‹ Le premier moteur et la nature dans le système d'AristoteChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

De la nature considérée comme cause du mouvement dViItération dans Tanimal.

Le mouvement d'altération a lieu lorsque, la substance persistant la même , la qualité seule change , c'est-à-dire , passe d*un contraire à l'autre (i).

Être altéré se dit et de l'être inanimé et de l'être animé. Ce qui altère les choses inanimées altère aussi les êtres animés ; mais la réciproque n'est pas vraie. Dans la chose inanimée, ce n'est pas un sens qui est altéré^ et cette chose ignore qu'elle est affectée; tandis que l'animal ne l'ignore pas (2), à .moins que ce qui est altéré en lui soit, non un sens, mais une partie insensible, telle que l'os, le nerf, les cheveux Ci).

L'altération, dans l'animal, c'est la sensation. En effet, la sensation en acte est un mouvement d'altération (4) qui a lieu au moyen du corps quand un des sens de l'animal est affecté (5). Néanmoins, c'est ici un mouvement d'une espèce particulière; car le mouvement en général, nous l'avons dit, est un acte incomplet: ce n'est que l'acheminement à l'acte. L'acte est bien différent : l'acte, c'est la fin et l'achèvement (6). Et la sensation est l'acte de ce qui est parfait (7). Tout animal est doué de la sensibilité^ et il est nécessaire qu'il le soit, parce que, sans cette faculté, tout corps qui peut se déplacer périrait infailliblement et n'arriverait pas à sa fin qui est le grand but de la nature (8).

Sentir, c'est donc être en acte ; mais c'est en même temps

(1) Phys., Vm, 6.-— (a) Ibid., VU, a... Kal xà {jièv XavOdivei, xb 6' où XavOavei

icdox^^*** x.T.X.

(3) De rame, I, 5, § 9. — (4) Ibid., II, 5, § i. —(5) Physique, VU, a. — (6)Métaph., XI, 6, 9; De l'âme, III, 7, S'-— (?) Ibid., II, 5, § 7. — (8) Ibid., III, la, S 3.

Sa

pâtir et être iiiû(i). O, le patient suppose l'agent , 1 être mû suppose le moteur (ti). Dans le mouvement d'altération qu'on nomme sensation^ quel est le patient ou l'être mû? quel est l'agent ou le moteur? se confondent-ils avec la nature ou s'en distinguent*ils?

Sans l'objet senti^ la sensibilité n'est pas en acte ; elle est seulement en puissance. C'est ainsi que le combustible ne brûle pas si rien ne le vient enflammer (3). Pour qu'il y ait réellement sensation, il est nécessaire que l'objet sensible extérieur agisse sur l'être sentant. Alors se produisent l'acte de l'objet sensible et l'acte de l'objet senti, qui sont un seul et même acte (4), et c'est dans la chose mue que sont à la fois et le mouvement, et l'action de mouvoir, et la modification subie (5).

Il y a par conséquent à considérer dans la sensation, d'abord l'être sensible qui pâtit et est mû; puis l'objet senti qui est agent et moteur par rapport à l'objet sensible. Il y a de plus un intermédiaire mis en mouvement par l'objet senti et qui meut ensuite l'objet sensible (6).

Parlons d'abord de l'être sensible.

L'âme est le principe de la sensibilité (7). Mais sentir se dit de l'âme et du corps, et est bien en quelque sorte une chose corporelle (8). La sensation se produit dans l'âme au moyen du corps doué de cinq sens (9), dont chacun a un organe extérieur double et un organe premier, qui est pour lé toucher et le goût dans le voisinage du cœur, et au cerveau pour les autres sens (10).

Quelle est la cause qui a constitué l'animal en vue de la sensation ? Qui lui a donné son âme sensible', son corps , ses organes ?

L'être sensible tient la sensibilité de l'être même qui l'en-

(x) De rAme, II, 5, $ i. *H 8' aïoOriatc iv t$ xivetoOaC re xal icà^xeiv av(<.6aCvei.

