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CHAPITRE III

Occasion et circonstances du martyre de saint Tharsicius.

Il est temps de faire connaître notre héros sous son aspect le plus intéressant, celui de son glorieux martyre.

Le plus ancien monument de ce martyre est une épitaphe composée, au IVe siècle, par le pape saint Damase et gravée par ses soins sur le tombeau de saint Tharsicius ; les principales circonstances de sa mort y étaient retracées en termes émus qui impressionnent et attendrissent encore après quinze siècles.

Indépendamment de cette inscription, dont on n'a conservé que des copies, ' l'histoire ne nous a

1 11 sera parlé plus loin de ce précieux monument, d'une importance historique capitale et qui, à raison

transmis sur l'acolyte-martyr que des détails trèssobres résumés en quelques lignes. Les plus anciens Martyrologes * lui consacrent, il est vrai, un éloge relativement long, si on le compare à ceux qui accompagnent d'ordinaire la dénomination des saints ; mais, en dehors des ces quelques détails, on n'en retrouve nulle part ailleurs de plus abondants. 2

Toutefois, une indication fournie par les JBollandistes vient jeter sur le martyre de saint Thar-

de son antiquité, à dû incontestablement être la source à laquelle ont puisé les hagiographes des siècles suivants.

1 Martyrol. Adonis, Archiep. Vienn. — Martyr* Usuard. (IX Saec), etc. '

2 Pierre de Natalibus est le plus complet des hagiographes qui ont fait mention de saint Tharsicius. (Lib. VII, cap. LXVI). — Mais son récit n'est qu'une reproduction, avec de très légères variantes, de ce que l'on trouve dans les divers Martyrologes. — Dans ses annotations sur le Martyrologe d'Usuard, Solerius dit, à propos de notre Saint: « Eum antiquiores (Eomano parvo) non memorant. Ado elogium satis nitidum concinnavit... Usuardus vero non omnia quidem sumpsit: sed nihil habet quod inde Verbatim non acceperit. Sunt itaque et Adoniana et plane Usuardina quaecumque in hodierno nostro laterculo continentur.» (Martyr. Usuardi cum annot. J. B. Solerii, XVIII Kal. Sept.).

sicins un jour heureux, qui permet d'en établir d'une manière précise les principales circonstances et de compléter le trop court récit des Martyrologes et des anciens hagiographes.

Nous lisons, en effet, dans les Acta Sanctorum (vol. III, August.), aux actes mêmes de saint Tharsicius: u Inter plures egregios hujus Sancti Pontificis (i. e. JB. StephaniJ discipulos merito recensetur fortissimus ille martyr Tharsicius. „ Et outre, aux actes de saint Etienne, au 2 août, on voit fixée la date du martyre de notre héros au lendemain de celui du saint Pontife : " Alla enim die, S. Tharsicius, etc.; „ ce qui, disent les Bollandistes, doit s'entendre du jour suivant, encore que sa fête ne soit célébrée que treize jours plus tard: " Quod significare-mdettcr... diem sequentem, puta tertiam Augusti, lied eclebretur sancti Tharsicii martyr is festum die XVe ejusdem mensis. „ x

D'après ces textes, le nom et le martyre de saint Tharsicius se trouvent intimement unis au nom et au martyre du Pape saint Etienne. Il est

1 Acta Sanct., II Aug. Act. S. Step., cap. IL — D'après Métaphraste et un autre martyrologe moins ancien (Martyrol. secundum morem Eomanae curiae) ce serait non pas alla die, mais'eocZe?^ die, le jour même, par conséquent, du martyre du Pape saint Etienne.

disciple de ce Pontife: Inter... Jiujus sancti Pontifias discipulos. Sa mort suit immédiatement celle du Pape-martyr et semble avoir avec elle une connexion naturelle. Dès lors, ne peut-on pas conjecturer légitimement qu'elles durent avoir lieu dans des circonstances analogues, et que l'occasion de l'une ne fut pas étrangère a celle de l'autre?

Les actes du pontificat et du martyre de saint Etienne nous ont été conservés par l'histoire avec une abondance de détails que justifie, du reste, le caractère héroïque de cet illustre Pontife. 1

Puis donc que le martyre de saint Tharsicius se rattache si directemente à celui de saint Etienne, nous ne saurions mieux faire, croyons-nous, que de compléter par les détails de ce dernier le récit trop abrégé du premier. Ils donneront un relief

1 Nous n'ignorons pas que l'authenticité des Actes de saint Etienne a été contestée de nos jours. D'après la critique, ces actes auraient été confondus avec ceux de saint Sixte II, son successeur. Sans vouloir examiner la valeur des raisons alléguées en faveur de cette opinion, et tout en rendant hommage à la haute compétence de ses partisans, nous avons cru pouvoir nous autoriser à reproduire ces actes tels qu'ils sont exposés dans le Martyrologe et le Bréviaire romain, et enregistrés dans les Acta sanctorum.

de plus à la radieuse figure de l'acolyte-martyr, et aideront à mieux comprendre à quelle occasion et dans quelles circonstances eut lieu sa glorieuse mort.

