I XCVIII
LOUISE A CHARLES
De la cure.
Je voulais VOUS épargner un triste récit... mais je lutte en vain. Si la honte me retient, la honte aussi me presse... Ma tendresse pour vous est sans bornes, mon cœur sans voile!... Je n'ai plus le droit, encore moins le désir, de vous rien cacher de ce qui intéresse le vôtre... Mais quels moments! quelle vue! M. Ëmest lui-même !
Après son funeste exploit, il est venu ici cacher sa honte. On a bientôt su dans le village que sa mère était occupée de préparatifs pour un voyage qu'il va faire ^n Italie. C'est hier qu'il devait s'éloigner. Effectivement, à neuf heures, une voiture chargée de malles a pris le chemin de la ville. Le bruit s'est répandu aussitôt que M. Ernest était parti. Il n'en était rien. Cette voiture le précédait à Genève, où il devait la rejoindre dans la soirée.
Quand je l'ai cru parti, j'en ai ressenti beaucoup de soulage-
ment, et je n'ai plus éprouvé qu^un sentiment de compassion pour sa mère. Je savais son affliction, sa honte aussi, qui Pavait seule empochée de venir à la cure prendre part à notre peine, et déjà auparavant j'avais eu le désir de la voir, de la consoler autant qu'il était en moi. Mais lorsque ensuite je me suis figuré sa douleur et son isolement, après un départ si triste de toutes manières, je n'ai pu résister au désir de me rendre surle-champ auprès d'elle. Pour ne pas donner Téveil sur ma démarche, j'ai dirigé ma promenade du côté du parc, d'où, gagnant la pelite porte, je me suis trouvée dans l'avenue...
J'y entrais, lorsque j'ai vu M. Ernest à quelques pas de moi. Dans le trouble où m'a jetée cette apparition, j'ai senti mes jambes fléchir... il est accouru pour me soutenir dans ses bras. Revenue à moi, sa pâleur, son regard, son air, son désordre, m'ont glacée d'épouvante ; je l'ai prié, je l'ai supplié de s'éloigner, de fuirl... Il ne se hâtait pas; j'ai poussé un cri... Alors il a abandonné ma main, et, sortant comme d'un rêve, il a protesté de son respect pour ma personne. Cette expression m'a rempli^ d'horreur; j'ai rebroussé pour m'enfuir.
Mais mes forces m'ont trahie... Il s'est jeté sur mon passage, et je l'ai vu à mes genoux!... Charles !... tout ce que le délire peut inspirer... tout ce que le désespoir peut inventer de menaçant... tout ce que la faiblesse peut imaginer de violences insensées!... Je demeurais incapajale de fuir, incapable de parler, et l'effroi de me revoir entre ses bras, en m'ôtant un reste de force, allait m'y faire tomber de nouveau... C'est alors que, soit crainte, soit pitié, il a maudit devant moi son audace et m'a suppliée d'oublier, de pardonner ses indignes transpo ts... Dans ce moment un domestique a paru au bout de l'avenue ! Je n'ai écouté que ma honte : « Relevez-vous! me suis-je écriée... Je vous croyais parti, monsieur... Je venais pour consoler votre mère... Conduisez-moi auprès d'elle, et partez sur-le-champ! »
Il n'a rien ajouté. Je l'ai suivi. Jugez de la surprise de cette dame en nous voyant entrer ensemble !... les larmes troublaient sa vue, un poids énorme semblait être ôté de dessus son cœur, elle m'accablait de caresses... mais j'étais interdite et brisée: M. Ernest gardait le silence. Après quelques instants, il s'est approché de sa mère, il l'a serrée dans ses bras, en lui annonçant son intention de partir sur l'heure ; puis, s'étant incliné de mon côté, il s'est retiré. J'ai caché à Mme de la Cour ce qui s'est passé dans l'avenue, et, après une courte visite, je l'ai
quittée pour m'enfuir précipitamment à la cure, où j*aipu donner cours à mes larmes.
Je tremble encore en traçant ces lignes... Ce trouble me quittera-t-il? J'ai passé une nuit affreuse : à chaque instant je tressaille de Teffroi de ces rîessouvenirs. Je devais peut-être vous taire ces choses?... Je n'ai pu. J'en étais obsédée, souffrante f honteuse, jusqu'à ce que je vous les eusse confiées... Ne suis-je pas votre Louise? Devais-je vous cacher la trace de ce souffle impur qui a terni mon visage?... Non, non, mon bien-aimé, j'ai bien fait, je le sens... Déjà cet aveu ramène la sérénité dans mon cœur.
Votre Louise.
P. S. On ne me dit rien encore. Cette situation ne peut durer, malgré la crainte que j'ai de compromettre la pauvre Marthe. A moins qu'on ne me prévienne, je veux ce soir même parler, à M. Prévère.
LE CHANTRE A CHARLES
De la cure.
En réponse à la vôtre, je m'en réfère à ma dernière. Du reste, vous apprendrez que je suis d'accord. C'est entre moi, Louise et M. Prévère. Bien que vous en disiez, ma fille ne relève que de moi. A regret je vous l'avais donnée, à regret je vous la retire, puisque enfin vous faire peine n'est pas ce que je cherche. Seulement, vous avez mauvaise tête, je l'ai toujours dit, je le vois, et j'agis par sagesse de père.
