vigueur qui les animait en guerre.
Après avoir bien chanté, il remercia le gouverneur de ce qu'il avait sauvé la vie à un de sa tribu ; maisil se plaignit de ce qu'on l'avait renvoyé tout seul dans son pays : si son canot se fut renversé, si les vents l’eussent fait submerger, s’il eut été noyé, vous eussiez longtemps attendu le retour de ce pauvre homme abimé et vous nous auriez accusé d'une faute que vousmême auriez faite.
Prenant un collier et Pattachant au bras de Guillaume Couture: ‘“ C’est ce collier, dit-il, qui vous ramène ce prisonnier. Je ne lui ai pas
1 Relutions des Jésuites.
voulu dire étant encore dans mon pays: Vast-en, mon neveu; prends un canot et retourne à Québec. Mon esprit n'aurait pas été en repos ; j'aurais toujours pensé et repensé en moi-même: Ne s'est-il point perdu? {En vérité, je n'aurais pas eu d'esprit, si j'eusse agi de la sorte. Celui que vous avez renvoyé seul a eu toutes les peines dans son voyage.”
A la parole succède la pantomime.
Il représente les fatigues et les dangers que le prisonnier libéré a rencontré pendant son voyage solitaire. Il prend un bâton, le met sur sa tête en guise de paquet, puis le porte d’un bout de la place à l’autre. C’est ainsi que dans les rapides, il a dû transporter son bagage pièce par pièce. [1 va et revient pour peindre Îles tours et retours de son compatriote ; il s’échoue contre ies pierres, il recule plus qu'il n'avance dans son canot ; il ne peut le pousser seul contre les courants ; il perd courage, puis reprend ses forces. ‘“ Encore, ajoute-t-il, si vous l’eussiez aidé à passer les sauts et les mauvais chemins et puis vous arrêtant et pétunant si vous l’eussiez regardé de loin vous nous auriez consolés : mais je ne sais où était votre pensée, de renvoyer ainsi un homme tout seul dans tant de
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dangers; je n'ai pas fait de même. Allons, mon neveu, ai-je dit à celui que vous voyez devant vos yeux, je te veux rendre dans ton pays au péril de ma vie.”
Et l’orateur, prenant un à un les colliers de porcelaine exposés au milieu de la cour, les présenta au gouverneur en donnant la signification de chacun.
Il pouvait y avoir du vrai dans les sentiments exprimés par Kiotsaeton, l'orateur, il y avait peut-être encore plus de faux. En effet, parlant du père Jogues et du père Bressani, il disait : “ Nous voulions vous les ramener tous les deux, mais nous n'avons pas pu accomplir notre dessein. L'un s’est échappé de nos mains malgré nous, et l’autre (le P. Bressani), a voulu absolument être remis aux Hollandais. Nous avons cédé à ses désirs. Nous regrettons, non qu'ils soient libres, mais que nous ne sachions pas ce qu'ils sont devenus. Peut-être même qu'au moment où nous parlons d'eux, ils sont les victimes de quelque cruel ennemi ou englouti dans les flots : mais les Agniers n'avaient pas le dessein de les faire mourir.”
Le père Jogues, qui était revenu au pays dès
PT à IIS le printemps précédent et quai assistait à la cérémonie sans que les Iroquois s’en doutassent, ne put s'empêcher de sourire en entendant cette déclaration, et il dit à ses voisins: ‘ Et cependant les büchers étaient préparés et les bourreaux attendaient, si Dieu ne m'avait pas arraché de leurs mains, je serais mort cent fois : mais laissons le dire.”
C'est ainsi que se croyant en sécurité les Iroquois donnèrent juste raison de douter de leur sincérité.
Ainsi que le voulait l'étiquette de la diplomatie sauvage, les préliminaires du traité de paix arrêtés, le gouverneur fit, le lendemain, un grand festin et répondit par des présents à ceux qu'avaient offerts les Iroquois. On tira trois coups de canon pour chasser ‘le mauvais air de la guerre.” Le père Vimont, supérieur des Jésuites aux Trois-Rivières, donna à chacun des ambassadeurs du tabac et un beau calumet. On le remercia en disant: ‘“ Vous nous avez couverts de présents depuis les pieds jusqu’à la tête, il ne nous restait plus que la bouche de libre, et vous l'avez remplie d'un beau calumet et réjouie de la faveur d’une herbe qui nous est très douce.”
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Les précieuses Ge Rambouillet ne parlaient pas mieux.
Après les festins et les fêtes qui sont de rigueur en ces occasions, il fallut partir pour faire ratifier le traité de paix par la nation. Le départ eut lieu le quinze de juillet. M. de Montmagny, pour aider les sauvages à reconduire leurs canots et pour témoigner de la confiance qu'il avait, leur donna deux jeunes garçons français. Avec eux était Guillaume Couture. Le voyage ne fut pas long, ot, le dix-sept septembre, plus de quatre cents sauvages se trouvaient réanis aux Trois-Rivières pour assister à la grande solennité de la ratification du traité.
La députation iroquoise avait confié les présents à Couture. Le chef des ambassadeurs parla en ces termes :
“ Je n’ai point de voix, ne m'écoutez pas, je ne parle poini, je n’ai en main qu'un aviron pour vous 1'""uer un français qui a dans sa bouche la parole de tout notre pays.”
Couture tira alors dix-huit colliers de porcelaine dont il fit comprendre la signification :.
: Wuxalion des Jésuites— 1615 p. 30.
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“ Ghoutbio ‘ aune voix de tonnerre, il se fait entendre partout, et au bruit de sa parole, tout le pays des Iroquois à jeté les armes et les haches, mais si loin, qu’il n’y a plus de bras au monde assez longs pour les retirer de là.
‘ Les armes sont hors de la vue, on peut se visiter sans crainte.
‘ Voilà une natte ou un lit pour vous concher mollement quand vous viendrez er. notre pays.
“ Ce n’est pas assez d’un bon lit, les nuits sont froides : Voilà de quoi allumer nn bon feu et vous tenir chaudement.
‘ Que servirait-1] d’avoir un bon lit, et d’être dessus couché chaudement, si vous n’étiez tion nourri? Ce présent vous assure qu’on vrais fcià festin et que vous trouverez le pot ax 1 à votre arrivée.
“ Voilà un peu d’onguent pou! guérir les blessures que les Français se sont faites aux pieds. En allant dans notre pays, ils se sont heurtés contre les pierres et contre les racines.
1 Les sauvages appelaient M. de Montuagn; Onontuio, ce qui
veut dire grande montagne (Mons Magnus.) Le nom resta «ux gouverneurs qui lui succèdèrent.
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