‹ Le presbytèreChapitre 2 sur 45 · LE PIVE^BYT^ÏIE · texte numérisé non relu

LE PIVE^BYT^ÏIE

de porter les yeux et la main sur la poche où était la lettre; après quoi nous nous regardâmes.

€ Vous ici! s*écrîa-t-il.

— Charles! » appela encore une fois M. Prévère.

A cette voix, le chantre se contint, et ajouta seulement ces mots : t Allez ! ça va finir. »

Je m'échappai tout tremblant.

Je fis un détour pour rejoindre M. Prévère, afin de gagner un peu de temps; car le désordre de mes traits était tel, que je n'osais me présenter à lui. Mais il se trouva devant moi au sortir du taillis.

« C'est vous que je cherchais, Charles, me dit-il. Votre chapeau : nous irons faire une promenade ensemble. »

Ces mots m'embarrassèrent beaucoup, car mon chapeau était resté auprès du chantre ; et, à peine délivré de son terrible regard, je redoutais horriblement de m'y exposer de nouveau. Néanmoins ne voulant pas paraître hésiter, je rentrai dans le taillis ; mais la surprise et l'émotion me firent chanceler, quand je vis, sous les arbres, le chantre qui nous observait silencieusement au travers du feuillage. 11 s'approcha de moi, et me présentant mon chapeau : « Le voici, dit- il à voix basse; prenez, et allez. »

Je pris et j'allai, encore plus déconcerté par ce ton inaccoutumé de modération, qu'accompagnait un regard sans colère.

Je rejoignis M. Prévère, et nous nous éloignâmes. Pendant que je marchais à ses côtés, mon trouble se dissipait peu à peu ; mais, à mesure que le calme renaissait dans mon âme, une inquiétude d'un autre genre commençait à y poindre. L'air du chantre, la tristesse de M. Prévère, cette promenade inattendue, toutes ces choses présentes à la fois à mon esprit s'y lisaient ensemble d'une façon mystérieuse, et une attente sinistre suspendait ma pensée, impatiente de se reporter sur la lettre de Louise.

M. Prévère continuait à marcher en silence. A la fin, je jetai furtivement les yeux sur sa figure, et je crus y surprendre une espèce d'embarras. Le subit effet de cette remarque fut de m'ôter celui qui m'était ordinaire auprès de lui, et je conçus l'espoir de lui parler cette fois selon le gré de mon cœur. L'idée que cet homme, si digne d'être heureux, portait en lui quelque

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secret cïtagri 11) acheyait de m'enfaardir, parla pensée que peutêtre il ne dédaignerait pas de le partager avec moi.

« Si vous aviez quelque peine, monsieur Prévère, lui dis-je en rougissant, est-ce que vous ne me jugeriez pas digne de la partager?

— Oui, Charles, me répondit-il, j'ai une peine, je vous la confierai ; et je vous crois si digne de la connaître, que je fonde ma consolation sur la manière dont vous la supporterez vousmême. Mais allons plus loin, » ajouta*t-il.

Ces mots me troublèrent, et mille conjectures se croisèrent dans mon esprit. Néanmoins, un sentiment d'orgueil se mêlait à ce trouble; car les paroles confiantes de M. Prévère me relevaient dans ma propre estime.

Arrivés vers le pied de la montagne, M. Prévère s'arrêta. « Restons ici, dit-il, nous y serons seuls. »

C'était une espèce d'enceinte formée par les parois d'une carrière anciennement exploitée, oti quelques noyers formaient un bel ombrage. De là on découvrait de lointaines campagnes, tantôt unies et divisées par d'innombrables clôtures , tantôt montueuses et couvertes de bois, et sillonnées par le cours du Rhône. De loin en loin quelques clochers marquaient la place des hameaux, et, plus près de nous, les troupeaux épars paissaient dans les champs. C'est la que nous nous assîmes.

ff Charles, me dit M. Prévère avec calme, si vous avez quelquefois réfléchi sur votre âge, vous serez moins surpris de ce que j'ai à vous dire. Votre enfance est finie, et de l'emploi que vous allez faire de votre jeunesse dépendra votre carrière future. Il faut maintenant que votre caractère se développe par la connaissance du monde, par vos rapports avec vos semblables; il faut que des études nouvelles étendent votre savoir, perfectionnent vos facultés, afin que peu à peu, selon vos efforts, vos talents et votre honorable conduite, vous entriez dans la place que la Providence vous aura assignée ici-bas.... Mais, mon ami, ce n'est plus dans ces humbles campagnes.... >

Je le regardai avec effroi.

c .... Ce n'est plus auprès de moi, Charles, que vous pourriez désormais trouver ces ressources nouvelles.... 11 faudra nous quitter. >

Ici M. Prévère, dont ces derniers mots avaient altéré la voix, s'arrêta quelques instants, pendant que, livré à mille combats intérieurs, je restais immobile. Il reprit bientôt :