Pour du mal , je vous en veux si peu, que, moyennant que vous nous laissiez tranquilles , je vous assure de mon affection mieux qtie par le passé, et serai disposé à vous la marquer à l'occasion. Quant à la montre, l'ayant destinée à mon gendre, vous me la rendrez ; c'est à ces fins que vous trouverez cijointe sa valeur en remplacement.
Je ne veux pas contester sur les propos qui sont dans votre lettre. Seulement conviendrai-je que Louise a du trouble; mais j'aime mieux un trouble qui eh finisse, qu'un qui dure et re*commence : avec vous, elle n'aurait jamais connu la paix. Dès votre bas âge j'ai voulu vous réformer, rétif et emporté que vous étiez, quand votre place était d'être humble et docile; je
n'y ai rien avancé : en voici les fruits. Vous sortez pourtant de mains qui vous ont donné d'autres exemples que ceux que vous mettez en pratique; mais le naturel est plus fort, et il vous domptera si vous ne le domptez.
C'est à quoi vous devez songer, si vous voulez faire une bonne fin. Aujourd'hui que, libéré de vous, je n'ai de rancune ni secrète ni ouverte, vous pouvez vous fier à mon dire, et je ne veux vousie celer. Sânspère ni mère, c'est à force devons maîtriser que vous parviendrez ; la fierté, qui chez un autre s'excuse, vous porte détriment. Il vous faut peu d'ambition, encore plus de modestie, quand déjà un métier vous aurait mieux conveira qu'une profession. Comme vous commencez la vôtre ! et le bel exemple pour un ministre que de s'être battu comme un vaurien! Dix ans ne vous laveront pas de celle-là; et si jamais vous montez en chaire, de quel air prêcherez-vous contre les querelleurs, contre les violents, contre les gens qui soutiennent de coups les mauvaises raisons? Quand on ne bride pas sa jeunesse, on gâte par avance son âge mûr. Fleur véreuse, poire gâtée. Vous êtes jeune; mettez- vous à l'œuvre.
Louise sait tout et se conforme. Elle vous écrira encore une fois. C'estcontre mon idée; mais je n'ai pas voulu, sur ce point, la contraindre. Que si vous lui répondez, comme je ne vous y invite pas; ce seira votre dernière. J'y compte, aimant mieux me fier que vous témoigner ici défiance. Et d'ailleurs, suivant comme vous serez, suivant vous me trouverez.
Reybaz.
CHAMPIN AU CHANTRE.
De GeDève.
La messagère a apporté ta lettre, mais ton jeune homme ne la tient pas encore. M. Dervey a dit qu'elle ne sera remise que lorsqu'il ira mieux. Ses emportements d'avant-hier ont rallumé la fièvre, en sorte que, ces deux jours, il s'est tenu plus tranquille. J'ai questionné le médecin comme il descendait. « La blessuilB est guérie, m'a-t-il dit ; mais, si ce jeune homme n'est pas plus sage, la convalescence sera longue. Il n'a point de raison. Aucun soin, aucune docilité ; il se joue des ordonnances; j'y perds ma peine. — Il est jeune , lui ai-je dit. — Allez, c'est
LE PHESBYTÈRE. S51
un gaillard qui donnera du fil à retordre ! » a-t-il répliqué. Il dit vrai.
Je ne sais donc pas encore ce qu'il en est de ta lettre et ce qu'elle lui apporte. Ça te regarde. En attendant, la Jaquemay tient de son noveu^ qui étudie, que TalTaire a fait grande rumeur parmi les robes noires* ; que vendredi , à leur assemblée, il en fut question, et que plusieurs étaient d'avis qu'après ce scandale il ne peut être admis à se vouer au saint ministère. On y dit que son caractère était violent et fier, en même temps que sa naissance honteuse; qu'ainsi il serait continuellement exposé à se croire insulté et à se battre ; qull valait donc mieux le détourner, dès l'entrée , d'un état qui n'était pas fait pour lui, plutôt que de le laisser s'y engager pour avoir plus tard à l'en repousser, à son détriment et au grand scandale de l'Église. M. Bervej voulut le défendre ; mais tout ce qu'il obtint fut que, pour l'heure, on ne déciderait rien, et que l'affaire serait remise à la prodiaine assemblée. De ce côté donc, ça va mal.
D'autre* part, tout ce qu'il y a de racaille parmi les étudiants a pris parti pour lui ; c'est à qui louera sa ferraillerie , à qui ferraillera à son tour. Ils font queue ici pour avoir de ses nouvelles, mèmement qu'ils m'apportent dans mon escalier toute la boue du quartier , sans compter le vacarme. Rétabli , il va se donner encore plus à cette engeance. Hier, Ils en huèrent nn qui trouvait à redire à la conduite de ton jeune homme , et ils l'auraient battu , n'était le professeur qui survint Cet un, c'est justement le neveu de la Jaquemay , par qui j'en appris bien d'autres encore.
