Qui est la blanchisseuse des de la Cour
LE PB6SBYTÈRE. [-63
atout prix rassasier. Attends- toi donc à' ce quo celui-ci veut rôder à l'^ntour de 'cet appât qui le fascine, et ses mouvements •effirayer ta Louise ou culbuter ce Charles , et dans cette pré- Toyance, considère, pendant que le temps t'en est laissé , si tu dois bien dès aujourd'hui amarrer le sort de ta fille à cet enfant trouvé, plutôt que de gouverner doucement sa destinée vers ce port d'une bonne maison , oh un riche «t beau cavalier, qui du seuil lui tend les bras , s'honorerait de Pabriter. C'est à Tembranehement de deux chemins qu'il convient de choisir le bon , crainte d'aller s'engager dans les ronces et les épines, d'où il est malaisé ensuite de se sortir. Tâche donc, l'ancien, d'y voir clair, et sois certain que mou avis provient de ce qu'ayant vécu cinquante-six ans dans cette" bicoque de ville, j'ai eu l'occasion d'apprendre un peu mieux que toi le train de ce monde, que tu n'entrevois , des champs où tu vis, qu'au travers des ombrages ou du fond de ta sacristie.
Pour ce qui est de ton gendre, Reybaz, je lui fais réparation : ce n'est pas au garnement qu'il tourne , c'est au beau monde; Xe voilà qui se gorge de bons dîners et qu'il tranche du mîrliflore, ni plus ni moins qu'un légitime à vingt-quatre carats. Du vol qu'il prend, le voudrais-je, je ne pourrais plus le suivre, n'ayant pas rentrée de ces olympes où il table avec les dieux. Dans les premiers temps, avec sa veste de campagnard, on savait par quel bout le prendre ; aujourd'hui il ne me reste qu'à tirer mon chapeau devant son feutre lustré et ses poignets à manchettes. N'est-ce pas pitié que de voir ce garçon relevé de terre , qui se galonné ainsi de drap fin et de linge plissé ! Tu vas voir, Reybaz, que tout à l'heure il sera trop beau pour ta sacristie, si déjà il ne te trouve bien honoré de l'avoir. C'est sur nous autres qu'il s'essaye , mais ton tour viendra ; le tout est d'attendre. Je t'ai dit comment , pour satisfaire à ses tailleurs et parfumeurs et à tous les rôdeurs qui montent l'escalier , il me frustre de mon étrenne. C'est apparemment afin de s'en libérer encore mieux qu'il a pris un quidam pour lui cirer ses bottes et brosser ses habi4s. Tu peux penser si cet iuquilin me va. Aussi je lui en fais, sans avoir l'air. Je le laisse en bas frap* per des heures : c'est que je suis dur d'oreille. Sitôt qu'il brosse ses habits sur le palier, je balaye : c'est mon droit. Du talon, je lui renverse son pot de cirage : < Psur^don, je ne voyais pas. i A tant et à tant, qu'il faudra qu'il décampe , ou je ae m'appelle pas Jean-Marc I
A propos, sais-tu, mon vieux, que j'ai aussi les miennes, avec ce transi? Voici que , poussé secrètement par ma doucette de Catherine, il se rebelle et n'entend pas venir nicher dans ma loge. Sur quoi je lui ai dit : m Déloge , et bon voyage! » et à elle : c Passe-toi d'homme, puisque aussi bien ton maître d'école écoute de mauvais conseils. » C'était pour leur faire peur. Dès le lendemain , ilis venaient .à composition , niant d'avoir voulu se rebeller et offrant de me payer pension , à raison de ce que, Catherine m'étant ôtée , il me faudra prendre une servante à sa place ; mais d'ailleurs refusant de venir habiter ma loge , qu'ils disent trop petite , tant mes drôles sont impatients d'avoir toute une école d'enfants de leur fabrique ! Je n'ai pas encore consenti : en attendant, je tolère qu'ils se volent, sans toutefois les laisser seuls ense^lble , depuis que s'est éventé leur petit accord de méjQance à mon égard. Et vois, Reybaz, comme l'esprit vient à ces ailettes ! Ma Gatherii^e est une douce; je n'ai pas, Dieu merci, laissé sa volonté croître.... et la voilà qui du premier coup enlace ce transi et s'en fait un levier pour culbuter tout doucement son père ! Qu'y faire ? Depuis Eve , c'est ainsi. La force est aux hommes, mais la ruse est aux femmes; et, tandis que la force terrasse à l'occasion , la ruse règne à la durée. Une chose m'en plait toutefois : c'est que ce benôt, qui a tant régenté les marmots du carrefour , apprendra à son tour ce que c*est d'être régenté par cette doucette , qui ne l'épouse qu'après lui avoir déjà limé les dents et rogné les ongles. Jean-Marc, Tancien.
CHAHLES A LOUISE.
De Genève.
Les Paulet sortent d'ici avec leur bête. Je les ai fait entrer au salon, où se trouvaient les demoiselles Dervey. Elles ont toutes deux poussé un grand cri, et beaucoup ri ensuite de leur frayeur. L'idée nous est venue alors de faire jouir tout le voisinage de la vu du monstre, et nous avons adressé les Paulet aux deux vieilles et à leur carlin. Ces bonnes dames , croyant voir la b,ête de l'Apocalypse , sont demeurées muettes de stupeur , tandis que le carlin s'éclipsait dans les ténèbres d'une alcôve. Revenues bientôt de leur frayeur, elles ont mis les Paulet à la porte , insulté le loup, mongéné leur servante, tancé le portier et coa-
tracté beaucoup d'aigreur contre tout le genre humain. Voyant cela, le roquet a quitté son alcdi'e et s'est mis à japper; il jappe aux passants, il jappe aux bruits de porte, il jappe quand même, il jappera tant que ses maîtresses n'auront pas pardonné a]a genre humain. C'est la manière de ce détestable courtisan, que je méprise de toute l'estime que je porte à Dourak. Brave Dou* rak! En vérité, j'éprouve un vif besoin de le voir. Tâchez, Louise, à me l'envoyer : voici le dégel; les loups ne vous visiteront plus.
