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Buteux lui donna un grand festin, Les Iroquois avait appelé Couture Jhandich. Comme ce nom sonne mal en iroquois, on lui décerna celui d’'Achirra. (C'était l'appellation sous laquelle avait été connu le célèbre Jean Nicolet. Guillaume Couture, certes, par ses travaux et son courage, méritait bien de rappeler le souvenir de l’un des voyageurs les plus entreprenants des premiers temps de la colonie. Depuis la mort de Nicolet, pas un interprète n’avait su s’attirer l'estime et la confiance des sauvages comme Couture. Lie Journal des Jésuites nous dit que cette fête fût célébrée “avec la joye de tous les sauvages hurons, algonquins et anniéronons.” En se rendant à Québec, Couture eut une nouvelle ovation chez les sauvages de la petite colonie de Sillery. Le père Jérôme Lallemant y fit festin aux chrétiens qui s’y trouvaient.
Le jésuite Pijart était un vétéran. Depuis onze ans 1] avait travaillé dans les missions huronnes. À peine eut-il fait relâche quatre jours dans Québec, que, déjà, il repartait pour desservir la bourgade de Sainte-Marie. Couture voulut revoir le pays où il avait fait ses premières armes et le vieux journal rapporte
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qu'il s’embarqua avec son compagnon de
route :.
À l'automne de 1647, par un acte qui se trouve au grefle d’Audouard, on doit conclure que Couture était de retour à Québec.
Depuis sept ans Couture avait mené une vie bien remplie. Peu de ses compagnons pouvaient montrer d'aussi beaux états de service. Dès 1640 *, engagé volontaire, on le trouve dans la plus lointaine et la plus périlleuse des missions. Hardi et courageux travailleur, il est au danger, à l'avant-garde. Par deux fois, il entreprend ce voyage ardu et difficile. Pénétrer à sept cents milles de la mer, en canot d’écorce, par des chemins souvent impossibles, ramer du matin au soir, porter vivres, bagage et barques dans les rapides, n’avoir pour nourriture qu'un mauvais biscuit, sans cesse exposé aux attaques d’un ennemi cruel et sauvage : certes, voilà des expéditions qui comptaient. Et ceux qui les entreprenalent avaient d'autant plus de mérite
1 Le P. Pijart et sa compagnie repartirent le ?8 en suivant. Journal des Jésuites.
2 Les Relations qui racontent le voyage de 1642 donnent à Couture le titre d'interprète. Ce qui nous donne à supposer que Couture habitait le pays depuis quelques années,
qu'ils s'étaient exposés au danger par de simples motifs de charité.
Captif pendant trois ans, compagnon d’un martyr, Couture, après avoir été victime des tourments des sauvages, gagne leur confiance et parvient à conclure le premier traité de paix solennel avec les Iroquois. 11 devient l’intermédiaire entre les cinq cantons et les autorités de la colonie,
Après avoir été à la peine, il mérite d'aller au repos,
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Québec était fondé depuis quarante ans, et pas un seul colon ne s'était encore établi en face de la ville naissante, sur la rive droite du fleuve.
La seigneurie de Lauzon, où se trouve la Pointe de Lévy, avait ouvert, avec Beauport, l’île d'Orléans et la côte de Beaupré, la liste de concessions des grands domaines. Dès 1636.
la compagnie des Cent-Associés octroyait à Simon Lemaître la rivière du Saut de la Chaudière avec trois lieues de pays sur chacune de ses berges jusqu’à six lieues de profondeur :.
Le roi lui-même, à la demande de la compaoœnie, avait donné le nom de Lauzon à cette terre nouvelle.
Pendant que sur les rives de Beauport, dans les côtes de Bearyré, au flanc des côteaux verdoyants d'Orléans, on voyait poindre les blanches métairies et les chaumières au toit de
1 L'année précédente, Beauport avait été concédé à Robert Giffard. En 1636, Cheffaut de la Regnardière eut la côte de Beaupré, et le sieur Castillon, l'ile d'Orléans.
paille, la falaise de Lauzon gardait son aspect sauvage, ses grands pins touffus.
La colonisation rencontrait un grand obstacle dans les peuples sauvage: :5 [roquois surtout qui occupaient le sud du Saint-Laurent depuis le lac Ontario jusqu'au delà de la rivière Richelieu.