Si tu avais consulté dans le temps , on t'aurait empêché de t'embourber. Mais les autres t'ont faspiné.... Dieu sait ce qu'il y a dans ta lettre ! Je vois d'ici ton Prévère cajolant ou se fichant, juste de quoi te faire tôper , te menaçant de brouillerie , faisant pleurer ta petite, et toi.... Nous verrons bien. Encore t'ai-je prévenu à temps. Ta petite n'en veut pas mourir, va. Eh ! à moi ça! A vrai dire, je n'aurais pas commencé par la livrer aux mains de ce Prévère , pour l'élever à sa guise et t'en faire une raffinée. Par ce moyen, elle est plus à lui qu'à toi : qui se ressemble s'assemble. Il lit dans les livres, elle lit dans les livres; manières de monsieur, manières de demoiselle ; dévotion de ci, dévotion delà, et toi , dans ton habit de bure, parlant
t. lAComptfaiededi pasteurs.
patois plu$ souvent que le beau langage, tenant la bôche mieux que les livres, tu es mis de côté, on te soutire ta fille, et un beau jour tu t'aperçois que tu es père seulement pour dire amen. Par le même plan, il a fait de l'autre un monsieur, quand il eût mieux fait, s'il voulait l'élever, d'en faire un bon manœuvre, qu'encore ce lui était bien de l'honneur.
Par la servante des Dervey qui sort d'ici, j'apprends qu'il n'aura ta lettre que demain. On l'a saigné aujourd'hui. Ils ne voient pas que c'est l'incertitude qui l'agite. Moi, j'aurais remis la lettre ; car il ne fait que demander s'il n'y en a point ; dans son impatience il voulait me voir. Bonne , elle le guérissait ; mauvaise , il faisait son vacarme ; et puis , après l'orage, le beau temps. Jeunesse est légère : on ne meurt pas d'amour.
Je remets celle-ci à la messagère, avec une commission pour toi : c'est de savoir de Redard s'il a «ncore de son rouge de mil huit cent onze, et à quel prix.
Chahpin.
CHARLES AU CHANTRE
I>« Genève.
Monsieur Reybaz ,
On me remet votre lettre.... Depuis hier elle était dans leurs mains. Ainsi donc, monsieur Reybaz , Louise m'est ôtée ! Vous voici libéré de moi!... Vivez heureux^ maintenant, et que la paix vous accompagne !
Vous êtes le maître ! Oui, le maître de me perdre , et vous me perdez! le maître de me ravir jusqu'au moindre espoir, et vous me le ravissez I Vous êtes le maître ? Ah ! je le sais trop 1 C'est là ma misère.... et depuis longtemps, depuis ee jour où l'on me recueillit dans la cour de M. Prévère!.... Voilà votre montre ; voilà votre argent. De quel droit me l'envoyez-vous? Êtes-vous le maître aussi de me faire l'auiùône ?
Est-ce bien vrai? Est-ce possible?... Non ; vous ne me l'avez jamais donnée votre fille, jamais ! Mais me leurrer d'une façon si cruelle !... Jamais vous ne me l'avez donnée ; ou bien , quels motifs auriez -vous de me la reprendre?... Non, jamais! Cela seul est vrai, cela seul explique votre inexplicable cruauté.... Écoutez cette voix : Enfant trouvé ! N'est-ce pas, monsieur Reybaz !... Enfant trouvé! et le fond du cœur démentait les pro-
messes de votre boache.... Impitoyable orgueil! et c'est vous qui me défendez d'être fier , qnî me commandez de souscrire à vos mépris ! Infortuné, misérable que je suis t
Mais vous ne dites pas vrai, monsieur Reybaz.... Entre vous, Louise et M. Prévère? Non; mille fois non! M. Prévère d'accord ! Pendant que vous le calomniez , son cœur saigne , il gémit sur son enfant trouvé ; s'il pouvait haïr , il haïrait ceux qui le punissent injustement, ceux qui se jouent de sa destinée.... M. Prévère d'accord! Ah! vous ne le connaissez pas, vous le jugez à votre mesure. Lui ! il honore les enfants trouvés, il les recueille, il les comble de biens, il n'a pour eux que tendresse et entrailles , il leur revaut tout ce que les mauvais cœurs leur refusent.... M. Prévère d'accord! Ah! gardez-vous de croire, de dire qu'il ait jamais accédé à vos volontés barbares. Gomme moi , il cède devant le père de Louise , mais en détestant sa dureté , en gémissant sur mon sort. Faites , faites ; mais ne Masphémez pas contre celui qui est la bonté et la compassion même, contre celui que vous ne sauriez seulement comprendre !
Pour Louise.... Grand Dieu! Est-ce donc vrai qu'elle m'est ôtée? Oui, elle est d'accord; oui, vous dites la vérité.... J'en sois certain, elle vous obéit sans murmure. Ah! mais puissiezvous, je n'y songé qu'avec effroi , puissiez-vous ne pas acheter à un trop haut prix sa soumission!... Monsieur Reybaz , laissez-vous toucher!... suspendez vos coups.... imposez-moi Tépreuve que vous désirez.... Mais m'ôter votre fille!... c'est la perdre avec moi.... et plus sûrement encore que moi !...