(a) Génér. et corrupt., I, ©; Phy»., VUI, 5. r— (3) De Tâme, II, 5, § a. -— (4) IbiJ., in, a, s 4. — (5) Ibid., ibid., S 5. — (6) Ibid., m, w, S ». — (7) Ibid., IH, a, S 6. -- (8) Ibid, ni, 3, S a. — (9) Ibid., m, 1, $ i.-- (10) De la seosation, U, $ i3; Parties des anim., If, 10.

gendre, et quand il est engendré, il a déjà comme la sensibilité sinon en acte, au moins en puissance (i). Or l'être qui engendre un animal , c'est un animal semblable* à lui que la nature porte à se reproduire dans un autre lui-même (a). C'est la nature qui donne à l'animal ses organes, différents pour les objets différents (3). C'est la nature qui a placé plusieurs sens dans la tête, parce que le sang y est d'une chaleur tempérée et propre en même temps à échauffer modérément le cerveau, et à assurer l'exactitude des perceptions sensibles, tandis que le cœur est le centre des organes et l'organe même de la sensibilité. Les organes sont disposés d'une manière excellente, et cet ordre est l'œuvre de la nature (4).

L'intermédiaire entre l'être sentant et l'objet senti, est la chair elle-même pour le toucher et le goût ; c'est l'air et l'eau pour les trois autres sens (5). La chair n'est autre chose que le sang bien digéré et élaboré par l'âme nutritive avec le concours de la chaleur vitale (6). L'air et l'eau sont des corps naturels forméis, le premier de chaud et d'humide, le second de froid et d'humide (7).

Il nous reste à étudier l'objet senti.

Les sensations ont pour objet les qualités sensibles des corps : la saveur, l'odeur, le son, le pesanteur, la légèreté, le froid, le chaud, le dur, le mou, le sec et l'humide (8). Comment l'être sentant perçoit-il ces qualités? En devenant semblable à l'objet senti, car tout principe actif rend semblable à lui-même l'être sur lequel il agit. Pour qu'il y ait altération, .le patient doit changer, et il change en devenant semblable à lagent (9). Or, cela n'est possible que parce que l'être qui

(i) De rime, II, 5, $ 6. — (a) Politiq., I, i. ^aixèv x6 éfieaOai.

(3) Gnuides morales, 1, 35... 'QaauTcoc xai xàc aloO^iaetc êTÉpac auTcÔv Vj fuai; àicidMxcv. Bekk., 1196.

(4) Parties des animaux, II, 10. TéTaxTai Ôà tèv Tpéicov toOtov Ta aldOYiti/ipia xyj

(5) De rame, II, 11, S 9* — (6) Parties des animaux, II, 5; III, 5 ; Génér. et corrupt., I, 5. •— (7) Phys., II, 1 ; Génér. et corrupt., II, 3 ; Météor., IV, i. — (8) De la sensation, VI , i ; Météor., IV, 8. — (9) Génér. et corrupt., I, 7 ; I>« ï*àmc, II, 5, 7.

sent est en puissance l'être senti, de sorte qu'après avoir subi l'action, il est comme l'objet même qui l'afTecte (i). Toutes les qualités sensibles n'agissent pas sur les êtres inanimés ; ce n'est là le propre que des qualités tangibles et des saveurs ; mais toutes les qualités sensibles agissent sur l'être animé et produisent en lui la sensation (a).

L'objet unique du toucher n'est pas clairement connu (3). Toutefois, ce sens perçoit surtout les qualités qui font qu'un objet est un corps ; car les choses tangibles sont les différences des corps en tant que corps (4). Ces différences ou contraires tangibles sont le chaud et le froid, le sec et l'humide, le dur et le mou, le visqueux et le desséché, l'épais et le mince. Mais toutes ces oppositions se peuvent ramener à deux : celle du chaud et du froid, et celle du sec et de l'humide (5). Ce^ quatre éléments constituent donc l'objet senti par le toucher, auquel ils sont ce que l'agent ou le moteur est au patient ou au mobile (6).

L'objet du goût, c'est ce qui est sapide. Ce qui est sapide a pour matière l'humide. L'objet sapide est l'agent, la cause, qui produit réellement et en acte la sensation du goût (7).