C'était en l'année 257 de l'ère chrétienne. x L'Eglise subissait alors une violente persécution de la part des empereurs païens Valérien et Gailien. Le Pape saint Etienne, plein de sollicitude pour le troupeau de Jésus-Christ, travaillait avec un zèle infatigable à soutenir la foi des fidèles dans Rome, et faisait des conversions de jour en jour plus nombreuses parmi les païens. Les empereurs, irrités de la conduite du saint pontife et craignant que le culte du vrai Dieu ne finît par prévaloir sur celui des fausses divinités, 2 firent publier un édit par lequel ils ordonnaient de leur

1 Les auteurs sont partagés au sujet de la date du martyre de saint Etienne. Quelques-uns le placent en l'année 258; le cardinal Baronius en 2G0. D'après les Bollandistes, l'année 257 serait la date la plus probable : « Totam narrationem referri oportere putàmus ad eumdem annum Domini 257. » (Apud Act. Sanct. act S. Steph. Dissert, praev.).

2 Audientes haec omnia Valerianus et Gallienus nimio furore accensi sunt dicentes: Ablata est deorum cultura propter superstitionem cbristianorum. (Act. S. Stepb., cap. II, n. 11).

dénoncer les chrétiens ou de les leur amener, promettant en récompense les biens de ceux qu'ils auraient livrés. * A cette nouvelle, Etienne assemble les prêtres et les clercs présents à Rome et les exhorte à se préparer par la prière et par le mépris des biens temporels à soutenir l'effort de la tempête qui les menace. Un prêtre, nommé Bonus, prit la parole et dit qu'ils étaient tous disposés non-seulement à perdre leurs biens, mais aussi à donner leur sang pour la cause de Jésus- Christ. 2 Chacun applaudit à cette réponse, qui causa une très grande joie au vénérable pontife. Cependant, pour se soustraire aux recherches des païens, qui en voulaient principalement à sa personne, 3 et continuer avec plus de sécurité son ministère de chef de l'Eglise, Etienne vint chercher un asile dans les cryptes des martyrs. Là il continua d'exhorter les chrétiens qui l' avaient

1 Data autem fuerat lex ut quicumque proderet Cbristianuni occultum, facultates ejus acciperet . . . (Ibid., cap. I, n. 1.)

2 Nos desideramus et facultates terrenas derelinquere, etiam et sanguinem propter nomen Domini nostri Jesu Christi fundere. (ibid.).

3 Factura est... ut summo requirerent studio beatum Stephanum. ut eum... mortis traderent externrinio. (Ibid., cap. II, 14).

suivi à persévérer dans la foi de Jésus-Christ, de baptiser les païens convertis, d' offrir les saints mystères sur les restes des martyrs ] et d'administrer les sacrements de Confirmation et d'Eucharistie.

Ce fut dans l'une de ces cryptes, celle de Népotien, 2 que le saint Pontife conféra les ordres à trois prêtres, à sept diacres et à seize clercs inférieurs. Peut-être saint Tharsicius fut-il du nombre de ces derniers. Cette ordination insolite semblerait avoir eu pour but de remédier d'avance au vide fait par les clercs, de quelque ordre qu'ils fussent, que les païens livreraient aux empereurs.

Les Actes nous apprennent, en effet, que douze des clercs attachés à la personne d'Etienne, et dont les noms sont mentionnés, furent surpris, conduits devant Valérien et mis à mort sans procédure. 3 Sans doute aussi, en prévision de son prochain martyre, Etienne voulut-il, par cette or-

1 Beatus igitur Stephanus, repletus gratia Spiritus Sancti, coepit Missas atque concilia per cr}'ptas martyrum celebrare. (Act. S. Steph., c. I, n. 4).

2 Ordinavit ibidem, (in crypta Xepotiana) beatus Stepbanus episcopus très presbyteros, septem diaconos, clericos sexdecim. (Ibid., n. 2).

3 Factuni est ut ex ejus clericis ducdecim repe-

dination, assurer après sa mort la direction du peuple chrétien et augmenter le nombre des ministres chargés de pourvoir à tous ses besoins spirituels.

