CHAPITRE XI
Pendant que sa mère et sa sœur accomplissaient cette sombre veillée, Marius arpentait le long chemin de la rue Pétrelle au poste de Glichy dans une tristesse mortelle : Minie était perdue, à n'en pas douter !
Quelle perte pour eux tous!... Quelle douleur pour les Favre! Gomment contenter le suprême désir de la mourante de revoir son neveu ?
Où était-il, à cette heure?
On ne put le lui dire au poste où sa compagnie était remplacée et où Ton n'avait aucune nouvelle des brancardiers.
Il fallait aller s'informer à la Place : c'était de là qu'organisés en escouades ils avaient dû être dirigés sur le lieu du combat.
Marius y courut, se repentant de n'avoir pas commencé par là.
La soirée était bien avancée lorsqu'il arriva à la place Vendôme.
Il se rendit, d'abord, à TEtat-Major.
Là, comme à tout siège d'administration — civile ou militaire — on le renvoya de Pilate à Gaïphe et ce fut après de longues attentes et des promenades dans les salles et dans les bureaux qu'il parvint à savoir que les escouades d'ambulanciers étaient parties par les Champs-Elysées, suivant tout droit la route de Saint-Gloud pour se répandre dans Garches, Montretout et Buzenval où elles avaient une longue et rude besogne à remplir, les pertes étant considérables des deux côtés.
Quant à apprendre de quelle escouade faisaient 'partie Jean-François et les gardes du poste de Glichy, c'était chose impossible.
Marins ne perdit pas son temps à l'essayer : il s'en fia à sa propre intelligence et à sa bonne étoile pour trouver son ami dans l'exercice de ses tristes fonctions.
L'Armistice datait du matin seulement et devait durer quarante-huit heures : il en avait donc encore pour trente-six à peu près.
Saint-Gloud, Garches, Montretout, Buzenval?
Sans doute, c'était là une grande étendue de territoire, mais, Marins et Jean-François, vrais enfants de Paris, débrouillards et marcheurs, connaissaient les environs de la capitale, à six lieues à la ronde, comme le quartier qu'ils habitaient.
Ge n'est pas eux qui auraient été en retard de deux heures, la veille, pour amener des renforts aux troupes de Bellemare et de Vinoy. Ils ne se seraient pas perdus dans les chemins de traverse. Non : ils les avaient parcourus trop souvent, soit tous deux seuls, soit en compagnie de leurs familles
OU avec des camarades parisiens et fureteurs comme eux.
Le projet de Marius était bien simple : rejoindre Jean-François à quelque heure de la nuit que ce fût, prendre, avec son numéro d'escouade, sa place au brancard, pendant que le « grand > reviendrait en hâte à Paris recevoir le dernier soupir de sa chère petite tante qu'il ne lui dirait pas être aussi mal qu'elle l'était réellement, mais assez en danger pour que cela le fit consentir à quitter son service*
Sans doute, Jean-François serait difficile à trouver par cette nuit brumeuse, le centre des recherches de Marius comprenant trois ou quatre villages, mais, il avait de bonnes jambes, le petit Basset, et il était mû par une telle volonté d'envoyer son ami vers les pauvres esseulées qu'il y arriverait sans nul doute.
Il comptait, pour attirer l'attention du jeune brancardier, sur le signe de ralliement à eux connu : ce petit air qu'il sifflait en redescendant le bastion, la première nuit de faction de Jean-François et auquel celui-ci avait imposé, silence de peur que Marius ne fût puni pour son croc- en-jambe à la discipline.
Les deux copains avaient une façon stridente de le siffler qui portait très loin et, dans leurs excursions autour de Paris comme dans leurs appels d'une fenêtre à l'autre, il leur était devenu si personnel qu'il semblait à Marius que, fussent-ils séparés par des distances énormes, l'un et l'autre devaient le deviner, le sentir s'ils ne pouvaient l'entendre. Aussi , était-il convaincu que Jean-
François l'entendrait, cette nuit-là, en quelque endroit qu'il fût.