Quelle est la nature de l'objet odorant? Est-ce une fumée, de l'air , une vapeur (8) ? L'odeur n'est pas un corps ; mais elle n'existerait pas sans la présence de quelque corps dont elle est soit un mode, âoit un mouvement (9). Au demeurant, l'odorat se rapporte au sec, comme le goût s'applique à l'humide (10).

L'objet propre de l'ouïe est le son (11). Le son est un mouvement de l'air mû par deux corps lisses qui s'entre-choquent (12). Le corps sonore met l'air en mouvement, et l'air à son tourment l'organe (i3), lequel est approprié à l'audition

(i) De l'âme, U, 5, § 7. — (a) Ibid., II, la, S 5, 6. — (3) Ibid., II, 1 1 , § a. — (4) Ibid., II, XI, S 10; Génér. et corrupt., Il, a. — (5) Ibid.; ibid. — (6) Ibid., I, 7. — (7) De rame, II, 10, §1. reucrrov Ôè xb «oiy)Tixàv hxtktytia auTou. — (8) Problèmes, XII, 10. — (9) De la sensation, VI. — (10) De Tâme, II, 9, § 8. — (11) Ibid., 6, S a. - (la) Ibid., 8, SS 6» :. - (i3) Ibid-, 7, S ».

par l'air qui y est contenu (i). L'ouïe se rapporte donc à l'air. Ce sens est passif> comme les autres ; il est mû par l'objet so* nore, et l'ouïe en acte est semblable au son en acte^ parce qu'elle lui était déjà semblable en puissance (a).

La vue a pour objet propre la couleur (3). Trois choses sont nécessaires à la vision eu dehors de l'être sensible, savoir la couleur, le diaphane et la lumièie. ha, couleur est ce qui est sur la chose visible en soi^ et toute couleur est l'agent qui met en mouvement le diaphane en acte. J'appelle diaphane ce qui est visible par une couleur étrangère : ainsi l'air et l'eau qui sont diaphanes, non en tant qu'ils sont air et eau, mais en vertu de la nature qui est en eux et qui est la même que celle du corps éternel supérieur (4). Ce en quoi le diaphane est seulement en puissance peut être lobscuritc. Mais la lumière est la couleur et l'acte du diaphane, et le diaphane est en acte par la présence d'une nature toute semblable à l'éther. £n sorte que le diaphane et la lumière ne sont ni le feu, ni absolument un corps (5).

La couleur du corps visible meut le diaphane en acte^ par exemple l'air, et l'air à son tour meut l'organe sensible. Or, la couleur meut le diaphane, parce que son essence et sa nature est de le mouvoir (6).

Chacun de nos sens s'applique à son objet particulier. Mais nous jugeons que le blanc n'est pas le doux; nous sentons qne le$ choses sensibles diffèrent, et ce ne peut être par des sens séparés. 11 faut que les deux qualités comparées et distinguées apparaissent à un seul et unique sens (7). II y a, en effet, un sensorium commun où se rencontrent les impressions de tous les sens en acte (8). Ce sens juge des différences et perçoit les qualités communes des corps, telles que le repos et le mouvement, l'étendue, la figure, le nombre et l'unité (9). Ce sens, c'est le cœur, ou premier sensitif chez les animaux san-

(i) De rame, II, 8, § 6 ; Parties des anim., Il, lo. — (a) De l'àme, III, 2, § 4, 5.— (3) Ibid., II, 6, S 3 ; 7, S I. —(4) Ibid., 7, § i. — (5) Ibid., 7, S 5. — (6) Ibid., ibid. — (7) Ibid., III, a, S 10, n. — (8) Jeunesse, i. — (9) De l'âme, 111, i, § 7.

guins (i). Il est affectépar les impressions mêmes jdes sens particuliers dont il perçoit et les objets communs et les objets propres (a).

