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CHAPITRE XVIII

Cette visite de madame Favre fut le dernier vestige de ces relations si chères autrefois, et moins que jamais le nom de Jean-François fut évoqué entre les Basset, bien que, quel que fût le sentiment qui l'y ramenât : colère chez la mère, douleur chez la fille, regret chez le fils, personne ne Teût entièrement banni de sa pensée.

Le grand Favre poursuivait le cours de ses succès et de ses dépenses.

Il allait beaucoup dansle monde, plus, peut-être, que ne l'eussent voulu les ménagements à prendre, pour ce splendide organe auquel il devait sa fortune.

Il recevait énormément, la plus haute, sinon la meilleure société, composée moins encore des travailleurs en renom que de pas mal de fous à la mode.

Il pariait sur le turf, faisait courir lui-même et perdait, quelquefois, des sommes qu'il eût mieux fait d'employer à payer « sapetite hdiel ».

Cet hôtel était haut de trois étages dont le dernier, faisant atelier de peintre, avait suggéré àJean- ' François la manie de s'essayer à faire des « croûtes » vaatées, quand même, par les « flatteurs vivant aux dépens de celui qui les écoute ».

Au premier étage, on admirait deux salons magnifiquement meublés attenant à une serre qu'il fallait constamment entretenir du luxe charmant et coûteux de plantes vertes; de fleurs exotiques et ^ que maman Favre persistait à appeler la « Resserre ».

Il fallait, là-dedans, six domestiques mâles et femelles, sans compter le service de Técurie et le jardinier à Tannée pour soigner les plantes, tant de la serre que d'un minuscule jardin anglais précédant un perron garni de fleurs en toute saison.

C'étaient bien des dépenses! Cependant, si Favre et sa mère avaient eu le don de l'administration, ces dépenses ne les eussent pas conduits àla ruine, grâce aux gains énormes du fils... mais, ce don leur manquait.

Ils comptaient mal et ne prévoyaient pas.

Ils se laissaient endoctriner par cette espèce de marchands indélicats toujours pressants auprès des gens bien placés, qui touchent toujours par acompte sanspresque jamais donner de reçu etdont la créance est éternellement entière alors qu'on peut la croire à peu près soldée.

Et combien d'innombrables autres maladresses? Le moindre accident devait faire écrouler l'échafaudage mal équilibré, où le ténor jetait l'or gagné trop vite, absolument comme dans le tonneau des Danaïdes.

Cet accident se produisit sous forme d'une i( grippe » d'abord anodine, prise en revenant de chantera Monte-Carlo, cepays dusoleil,qu'il quitta par une température mûrissant les oranges et qu'à

la frontière française il trouva presque instantanément sybérienne sans avoir pris suffisamment de précautions.

Cette grippe, si peu dangereuse qu'elle fût, nécessitait un temps de repos que les exigences du théâtre ne lui laissèrent pas le temps de prendre à

son retour à Paris. Reprenant son service peutêtre un peu hâtivement, il se sentit, sur les cordes vocales, un léger voile qui ne laissa pas de le gêner

un peu.

Il eut recours aux sommités de la science laryngoscopique dont les brûlures, les fumigations, les inhalations et autres déplorables inventions aggravèrent ce qui n'avait été, d'abord, qu'un inconvénient sans importance.

La confiance qu'il avait en cette magnifique voix, insensible jusqu'alors à toutealtération, s'en trouva forcément ébranlée.

Or, pour un chanteur, la confiance en son organe est une absolue nécessité.

La moindre crainte d'arriver à une note qui, à un moment donné, peut ne pas sortir dans toute sa pureté, le trouble dès le début du morceau à chanter et, à mesure qu'il en approche, cette crainte devient une panique lui retirant ses moyens, son style, son charme, sa mémoire, souvent.

Jean-François en arrivait là insensibleiaent.

Les rôles qu'il possédait le mieux, les œuvres dont il avait tiré le plus brillant parti contenaient tous tel ou tel passage qui lui causait un malaise insurmontable le prenant bien avant qu'il y fût arrivé.

Le public parisien, le plus bénévole qui soit au monde, et qui, quoi qu'on en dise, est le plus longtemps fidèle aux idoles qu'il a acceptées (en fait d'art) ne voulut, d'abord, rien remarquer d'insolite chez son chanteur favori.