Les prévisions du sainte pontife ne tardèrent pas à se réaliser. l Un jour qu'il célébrait les saints mystères dans l'une des chapelles souterraines du cimetière de Sainte-Lucine, 2 il fut sur-

rissent... quos statim sine audientia capitibus praeceperunt truricari. (Ibid., cap. II, 14).

1 Nous passons sous silence, pour ne pas rendre trop long ce récit, diverses circonstances du martyre de saint Etienne, qui n'ont, du reste, aucun rapport nécessaire avec notre sujet.

2 La crypte de Lucine, est la plus ancienne de celles qui furent plus tard réunies au cimetière de Calliste et ne formèrent plus avec lui qu'une immense nécropole, tout en conservant leur dénomination primitive. — On sait que, dans les premiers siècles du christianisme, l'usage s'introduisit dans l'Eglise d'ensevelir les morts dans des excavations profondes creusées par les chrétiens et disposées en galeries plus ou moins étendues, allant dans des directions diverses et venant aboutir à certains centres plus spacieux ressemblant à des salles. Le long des galeries ou corridors on pratiquait dans le mur des ouvertures étagées les unes au-dessus des autres et ayant la forme et les dimensions d'un cercueil: c'est là que l'on déposait les cadavres des chrétiens ; après quoi

pris par les soldats de l'empereur Yalérien. Sans s'émouvoir de leur entrée tumultueuse, Etienne demeura à l'autel et acheva avec une imperturbable sérénité le divin sacrifice ; après quoi il vint s 'asseoir sur son siège épiscopal comme pour exhorter une dernière fois les chrétiens qui l'entouraient. Alors, sans respect pour la sainteté du lieu ni pour la dignité du pontife, les soldats se jetèrent sur lui et- lui tranchèrent la tète. 1

on refermait ces ouvertures avec une plaque de terre cuite, de pierre ou de marbre sur laquelle on gravait une inscription ou simplement le nom de la personne ensevelie.

Ces lieux servirent de retraite aux chrétiens, en temps de persécution : c'est là qu'ils déposaient les corps des martyrs, lorsqu'ils étaient assez heureux poulies soustraire aux profanations des païens ; là aussi qu'ils se réunissaient pour prier, recevoir les exhortations de leurs pontifes ou de leurs prêtres, participer aux divins mystères offerts sur les restes vénérés de leurs frères morts pour le nom de Jésus-Christ, se nourrir enfin de la sainte Eucharistie et puiser dans ce divin aliment la force d'endurer le martyre.

1 Qui venientes invenerunt beatum Stephanum... Sacrificium Domino offerentem. Quique intrepidus et constans ante altaris solemnia et jugiter coepta perficiens, eodem loco sic in sua decollatus est sede. (Act. S. Steph.,' c. II, 21).

Saint Tharsicius fut-il présent au martyre de saint Etienne ? Les Actes n'en disent rien ; mais nous croyons qu'on peut fort bien le supposer. Nous lisons dans le martyrologe d'Adon qu'Etienne conférait assidûment avec son clergé du règne de Dieu, c'est-à-dire des moyens à prendre pour empêcher des défections de se produire dans les rangs des disciples du Christ ; sans doute aussi de l'éternel royaume où leur prochain martyre allait bientôt les introduire : fc Ou/m quibus de regno Dei assidue docebat n. Adon ajoute qu'il tenait ces réunions dans les cryptes des martyrs et qu' il y offrait l'adorable sacrifice de la Messe : " Celebrabat autem missas atque concilia per cryptas martyrum „. * 11 est donc vraisemblable que saint Tharsicius, désigné par les Actes comme l'un des plus remarquables disciples de saint Etienne: inter egregios discipidos, était du nombre des clercs qui assistaient le sainte Pontife lorsqu' il fut surpris par les sbires impériaux.

Mais alors, dans ce cas, pourquoi ceux-ci ne firent-ils pas un massacre général des clercs et des chrétiens présents aux divins mystères célébrés par Etienne? 2 On peut supposer que, saisis in-

1 Martyr. Adon. Archiep. Vienn. IIII Norias Aug.

2 Pergit cum omnibus Christianis ad coemeterium Sanctae Lncinae. (Ibid., n. 14).

térieurernent <T épouvante à la vue de l' auguste vieillard qu' ils venaient d' immoler, et de la douleur des chrétiens si cruellement privés de leur Pasteur et Père, * ils se retirèrent promptement comme s'ils fussent poursuivis par la vengeance divine; peut-être aussi fut-ce pour se conformer exactement aux ordres particuliers des empereurs, qu' ils se bornèrent à mettre à mort saint Etienne et épargnèrent ses ministres et les chrétiens qui l'avaient suivi dans la crypte de Lucine.