La raison voulait qu'il y eût un centre et un principe unique de toutes nos sensations (S), et comme le cœur est ce principe, la nature qui, à moins d'obstacle invincible, met les organes les plus nobles à l'endroit le plus noble, a placé le cœur dans le lieu principal du corps, au milieu, plutôt en haut qu'en bas, vers la partie antérieure plutôt que vers la postérieure (4)9 parce que le milieu est le point le plus rapproché de toutes les extrémités à la fois, dont il est à égale distance (5).

Par la sensibilités la nature a rendu tout être qui se déplace capable de se conserver et d'arriver à sa fin. Sans cette faculté, il ne pourrait éviter certains obstacles, ni rechercher certains objets qui lui sont nécessaires (6). Elle a donné à l'animal le goût et le toucher pour se nourrir, pour être, et les autres sens, non pas pour être simplement, mais pour être bien (7). Telle est la prévoyance de la nature. Toutes ses œuvres ont un but ou sont la condition des choses qui ont un but (8).

Et, comme on vient de le voir, l'être sentant, son corps, son âme, ses organes, l'être sensible et ses éléments, l'intermédiaire entre le sujet et l'objet, tout, dans le mouvement d'altération subi par Tanimal, tout est ou la nature elle-même, ou l'ouvrage de la nature.

Mais il faut rapporter encore à la sensibilité un certain nombre de mouvements qui la supposent soit comme principe, soit comme condition nécessaire, et démêler la part de la nature dans la production de ces mouvements.

La sensibilité est le principe du sommeil et de la veille, des défaillances, de l'évanouissement et du délire (9), de l'imagina-.

(i) Jeunesse et vieill., III. — (a) Du sommeil, II ; Des songes, III.

(3) Parties des anim., Ilf, 4. Kal toOto eOXoYco;.

(4) Ibid., ibid. 'Ev toTç y*P xi|AitûT6poiç tô T(|j.t(tfTepov xaô{6puxev if; çudiç, ou [iii Ti xcdXvei |ieîÇov.

(5) Ibid., ibid. — (6) De l'âme, lU, 12, § 6. — (7) Ibid., ibid., iZ, § 3.— (8) Ibid., ibid., 12, § 2. — (9) Du sommeil, i; De la sensation, i.

tion et de la mémoire, qui sont la conséquence de la sensation et des songes que l'imagination ehfante ( i ). I^e plaisir, la peine, le désir, l'appétit (ti), les vertus et les vices auxquels donnent naissance les peines et les plaisirs du corps (3), les mouvements de la. respiration, la jeunesse et la vieillesse, enfin la vie et la mort, dépendent de la sensibilité (4)-

C'est parce qu'ils sont doués de la sensibilité, que les animaux dorment et veillent (5) ; aussi les plantes, qui sont insensibles, n'éprouveut-elles ni Tune ni l'autre affection. Le sommeil est l'immobilité de la sensibilité enchaînée; la veille en est le libre mouvement. Mais comme le sommeil n'appartient ni au corps seulement, ni à l'âme seulement, de même le sommeil et la veille se rapportent à la fois à l'âme et au corps (6). Chez les animaux sanguins, le sommeil a lieu lorsque la chaleur vitale, quittant les parties supérieures où elle avait afAué, redescend vers le cœur, y acSumule le sang, et produit une catalepsie du sensorium commun (7). Le sommeil et la veille sont donc des affections du premier sensitif. Le sommeil engourdit le tact, et tous les autres sens qui dépendent de celui-là deviennent aussitôt incapables de sentir (8). Alors l'animal se repose. La nature agit toujours en vue du bien ; les êtres qui se meuvent ne pourraient toujours se mouvoir avec plaisir; il est bon, il est nécessaire qu'ib se reposent. Or, le sommeil est un repos, et voilà pourquoi la nature a accordé le sommeil à ces êtres en vue de leur conservation (9). Quant à l'évanouissement et au délire, ces états se distinguent du sommeil en ce qu'ils n'affectent pas le premier sensitif; mais seulement tel ou tel sens (10).