Favre avait les qualités qui lui plaisaient et il se le gardait comme un régal à savourer longtemps, vu son extrême jeunesse.

Favre devait êtrepourlui unMario, un Lablache, un Ronconi, un Ponchard, un Faure... une de ces perfections qu'il aime à applaudir tant qu'elles consentent à chanter. Car, ce que ce public a d'admirable : c'est de ne pas voir vieillir ses idoles. Lorsqu'un artiste a conquis ses grades à son service, il le choie à ses derniers jours comme en son plus beau temps et reste enthousiaste pour lui par respect et par habitude.

Seulement, il faut que l'artiste ait le temps de vieillir.., et Favre ne l'eut pas.

Ses premières défaillances furent couvertes par les bravos de ses admirateurs, mais la critique,

mais les bO)is petits camarades — la première par métier, les autres par jalousie, furent moins indulgents.

Ils signalèrent ces défaillances, légères d'abord : des notes un peu au-dessous du ton dans les forces ; la voix moins apte à s'adoucir dans les demi-teintes, et aussi, de ces petits accidents locaux que les

Italiens appellent « flébile » et que nous nommons prosaïquement des « chats ».

Un artiste aussi consciencieux que Jean-François devait, plus qu'un autre, subir l'appréhension de ces accidents trop souvent réitérés.

lien conçut une timidité telle qu'il n'avaitjamais eu la pareille à ses débuts dans la carrière ; timidité d'autantplus dangereuse que son amour-propre ne l'avouait à aucun prix, dans la crainte de paraître retourner aux émotions d'un débutant.

Lui qui ne s'était senti, jusqu'alors, que la dose de nerfs voulue pour les énergies à déployer, devint impressionnable, timoré, vibrant — pour ainsi dire. — Tout son être était comme une lyre aux cordes trop tendues que le moindre souffle ou la plus simple pression menacent de briser*

Il lui prenait, avant d'entrer en scène ou au inilieu d'un air, des sueurs froides et une terreur folle de ne pas arriver jusqu'au bout.

Cet état devint si maladif qu'il fallut consulter

sérieusement: les docteurs ordonnèrent des eaux et un repos absolu.

Favre alla, avec sa mère, successivement à Cauterets, à Luchon, à Bagnères, et l'hiver le ramena à Paris sans amélioration sensible dansTétat général. Jean-François, comme après sa mue, n'osait plus essayer sa voix, mais, si, dans ce temps, c'était parce qu'il redoutait qu'elle ne fut pas encore, maintenant, c'était parce qu'il tremblait qu'elle ne fût plus.

Un mieux se produisit, cependant.

Il passa quelques semaines encore dans les précautions les plus rigoureuses, mais aussi, dans des soucis qui ne contribuaient pas peu à prolonger son malaise. Soucis causés par les dettes contractées pendant la dernière année écoulée et que des créanciers, encore assez confiants pour être d'une complaisance... malhonnête, augmentaient en ayant l'air de lui donner du temps pour s'acquitter.

Enfin, malgré tout^ il se trouva assez bien pour faire, au théâtre,une rentrée pompeusement annoncée par tous les journaux à la dévotion de son directeur.

Il n'avait encore retravaillé que chez lui et, dans cet hôtel calme, bien aéré, ses sons sortaient aussi purs, aussi satisfaisants que les années précédentes. Sur la scène, aux répétitions même, dans cette grande salle, vide de spectateurs, dont la température restait normale, il sembla avoir reconquis, avec sa voix, toute sa confiance en lui-même.

Il devait rentrer par ce rôle d'Arnold, de Guillaume ïell, où il avait triomphé presque sans peur et, à coup sûr, sans reproche.

L'élite de la société parisienne s'était donné rendez-vous à cette représentation encore plus émouvante qu'un début, et lesjournaux étaient unanimes à prédire le même triomphe au héros du jour.

Sans en parler ouvertement, les Basset étaient diversement préoccupés de cette rentrée.

La mère désirait qu'elle fût heureuse, mais, ce désir était mitigé par la^certitude que cela n'arrêterait pas la ruine probable. Laurette, qui sentait bien que tous ces grands succès avaient refroidi pour elle et pour les siens le cœur de leur ami, les lui souhaitait, pourtant, mais, plus par sentiment chrétien que pour la joie qui devait lui en revenir à elle-même. Marius, seul, n'avait pas d'arrièrepensée personnelle : le brave garçon se demandait avec trop d'effroi ce que deviendrait le grand Favre sans cette belle voix, son seul moyen d'existence ! Il ne voulait pas supposer un instant qu'elle pût lui manquer.