€.... Les devoire qui me reliemieiit fei m'enipèdicnpoat de vous accompagner et de diriger ros pi'emierspas dans le monde ^ comme je l'aurais désiré. Mais peut-être sera*ee un bien pour TOUS, Charles, que de tomber dans des mains plus capables, au sortir de mes mains trop amies. Là où les lumières et la force me manqueraient, un autre saura les employer pour rotre bonheur; et je jouirai de ce qu'il aura pu faire, saiBs lui reprocher ce que je n'aurais pas su faire moi-même. Cet homme, que vous apprendrez à vénérer, c'est un de mes amis; il habite Geiiève, ma patrie, et il vous recevra dans sa maison. Vous y trouverez l'exemple de bien des choses bonnes et vertueuses que vous ne trouveriez pas ici, oti la vie plus simple et plus passive des champs peut laisser înactives les pliKs nobles qualités de l'âme. Ce n'est pas sans un grand effort, mon'^bon ami, que je me sépare de vous; mais, ainsi que je vous. l'ai dit, mon chagrin sera moins grand si vous reconnaissez comme moi la nécessité de cette séparation. Ne vous abusez pas vous-même ; voyez au delà de vos désirs, de vos penchants, et n/oubliez jamais que nous aurons un jour à répondre de ce que nous n'aurons pas fait, selon notre place et nosnàoyens, pour notre perfectionnement et pour le bien de nos semblables. »

Pendant que M. Prévère parlait, le regret, l'espoir déçu avaient serré mon cœur, jusqu'à ce que la modestie de ses expressions et la noblesse de ses dernières paroles vinssent l'attendrir; knais j'étais incapable de lui rien dire, et je comprimais en silence les larmes qui se pressaient à mes yeux»fixés sur la terre. Il vit mon trouble et continua :

« .... C'est d'ailleurs quelques années seulement, Charles, après lesquelles vous choisirez vous-même votre carrière. Libre * à vous alors, après que vous aurez essayé vos forces, de voir si vous préférez aux situations plus brillantes que peut vous offrir la ville une vie simple et obscure comme celle où vous me voyez. Je l'espère, la Providence nous rapprochera plus tard l'un de l'autre, et, si jamais elle inclinait votre cœur vers la même carrière où je suis engagé, ce petit troupeau, où vous êtes aimé , pourrait passer un jour de mes mains dans les vôtres.»

Ces derniers mots firent briller dans mon cœur un vif éclair de joie.' Je crus entrevoir mon vœu le plus cher caché sous les paroles de M. Prévère : et aussitôt à mon abattement succédèrent les transports d'un énergique courage. Une ambition nouvelle m'enflammait; l'absence, l'étude, les privations me

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paraissaient légères, désirables, si c^étaitpourffiereiidie digne de Louise^ revenir auprès d'elle et lai consacrer ma vie.

c Monsieur PrévèTe,'hii dis-je alors, enhardi par eette idée, si je vous ai bien eompris, vos paroles vont au-devant de mes plus chers désirs; msds pensez-vous bien que je puisse faire ces choses avec l'espérance que Louise partage un jour mon sort et que nous vivions auprès de vous ? Oh! monsieur Prévère, si je savais que ce dût être là le terme de mes efforts, que me coûteraient quelques années* pour y arriver et qu'appellerais-je sacrifice ce qui serait dès aujourd'hui une espérance pleine de charme et de bonheur?... »

Pendant que j'achevais ces mots, je vis un nuage de tristesse se répandre sur le front de M. Prévère, et qu'une pénible réponse avait peine à sortir de ses lèvres. Après un moment d'hésitation : c l^on, me dit-il avec un regard de compatissante douleur, non, Charles, je ne dois pas vous abuser. 11 faut chasser ces pensées.... Prenez courage, mon enfant.... Louise aussi vous le dirait avec moi. Voudriez-vous qu'elle eût à choisir entre vous et Tobéissance qu'elle doit à son père?...

— Son père I... » Et aussitôt une affreuse lueur vintm'éclairer. Je m'expliquai tout à la fois et la tristesse de M. Pré* vère, et l'air du chantre, et la lettre tout entière, et comment cet homme soupçonneux m'avait ravi jusqu'aux consolations que sa fille me préparait à l'avance. « Son père! repris- jo avec amertume, ah! cet homme m'a toujours haï!

— Charles, interrompit M. Prévère, respectons sa volonté ; ses droits sont sacrés. Surtout gardons-nous, mon bon ami, d'être injustes par passion,» en lui prêtant des sentiments qui sont loin de son cœur. Ne sondons point- ses motifs; ils peuvent être mal fondés, sans cesser d'être légitimes. »

A ce trait de lumière : « Je les sais! m'écriai-je, je les sais!... Ah! monsieur Prévère! ah! mon bienfaiteur, mon père, mon seul ami sur la terre!... Je suis un enfant trouvé! » Et tombant à genoux, je cachais dans ses deux mains mes sanglots et mon désordre. Je sentis bientôt ses larmes se confondre avec les miennes et quelque douceur se mêler à mon désespoir.