Quoi qu'il en soit, la haine des empereurs païens contre ces derniers n'était pas assouvie, et le sang du pontife-martyr ne devait pas être le dernier versé. Fidèles à la mission qu'ils avaient reçue de leur glorieux Père, les ministres sacrés, chargés de veiller aux intérêts de l'Eglise et de pourvoir aux besoins spirituels du troupeau de Jésus-Christ pendant la vacance du Siège, s'empressèrent de prévenir l'abattement que la perte d'un pasteur si vénéré et si aimé pouvait produire parmi les chrétiens.

On sait la foi des premiers siècles de l'Eglise à l'action vivifiante de la sainte Eucharistie, et

1 Factus est ibi planctus maximus Christianorum quod sancto Pastore essent orbati. (Hist. Pontif. Eom. p. 169. — Baron. Ann. 260, n. 4).

quelle force les disciples de Jésus-Christ puisaient dans la réception quotidienne de cet aliment céleste.

Nous avons dit plus haut 1 comment, pour rendre possible cette Communion quotidienne, on avait établi l'usage d'envoyer par des ministres inférieurs, et notamment des acolytes, la sainte Eucharistie à ceux qui ne pouvaient la venir recevoir.

Ce ministère eucharistique des acolytes, nécessaire en temps de persécution, l'était encore plus durant la persécution de Valérien et de Gailien, à cause de son extrême violence. 2 Aussi, lisons-nous dans les Actes que, s' il se trouva alors des chrétiens assez généreux pour s'exposer à la mort pour la gloire de Jésus-Christ, d'autres, en plus grand nombre, s'y dérobèrent en secachant dans des retraites connues seulement de leurs frères dans la foi. 3

Le lendemain du jour où saint Etienne périt

1 Voir page 27.

2 Valerianus et Gallienus nefandissimi persecutores nominis Christiani. (Act. S. Steph., c. II, 14).

3 Temporibus Valeriani et Gallieni multi Christiandrum déclinantes saevitiam tyrannorum occultabanfrur; alii vero se ingerentes, martyrii palmam consequebantur. (Ibid., X, 1).

sous les coups des soldats de Valérien, les acolytes durent donc être envoyés dans les diverses directions de Rome pour porter aux chrétiens les consolantes douceurs et les vivifiantes énergies du Pain eucharistique. Saint Tharsicius fut du nombre des messagers sacrés. Du moins, lisons-nous dans les Actes des Saints que, le jour suivant, l'acolyte Tharsicius, portant cachée sous ses vêtements la sainte Eucharistie, fut accosté, sur la voie Appienne, par des païens ou, comme disent les Actes, par des soldats des empereurs qui, reconnaissant en lui un chrétien, et devinant sans doute ce qu' il portait, au recueillement de sa démarche et à l'ensemble de son maintien, lui barrèrent le passage et lui ordonnèrent de leur montrer ce qu'il tenait si mystérieusement.

Que va faire Tharsicius? Ici nous avons, pour guider nos suppositions, le récit trop court, il est vrai, mais très précis, des Martyrologes et des Actes.

Le premier mouvement du noble lévite est celui d'une sainte indignation à la pensée de la profanation qu' il y aurait à livrer à ces mains souillées et sacrilèges le Corps très pur et trèssaint du Christ: ■ At Me, indignum judiccms 2)orcis prodere margaritas ». Cette indignation, il la témoigne aussitôt par le refus absolu de leur

livrer ou même de leur découvrir seulement les divins mystères: " Nequaquam volait prodere (Act.) detegere (Petr. de Nat.) sacrosancta mysteria „. Du refus, il en vient à la résistance. La résistance, mais est-elle possible quand on a affaire à des soldats nombreux qui vous entourent, qui vous pressent, qui vous tiennent et vous font violence ? " Tenentes eum pagani, discutere coeperunt, ut quid gereret, indicaret „. (Petr. de Nat., loc cit.)

Toutefois, le généreux acolyte, puisant, dans l'ardeur de sa foi et de son amour pour le dépôt sacré qu'il porte, des forces et une vigueur surnaturelles, refuse, résiste, se défend si bien qu'il tient tête pendant quelque temps à cette bande sacrilège...