Jean-François avait, cette fois, à sa disposition de bien meilleures places que lors de son premier début, mais, ne voyant plus ses amis de jadis, et, plus préoccupé qu'il ne l'eût fallu de cette soirée où il allait jouer une partie suprême, il ne pensa même pas à envoyer aux Basset la plus petite loge ou le plus modeste fauteuil.

Laurette n'osa seulement pas manifester un désir qu'elle savait devoir déplaire à sa mère et, d'ailleurs, que les choses allassent bien ou mal, elle n'aurait que chagrin à en subir.

Marius, sans en rien dire chez lui, fit des pieds et des mains pour obtenir une place dans la loge à laquelle le Conservatoire adroit pour ses élèves à tour

de rôle, et, ne pouvant y parvenir, se fit modestement admettre à la claque où il n'eut pas honte de s'enrôler ce soir-là, décidé qu'il était à soutenir son ancien et toujours cher ami de toutes les forces de son cœur et de ses mains.

Le moment fatidique arrivé, la salle présenta le même aspect que trois ans auparavant, plus élégante, peut-être, et plus émue au^ssi ; Jean-François comptait encore plus de sympathies parmi ses auditeurs que de jaloux et de détracteurs et l'on peut dire que le rideau se leva sur un auditoire animé des meilleures dispositions pour l'artiste principal.

Mais, soit que l'atmosphère de cette salle surchauffée par tant de respirations et de lumières — atmosphère qu'il réaffrontait pour la première fois depuis sa maladie vocale — l'étouffât un peu ; soit qu'il ne se fût pas suffisamment cuirassé contre les émotions d'une pareille épreuve, le beau ténor ne se montra pas à sa hauteur première : sa voix, d'abord aussi belle qu'à ses débuts, se voila par intermittences. Bien que ses premières scènes se fussent passées sans encombre et eussent excité de vives marques d'approbation, il ne pouvait arriver à se posséder entièrement. La peur, une peur puérile et sans cause, commençant à le talonner, il n« vit plus le public que dans un nuage, la chaleur le suffoqua par moments et les oreilles lui tintèrent à tel point qu'il ne distingua plus sa propre voix au milieu des ronflements de l'orchestre — celui de l'Opéra ne passant pas, du reste, pour se modérer au bénéfice des chanteurs.

. Son malaise des mauvais jours l'envahit au point

de lui faire battre le cœur dans la gorge — expression bien connue de ceux qui ont été en proie à cette douloureuse panique — et si « Asile héréditaire » ne fut pas chanté avec toute la douceur exigible, parce que sa voix n'obéissait plus à sa volonté de la donner ou de la retenir, le fameux « Arrachons Guillaume à leurs coups! » fut si malheureusement arraché de son gosier que VUt merveilleux, qui avait affirmé sa gloire artistique, s'étrangla au point d'être jugé, par ses plus dévoués, un a. couac i> déplorable.

La claque, aidée de quelques applaudisseurs chaleureux, essaya de couvrir ce « couac » fuoeste auquel répondirent quelques sifflets incongrus.

Des« chut! » réitérés s'interposèrent, assez difficiles à interpréter :

S'adressaient-ils aux applaudissements amis ou aux siiflets hostiles?

Il était impossible de s'en rendre compte ce

que n'essaya pas de faire le malheureux qui en était l'objet.

Egaré, inconscient, Jean-François finit la scène sans savoir comment et, le rideau baissé, rentra dans les coulisses, titubant comme un homme ivre, ne se sentant plus exister que par une souffrance aigiiequi lui serrait la gorge et lui étreignait ' le crâne.

La représentation avait fini avec des alternatives d'agitations brûlantes et de silences glacials.

Pour les jaloux, Favre était fini.

Pour les mieux disposés, son avenir était bien compromis.