L'imagination est un mouvement (i i); ce mouvement a pour principe l'âme sensitive (iti).!! se produit lorsque, le premier sensitif ayant été modifié par un objet extérieur, la sensation

(x) De rame, III, 3, § ii, $ i3. — (a) Ibid., II, a, § 8 ; lU, ii, § i. — (3) Phys., VIII, 3. — (4) De la sensibilité, i. — (5) Hisl. des anim., IV, lo. — (6) Sommeil, i. — (7) Ibid., 3. — (8) Ibid., i. — (y) Ibid., 3. — (10) Du somnieil, a. — (11) Phys., VIII, 3 ; De l'âme, UI, 3, § 1 1. — (la) De lâmc , HJ, 3, § 1 1.

se continue après réloignement de robjet(i). D'où Ton peut définir l'imagination : le mouvement qui suit la sensation et qui en procède (a). Quant à Timagination mêlée de raisonnement, c'est une manière de penser (3).

Le songe est une vision, une représentation de la fantaisie, qui nous apparaît pendant le sommeil. C'est une affection de l'âme sensitive, c'est un mouvement de la sensibilité considérée non en tant que sensibilité, mais en tant que puissance ima-» ginative (4).

La mémoire n'est ni la sensation ni la pensée : c'est plutôt une habitude qui résulte de la persistance de l'une et de l'autre. Cependant la mémoire ne se rapporte à la pensée que par accident. Proprement, elle appartient à la sensibilité. Le souvenir est un mouvement de la sensibilité dans le premier sensitif et qui suppose l'imagination (5).

Le plaisir et la peine se rencontrent partout oii il y a sensation (6). Le plaisir est un mouvement de l'âme qui nous place d'une façon soudaine et sensible dans les conditions de notre nature; la douleur est le mouvement contraire (7). Le principe de ces deux mouvements est la sensibilité, qui est l'âme, sans doute, mais qui est aussi le corps. Aussi, le plaisir et la peine affectent-ils et l'âme et le corps, comme l'indiquent le froid et le chaud dont ces impressions sont accompagnées (8). Les causes du plaisir et de la peine sont ou la pensée, ou les altérations diverses que subit le corps de la part des objets, la nourriture, le commerce des sexes, et les sensations du toucher et dû goût, de l'odorat, de l'ouïe et de la vue (9). Tous les plaisirs qui ont pour cause des objets sensibles sont évidemment des altérations de la sensibilité (10).

Le plaisir a un but : il nous fait aimer le bien, que la peine rendrait insupportable (i i).

(i) Songes, a ; De la-Mém., x. — (a) Songes, x. — (3) De l'âme, III, 3, § 5. — (4) Des songes, I, sub fin. — (5)| De la Mémoire, x, a. — (6) De Tâme, II, a, §§ 8 et 3, $ a% — (7) Rhétor., I, H. — (8) Mouvem. des anim., VIII, §§ x, 2 ; De la sensation, 1. — (9) Morale à Nie, VII, 6. — (ro) Pbys., VII, 3, — (n) Morale à Nie, IX, 9.

Lies vertus et les vices ont leur point de départ dans les plaisirs et les peines dont elles sont ou la recherche ou la fuite (i). Us ont pour principe un exercice antérieur (a) et aussi les qualités de notre nature qui modifient à la fois le corps et l'âme (3).

L'appétit est de deux espèces : celui qui appartient à la raison et qui s'appelle volonté, et celui qui appartient à la partie non raisonnable, et qui est ou le désir oU la passion (4).

L'appétit, en généi*al) ne fait qu'iin avec la sensibilité : c'est un mouYement dont le principe est dâ&s l'âme et dont la cause, l'objet ou le but> est le désirable, c'est-à-dire le bien (5).

Les désirs sont des mouvements de la nature (6) qui se produisent sans réflexion et sans choix (7). Il y a dans le désir quelque chose d'essentiellement inné. C'est un penchant de leur nature qui porte les animaux au plaisir ou à l'agréable (8), et l'agréable e^ ce qui est selon la nature (9).

La passion, cette autre forme de l'appétit sensidf, est un changement ou mouvement (10) de l'âme qui nous trouble, et qu'accompagnent ou suivent le plaisir ou la douleur (11).