‘ Dans cet état de choses, dit M. Rameau !, les cantons les plus abrités contre les incursions ou les mieux placés pour la défense, furent les seuls qui se peuplèrent un peu sérieusement d’abord, c'était Beauport et :s environs immédiats de Québec, c'était la : de Beaupré qui, placée derrière Québec, entre le fleuve et les montagnes abruptes de Montmorency, avait peu de chose à craindre des [roquois qui devaient passer devant ‘Juébec pour y parvenir. C'était encore l’ile d'Orléans, à laquelle sa situation an milieu du fleuve, sa proximité de Québec, et la présence d’un village d’Indiens convertis, assuraient une assez grande sécurité.”
Il ne pouvait y avoir meilleur poste d’observation que cette côte escarpée de Lauzon,
1 La France aux colonies, We partie, pp. 16, 17.
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couverte de bois épais, en face de Québec. De là, la vue commande en aval et en amont du fleuve. Rien ne pouvait échapper à la surveillance de l'ennemi. Les grand'gardes des partis de guerre blotties à la tète des arbre pouvaient y attendre pendant de longs jours la sortie des canots de Québec pour se Jeter à leur poursuite :.
Le vieux journal note brièvement, chaque jour, les alertes continuelles qui venaient de ce côté. Aujourd'hui, dit-il, nous avons appercevance des Iroquois à la côte de Lauzon. Vanus tamen rumor. Hier, c’est un frère lai qui, allant tendre sa pêche à l’anguille près de la Chaudière, a ru disparaitre ses deux compagnons algonquins. Tantôt, c'est un chasseur aventureux qui a voulu s’enfoncer trop loin dans les bois et qui paie cher sa témérité.
1 Ce sont des reuards en leurs approches, dit la Relation de 1658, ils attaquent en lions, et disparaissent en oiseaux faisant leur retraite : .... Un pauvre homme travaillera tout le jour proche de sa maison, l'ennemi qui est caché dans la forêt toute voisine, fait ses approches, comme un chasseur fait de son gibier, il décharge son coup en assurunce, lorsque celui qui le reçoit se pense le plus assuré 2 ... [ls peuvent rester dix jours cachés derrière une souche pour pouvoir assassiner un homme ou une femme, vivant duns cet état avec un épi de blé d'Inde 3.
1 p.o vol. IIT.
2 Relation de 1660.
3 Lettre de Vaudreuil et Raudot au ministre (manuscrits de la Chambre d'Assemblée).
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Sur cette rive inhospitalière, les bons bourgeois de Québec se contentaient de tendre des pêches à l’entrée des nombreux ruisseaux qui se jetaient de la côte, et où le poisson abondaïit. Voilà tout.
Montréal et Trois-Rivières, postes avancés, avalent eu pour les défendre des hommes de guerre. Dans Beauport, à Beaupré, dans l’île, s'était dirigée, guidée par les seigneurs ou des chefs de file, une émigration assez compacte. Dans Lauzon, le concessionnaire habitant Paris, occupé à refaire sa fortune et à procurer l’avancement de sa famille, ne songeait guère à peupler les nombreux domaines qu’il lui avait plu de se découper dans la carte du pays.
Les colons isolés, qui s’aventurèrent dans Lauzon, devaientavoir des caractères bien trempés, être capables de sacrifice et de dévouement. Le premier qui se présenta fut Guillaume Couture.
Celui-là était un colon comme en voulait Talon pour peupler les environs de Québec :
un de ces hommes courageux, capable de contribuer à la défense du pays sans que Île roi eût besoin de les payer :.
1 Lettre de Talon au miristre, 166%,
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En 1647, on trouve l’ancien voyageur, à la Pointe de Lévy, hache en main, faisant vaillamment sa trouée à travers la forêt, à la conquête d'une habitation :.
Couture travaille fort et dru, car, à l'automne, un bourgeois de Québer, François B:3s0t, sienr de la Rivière, lui offre deux cents livres pour un petit corps de logis fait au lieu appellé la Pointe de Lévy avec quelques quantités de bois abattu autour du dit lieu *.