Dans les couloirs, le pauvre ténor rencontra son

directeur venant delà salle où il avait pu constater le désastre et cet homme, toujours si parfait pour lui d'ordinaire, lui dit avec une mauvaise humeur non dissimulée — « Que diable ! si vous étiez ma- » lade, il fallait le dire : on aurait encore ajourné » votre rentrée ! » Parvenu dans sa loge, Finfortuné grand Favre se déshabillait, anéanti, perdu, i#iotrsé...* et seul.

Personne, ni de la direction, ni des abonnés, ni de ses camarades, ne se sentant le courage de lui adresser des condoléances aussi pénibles à offrir qu'à recevoir, en pareil cas.

Qu'il était peu habitué à cette» solitude, le jeune artiste dontla loge ne désemplissait pas, d'habitude, d'amis, de flatteurs, de quémandeurs, de gens bien placés briguant Vhonneur et le plaisir de l'inviter chez eux ou de se faire inviter chez lui ! — ce qu'il faisait si facilement — puis, de Barnums à l'affût d'une possibilité de l'enlever à son engagement; de journalistes en quête de ses faits et gestes et de biographes trafiquant des moindres incidents de sa vie privée ou publique.

Ce soir-là, son habilleur lui-même s'était hâté de le dévêtir sans se livrer à sa loquacité proverbiale et, prétextant un malaise insoutenable, l'avait, sur sa permission distraite, quitté d'un pas leste et le laissant à demi réhabillé:

Cette solitude, la plus cruelle affirmation de sa chute, pesait sur Favre comme un manteau de glace doublé des mille piqûres de l'orgueil froissé ainsi que des angoisses du: «Qu'en ad viendra- t-il ? »

Tout à coup, la porte s'ouvrit et un jeune homme pénétra dans la loge : c'était Marins.

Marius, pâle, brisé de Témotion qu'il venait de ressentir et du mouvement désordonné qu'il s'était donné pour couvrir le bruit des sifflets; mais, souriant dans sa pâleur et dans son désordre, de ce bon sourire affectueux où s'épanouissaient toute la bonté, toute la, générosité de son âme.

H s'avança vers Jean-François, les bras ouverts.

Celui-ci tendit les siens en le voyant.

Seulement, fléchissant à cette apparition inattendue, il se laissa tomber sur le canapé occupant un des côtés de la loge où Marius s'assit à côté de lui, après une vive et chaleureuse étreinte.

Marius sentait bien tout ce que devait soulTrir ce pauvre «grand » grisé d'hommages, la veille encore, comme une jolie femme et délaissé maintenant comme cette même jolie femme après la perte de sa beauté.

Quelle différence avec le soir de ses premiers débuts où tant de gens se pressaient dans cette loge que Jean-François avait dû venir le chercher luimême à la porte pour que lui, Marins, pût arriver avec les deux mères et sa sœur.

Mais son gentil visage ne reflétait rien de ces pensées pénibles.

— 5> Hé bien ! quoi? dit-il les yeux bdllants de confiance affectueuse : c'est un accident comme il » en arrive à tous ceux qui ont affaire au public ! » Il n'y a que les gens qui ne font rien pour y> n'avoir pas d'heure où ils sont moins bien dispo- » ses qu'à d'autres.

— » Non, fit Jean-François parlant avec effort, » ma voix n'est pas guérie : elle ne guérira ja- 5> mais!

— » Laisse-moi donc tranquille ! ta voix n'est » presque pour rien là-dedans : tu as les nerfs ma- » lades... et c'est eux qu'il faut guérir, d'abord, »

— » Je crois que j'ai tout fait pour ça ?

— » Excepté te raisonner assez pour être maître » de toi.

— » Tu sais bien que je ne suis brave que dans ^ les victoires toutes faites !... je n'aurais jamais su » conduire une retraite, si j'avais été soldat.

— » Tu es delà race des Napoléon I" ! dit le bon garçon essayant de faire sourire son ami pour amener une détente de son système nerveux; mais, ce » soir, il n'y avait pas de retraite à conduire : il n'y » avait qu'à croire en toi pour t'imposer au public » comme à l'ordinaire.

— » Le malaise m'a pris dès le premier acte.

— » Personne ne s'en apercevait ni ne s'en serait

aperçu, si tu t'étais affirmé à toi-même que tu te

> sentais dans ton état ordinaire.

Jean-François allait dire : « Pourquoi n'es-tu pas

> venu après le premier acte?... ^ mais, il s'arrêta tout plein de confusion : il savait trop bien pourquoi Marius n'était pas venu... Cependant, ilsentait qu'il aurait pu le sauver de lui-même.