Nous demeurâmes longtemps en silence. A mon agitation avait succédé une tristesse plus calme, et la vue de M. Prévère achevait de détourner mes pensées de dessus moi.

Une émotion profonde était empreinte sur sa belle figure, et

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Ton y lisait une peine, assez violente pour dominer cette âme, pourtant si forte sur elle-même, malgré son angélique doyceur. Il semblait que mes paroles lui eussent enlevé le fruit de ses constants efforts à écarter de mes jeunes ans jusqu'à J'on^bre de rhumiliation, et que, atterré sous cette révélation soudaine, il déplorât avec une poignante amertume le sort d'un jeune homme auquel son humanité et cette tendresse qui nait de la pratique des vertus difficiles Pavaient affectionné dés longtemps. Je me souvins que, tout à l'heure encore, il avait voulu, au prix même de la franchise qu'il chérissait, éluder ce danger en composant ses discours ; j'y vis la causQ de son embarras, et reconnaissant que moi-même j'avais provoqué par mes impétueuses paroles ]a douleur sous laquelle je le voyais brisé, je fus ému d'une pitié profonde : « Monsieur Prévère, lui dis-je alors dans toute la chaleur de mon mouvement, monsieur Prévère, pardonnez-moi! Dans l'unique occasion où je pouvais vous montrer mon dévouement, j'ai failli. Pardonnez-moi! Je vous prouverai mon repentir par ma conduite. Je m'efforcerai de profiter des avantages que vous mettez à ma portée.... J'aimerai votre ami, monsieur Prévère.... Tous les jours je bénirai Dieu de m'avoir mis sous votre garde.... de m'avoir fait le plus heureux des enfants,... Je tâcherai d'oublier Louise.... d'aimer son père.... Je veux partir ce soirl »

Pendant que je parlais ainsi, mon protecteur passait par degrés à une douleur moins amère, et un faible rayon de joie brillait parmi les larmes de sa paupière. Sur ses joues pâles, la rougeur d'une humble modestie accueillait mes accents de reconnaissance, et, quand l'émotion m*eut coupé la voix, il prit ma main et la serra avec une étreinte de sensibilité où perçaient l'estime et quelque contentement. Puis nous nous levâmes en silence et nous reprîmes tristement le chemin de la cure.

J'aurais voulu 'rencontrer Louise; nous ne la vîmes point. Le chantre ne se montra pas, la cour était solitaire. Je compris que, seul, j'avais ignoré ce qui m'attendait, et je montai dans ma chambre pour faire un paquet de quelques hardes; le reste devait me parvenir ensuite.

J'ôtai de la muraille où je l'avais suspendu un petit dessin de Louise, qu'elle m'avait laissé prendre quelques jours auparavant. Il représentait la mare et ses alentours, avec le saule et le fantôme. Je le ployai soigneusement en deux, pour qu'il pût entrer

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d'âtis ïa Bible ÇUe'M. PféVèfrè m'avait donnée lors de ma première cômffluirion. Ces deux objets me rappelleraient tout ce que j 'aimais sur la terre.

M. Prévère entra. Nous étions si émus Tun et l'autre, que noiiiâ retardions, comme d*un commun accord, le moment de nous dire adieu, prolongeant le temps en discours indifférents. A la fin, il me remit quelque chose de ployé dans du papier : c'étaient deux louis d'or et quelque monnaie. Alors il ouvrit ses bras, et, confondant nos larmes, nous restâmes unis dans un long embrassement.

Il était environ sept heures lorsque je quittai la cure, par une soirée dont l'éclat radient ajoutait à ma tristesse. En passant près de la mare, j'y jetai les yeux, elle me sembla aride et morte; seulement je regardai avec quelque envie les trois canards qui se récréaient au soleil du soir sur cette glèbe, où ils étaient sûrs de demeurer heureux et paisibles ; et, songeant aux heures si douces que j'avais passées dans leur société, je m'éloignai d'eux avec un vif regret. Bientôt après, je rejoignis la route.

C'est seulement alors que je me sentis hors de la cure, et seul au monde. Un passif abattement ne tarda pas à succéder aux émotions bien moins amères du regret et de la douleur. Dépouillé de mes souvenirs, de mes espérances, de tous les objets auxquels jusqu'alors s'était liée ma vie, je m'acheminais vers un monde nouveau, vers une ville populeuse; et tel était l'état de mon cœur, que j'eusse préféré mille fois m'avancer vers les plus arides solitudes. Nulle vie ne s'y faisait plus sentir. Tout lui était fermé en arrière ; en avant, tout lui était odieux. Autour de moi, les objets inanimés eux-mêmes, les haies, les prés, les clôtures que je dépassais, avaient changé d'apparence, et, loin d'en regretter la vue, je hâtais mes pas, dans l'espérance d'éprouver moins de malaise quand le pays me serait moins familier. Il me fallait traverser le hameau ; mais, à la vue de quelques paysans qui goûtaient la fraîcheur du soir devant leurs maisons, je pris un sentier qui rejoignait la route au delà du village, et je dépassai l'âne de la cure, qui paissait dans un pré.