Il se mit donc en marche, sinon allègrement — le pauvret était trop obsédé par la pensée de Minie mourante — du moins courageusement.
Qu'est-ce que c'était que deux lieues pour lui, malgré celle qu'il venait de faire pour avoir des renseignements, incomplets mais utiles cependant ?
Il avait — ayant dîné bien succinctement dans la tristesse du logis Favre — obtenu au poste qu'on lui cédât un morceau de pain (on se souvient qu'il n'en était plus délivré aux boulangeries, hors la vente rationnelle?) il s'était fait emplir une gourde d'eau-de-vie mélangée d'eau, breuvage réchauffant et peu dangereux pour la tête, et, muni 'de ces réconfortants en toute prévision, il cheminait de toute la vitesse de ses jambes non très longues mais très vigoureuses.
C'était bien dommage qu'il eût été obligé de venir à cette place Vendôme, car, du poste Glichy, passant par Asnières qui en est tout proche; il eût gagné, non seulement le temps du trajet à la Place, mais encore celui des allées et venues dans les bureaux.
Mais, quoi ? il n'eût pas été certain que les escouades aient été toutes dirigées sur Saint-Gloud, puisqu'il pouvait en rester en réserve à Paris et Jean-François être dans cette réserve, ce que Marins savait, sûrement, ne pas être, maintenant.
En pressant le pas, il comptait rattrapper le temps perdu. Quoique toujours brumeux, le temps n'était pas si noir que la veille et, si le gaz n'éclairait plus les voies depuis bien des semaines, des
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lampes au pétrole placées d^ns les réverbères, à des distances assez longues, il est vrai, le guidaient encore jusqu'à Textrémité de Paris.
Une fois hors des murs,il saurait bien s'orienter. Avec sonpain et son eau-de-vie coupée — provisions de bouche, il avait deux boîtes d'allumettes-bougies de fort calibre— provisions de lumières; plus, un petitrevolver de poche, cadeau deson « grand», capable de tenir en respect un passant mal intentionné, et, pour ne pas être pris, lui-même, pour un maraudeur ou un vagabond — méprise dont son uniforme de garde national le garantissait déjà, — il avait attaché à son képi la croix de Genève à lui octroyée, a l'École commerciale, pour avoir accès dans l'Ambulance quand sa mère, sa sœur ou les dames Favre y étaient de service.
Cette croix d'Ambulance devait lui servir, surtout, vis-à-vis des sentinelles ou des patrouilles qu'il rencontrerait en chemin. Mais, il n'en rencontra pas : les deux jours d'Armistice et les tristes devoirs auxquels il fallait les employer mettaient sur les routes autant de gens en quête de quelqu'un des leurs que les plus joyeuses nuits de Paris en mettaient dans ses rues en temps de paix.
Tout le long du parcours, il rencontra des personnes isolées et des familles entières allant, comme lui, s'enquérir d'un père, d'un frère, d'un fils, d'un parent ou d'un ami. Beaucoup portaient des torches allumées et Marins, s'il n'eût marché encore plus vite que tout ce monde, eût pu se trouver en nombreuse compagnie.
Dans l'avenue des Champs-Elysées, il commença à voir arriver des brancards, portés par desambu-
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lanciers ou par des frères de la doctrine chrétienne, ramenant des victimes de la tentative manquée.
Marins vit, alors, des scènes déchirantes : des malheureux, en quête d'un être aimé, suppliaient les brancardiers de leur laisser voir, mort ou blessé, celui qu'ils rapportaient, demandant s'il était jeune ou vieux, quel uniforme il avait.
Les lugubres porteurs, serrés et entourés dès qu'ils s'arrêtaient un moment pour étaneher la sueur qui coulait do leurs fronts, étaient souvent contraints, pour pouvoir reprendre leur course, de faire croiser la baïonnette, par les gardes qui les escortaient, sur les pauvres réclamants, se bornant à leur dire à quel hôpital ou Ambulance ils portaient leur triste fardeau.
