‹ Le premier pas de son altesse; vaudeville en un acte. Par MM. De Leuven et DeforgesChapitre 6 sur 26 · LE PRINCE, LA COMTESSE · texte numérisé non relu

LE PRINCE, LA COMTESSE

Eh! bien. Comtesse, qu'en dites-vons?.. n'ai-je pas déjà l'habitude du commandement?., la parole brève, le geste impératif!., ah! il faut être ainsi avec ces messieurs... sans cela , ils diraient qu'on n'a pas de dignité... qu'on ne sait pas tenir son rang.. .et, à vous parler franchement, ce n'est pas ce qui me plaitle plus...j'aimerais tant à vivre avec tout le monde, sans façon, sansétiquette , comme autrefois... vous en souvenez-vous , Comtesse , quand vous m'appeliez Edouard , tout bonnement ?

LA COMTESSE

Vous revoyez donc avec plaisir le château de Richmond?

LE PRINCE

Pouvez-vous me le demander... j'ai passé dans ce château des années si heureuses... tandis qu'à Londres...

LA COMTESSE

A Londres !.. vous étiez à la cour...

LE PRINCE

Ah ! j'y menais une triste vie., il y a trois jours encore , avant d'avoir atteint cette majorité, objet de tous mes vœux , n'étais-je pas traité comme un pauvre esclave?., gouverneur, sous gouverneur... pédant ennuyeux... c'était à qui me tyranniserait... « L'étude, monseigneur, l'étude! » ils n'avaient que ce mot à la bouche... et quand , le soir , on m'accordait un peu de répit, c'était pour me conduire à ce qu'ils appelaient la promenade... joli plaisir... mesurer mes pas, sur la démarche grave et lente de mon vieux gouverneur... sourire éternellement... saluer du geste les passans qui me regardaient comme une curiosité... et les grands jours , donc !.. c'était bien pis!. .il me fallait recevoir en cérémonie de nobles personnages, implorant la faveur de faire la cour à mon Altesse... je ne pouvais dire un mot, faire un geste , qui n'eût été réglé d'avance par le maître des cérémonies... c'était à mourir d'ennui... et je ne voudrais pas pour beaucoup recommencer ces tristes années d'apprentissage de prince!..

LA COMTESSE

Mais aussi , monseigneur , vous voilà libre , maintenant. LE PRINCE, avec feu.

Oh! oui, libre... que j'aime à me l'entendre dire... je ne suisplusun écolier, je suis prince... colonel d'un beau régiment... et je veux m'amuser tout à mon aise.

Quelle pelite lête!

MISEE DUAÎUATfyrE.

AiH de Fabrj-Garnt.

Déjà Je sens là Un désir De plaisir Et je veux De ces lieux i^ue Tennui Soit banni.

Jamais , Désormais , De pédans Obséda n» ; Je les fuis Et j'en suis Satisfait; C'en est fait...

Chasseur , Plein d'ardeur , 11 me faut Au plutôt Les chevaux Les plus beaux , Des piqueurs , Des coureurs.

Le cor Doit encor Retentir, - '

Taire fuir.

Effrayer tta" -î

Le gibier Aux abois Dans les bois...

Déjà Je sens là etc.

Mai», à ma jeunesse.

Ces jeux , celle ivresse Je le sens, hélas !

Ne suffisent pas !

Souvent,

En rêvant.

Indécis,

Je me dis !

N'est-il pas

Ici bas

Un lionheur

l*his flatteur :..

Déjà Je sens là etc.

LA COMTESSE, à part.

LE PRINCE

A proiK)s, comtesse, en entrant dans ce château, j'ai retouvé bien i>eu de figures de connaissance... les femmes surtout , sont d'une laideur I

LA COMTESSE

Comment, monseigneur, tous avez remarqué...

LE PKlNCli.

Oui , oui, j'ai remarqué une collection de vieilles femmes... je ne peux pas souffrir les vieilles , moi... mais tout cela va changer... j'aime à me voir entouré de figures humaines, de visages gracieux... c'est si gentil, une jolie femme I

LE PKEMIEH l»AS DE SON ALTESSE 9

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