Marius, comprenant sa pensée, ne voulut pas le laisser se livrer à un nouvel ordre d'idées tristes.

— « Ta mère était-elle dans la salle? demandat-il, pour dire quelque chose.

— « Oui, je m'étonne même qu'elle ne soit pas 1 encore ici !... Elle n'ose pas, pauvre chère femme ! > Le « grand » reprit presque timidement :

— « On va bien chez toi?

— tOui ». Un petit mensonge monta du cœur au lèvres de Marius pour expliquer l'absence de sa mère et de sa sœur dont le « grand » n'osait pas prononcer les noms et qu'il désignait par ce « On » gros de réticences : maman Basset s'était trouvée indisposée, rien de grave, et Laurette n'avait pas voulu la laisser seule.

— !> Et puis, dit Jean-François avec une pointe d'amertume contre lui-même, ça ne doit plus les

> intéresser comme autrefois?

Marius allait répondre, avecsachaleur habituelle, que tout ce qui le touchait les intéressait toujours tous, lorsque madame Favre fit une soudaine et fougueuse irruption dans la loge.

— » Les imbéciles ! les lâches ! les misérables! criait-elle, impliquant dans le même anathème les siffleurs et les claqueurs : ils ne t'ont pas même

> écouté.

— » Si fait, ma mère, dit Jean-François tristement, faisant allusion à son malheureux « couac » , > ils ont assez écouté pour entendre. »

Al . .S / •- ^ J)

Mais, maman Favre furieuse, révoltée, exhalait sa bile et son chagrin : contre ce public qui ne pouvait admettre une défaillance; contre ces bons petits camarades radieux de monter une cabale; contre ce directeur qui ne pouvait faire faire le silence dans la salle (???). Et toujours âpre, et jamais mesurée, elle s'en prenait à tout et à tous, sans même avoir vuMarius qui, plus petit que son fils et assis près de lui, restait dans l'ombre, tandis que Favre, plus en avant sur le canapé, était en plein sous la lumière du gaz.

Le jeune Basset, agacé par ce flux de paroles quî^ n'était pas fait pour calmer l'agitation nerveuse de son ami et ne pouvant Tempècher, se leva pour prendre congé.

— y> Tiens ! c'est toi? » dit madame Favre qui s'était à peine aperçue qu'il y eût quelqu'un là. En reconnaissant Marins, la bonne dame, n'ayant pas manqué de garder une sourde rancune du ridicule qu'elle s'était donné lors de sa dernière visite aux Basset, éprouvant le besoin de déverser sur quelqu'un un peu de, son dépit actuel, reprit avec la justesse d'esprit qui la distinguait — : Depuis i> si longtemps qu'on ne t'a vu, tu choisis bien ton » jour!

— (( J'ai choisi le seul qui put me ramener, fit Marins un peu plus vivement qu'il ne l'eût voulu peut-être.

Madame Favre resta labouche ouverte, cherchant à comprendre.

Jean-François avait compris, lui. Marins s'éloignait après avoir salué sa mère plus cérémonieusement, mais moins finalement qu'au temps où suppléant le « grand », quand celui-ci était rentré trop fatigué pour se lever matin, il lui montait son bois ou son charbon de la cave ; Favre retint son .ami par le bras et lui dit vivement : — « Tu reviendras, 3> n'est-ce pas ?

— »Ici?... ou chez toi? demanda Marins avec une hésitation bien naturelle après. la sortie de madame Favre.

— » Qui sait si je vais rester ici? fit tristement Le jeune chanteur, viens chez moi... Je t'en prie ! » ajouta-t-il avec une expression si douloureuse que

le brave garçon, pensant qu'il pourrait lui être utile et le soutenir dans les circonstances difficiles où il allait se trouver peut-être, répondit dans un cordial serrement demain : « Soit!...jete le promets.»

— » Merci... et... amitiés... là-basî » Là-bas!... ce mot disait bien des regrets'.

Maman Favre, dérangée dans ses expectorations furibondes, cherchait à en renouer le fil. Jean François ne lui en laissa pas le temps et, l'invitant à le suivre, il sortit du théâtre où, partout, le vide semblait s'être fait sur son passage*

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