Marins, lui, se contentait de dévisager les brancardiers en uniforme sans demander à regarder sur le brancard : Jean-François ne devait être. Dieu merci ! ni parmi les morts, ni parmi les blessés. Du plus loin qu'il voyait arriver un de ces mornes convois précédés, eux aussi, de torches allumées, il sifflait le cher petit air, bien sûr que son copain y répondrait en sifflant de même, lui fût-il impossible de s'arrêter pour lui répondre de la voix : « Oui, c'est moi !... je t'entends !..»
De rencontre en rencontre, d'appels en appels toujours infructueux Marins, après avoir passé la porte de Neuilly,lepontdu même nom, la route de Nanterre, celle de Rueil, côtoyé la Malmaison, fut pris d'une crainte qui traversa son esprit, pour la première fois, depuis son départ de la Place. Les brancardiers, ayant commencé leurs voyages aux champs de bataille dans la matinée, avaient eu 1«
APBÈS AVOIR PASS^ LA PORTE PE l^KUILLY ET J^E VO^'T PU MÊME ^OM
temps d'en faire plusieurs, de ces tristes lieux aux ambulances et hôpitaux échelonnés sur leur parcours ; si Jean-François, parti dès lematin, n'avait fait qu'un service de jour ? si son escouade ne le continuait pas la nuit et ne le reprenait pas le lendemain ?
Il allait donc, lui, Marins, errer toute la nuit sans le rejoindre ? Il lui faudrait donc retourner à la maison voir s'il n'y était pas rentré avant lui ?... Et, pendant cela, Minie serait morte, peut-être ?... Ou, si Jean-François était arrivé à temps pour l'embrasser encore vivante, sa mère et sa sœur, à lui, croiraient qu'il avait pu lui arriver malheur ? Il les connaissait, ces vaillantes ! Il les savait capables de faire ce que, lui, tentait en ce moment: venir jusqu'au théâtre du combat pour chercher leur Marius parmi les victimes.
Ce cruel jeu de cache-cache était chose si possible que le pauvre garçon sentit un frisson lui traverser le dos en y pensante
Mais, il se raisonna bientôt.
Cette hypothèse du « grand » à la maison n'était pas admissible, puisque Marins l'avait quittée au jour tombant sans que son copain y fût revenu encore.
La probabilité : c'est que son escouade, aprèsun ou deux voyages, aurait eu une halte de quelques heures pour faire la soupe et prendre un peu de repos, même de sommeil ; après quoi on reprendrait le service de nuit. Quarante-huit heures devant à peine suffire, vu les pertes accusées, on ne pouvait donner un trop long temps au repos des hommes embrigadés pour ce pénible office.
Le pire qui pût arriver : c'est que Jean-François et son escouade recommençassent, en ce mo-
ment, un nouveau pèlerinage et que Marins, au lieu de les suivre, les précédât quelque peu.
Alors, il attendrait en cherchant et ramènerait peut-être le grand avant Taube.
Mais, avant Taube, tante Minie, de qui le docteur avait dit en hochant la tête : « oh ! demain ? » faisant comprendre ce qu'il redoutait, tante Minie pourrait n'être plus de ce monde.
Et l'angoisse ressaisissait Marins.
Puis, bientôt, son caractère confiant reprenant le dessus et cette bonne fée qui s'appelle « la Jeunesse » lui rendant l'espérance, il se répétait que tante Minie ne pouvait pas mourir sans revoir ce neveu qu'elle aimait tant! Et puis, elle n'était peut-être pas si mal?... même, elle guérirait de cette affreuse variole — si noire qu'elle fût ! — ... : tante Minie était si jeune encore !... si gentille, si bonne!... et tous l'aimaient tant aussi !... Est-ce que l'on mourait quand on était aimée comme ça?