Néanmoins, l'éclat de la soirée, les teintes anfmées du paysage dans cette saison de l'année, et la vue de ce vieux serviteur, qui tant de fois avait porté Louise sous ma conduite, agissant ensemble sur mon imagination, vinrent y remuer d'anciennes im-

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pressions et combler peu à peu le vide que j'éprouvais par des réminiscences yaguQ3 d'abord et lointaines, ensuite j^lus récentes et plus vives. Bientôt j'atteignis au matin de cette journée, aux rêveries de la mare, à M. Prévère, au chantre, à cette lettre enfin où Louise avait tracé Paveu de son cœur. Au seul souvenir de ces lignes, je tressaillais de joie : pour quelques instants, il me semblait que je fusse encore heureux; et j'oubliais que chaque pajs m'éloignait de cette jeune fille, en qui avait passé ma vie.

J'étais arrivé au sommet d'un coteau. Avant de descendre sur le revers, je jetai encore une fois les yeux sur la cure, que j'allais perdre de vue. Le soleil, près de se coucher, dorait d'une lisière de pourpre la crête des tilleuls et le sommet des vieilles ogives du presbytère, tandis qu'une ombre bleuâtre couvrait de ses teintes tranquilles le vallon qui me séparait de ces lieux. A la fraîcheur du soir, Pherbe redressait sa tige, . les insectes se taisaient, et déjà quelques oiseaux de nuit voltigeaient autour des obscurs taillis. Dans le lointain, quelques chants isolés, le mugissement d'une vache, le bruit d'un chariot, annonçant la fin des travaux du jour, semblaient préluder doucement au repos des campagnes et préparer le majestueux silence de la nuit. Insensiblement la clarté du jour se retira de ces douces vallées, et les riantes couleurs des prairies s'éteignirent dans un pâle crépuscule. A ce spectacle, j'avais senti mon cœur s'émouvoir, et je m'étais assis au bord du chemin. Sur le point de m'éloigner, je trouvais à ces impressions je ne sais quel charme touchant, comme si chacune d'elles eût eu un langage qui me parlât du passé et qui endormit ma peine dans le vague d'une attendrissante mélancolie.

£n ce moment, l'horloge de la cure sonna huit heures. Ce spn si connu, me surprenant dans la disposition où j'étais, acheva de transporter mon imagination autour du presbytère. Je me sentis comme présent au milieu d'eux, à cette heure où d'ordinaire, assis sur l'antique terrasse, nous passions les belles soirées d'été, tantôt en paisibles entretiens qu'ennoblissait toujours la conversation simple et élevée de M. Prévère, tantôt recueillis en face de l'imposante profondeur des cieux. J'aimais surtout ces moments depuis qu'un nouveau sentiment avait donné du sérieux à ma pensée, et que souvent s'y rencontraient, par des sentiers mystérieux, l'image d'un Dieu plein de bonté et celle

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d'une jaune. fille d'une pureté céle3te. A cette heure ausû, robseunté'Toilant l'expression des visages, notre* mutuelle timidité se changeait en des nuuoières plus aisées, etsi.le moment où l'on allait s'asseair sur le banc. nous trouvait. à côté Pun de l'autre, la nuit ne trahissait ni notre honte ni notre plaisir. Alors je sentais contre ma main les plis de sa robe, quelquefois le souffle de ses lèvres arrivait jusqu'à mes joues, et je n'imaginais pas qu'il pût y avoir une plus grande félicité sur la terre.

Un chariot, que j'entendais monter sur le revers du coteau, vint me distraire de ma rêverie ; et, songeant aussitôt à l'heure' avancée, je me levai pour reprendre ma route. A peine avais-je perdu de vue la cure depuis quelques instants, que mon cœur commença à se gonfler de tristesse. Je dépassai le chariot, mais lorsque, m'étant retourné, je le vis qui allait aussi disparaître derrière le coteau et me laisser seul, mes larmes coulèrent. J'entrai dans un pré, et, m'étant jeté sur l'herbe, mes regrets éclatèrent en bouillants sanglots. A l'image de Louise, qui m'était ôtée pour toujours, je poussais des accents confus de douleur : c Ah! Louise, murmurais-je avec désespoir, Louise.... vous qui m'aimiez.... Louise!.... pourquoi vous ai-je connue?... Et vous, monsieur Prévèrel... » Puis, restant quelque ten^s dans le silence, des projets extravagants se présentaient à mon esprit, qui suspendaient mes pleurs jusqu^à ce qu'ils vinssent édiouer contre l'insurmontable obstacle de mon respect pour ceux mêmes qui en étaient l'objet.