Pour elle, monsieur Reybaz, j'ose demander grâce; pour l'amour d'elle , daignez m'écoute r ! Elle m- aimait; et vous savez ce que sont pour elle les affections.... une source de joie, de vie.... ou une source de déchirements funestes, mortels.... Eh bien, sou venez- vous de ces jours encore tout voisins de nous, où elle était si heureuse; venez lire ses lettres, toutes remplies de tendresse et de paix; et désormais, désormais soumise, et m'aimant toujours.... soumise , mais dans le fond de son cœur admirant M. Prévère, blâmant son père, l'accusant peut-être.,.. Quels combats I Comment les soutiendra-t-elle ? Où trouverat-elledes forces, quand déjà, dans une bien plus faible lutte, elle a failli succomber?... Ah! monsieur Reybaz , n'ôtes-vous donc pas son père? Ce bonheur qui s'approchait, cet avenir si Éacile, si doux! tant d'heureux , et vous qui le fussiez devenu,
TOUS dont la vieillesse eût été abritée dansi le tran<|9ille poiid^ notre tendresse, de notre bonheur et de notre recoanalasancel...
Monsieur Reybaz, j'espère encore,, je me jette à ,vas genoux, avec le seul regret de vous avoir offensé , avec le seul veau de TOUS complaire.... humble et docile, comme vous le voulez; prêt à condescendre à tous vos reproches, à profiter de toutes vos leçons.... Sans père ni mère, comme vous dites ; eh bien, je déposerai toute fierté, toute ambition ; je souffrirai l'outrage sans murmurer; j'acquiescerai à ma destinée, trop belle encore, trop heureuse , je le sais, si vous m'avez rçndu Louise...*
Votre affectionné
Charles,
LE CHANTRE A CHAMPIN.
De Ui ciupe.
Épargne-toi tant d'écritures, et notamment de conjecturer éur l'un comme sur l'autre. Avant tes lettres, j'avais agi ea conseil avec moi-même; de façon qu'écrivant pour m^ soutenir ou pour me pousser à faire ce que j'ai fait, tu n'en as néanmoins pas l'honneur. Avec ça, je te remercie de la peine, çn tant que tu m'écris d'amitié et en te mettant à ma place.
Les scènes du jeune homme que tu me racontes ne m'ont pas étonné. J'y étais préparé, le connaissant emporté et sans ïmn une fois qu'il lui faut ployer ; à telles enseignes que, tout petit encore, je ne l'ai jamais frotté pour ses méfaits qu'U na se débattit comme un forcené, tirant plus de mal de sa résistance que des coupa, et, de rage , mordant le pr4 encore longtemps après. D'où je l'ai toujours jugé indomptable , craignanl^ la. pu* nition, sans pour cela se contraindre de recb^er. On disait alors : » Vienne l'âge de raison ! » L'y voici; et, dès le début, il applique un soufflet et ferraille comme un mauvais sujet
C'est dans le sang ; on chasse de race. Le sie^ ne saurait de prime à bord s*être dévicié« Fils de vaurien qui Tout pu aban^ donner sur un grand chemin, après l'avoir engendré dans les bbis comme des bétes fauves, qui s'ira surprendre de ce que dans son naturel, à côté du hon, il y ait encore du mauvais alliage, une crasse d'origine, un résidu d'ingrédients mieéraUos provenant de ses pères ? Pourquoi, ainsi que les Redard, de père en fils, sont réputés pour être sù?a dana les marchéet ^
LU' PMBSBTTâKBL 955
transmettant la probité (il n'a plus de> sm vouge dejnil hmt ees( onze) tout aussi bien que i^sr vignoble, ponnpaoi tel, qui k ^aeosé de père en fils , ne transmettrait-il pa» à sa lignée tout ou partie de son mauvais penohairt? Geliii-^i, pas phis haut qae ma jambe, picorait déjà, attrapait les primeurs, maraudait éès l'aube, et au crépuscule encore. Je ne lui pleurais pas les eor* rections : il a dans Tépaule le petÂt plomb du garde champôtve^ et SUT le bras la marque des dents du cbien des de la Cour. S'est-il corrigé, abstenu ? Jamais, Instinct, vois-tu, inclination de race, pente native , que quatre générations n'effaceront pas, à supposer eneore qu'il croise avec des honnêtes. De même povr cette rage au ehàtiment, cette fierté de fer, ces violences indomlytabks , autant de rejetons d'une souche gfttée. Et s'il a débuté ainsi, bien qu'élevé au bon par un digne homnra, qui peut répondre de la fîn qu'il fera? Qui sait bien ce qu'étaient ces misérables qui nous l'ont laissé? Qui sait seulement cùta^ ment ils ont fini eux-mêmes?