Alors, Marins, respirant plus à l'aise, franchit cette route de la Malmaison au bout de laquelle l'indécision l'arrêta.
Les traces du combat devenaient à chaque pas plus visibles.
Le chemin s'obstruait.
L'artillerie abandonnée, la route défoncée, les maisons percées à jour, les murs écroulés, d'énormes fondrières creusées, ça et là, par le passage des canons, les voitures d'ambulance attendant, des brancards posés à terre en travers du chemin : tout lui disait le commencement du carnage.
Saint-Cloud était loin encore.
On s'était battu à Garches, à Longboyau, à la Celle : de quel côté diriger ses pas ? '
Sautant les ornières, enjambant les caissons, tournant les roues brisées, il entra dans le bourg
de la Malmaison qui s'en va en montant, comme tous ces coteaux voisins de la Seine, d'où descendaient des ambulanciers, des mobiles, des gardes
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nationaux, des bourgeois portant : qui des morts, qui des blessés, jusqu'aux voitures ou brancards que l'obstruction des chemins par les débris de toute sorte empêchaient d'avancer plus loin.
Marins avait beau interpeller ces hommes suant
et peinant sous le poids des misères qu'ils portaient, il avait beau siffler et resiffler :
Do ré mi fa ré do!
rien ne lui répondait, rien ne le renseignait, rien ne lui indiquait par où chercher celui qu'il désirait tant trouver*
Il dut s'arrêter, à mi-côte du pays, pour franchir un énorme amas de voitures et de canons, enchevêtrés, tordus, confondus, sous lequel des cadavres de chevaux... et d'hommes, peut-être, faisaient des mares de sang figé et, aussi, parce que le décou* ragement le prenait.
Il avait, à sa gauche : Fouilleuse ; à sa droite : Buzenval.
Vers lequel des deux fallait-il marcher ?
Les débris amoncelés qu'il devait escalader, au risque de s'y casser un membre en se laissant choir dans les interstices, faisaient son unique point de repère et il ne pouvait parvenir à s'y orienter. Une torche allumée, plantée au milieu, en éclairait vaguement le faîte.
De l'autre côté de ces débris, qui tenaient une grande longueur de la route, deux mobiles de la Seine arrivant, essayaient de hisser sur ce dangereux monticule le cadavre pesant d'un soldat du train qui avait eu les deux jambes emportées. On avait hâtivement enveloppé cet effrayant tronçon dans une couverture de campagne.
Les deux mobiles échangeaient des phrases hachées par la fatigue et la colère.
Un instant, ils furent forcés de s'arrêter, les bras
leur défaillant, leurs pieds ne trouvant où se poser. L'un dit, parlant des ennemis, sans aucun doute :
— « Les gueux ne veulent pas laisser pénétrer » dans le parc : c'est là que nous en avons dû laisser » le plus.
— « La brèche qu'ils ont faite pour nous les pas- » ser, fit l'autre, est à peine assez large pour un » corps : au train dont ça va, l'armistice sera fini » sans que nous aiyons pu enlever tous les nôtres.
— « Tu es sûr que Debalter est entré dans le « parc de Buzenval?
— « Sûr comme je le suis de vivre encore, par « miracle, malgré l'éclat d'obus qui m'a enlevé mon <r képi.
En effet, le mobile qui parlait portait, autour de la tête, un mouchoir plié en bandeau sur lequel de larges taches de s«ang attestaient que l'éclat d'obus l'avait fort discourtoisement décoiffé.
Au nom de Debalter, Marins avait dressé l'oreille.
— « Brave lieutenant! reprit le mobile au bandeau, en a-t-il fauché de ces bandits ! Son sabre » était comme vissé dans sa main et tournoyait » ainsi qu'une aile de moulin.
— « Je l'ai vu tomber à cent cinquante pas en «dedans, à l'endroit où est la brèche et, de par terre, « ayant cinq ou six Allemands autour de lui, son « sabre leur faisait encore le moulinet sous le nez.
