CHAPITRE PREMIER
Etymologie.
Beaucoup d’auteurs ont recherché l’étymologie du mot praes, avec l'espoir de découvrir ainsi quelque indice sur le régime juridique du praes primitif. Mais pour servir de base à une théorie juridique, les conclusions philologiques doivent être précises et solidement démontrées. Or, on ignore, à mon sens, la véritable étymologie de praes. Les systèmes sont cependant nombreux. Les uns, assez puérils, n’ont que peu séduit l’opinion ; aussi bien, ne les discuterai-je pas. D’autres, parfois également peu scientifiques, ont rallié d’assez nombreux partisans, encore
aujourd'hui; ils méritent donc de retenir l’attention (1).
Varron faisait dériver praes de praestare (2). Philologues et jurisconsultes ont, en majorité et depuis longtemps, rejeté*cette opinion. Ils remarquent que la racine de präestare est sta, syllabe qu'on ne retrouve pas dans praes. Or, c’est une vérité indiscutable, semble-t-il, que pour rattacher un mot à un autre, on doit apercevoir dans le dérivé au moins la racine du mot originaire, déformée peut-être, mais reconnaissable avec certitude. — Gœppert (3) qui admet l'opinion de Varron, reconnaît qu’elle est peu scientifique, mais que pour le sens des mots, elle est exacte, le praes s’obligeant à praestare, d’après lui. Plus récemment (4), M. Bücheler a défendu cette même étymologie en invoquant un passage de la lex municipii Tarentini:.. qui pro se praes stat (5). L’argument est visiblement insuffisant.
Mommsen rapproche praes de praevidere. Cette théorie, esquissée et présentée avec quelque réserve dans ses Sfadtrechte (6), a été reprise et affirmée nettement dans son commentaire sur cette même
(1) On trouvera une liste des étymologies fantaisistes, que j'omets ici, dans Rivier, p. 16, 17, 18. — C’est ainsi que Saumaise rapproche praes de pro-aes, que Scaliger y voit, soit l’adverbe praes, soit une abréviation de praesens.
(2) De lingua latina, V, 40. — Praedia dicta, item ut praedes, a praestando.