Pourquoi les Roset,.depère en fils, dans la commune, ont-ils eu rinstinct pour les taupes, de façon que, Pierre Roset dé*funté sans laisser d'enfant mâle, la commune a dû se passer de taupier? M. Ernest est dérangé? Son père n'était pas un saint, ou bien il vivrait encore. En veux -tu une autre, de preuve, qui va mieux à l'endroit? C'est à Cartigny. Ils avaient là un eniknt trouvé de l'hôpital , à qui ils apprenaient le labourage et des gros ouvrages. Celui-ci, sans autres maîtres que les journaliers, avait un bon langage , un ton de monsieur, des idées aussi mémement qu'il avait empire sur lés autres enfants, et, si un avait £ait tort au maître, il l'en reprenait. Propre sur lui, le dimanche, au lieu de boire, il lisait dans les livres ; et note bien, seuf de la paroisse il chantait si bien à l'église, qu'il en aurait remontré au chantre : c'est Prélaz de Bourdigny. Un beau jour arrive une voiture pour le prendre , et tout le village d'accourir, sans trop de surprise néanmoins, tant ils le trouvaient digne. On l'avait réclamé par son chiffre /. c'était l'enfant d'un noble d'Allemagne f Partant, tout ce qu'il avait fait, c'était d'instinct, de race, pour mieux dire, à commencer par la musique, où les Allemands ont le coup.
Ces idées-là, je les ai eues de tout temps, notamment que Thérèse n'en avait pas d'autres et que Louise elle-même, bien qu'élevée en demoiselle, c'est Thérèse trait pour trait. Mais par religion, comme je f ai dit, et pour ne pas me roidir au vceu de
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M. Prévèref camme aussi pour donner le temps k la Providence de se montrer, j'avais condescendu à promettre Louise à ce jeune homme , en tant que corrigé et tendant à son état par le droit chemin. Je n'en tirais ni regret ni gloire, certain de vouloir bien de cœur ce que je voulais, comme pareillement de ne vouloir pas ce que je ne voulais pas; d'où je suis resté libre, et plus encore que si je n'avais jamais condescendu , puisque la ténacité et 4a rancune étant mon défaut de nature , on pouvait toujours, sans cela, dire que j'y avais obéi.
Quand donc est venue cette catastrophe , je n'ai eu ni gloire à dépouiller ni regret à avoir. Je n'ai eu ni scrupule envers M. Prév^re, à qui j'avais satisfait; ni remords de religion, y ayant obéi auparavant dans la vérité de mon cœur ; ni doute envers la Providenoe, laquelle , pour l'avoir laissé faire, m'a donné un avertissement assez haut pour que je l'écoute à deox oreilles» Bien plus , ayant pouir pratique de consulter la mémoire de ma chère et honorée femme, à telles enseignes que c'est par cette pratique que j'avais le mieux dompté ma rancune contre le jeune homme, vu que Thérèse était compatissante et sans haine, j'ai jugé combien cette catastrophe l'aurait épouvantée , et que pour rien au . monde elle n'aurait commis sa Louise à un ferrailleur , sans compter sa naissance, et qu'il est clair que, sans bien , sans état , il se comporte tout contraire^ ment à celui qu'il a choisi , dès l'entrée s'en fermant la route. Restait Louise pour seul obstacle^ mais qui mè gênait sans m'arrôter, jugeant qu'il est d'un mauvais père de ne savoir pour un peu de. mal en prévenir un plus grand , et d'engager tout l'avenir, crainte d'affliger le .présent. Aussi le mercredi, que justement la pluie arrêtait les ouvrages, je rôdai ma journée à l'écart, pour délibérer à l'aise ; puis , revenu , j'écrivis mon billet à Charles inclus dans la tienne, sans que depuis j'aie eu à dévier de mon dessein, et que» bien au contraire, chaque chose depuis, et notamment: tes lettres avec ce qu'elles m^apprennent, m'y ont confirmé.
Aussi, laissant Louise pour après , j'ai attendu le retour de M. Prévère: c'était le samedi; il savait donc ma lettre à Charles où je reprenais ma fille. J'allai le trouver dans sa chambre; mais rien ne se passa comme tu prédis , toi , Ghampin , en ce que, si M. Préfère est faible et trop débonnaire, il ne fut jamais câlin, et rusé aux fins de se déchaiiger sur les autres. En cela tu t'abuses, et tu serais. malicieux, avant que lui soit boa
apôtre : j'entends homme de belles paroles plutôt que de bonnes actions. H veulut d'abord m'effrayer sur ma résolution, prise trop Yîvement ; je le laissai dire. Il parla sur le je^une homme, aax fins dem'apitoyep ; je lui dis que, quant à sa position, je la savais par cœur, notamment que j'étais prêt à entrer en part dans son entretien et à l'en soulager d'un tiers. Alors il me parla de Louise, aux fins dp me montrer le ddïigerpour elle de rompre cet attachement; je lui disque, quantàLouise, justement je redoutais plus la continuation que la rupture de cet attachement; qu'à moi son père, c'était mon motif principal, et qu'au surpins, de cette responsabilité-là, je m*en chargeais, comme juste, tout seul, regardant cela comme ma tâche première.'