Quand je me relevai, la nuit couvrait depuis longtemps la campagne, et l'on n'entendait plus que le bruit lointain de la rivière. Deux lieues me restaient à faire avant d'arriver au village où M. Prévère m'avait adressé, pour y coucher ce soir- là chez un de ses amis. Je ne trouverais personne debout, il faudrait faire lever les gens, et l'idée de voir du monde m'était insupportable. Je commençais à outre voir que je pouvais passer la nuit dans l'endroit où j'étais. Le lendemain, qui était un dimanche, je partirais avant le jour, et j '«irriverais le soir à la ville sans avoir eu à converser avec personne qu'avec moimême. Ce projet, qui séduisait ma tristesse, fut bientôt arrêté, et je marchai vers la haie pour m'y choisir un abri.

Mais, pendant que je cherchais ainsi mon gite, la pensée de me rapprocher de la cure se présenta à mon esprit. L'idée qu'en

agissant ainsi je tromperais M. Préyère m'y fît d'abord renoncer. Néanmoins je revins machinalement sur le chemin , où je rebroussai lentement jusqu'au sommet du coteau. Là, je commençai à composer avec moi-même, tout en avançant toujours ; et, bien que le remords et la crainte me pressassent à chaque instant de m'arrêter, j'ajoutais sans cesse un pas au pas précédent. Je me retrouvai enfin près de la mare.

Que tout était changé ! Loin de trouver dans ces lieux les illusions que j'y cherchais pour quelques instants encore, je n'éprouvais que l'amère impression de m'y sentir désormais étranger. Tout était froid, désenchanté, et les objets qui autrefois me causaient le plus de plaisir à voir étaient justement ceux qui, dans ce moment, blessaient le plus mes regards. Je me décidai de nouveau à m'éloigner, ne sachant plus que faire de moi-môme.

J'avais déjà rebroussé de quelques pas, lorsque je vis une pâle lueur qui éclairait le feuillage des tilleuls. Je m'approchai tout doucement, et je reconnus que la lumière partait de la chambre de Louise. Je restai immobile , les yeux fixés sur la modeste boiserie où se projetait son ombre, tandis qu'au sentiment de sa présence tout reprenait vie autour et au dedans de moi.

Louise était assise devant la petite table qui se trouvait auprès de la fenêtre. Je jugeai qu'en ce moment elle était occupée à écrire, et l'espoir que ces lignes m'étaient destinées vint sourire à ma tristesse. Mais, pendant que je regardais avec une avide curiosité les moindres mouvements de son ombre, elle-même, s'étant levée, parut à ma vue. Alors, comme si pour la première fois la beauté touchante de cette jeune personne eût frappé mes regards , les élans de la plus vive tendresse firent battre mon cœur, s'y confondant avec les douces émotions que la lettre y avait laissées. Quelques instants s'écoulèrent, pendant lesquels je pus reconnaître , à la tristesse de son visage, qu'une peine commune nous unissait encore; puis, s'étant tournée vers la glace qui était au-dessus de la table, elle ôta son peigne, et ses beaux cheveux tombèrent flottants sur ses épaules. Je ne l'avais jamais vue sous cet aii de grâce négligée; aussi j'éprouvai un trouble secret, où le plaisir se mêlait à la honte d'avoir surpris ce mouvement, et je reculai sous le feuillage des tilleuls.

Dans ce moment, j'entendis s'ouvrir une porte dans la cour, et aussitôt après parut le chantre, une lumière à la main. Je voulus fuir; mais, l'épouvante m'en étant la force, je ne pus

que me traîner vers le petit mûr qui bordait le cimetière. Après l'avoir escaladé, je me tapis derrière, incertain si j'avais été aperçu.

Le chantre s^était d'abord arrêté sous la fenêtre de Louise, comme pour s'assurer qu'elle ne reposait pas encore ; puis, attiré peut-être par le bruit que j'avais fait, il se remit à marcher. Une lueur, que, de ma place, je vis passer sur le haut des ogives, m'annonça qu'il approchait. Alors je rampai sur l'herbe jusqu'à la porte de l'église, que je refermai doucement sur moi.

Là, je commençai à respirer. En regardant par les fentes du vieux portail ce qui se passait à l'extérieur, j'aperçus bientôt le chantre qui, ayant éteint sa lumière, marchait doucement dans les ténèbres, regardant de tous côtés et prêtant l'oreille aux moindres bruits. Il s'éloigna lentement, et, peu de temps après, quelque mouvement que j'entendis du côté de l'église, où se trouvait son logement, me fit comprendre qu'il était rentré. Au profond silence qui s'établit ensuite, je jugeai que seul je veillais dans la cure, et je me crus sauvé.

