‹ Le premier texte de la Rochefoucauld (Reflexions ou sentences et maximes morales) publChapitre 7 sur 33 · AU LECTEUR · texte numérisé non relu

AU LECTEUR

oicy un Portrait du cœur de Vhomme que je donne au public, sous le Nom de Reflexions ou Maximes Morales.

// court fortune de ne plaire pas à tout le mondej parce qiCon trouvera peut^estre qu*il ressemble trop, et qu*il neflate pas asse\* Il y a aparence que Vintention du Peintre n'a jamais esté de faire parroistre cet ouvrage, et qu*il seroit encore r* enfermé dans son cabinet, si une méchante copie qui en a couru^ et qui a passé même depuis quelque temps en Hollande, n'avoit obligé un de ses Amis de m'en donner une autre, qu'il dit estre tout à fait conforme à i* Original; mais, toute correcte qu'elle est, possible n évitera-

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t-elle pas la censure de certaines Personnes qui ne peuvent soufrir que Von se mesle de pénétrer dans le fonds de leur cœur y et qui croyent estre en droit d'empescher que les autres les connoissent, parce qu'elles ne veulent pas se connoistre ellesmêmes. Il est vray que^ comme ces Maximes sont remplies de ces sortes de verites^^ dont l'orgueil humain ne se peut accommoder, il est presque impossible qu'il ne se soulevé contre '•elles, et qu'elles ne s*atirent des Censeurs, Aussi est-ce pour eux que je mets icy une Lettre que l'on m'a donnée, qui a esté faite depuis que le manuscrit a paruj et dans le temps que chacun se mesloit d'en dire son avis. Elle m'a semblé asse!( propre pour répondre aux principales dificulte^ç que Von peut opposer aux Reflexions, et pour expliquer les sentimens de leur Auteur : elle suffit pour faire voir que ce qu'elles contiennent n'est autre chose que l'abrégé d'une Morale conforme aux pensées de plusieurs Pères de l'Eglise, et que celuy qui les a escrites a eu beaucoup de raison de croire qu'il ne pouvait ^égarer en suivant de si bons guides^ et qt/il luy estoit permis de par^ 1er de l'Homme comme les Pères en ont parlé.

Mais si le respect qui leur est deu n'est pas capable de retenir le chagrin des Critiques, s'ils ne font point de scrupule de condamner l'opinion de ces grands Hommes en condamnant ce Livre,

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je prie le Lecteur de ne les pas imiter, de ne laisser point entraisner son esprit au premier mouvement de son cœur, et de donner ordre, s^il est possible, que l'Amour propre ne se mesle point dans le jugement qu'il en fera-, car^ sHl le consulte^ il ne faut pas s^attendre qu'il puisse estre favorable à ces Maximes : comme elles trait-' tent TAmour propre de corrupteur de la raison^ il ne manquera pas de prévenir l'esprit contre elles. Il faut donc prendre garde que cette prevention ne les justifie, et se persuader qu'il n'y a rien de plus propre à establir la vérité de ces Reflexions que la chaleur et la subtilité que Von témoignera pour les combattre. En effet, il sera difficile défaire croire à tout homme de bon sens que Von les condamne par d'autre motif que par celuy de l'interest caché^ de l'orgueil et de f amour propre. En un mot, le meilleur party que le Lecteur ait à prendre est de se mettre Sabord dans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces Maximes qui le regarde en particulier, et qu'il en est seul excepté, bien qu'elles paroissent ge^ nerales. Apres cela je luy répond qu'il sera le premier à y souscrire, et qu'il croira qu'elles font encore grâce au cœur humain. Voila ce que j'avois à dire sur cet escrit en gênerai; pour ce qui est de la méthode que Von y eust peu observer^ je croy qu'il eust esté à désirer que chaque

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Maxime eût eu un filtre du sujet qu*eUe traite^ et qu'elles eussent esté mises dans un plus grand ordre; mais je ne Vay pu faire sans renverser entièrement celuy de la copie qu^on m'a donnée; et comme ily a plusieurs Maximes sur une même matière, ceux à qui j'en ay demandé avis ont jugé qu'il estoitplus expédient défaire une table à laquelle on aura recours pour trouver celles qui traittent d'une même chose.

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