Me Yoyant ainsi résolu et cuirassé sur tous les points, il me 4it : t' Je voys trouve trop sévère, monsieur Reybaz. Je crains que vous n'ayez à vous repentir de votre précipitation ; je vou« drais ébranler vos convictions , pour votre bien même, pour celui de Louise, indépendamment de tout celui que je souhaiterais à mon pauvre Charles.... Mais si vous me réduisez à ne vous plus donner de conseil, si ce sont là vos volontés dernières comme père , alors vous ne me laissez que l'alternative de m'y -soumettre.... J'avais voulu.... » Et il est resté court , de l'amertume qu'il avait. Je lui ai pris la main : e M'est avis, lui ai-je dit, monsieur Prévère, que vous avez toujours voulu le bien. Nous différons de conseil et non pas d'intention. Ma plus majeure peine, c'est de ne pas vous complaire ; mais c'est l»en vrai que c'est ici comme père que je dis mon idée, et, si elle est fausse, ce n'est pas manque de l'avoir délibérée, à tant que je- n'y saurais rien changer. — Tant pis , a-t-il repris ; elle est funeste , votre idée, j'en ai la conviction profonde.... C'est trop tard .... Si vous persistez , j e ne vous entraverai pas. . . . mais je manquerais à l'amitié que je vous porte, monsieur Reybaz, si je ne vous laissais voir que je trouve votre résolution plus dangereuse encore que dure et cruelle. » Je n'ai pas voulu le contrediire, et on s'est séparé froidement.
Ghampin, ne médis pas de ce pasteur : je le connais, et non pas toi. Ce qu'il veut me faire faire ^ ikle ferait, et je tiens pour certain que, s'il avait une fille à donner à son Charles, il la lui donnerait, comme c'est sûr que je t'écris. D'accord avec toi que ^ ne fait pas que je doive la mienne à cet emporté; mats ne parie pas mal de ce pasteur, ni de sa paye qui va au malheureux, né faisant que passer par ses mains. C'est à le voir faire que
moi, serré 4e nature, étroit de patrimoiae, j'aiaj^is à ne pas trop cumuler, oomme j'y étais enclin^ et eonmiie o'est la pente de tous par nos campagnes. £t quand tu dis que, donnant Vdx* gent des autres, ils en ont tout Thoaneur , tu Xe trompes, quant à ce pasteur-ci, de toute la hauteur qu'il y a du ciel à la terre, puisque jamais, àine vivante ne fut moi^s aère ni plus rinpdeste à Tégiard des i^iens qu'elle put répandre. De lui se pent diroi plus que dequi.qne oe^oit, que sa droite ne sait pas ce quefaU sa^oêtehe. Cet homme a ses défauts, étant issu d'Adam ; mais il est certain qu'ils i^ont de e6ux4à dont les a^^res se ferment encore leurs plus beJles qualités , ainsi. que des haillons du riche nous nous endûaaaicherioaQs nous aiitnes.
£n effet, depuis tantôt iCMiquaalie-^x ams que je regarde £»ire les ^ens, je trouve que, 'OÙ le péché ^nde , c'est dans le trc^ grand anuiitr de soi, comme aussi à dévier .en deâaas du cœur deia vraie droiture, ce qui mène à ces faussetésque n&us voyons de partout et qui salissent le monde. Ces deux choses ôtées, la miséricorde de Dieu aurait mââns àr fûre. Mais c'est en. cela que notre .naibire est corrompue et que, sans la grâce de Dieu, nous serions tous dasmiéB, connaissant la loi eft l'observant si. peu. £h bien, Ghampin, si ce n'était péché que de le dire, j'avancerais que M. Prévère est, sur ces deux articles,. prôt à oompitraltre pour être sauvé par ses mérites , et que foeux de notre Sauveur et Seigneur iésus-Christ lui seraient un ornement plus qu'une néceBsiié pour entrer. en paradis. S'il aipie quelqu'un, ce n'est pas lui ; s^il fait dai bien , du repos , <oe n'est pas li lui ; s'il travaille de l'esprit ou du oorps» s'il laboure, s'il eosenkenfie, c^est pour les malheureux , sois certain , Champm, et sans ri^ ôter aux heureux. £t pour ce qui ^t de dévier de la droiture avec soi-même, quel besoin en aurait-iL se oemptant pour riea et n'ayant d'intérêt que le vôtre ? 'Seulement , portant trop loin ces vertus, quand, pour bien dire, il vit parmi des àommes et non parmi des anges, il en peut abuser, et, une f^s^sa part à lui donnée, mal faire celle des aiiitres. Il f a des devoirs encore par-dessus la bonté. Par compassion, il veut donner asuL Louise à son jeune hcmune; est-ce à àive que moi , ayant àrépondre dn bonheur de maille, iaoon devoir œ doive prévaloir .sur sa charité même?