C'est bien ce que l'on peut déduire du texte même des Actes où nous lisons que, pour avoir raison de ce vaillant athlète, les païens s'arment de pierres et de bâtons : " quem fustihus ac lapidions mactavcrunt „. \

1 II est permis aussi de conjecturer que, sans opposer de résistance violente, le Saint Martyr fut miraculeusement protégé par la puissance invisible de l' Eucharistie, qui tint à l' écart ses sacrilèges agresseurs. Ainsi s'expliquerait encore le lâche expédient auquel ces derniers eurent recours pour se rendre maîtres de Tharsicius et s'emparer du divin trésor

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Ainsi que nous l'avons observé plus haut, pour en venir à une telle extrémité, il faut qu' ils aient été d'insignes lâches, ou qu'ils aient eu affaire à un adversaire se défendant en désespéré. L'une et l'autre hypothèses sont admissibles, à moins que l'on veuille, d'accord avec les récits fantaisistes auxquels nous avons déjà fait allusion, faire de ces païens des enfants ; l mais rien n'y autorise, car, ainsi que nous Favons dit, d'après les Actes, ces païens n'étaient autres que les soldats des empereurs. 2

Munis de ces armes, déshonorantes pour leur caractère, ils font pleuvoir en un instant une grêle de coups sur le corps de l'intrépide acolyte. Dès lors, n'ayant plus de salut à espérer,

qu'il portait. Toutefois, nous préférons à cette supposition, très-soutenable du reste, l'interprétation que nous avons donnée du texte des Actes et des Martyrologes, interprétation qui nous paraît plus naturelle plus conforme au sens littéral et obvie de ce texte.

1 D'après ces récits, des enfants qui jouaient sur une place publique auraient accosté Tbarsicius, enfant lui-même, et l'auraient invité à jouer avec eux- Sur son refus, et devinant en lui un chrétien, ils l'au. raient assailli de coups de pierres et de bâtons, jusqu'à le faire mourir.

2 Alia die invenerunt milites paganorum acolythum nomine Tharsicium, etc. (Act. S. Stepb., c. II}.

Tharsicius ne dut opposer à ses meurtriers que la force de sa prière. Ce que le texte des Actes ne dit pas, il est permis à la piété de le conjecturer.

" 0 Dieu! murmure-t-il sans doute, ma vie n'est rien, mais vous êtes tout! Faudra-t-il donc vous laisser profaner par leurs mains sacrilèges?.. Ah! de grâce, épargnez-vous un tel outrage, et à moi une telle douleur ! „

Et en disant ces paroles, il presse avec amour sur sa poitrine le divin trésor qu'il y porte caché... Mais déjà l'héroïque jeune homme, accablé sous .les coups redoublés des soldats, est tombé baigné dans son sang.

Ses mains tiennent encore dans une étreinte puissante ce dépôt mille-fois plus cher que sa vie. Les barbares païens, acharnés à le lui ravir, continuent à frapper sans pitié leur victime... Enfin, épuisé de sang, mais invincible dans sa résistance, Tharsicius rend à Dieu sa belle âme. 1

Cependant, les meurtriers fouillent avec un empressement fiévreux les vêtements du martyr pour s'emparer de l'adorable Eucharistie. Mais c'est en vain: ils ont beau tourner et retourner

1 Quem... tamdiu raactaverunt, quousque spiritum exhalaret. (Petr. de Natal., loc. cit.).

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son corps dans tous les sens, ils ne parviennent pas à la découvrir. *

Qu'était-elle devenue? Tharsicius avait-il eu le temps de s'en communier, et de lui offrir dans son cœur un asile où leur impiété ne pût l'atteindre; ou bien, plus vraisemblablement, Dieu l'avait-il miraculeusement rendue invisible? Toujours est- il que quelque chose de surnaturel dut se passer à ce moment, car les Actes nous apprennent que, saisis d'une terreur soudaine et abandonnant leur victime, le païens prirent la fuite. 2

Tel est, d'après les monuments les plus autorisés et dans son exactitude historique la plus stricte, le récit du martyre de saint Tharsicius.

Qu'est-il besoin, pour rendre ce martyre plus intéressant, de recourir à d'ingénieuses légendes et de dénaturer les faits au profit de je ne sais quel romantisme pieux? Certes, les Actes de saint Tharsicius sont assez sublimes dans leur simplicité, sans qu'on s'évertue à les rendre plus sublimes encore, mais au détriment de la vérité.

1 Revolutoque ejus exanimi corpore, sacrilegi discussores, nibil in manibus ejus aut vestibus Sacramentorum Cbristi invenire potuerunt. (Ibid.).

2 Sed relicto corpore cura terrore fugerunt. (Ibid.).

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