Mais c'est de bien autre chose que je viens vous parler. J'ai revu M. Ernest! L'entrevue a eu lieu hier, chez MmeDo-p mergue. Il ne s'attendait pas à m'y voir, je ne l'y cherchais pas, on ne s'est rien dit.... c'est pour le mieux, ce me semble. Voici du reste comment la chose s'est passée.
C'était un bal. Il est arrivé un peu tard, pendant qu'on dansait une contredanse où je figurais. A sa vue, j'ai éprouvé une forte émotion, mais j'étais déjà remis de mon trouble quand il m'a aperçu. Après la contredanse, j'ai reconduit ma danseuse à sa place : c'était tout près de lui. Il n'a pas fait mine de m'apôrcevoir. J'en ai conclu qu'il n'était pas en train de me reconnaître; et comme oe n'était pas à moi d'aller lui dire mon nom, l'entretien en est resté là. Nous avons continué pendant toute la soirée de rôder l'un autour de l'autre, en nous regardant sans nous voir. Vingt fois pourtant nos yeux se sont rencontrés, et, s'il a pu surprendre sur ma figure quelque rougeur, j'ai pu lire sur la sienne un hautain dépit. Qu'il soit hautain, je ne lui en veux pas; qu'il ne me reconnaisse plus, qu'il nous oubhe à jamais, loin que je m'en afflige, il aura fait la seule chose que je désire de lui. Et s'il pouvait ajoutera cette grâce celle d'épouser Mlle du Puech , une fort belle et riche personne avec qui on le marie dans le public, j'irais, 'je crois, lui rendre visite pour lui marquer ma satisfaction et les vœux que je forme pour sa parfaite félicité. Malheureusement, avoir la façon dont il se comr porte avec cette demoiselle, il me parait que le public se trompa.
Mme de la Cour était là, qui ne nous a pas perdus de vuç un seul instant. Je ne savais trop si, après l'accueil que m'a fait M. son fils, je devais oser m'approcher d'elle pour lui faire le salut d'usage. Toutefois, pour n'éprouver pas la gène de fuir son voisinage pendant toute la soirée, en passant devant elle, je me suis incliné respectueusement, et je n'ai eu qu'à m'applaudir d'avoir écouté cette inspiration. Accueil ex-
ceUent, Louise, bonne- grâce.... charmée de me renoontrer, charmée d'avoir des nouvelles de la cure, mille choses aimables sur Mlle Louise, et encore sur Mlle Louise. En vérité, je crois que , si nous eussions été seuls , elle m^eût ouvertement félicité, et moi que je n'aurais j^u m'empécfaer de lui sauter au cou. Mme de la Cour , vous le savez, dit tout avec grâce et iSacilité , elle caresse , elle insinue, pique sans avoir Pair ; et c'est de cette façon que, sans seulement paraître y songer, elle me disait en présence des dames assises auprès d'elle : ff Je suis charmée de voir, monsieur Charles, que tout occupé et préoccupé que Ton vous dise, vous savez donner quelques moments aux plaisirs. > J'ai rougi jusqu'au blanc des yeux, en balbutiant je ne sais quelle sotte repartie. Bon Dieu! que j'aimerais, Louise, acquérir cet usage du monde dont, au fond, je fais peu d'estime, maas qui, au fond aussi, me semble si com^ mode, si nécessaire dès qu'on met le pied dans un salon 1 Que l'on est vite niais, en présence de ces personnes dont le monde avec ses conventions, ses réticences^ ses formules, semble étreTélément naturel; qui jouent avec aisance, qui marchent avec grâce et légèreté sur ce sol où sans cesse je perds Téqui* libre, bien heureux encore quand je ne tombe pas lourdement! A vrai dire, j'ai fort peu gagné en ceci, malgré beaucoup de bonne volonté. Dès que je veux affecter quelque aplomb, je me semble à moi-même impudent; je me fais honte, et je retombe plus bas que je n'étais auparavant. Je n'ai donc trouvé de refuge que dans la timidité, qui peut avoir ses bons côtés à l'occasion, mais qui, dans un salon, a plus des désagréments d'un 8U{^)iice que des charmes d'une vertu.
£n attendant, Louise , je suis sorti de chez Mme Domeigne bien soulagé et bien content. Le tort môme qu'a eu M. Ernest de me dédaigner m'est agréable ; si je pouvais seulement être certain qu'il vous. enveloppe da.QS ma disgrâce, combien je l'aimerais, œ bon jeune homme! II a, lui, beaucoup de cette ai* saace que je n'ai pas, et aussi un mérite assez rare, celui dé feire danser les demoiselles qui, sans lui, ne danseraient guère. Ce mérite doit lui gagner le cosur de bien des mères, sans comp* ter celui de la dame qui donne le bal. Cette demoiselle du Puech, avec qui on le marie, elle était là ; mais il n'a pas dansé avec elle, et à peine paraissait-il la remarquer. C'est usa fort belle personne, dont le& danseurs se disputent la préféreoce, et qui a l'air de s'enivrer avec délices de tous ces hommages^