Sous ses soins, que penses4u que serait devenu ung^urços ordinaire ? Ëh bien, celui^oi n'y a rien su profiter* De la doueoir de son laieLitre il alait vidknoe; de son humilité, &seté; de sa
bofttié, tiiÀlice; de son respect des autres, nuisance pour les fttttres; transformant ainsi tout le bon en mauvais, hormis qu'il a'«6t chiche ni dé son argent ni de celui d'autrui, mais sans discernement : notamment qu'un jour, ayant habillé de ses habits neufs un petit malheureux qu'il rencontra laissé nu dans un fMfeé par des malfaiteurs, il s'en revint à la cure mettre, lui, les habits vieux qu'il eût mieux fait de lui donner. Pour Louise, au contraire, d'accord avec toi que je regrette qu'elle ne soit pas pajfsanne, et c'était bien le plus sage ; mais de dire qu'elle n'ait • pas pris de M. Prévère tout le bon qu'il a voulu lui donner, tant poniF le tXBUt que pour l'esprit, ce serait lui faire injure. Ainsi qu'une phinte tirée d'un bon sol, elle a crû aux eaux du ciel en fleoùPs et en parfums ; mais l'autre, mauvaise herbe, a poussé en épines et en aiguillons. Qu'est-ce à dire, si ce n'est qu'issus de races diverses, le sang les pousse à des destinées opposées : que ^ profitant des mêmes exemples, l'instinct les porte vers des penchants antres? Et où serait, Ghampin, la justice de Dieu, qui punit jUsqu^à- la troisième et à la quatrième génération, si de là prenaière on était saiû et purifîé?
C'est donc sans rancune, Dieu m'est témoin, sans rancune c<mtre M. Prévère que j'agis au rebours de son idée; c'est sans rtncune aussi contre cet enfant, et prêt à lui faire du bien, quand même il m'insulte dans sa lettre, que je lui retire ma Louise, la fille de ma Thérèse, dont, par la mort de sa mère, la garde m'est confiée jusqu'à ce que j'en aille rendre compte à qui de droit. J'agis avec droiture, selon mes lumières; non que je les mette au-dessus de celles d'un digne pasteur, mais parce que, en ce qui touche son enfant, celui qui l'a fait peut, sans Aire tort à personne, se croire le mieux éclairé et s'en prévaloir selon l'occurrence.
Après quoi, j'en suis venu à Louise. Pour bien te dire, depuis sa dernière, elle s'était refaite, ayant repris ses couleurs, et aussi de la gaieté et de l'entrain pour toutes choses. D'ailleurs, Ohampin, je ne me cachais pas qu'elle aime ce garçon, ne fût-ce que par bon cœur et en tant que M. Prévère lui est si afifecr tionné ; mais elle ne l'ahne pas comme les filles aiment les garçons, j'entends qu'elle n'est pas son amoureuse ni faite pour Têtre, de lui ni d'aucun autre. Rien que la pudicité l'eu empêdiendt : non pas qu'elle s'approche de ces idées, mais bien en atant d'elles elle s'arrête de peur; aussi ai-je souvent songé qu'elle n'est pas faite pour le mariage, notamment à voir que
celles- qui restaient filles lui faisaient comme du conteateiQeQt. Que si jamais elle y vient, elle aura tant à vaiucrey que ce sera bien autre chose encore que Thérèse, qui, plus d'un mois durant à compter de la noce, versait des larmes et vivait recluse, se plaisant plus seule qu'en ma compagnie. Ce n'est donc pas de lui ôter répoux qui la saurait toucher grandement, etje parierais encore que ce serait la soulager de ce qui la trouble que de lui ôter l'attente du mariage, moyennant qu'on lui laissât poursuivre l'attachement sur le pied qu'il a cheminé jusqu'ici. En ce dernier point seulement, je l'ai réellement chagrii^ée.
La trouvant donc mercredi seule aux Acacias : « Louise , que je lui ai dit, si je veux faire ton bien, te trouverai-je soumise et raisonnable?...» Maïs elle, comme se doutant de quelque chose, est devenue pâle, et, toute tremblante, m'a prié de rentrer à la cure, oti, s'enfuyant, je l'ai suivie.
C'était dans sa chambre.... Ses larmes coulaient à fil, j'ai voulu attendre. Mais elle : c Avant que vous me parliez, mon père, grâce, grâce pour Charles ! » Et elle est tombée à mes g'euoux, prenant mes mains dans les siennes.... < Louise, lui ai-je dit (car j'étais résolu à cause de son propre bien), Louise, si je veux agir comme j'ai jugé bon pour toi, te trouverai-je soumise et rai» sonnable?... — Soumise, a-t-elle dit, toujours!... au prix de ma vie.... mais ayez pitié de lui, mon père 1... » Je voulais abréger cet ébranlement qui lui est funeste : « Louise ! ai-je redit pour la troisième fois plus fermement, j e suis ton père, te trouverai-je soumise?» Alors elle s'est relevée, les pleurs ont fini tout à coup, et, assise devant moi, elle est demeurée immobile ; en telle façon que j^ésitais à poursuivre, ayant bien sa soumission, mais n'ayant pas son oui. Et comme j'avais l'air d'attendre, au bout d'un moment, comme en sursaut : « Je vous suis soumise, a-t-elle dit, mon père.» c Je n'en doutais pas, lui ai-je répliqué. Louise est Louise. Voici le plus difficile qui est fait. La raison achèvera. Il ne s*agit pas de châtiment, et partant, de grâce non plus. Je lui veux du bien, à ce jeune homme. De ma bourse, je l'aiderai. L'abandonner t il n'en est pas question. On le secondera à bien faire, on le tournera vers un autre état qui mieux lui aille, on ne le laissera à lui-môme qu'une fois bien établi et en demeure d'arriver à bonne et due fin.... La seule chose, c'est que, lui refusant le mariage avec Louise, il faut qu'entre eux tout commerce cesse. Car, qui veut la fin veut les moyens. C'est en cecà que je^demande ta soumission .... a
Elïe àvàitcoiflme au frisson et du trembléinent : c Ménagez-moi , mon pètei rtiùrmurâiti-elîe.... ayez pitié!... J^avâis surmonté.... et voici une nouvelk lutte.... aurai-je assez de forces?... » Ihiis •se jetant de nouveau à mes pieds: « Ahî grâce pour moi!... pour moi seule, mon père! » Et elle a derechef fondu en larmes. D^où, la voyant datis cet état, je m^en suis allé, renonçant à la contraindfe.