La respiration se rattache à la sensibilité (12). Cet acte est nécessaire à l'animal comme la nourriture, non pas cependant à tous les animaux, car certains insectes vivent encore une fois divisés, et il est évident qu'en cet état ils ne peuvent respilrer (i3).

Mais la plupart des animaux respirent, et il n'en saurait être autrement. £n effet, la chaleur est nécessaire à l'âme et à la vie. La digestion, par laquelle les animaux s'assimilent les aliments, n'est possible qu'au moyen de la chaleur. C'est pour-

(i) Morale à Eud., II, 4. — - (a) Métaph., IX, 5; Morale à Nie, III, 7. — (3) Premiers analyt., II, 117, % la. —(4) De l'âme, III, 9, S 3. — (5) Ibid., 10, gg a, 3, 4. — (6) Prem. anal., II, a7, § la. Kal èuiOuji-Cai tûv çuaei xiviQffetov. — (7) Morale à Nie., VII, 8.

(8) Ibid. AuTol (AâXXov iie9uxa(i.ev irpà; ràç i^Sovàç.

(9) Rhétor., I, XX. Tè xarà çvdiv i^Sv.

(10) Élhiq. à NiGom., II, 4. Kaià (j.èv xà nàOir) xiveiaSai liy6\i.zbai.

(11) Ibid., ibid.; Rhétor. Il, r, — (la) Delà sensibilité, i. --(i3) De la respir., 3.

quoi, dans le lieu principal du corps, c'est-à-dire dans le cœur et dans là partie principale de ce lieu, résident ensemble et la chaleur et l'âme nutritive qui s'en sert. La chaleur naturelle est pour l'animal une condition d'existence. Il importe que cette chaleur ne périsse pas. Elle périt ou en s'éteignant ou en se desséchant. L'extinction du chaud se produit par la venue du froid, qui est son contraire. Quant au dessèchement, il a lieu lorsque l'air ambiant, étant trop chaud, dissipe et anéantit l'humidité propre du corps, sans laquelle il n'y a plus de chaleur vitale. Aussi, cette chaleur ne se conserve-t-elle que si elle est convenablement rafraîchie. Deux choses sont donc nécessaires à l'existence de L'animal, Ut nourriture et le rafraîchissement (i).

La nature a pourvu à ce double besoin par un seul et même organe. De même que, dans certains animaux, la langue perçoit les saveurs et forme les sons du discours, de même, chez ceux qui ont un poumon, la bouche sert à la fois à recevoir la nourriture et à l'acte de la respiration. Les animaux dépourvus de poumon, et qui ne respirent pas, ont la bouche pour recevoir l'aliment, et le rafraîchissement leur vient par les branchies. Ainsi se trouve tempérée et rafraîchie la grande chaleur que l'âme nutritive entretient dans le cœur (2). .

Les degrés divers de la chaleur vitale et du rafraîchissement de cette chaleur marquent chez l'animal les époques de la vie. La naissance est l'union première de l'âme nutritive et de la chaleur vitale; la vie est la durée de cette union ; la jeunesse est l'accroissement de l'élément qui reçoit et garde la fraîcheur; la vieillesse en est le décroissement, l'âge mûr en est l'état moyen. La njort ou destruction de l'animal n'est que l'extinction ou le dessèchement de la chaleur vitale. La mort produite par la vieillesse n'est que le dessèchement graduel de la partie que l'animal ne peut plus rafraîchir à cause de son grand

(i) De la respir., 8, ii; Du sommeil, a.

(a) De rame, II, 8, § it>. "H6t) yàp T(j> àvaiweo(iév{p xaTa^ptitai if) fudiç èni Qûo epya. De la respiration, 1 1. T(j> aCT.t^ ôpy^vcp XP^*^^^ ^P^^ â\i^(û laOïa if) f vfftç.

âge. Ce que nous appelons dessëchement^ dans les plantes, se nomme mort chez les animaux (i).

Telles sont la naissance, la jeunesse, la vieillesse, la vie, la mort, et les causes qui font que les animaux y sont sujets.

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