Couture accepte l'offre de Bissot. L'accord se signe en présence de Nicolas Marsolet, Mtre Jean Bourdon, François Chavigay, Thomas Vivien, Guillaume Cochon. Le courageux pionnier se réserve le droit d'habiter le logis temporaire qu'il vient d'élever jusqu'à la Saint- Michel de 1648, jour où sa maison sera terminée.
1 On appelait alors une exploitation rurale une habitation. C'eet encore le mot en usage à Haïti et dans les autres colonies françuises.
2 Greffe de Lecoutre. Cet acte est daté du 9 novembre 1647. C'est le premier document notarié où le nom de la Pointe de Lévy soit mentionné. Neuf notaires ont pratiqué à Québec, avant 164 Î, saveir: Auduuard (1636 à 1663); Lespinasse (1637); Jean Guillet (1637-1638); Martial Piraube (1639 à 1643); Tronquet (1643 à 1646); Vachon (1644-1693); Bancheron (1646 à 1647); Bermen (1647-1649). Lecoutre (1647-1648). Après avoir compulsé tous ces greffes, l'on trouve, par l'acte d'accord mentionné dans le texte, que Guillaume Couture fut le premier qui commença un défriche. ment à la Pointe de Lévy.
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Il promet de mener de front durant l'hiver le défrichement de la ferme de Bissot en même temps que celui de son propre domaine :.
Le douzième jour d'avril 1648, les quelques bons bourgeois de Québec, qui s'étaient aventurés sur la plateforme de M. le gouverneur pour contempler le : ;er du soleil de Pâques, pouvaient voir descendre le long des falaises de la Pointe de Lévy deux canots d’écorce vigoureusement poussés par une dizaine de rameurs. La matinée s’annonçait belle, mais l'air froid montant du fleuve faisait pagayer plus vivement les voyageurs. La marée charroyait encore les débris de la débâcle dernière et l’on avait garni la pince des canots de Feaux
1 À peu près dans le même temps où Couture commenra son défrichement, les jésuites élevèrent sur le rivage, en face de Québec, l'humble logis qui devait porter, pendant plus de deux siècles, le nom de Cabane des Pères. Pour se rendre dans les missions de la Nouvelle-Angleterre, ces missionnaires s’enfonÇaient d'ordinaire à travers les terres, côtoyant la rivière Etchemin et la rivière Chaudière pour de là se jeter dans la rivière Saint-Jean. A leur retour de ces lointaines missions ils étaient obligés d'attendre souvent plusieurs jours pour pouvoir traverser le fleuve. Par les grands vents ou par les nuits orageuses, il n'était pas prudent de se risquer en canot d'écorce sur le bras de mer qui sépare Québec de Lévis. Ce fut la raison qui porta sans doute les jésuites à établir ce pied à terre à Lévis. La pointe où s'élevait ce cabanon a toujours porté depuis le nom de Pointe des Pères. La côte qui gravit de la grève sur la falaise s'appelle la côte de la Cabane des Pères.
Aujourd'hui les terrassements du chemin de fer Intercolonial recouvrent les ruines de ce vieux logis.
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de veaux crüs pour se garantir des rudes poussées de glaces.
Les deux embarcations loneaient depuis quelque temps les rives désertes lorsqu'un coup d’aviron les fit atterrir au fond de la coulée qui a porté plus tard le poétique nom de trou de Joliette. Les canots avaient à peine touché terre que déjà un homme encore jeune. aux vives allures, était monté sur la grève pour offrir son bras à un compagnon plus âgé, portant à son dos, attaché par une courroie, un assez lourd bagage. Au milieu des grands pins qui couvraient alors la côte, on vitaccourir des groupes de sauvages, et, derrière le cap, le bruit d’une fusillade se fit entendre.
Où s’en allaient ces voyageurs par cette matinée de printemps, quand l'aube venait à peine de paraitre ? Etait-ce déjà quelque incursion du farouche Iroquois contre les habitants isolés de la côte de Beaupré ou de l'ile d'Orléans ?
Etaient-ce des canots de l'ordonnance qui s’en allaient au devant des navires de France, à la rencontre du nouveau gouverneur M. d’Ailleboust, ou quelques missionnaires partant en course pour les missions lointaines des Abéna-
.quis, dans l’ancien pays de Norembègue ?