Ma frayeur était trop récente pour que j'osasse sortir tout de suite, et d'ailleurs je ne savais où aller. Je me décidai donc à passer dans l'église deux ou trois heures, pour en partir avant le jour, et j'allai m'asseoir à la place de Louise. L'horloge sonnait une heure, j'étais épuisé de fatigue; en sorte que, après avoir lutté quelque temps, je finis par me coucher sur le banc, et le sommeil m'y surprit.

Je fus réveillé par un grand bruit. C'était la cloche du temple qui appelait les paroissiens au service divin. Je me levai en sursaut, et, le bouleversement m'ôtant toute présence d'esprit, je me mis à parcourir l'église , sans savoir où me diriger. Bientôt au bruit de la cloche succéda un silence plus effrayant encore. Une clef cria dans la serrure, du côté de la sacristie; je volai sur la galerie, où je me cachai derrière l'orgue.

C'était le chantre qui venait marquer les versets et préparer la chaire. Par la porte, qu'il avait laissée ouverte, j'entendais les paroissiens qui s'assemblaient déjà sous les tilleuls. Quand il les eut rejoints, je me rappelai que l'orgue, à cause des réparations qu'on y faisait, ne serait pas joué ce dimanche; et je vins me cacher dans une niche que formaient la saillie du clavier et les côtés de l'instrument. J'ajustai le siège qu'on avait

démonté, de manière qu'il fit face aux bancs d'où je pouvais être aperçu, et je me résignai à attendre là mon sort, regrettant mille fois de n'avoir pas écouté, le soir précédent, la voix qui me défendait de revenir sur mes pas.

Bientôt quelques personnes entrèrent, la galerie se rmnplit tout autour de moi, et, comme pour rendre mon angoisse plus forte, l'assemblée se trouvait plus nombreuse qu'à l'ordinaire. Toutefois, je remarquais une préoccupation qui pouvait m'étre favorable, et, quand je me fus aperçu que j'en étais en partie l'objet, la curiosité suspendit pour quelques instants mes alarmes.

Autour de moi, l'on parlait de mon départ, de M. Prévère, du chantre. Personne ne blâmait celui-ci, quelques-uns plaignaient Louise, d'autres trouvaient que M. Prévère avait eu tort de m'élever chez lui. Une voix ajouta :

« Voyez-vous, qui ne nait pas de bon lieu finit toujours mal.

— C'est sûr, reprit une autre voix ; c'étaient des mendiants qui n'en savaient que faire, et ils l'on posé là. M. Prévère les aurait connus s'il avait voulu ; à telles enseignes qu'on lui dit que Claude, en revenant des chalets, avait vu la mère au bois d'en haut; mais il ne voulut jamais qu'on leur courût après. Comme ça, l'enfant lui est resté.

— C'était pour bien faire, reprit un autre homme. « Le bon c Dieu me l'envoie, que M. Prévère se sera dit : Tirai-je rendre « à ces vauriens pour qu'ils le jettent dans un puits? * Et il l'a gardé. C'est-il mal fait? Moi, je dis que non, pour qui a les moyens. D'accord, que ça n'a ni père ni mère, et que je ne lui donnerais pas ma fille.... Tout de même, c'est un mendiant de moins par le monde. Et puis, tenez, faut tout dire, c'était un bon garçon, M. Charles ! «

Et aussitôt, ces mêmes paysans, dont pour la première fois, je voyais à nu les égoïstes préjugés, firent à l'envi mon éloge avec une bienveillance qui ne pouvait me paraître suspecte. J'en fus surpris ; car j'ignorais alors que dans la même âme peuvent vivre ensemble les préjugés les plus durs et une bonté naturelle ; néanmoins, leurs paroles me touchèrent et versèrent quelque baume sur le déchirement de mon cœur.

Dans ce moment, Louise entra, et peu d'instants après, M. Prévère. Aussitôt les conversations cessèrent, et un silence inaccoutumé régna dans l'église. Pendant que M. Prévère mon*

tait les degrés de la chaire, tons les regards se «érigèrent sar lui; ils se portèrent ensuite sur le chantre, puis ils reTinreat sur Louise. Cette jeune fille, en tout temps si timide, avait baissé la tète, et Taile de son chapeau dérobait-aux regards sa rougeur et son trouble.

M. PréTère lut dans la litui^e la belle prière qui ouTre, chaque dimanche, Texercice de notre culte ; après quoi le chant des psaumes commença. Contre son habitude, il ne joignit pas sa voix à celle du troupeau ; mais, s'étant assis, il paraissait triste et abattu. Il porta plusieurs fois les yeux sur la place où il avait Thabitude de me voir, et qui était demeurée vide ; et, autant qu^il osait le faire sans distraire ses paroissiens, son visage compatissant se tournait du côté de Louise. Les chants cessèrent ; et, après la seconde prière, dont quelques expressions avaient provoqué une attention plus particulière, M. Pré» vère ouvrit la Bible et y lut ces mots : Quiconque reçoit ce petit enfant en mon nom, il me reçoit. Puis il parla ainsi :

a Mes chers paroissiens....

c Permettez que j'interrompe aujourd'hui le cours ordinaire de nos instructions. J'ai à vous faire entendre des vérités qu'il n'est plus opportun de vous taire. Puissiez-vous les écouter avec humilité ! puissent- elles sortir de mes lèvres pures de passion et d'aigreur.

