SCÈNE VUE ARMAND, COURVÏLLE
COURVIIXE , à la canionnade.
Hola! eh., quelqu'un .. Bernard, Lapierre, St. -Jean, qu'on ine préparc un appartement.
ARMAM).
Qu'enlends-je? c'est la voix de Courville.
COURVILLE , en entrant , lui serrant la main.
Eh ! bon jour, mon cher Armand, que je suis <lonc content de te revoir.
ARMAND
Tu arrives sans doute à l'instant P
COURVILLE
Oui, mon ami, des bords de la Tamise où j'avais d(é pour étudier le genre anglais, et surtout gagner de l'argent, mais je n'ai rien fait de tout ça , va , au contraire.
Air du vaudeville de la Petite Sœur.
Des Walter Scott , des Lord Byron ,
Voulant voir la terre classique ,
Pour y travailler par pratique ,
Je me rendis vite à London :
C'est l'asyle du romantique. (jbis).
Mon voyage m'a coûté cher,
Mes dépenses ont été folles ;
Car, au Heu d'études , mon cher,
Moi , je n'ai fait que des écoles. {his.)
Ah çà , mais, qu'as-tu donc?... comme le voilà triste ! est-ce que tu serais victime d'une passion malheureuse , par hasard ? Je me souviens qu'avant mon départ , la fdle du comte de Rézoff , chez lequel nous étions très-bien reçus l'un et l'autre. ....
ARMAND
Courville, qui peut te faire présumer?. ..
COURVILLE
Eh bien ! . . . comme tu le troubles. . .
ARMAND
Qui a pu te dire .f*. . .
COURVILLE
Parbleu', ce n'est pas toi ; . . . tu le caches à tout le monde, et tu n'as jamais voulu en convenir avec moi; moi, ton meilleur ami — Mais , c'est égal ; . . . va , . . . je le connais, et je t'ai deviné tout de suite.
ARMAND
Eh bien 1 oui : . . oui , mon cher Courville , je Taime à l'adoralion. . . Mais , je ne le dis qu'à toi , qu'à toi seul ; garde toujours ce secret , au nom de noire amitié ; . . ,
'i.Mt^
d'ailleurs, je ne puis être heureux , je ne l'obtiendrai jamais.
COURVTLLE.
C'est bien ça... toujours sentimental... c'est comme moi. . . Tiens, tel que tu me vois , j'ai du chagrin aussi, sans que ça paraisse ; . . . j'en maigris à vue d'oeil ; . . . regarde plutôt ; . . . c'est une aventure épouvantable ; une femme charmante , adorable , délicieuse , mon cher, et que j'aimais. . Ah !. . .
ARMAND
Comment, tu aurais aussi le malheur?. ..
COURVILLE
Mon Dieu , oui
Air : Vos maris en Palestine.
J'adorais une cruelle ,
Je devais l'aimer toujours,
Et j'e'tais déjà , près d'elle ,
]\esté fidèle hull jours. {bis,j
Ah ! du sort quel coup perfide !
ARMAKD.
C'est donc un objet divin , Sensible et vertueux ?....
COURVTLLE.
lieim ?....
C'était une Danaïde De la Porte Saint-Martin.
Mais, au bout de huit jours, crac elle m'a plan lé là pour un petit baronnet , assez joli garçon. . . . d'un blond un peu hasardé.... très - foncé en guinées , et c'est ce qui m'a perdu .... Mais , ne parlons plus de ça ; ... . c'est une indignité. . . Toi, c'est bien différent, tu aimes, et je gagerais que lu es aimé.
ARMAND
Non , non ; . . . ne crois pas ; . . . d'ailleurs , quels titres puis-je avoir auprès de M. de Kézoff : ma famille est honorable , il est vrai, mais presqu'enlièrement ruinée , tu le sais.
COUR VILLE
Qu'csl-ce que ça fait donc , ça,"". . . Tu n'as rien. . . c'est peu de chose; mais, tu es artiste, et c'est beaucoup... surtout auprès de M. de Rézoff , qui est enthousiaste des beaux arts, et qui considère particulièrement les gens de
notre profession. . . Il a toujours eudugoûl, cet honnne-là.