— « As-tu vu ce grand blondin avec la croix » d'ambulance au képi? il était comme un enragé » pour entrer par la brèche quand il m'a entendu » dire que c'était Debalter qui était tombé là... Il le Tft connaissait et affirmait lui avoir dit : au revoir » ^ hier, à la porte d'Asnières.
— « Oui! c'est encore un enfant... mais^ quel » mâtin ! se démenait-il !
— « Dépêchons nous de porter ce restant d'artil- » leur sur la route et retournons à la brèche du
» parc!... la besogne n'est pas finie : tant s'en faut ! » Les deux mobiles recommencèrent leurs efforts
pour hisser leur pauvre « restant » d'artilleur...
Mais, Marins avait bondi vers eux :
Le lieutenant Debalter?... Un blondin qui lui
avait dit : « au revoir » la veille?... Pas de doute possible ! C'était Jean-François qui voulait ravoir le corps de leur ami !
— « Voulez-vous un coup de main, moblots?
cria-t-il aux jeunes soldats : on est petit... mais » solide!
— « Pas de refus, petiot! répondit le « moblot » au front bandé : cette moitié d'homme est lourde en « diable!
Marins, s'arcboutant sur un essieu de roue assez d'aplomb sur sa base, soutint la tête pendante de ce qui avait été un artilleur.
Les deux autres, soulagés d'une partie du poids, s'appuyaient, d'une main, sur l'échafaudage mal équilibré des débris pendant que, de l'autre, ils soulevaient leur fardeau. ^
Parvenir, sans chute funeste, au bas de ce plateau branlant était chose assez difficile pour que les trois jeunes gens ne pussent prononcer une parole, mais quand ils furent parvenus sur un terrain plus solide avec un « ouf! » de soulagement, pendant que les mobiles déposaient encore une fois leur lugubre épave pour souffler un moment, Marins les interrogea : « Vous disiez donc que le lieu- «tenant Debalter est resté dansle parc de Buzenval?»
— « Oui... tu le connaissais? » (L'âge de Marius et le coup de main qu'il venait de donner autorisaient ce tutoiement qui ne le choqua nullement).
— « J'étais hier, au pont d'Asnières, avec le y> grand blondin qui veut le ravoir à la brèche, et »je viens de Paris chercher ce blondin dont la » jeune tantç,presqu'une mère, se meurt et l'appelle 3> de tout ce qui lui reste de force.
— « Ah! tu viens ici pour ça? reprit celui des mobiles qui n'était pas blessé.
— « Hé bien ! tu n'as pas froid aux yeux, mon gaillard! ^
— « Ni aux yeux, ni nulle part,fit Marins essuyant la sueur que la triste besogne à laquelle il venait d'aider faisait ruisseler sur son visage. « Alors, » c'est à droite, en refranchissant cette barricade, » qu'il faut que je tourne pour trouver mon blon- » din? »
— « Attends-nous!... nous y retournons après * que notre artilleur sera remis aux brancardiers — » car le pauvre n'a plus besoin de l'ambulance — » nous ferons route ensemble !
— « Merci, fit le petit en ressautant bravement sur l'amas précité et s'aidant si adroitement des pieds et des mains qu'il parvint de l'autre côté sans encombre, je suis trop pressé!... C'est égal! » dépêchez-vous... Ça me fera plaisir de vous re- » voir. »
Et il reprit sa course cent fois arrêtée par des obstacles de bois, de fer ou de chair, vers ce parc de Buzenval qu'il connaissait bien pour être venu déjeuner sous ses murs, avec Jean-François et d'autres camarades, apportant chacun son écôt au frugal mais joyeux repas, terminé par des parties de «chat» monstres, à l'ombre de ses grands arbres.
— « Il est enragé aussi, ce gosse! dirent les deux moblots en rechargeant le pauvre tronçon d'artilleur sur leurs épaules, pour le porter au bas de la côte où attendaient les moins valides des préposés à la recherche des victimes de cette sombre journée.