€ Il y a dix-sept ans que nous fûmes attirés, vers onze heures du soir, par les cris d'un petit enfant. C'était dans la cour même de cette cure ; vous le savez, Pierre, et vous aussi, Joseph^ qui vous trouvâtes là dans ce moment.. La pauvre créature, enveloppée de haillons, était transie de froid. Nous la recueillîmes, nous la réchauffâmes, et nous lui cherchâmes une nourrice parmi les mères de cette paroisse.... Aucune ne refusa, aucune ne vint; et, dès cette nuit môme, notre chèvre, mes frères.... notre chèvre lui donna son lait.

» Dieu permit, dans sa bonté, qu'il puisât au sein de ce pauvre animal la force et la santé. Mais il ne reçut pas les tendres soins qui appartiennent à cet âge ; mais, au lieu des caresses que vous prodiguez à vos enfants, une curiosité maligne entoura son berceau, et à peine entrait-il dans la vie, que déjà le poids d'un préjugé barbare pesait sur son innocente tète.... Ai-je tort de dire cela? ou bien vous souvient«il que cet enfant, qui n'avait pas de mère, eut peine à trouver au milieu de vous

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un homme qui voulût lui donner' son nom et le présenter au b'aptômé?...

oc II grandit. Ses bonnes qualités, son caractère aimable, généreux, devaient trouver grâce devant vous. Aussi vous l'aimiez, vous l'attiriez dans vos maisons, vous le traitiez avec bonté, et mon cœur reconnaissant vous en bénissait à chaque fois.... Hélas! je m'abusais. Vous Taimiezî mais sans oublier jamais la tache que vous imputiez à sa naissance.... Vous Taimiez! mais il était toujours pour vous l'enfant trouvé.,.. Ainsi le dédaigniez -vous dans Torgueil de votre cœur ; ainsi le nommiez-vous dans vos entretiens ; aussi apprit-il ce qu'il importait tant de lui cacher , ainsi vint l'humiliation flétrir sa jeunesse et empoisonner ses plus beaux jours. Oui, vous l'aimiez! mais si la Providence, exauçant mes vo&ux les plus chers, eût voulu que ce jeune homme cherchât à retrouver une famille en ces lieux, mes frères!... pas un de vous peut-être ne lui eût donné sa fille!

' « C'est ce que j'ai pressenti, continua M. Prévère d'une voix altérée, et j'ai dû l'éloigner. Ajouterai-je que, déjà parvenu aux confins de la vieillesse, je reste seul, séparé de celui qui m'en rendait l'approche moins triste?... A Dieu ne plaise! J'ai perdu la compagne que je m'étais choisie ; j'ai vu mourir le seul enfant que Dieu m'eût donné.... je n'ai pas dû compter sur ce bien plus que sur les autres.

« Assez sur lui, assez sur moi, mes frères. Mes espérances sont au ciel, les siennes s'y porteront : de là ne vient pas ma tristesse, mon effroi.... Mais, où suis -je? Qu'ai-je fait au milieu de vous? Où vous ai-je conduits? Quel compte te rendrai-je, ô mon Dieu, si, après vingt ans que j'exerce ton ministère, tel est l'état des âmes dont tu m'as confié le soin, qu'un barbare orgueil y étouffe jusqu'aux faciles devoirs, jusqu'aux plaisirs de la compassion la plus naturelle? 0 Jésus! comment regarderions-nous à toi? Que te pourrions-nous dire? Où est cette charité, à laquelle tu promis tout, sans laquelle on ne te connaît point ? Tu avais commis à cette paroisse le soin d'un de ces petits que ta bonté signale à la protection de ceux qui t'aiment; et il n'a pu y trouver une mère, un ami, une famille ! et il faut qu'il aille, déjà flétri, découragé, chercher auprès d'hommes inconnus ce qui lui fut ici refusé ! L'y trouvera-t-il, du moins ? Hélas ! vous qui n'êtes que de pauvresgens des campagnes, vous qui aviez vu son enfance, vous qui iDonnaissiez, qui aimiez cet infortuné.... vous l'avez

rejeté.... Jugez donc vous-mêmes de ce qui p^ut l'attendre ^u sein des villes, au milieu des distinctions sociales, aupr.ès d'é^ trangers qui, ne connaissant pas comme vous ses vertus, sauront trop tôt quelle fut sa naissance. A toi, mon Dieu! à toi seul à le prendre sous ta garde. Pour nous, nous le pouvions, mais nous ne Pavons pas fait....

a Charité, humilité I vertu* si belles! êtes vous donc trop pures pour cette terre ? Êtes-vous remontées avec mon Sauveur au céleste séjour ? Autrefois j'ai vu. parmi la foule des cités, qeelques hommes vous vouer un culte sublime.... Néanmoins, à de si rares exemples, mes yeux attristés se portaient avec espoir vers les campagnes, et je croyais que ces paisibles champs dussent être votre asile.... Amers mécomptes! Là aussi vous êtes méconnues, oubliées; là aussi le paysan, le laboureur, le journalier, si près qu'ils soient de la poudre d'où ils furent tirés, mettent à haut prix leur naissance et méprisent l'enfant pour le crime de ses pères !...

« Qu'il aille donc dans une autre paroisse, l'enfant trouvé I qu'il se présente à d'autres portes ! Ici l'heureux repousse le malheureux, le pauvre rejette le pauvre, la famille bénie rebute l'infortuné sans famille.... Ah! mes frères, mes chers frères! Quoi ! si peu de temps sur la terre, et en méconnaître ains^ l'emploi ! Si peu d'occasions de pratiquer des vertus, et laisser infructueuses les plus douces, les plus belles! Le sublime exemple d'un maître divin, qui relève avec bonté une femme adultère , et, chez d'obscurs mortels, tant d'orgueil, tant de dureté à rabaisser un jeune homme pur et honnête !

« Je vous ai parié durement, mes chers paroissiens, et je ne suis qu'un pécheur comme vous. Pardonnez-moi. Après tant d'années que j'ai dû vous taire ces paroles, elles s'échappent de mes lèvres avec trop peu de mesure, et vous pleurez.... Ah! laissez couler vos larmes ; elles ne vous seront pas stériles, et, pour moi, elles me sont douces. En coulant sur mon cœur, elles y lavent l'amertume qu'y avaient mise de longs froissements, soufferts dans le silence ; elles y laisseift l'espoir que désormais vous saurez voir dans le pauvre, dans le misérable, dans l'enfant trouvé, l'ami de Jésus, l'hôte qu'il vous envoie, l'enfant qu'il recommande à votre amour.

«; Que si tel devait être le fruit de mes paroles, j'en regret-

terais peu la rudesse, et bien plutôt je bénirais Dieu de leur avoir prêté cette salutaire efficace. Alors, comptant que le» promesses faites à la charité vous sont assurées, je verrai» s'approcher avec moins d'anxiété le terme de ma carrière.... O mes bien- aimés paroissiens ! entrons sans délai dans les voies du salut; mettons à profit le reste de nos jours ; avançons vers la tombe en nous chargeant d'œuvres ; et, quand elle aura englouti ces corps périssables, puissions-nous être agréés du souverain Juge : vous, pour avoir réformé vos cœurs; moi, pour lui avoir ramené ce troupeau, l'objet de toutes mes affections sur la terre ! o

Quand je relevai la tête, je ne revis plus Louise. Le chantre courbé sous le poids d'une douloureuse angoisse, pleurait la tête baissée, et, au travers des larmes qui inondaient ma paupière, M. Prévère m'apparaissait comme un être céleste, dont j'eusse baisé les pieds avec adoration. J'avais compris la piété, la vertu, la beauté du sacrifice ; et, avant que l'espérance vint amollir mon cœur, je me hâtai de quitter ces lieux, dès que je pus le faire sans être aperçu.

Trois jours après, je reçus cette lettre du père de Louise :

« Charles,

a Hier, au prêche, M. Prévère parla de vous, et il dit des choses qui me firent peine, venant d'un si respectable pasteur. Alors, après le prêche, l'ayant trouvé seul aux Acacias, je lui pris la main, ayant peine à parler, du cœur gros que j'avais.... a Parlez, mon vieux ami, me dit-il; vous ai-je paru trop c sévère?... — Ce n'est pas ça, lui ai-je fait; mais, depuis ce f matin, je me repens; déjà depuis hier au soir, monsieur « Prévère. C'est dimanche fête, je ne veux pas conmiunier qu'il « ne soit revenu. Donnez-lui Louise. >

a Alors nous nous sommes embrassés, et j'ai senti que j'avais bien fait, dont je remercie Dieu de m'avoir éclairé à temps^ M. Prévère m'a causé ensuite. C'était pour dire que, tout de même, vous deviez rester là-bas pour y apprendre un état. Il vous écrira, et Louise aussi, après qu'elle aura reçu de vos nouvelles.

« En foi de quoi, Charles, je vous envoie ma montre en présent, aussi bien comme je la tiens de mon père< Jean Renaud

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l'a nettoyée, et recommande que, la nuit, vous ne la teniez pas^ de plat, mais au clou, par rapport au mouvement. « Adieu, Charles. Faites*yous sage et appliqué.

(t RSYBAZ. »

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