M.Prévère, Payant de sa chambre entendue gémir, est descendu en cet instant auprès d'elle ; puis il est revenu à la charge auprès de moi : c De trop, lui ai-je dit, monsieur le pasteur, puisque aussi bieQ je ne demande plus rien. J'ai fait ma tâche, voulant détourner cette union que je regarde comme un grand malheur; mais je connais que c'est à moi maintenant de me soumettre. Dites à Louise qu'elle est mon enfant, moi son père, et que pareillement elle a ma bénédiction. »
Il n'a rien surajouté ; et moi, vaquant aux ouvrages, mémement que je me mis à compter dans la cour des fagots de sarment qu'on était à décharger, je contenais, par ainsi faire, la véhémence dont j'étais remué. Le soir venu, on s^est mis à table, M. Prévère à côté, la petite en face, qui ne mangeait pas, mais semblait plus tranquille. Au moment du bonsoir» c'est M. Prévère qui a pris la parole, disant ceci à peu près :
« Je vous parle à la place de Louise, monsieur Reybaz; c'est elle qui m'en a prié, parce que, déjà ébranlée, elle se méfie de ses forces, et qu'elle veut éviter un attendrissement qui les épuise et qui vous afflige. Louise vous est soumise , monsieur Reybaz; elle vous l'a toujours été, môme en vous demandant grâce. Elle ne récuse ni vos lumières ni votre autorité; elle ne saurait goûter aucun bonheur en dehors du vôtre, et en dehors de son premier devoir, qui est de vous complaire. Son affection, avant tout, lui commande de se conformer à vos volontés, qu'elle sait ne vous être dictées que par votre tendresse pour elle. Elle s'y conformera donc avec fidélité, en se prêtant à tout ce que nous conseillera notre expérience pour adoucir son regret ou pour relever ses forces, comme aussi en vous demandant l'unique permission d'écrire à Charles une seule fois, pour lui annoncer ellemême la séparation que vous désirez. Je n'ai pas besoin de vous dire, mon vieux ami, a-t-il ajouté, que je suivrai pour ma part l'exemple que me donne votre fille , et que je continuerai mes rapports avec mon protégé, en respectant toutes vos vues dans la nouvelle ligne qui m'est tracée. »
262 LS. I»B£SBYTÈR£.
Api^ q[tt^il a eu dit, on s'est embrassé &dl silrafie. SeioleiXKnt, j'ai reoammaBdé à Louise de ne pas ysiller apiès c^t\^ £atigae, présumaiDt qu'elle pouvajit.bieB s'aller meUre .à écrive*
Voilà, Gharapiai comme tout a été arrangé; <de façon que, s'il plaît à Ddeu, ma fille est sauve, et moi, je suis lâiéxé. d'ua oaal qui me dure depuis que je connais cet enûimt. Tout, ceci ponr toi, et pour nul autre; ainsi, gouverne ta langue, que je sais vagabonde. Rsysàz. .<
cm ,
M. DBRVEY A M. PRiTÈRS*
De Genève.
Je suis fâché de vous causer du dérangement, mon cher confrère ; mais, si vous pouvez venir passer deux ou trois jours à la ville, votre présence y est bien désirable. Notre jeune homme est fort mal, et le médecin ne nous cache pas la gravité de son état. La fièvre avait diminué, lorsque la dernière lettre que nous lui avons remise a amené un redoublement très-vif. Cette nuit, il y a eu un peu de délire; dans ce moment, Tassoupissement commence à succéder.
Quelle fâcheuse affaire que ce duel, et que j'entrevois de chagrins et d'embarras à la suite de cette grave imprudence ! Vous ignorez peut-être, mon cher confrère, que son entrée en théologie a été ajournée, quoi que j'aie pu dire pour prévenir cette mesure. C'est vendredi passé qu'eut lieu la délibération, et, bien que Ton fût disposé à excuser le jeune homme, qui a inspiré de l'intérêt à tous ceux qui le connaissent, l'on a jugé absolument nécessaire de faire ce sacrifice à la crainte d'établir, par trop d'indulgence , un précédent funeste. Et il faut convenir que l'éclat fâcheux qu'a eu cette affaire motive jusqu'à un certain point cet arrêté, que je vous transmets avec un véritable chagrin.
Ne voulant pas retarder le départ de ma lettre, je remets de plus amples détails au moment oti j'aurai le plaisir de vous voir.
Votre affectionné Bervey.
M. PRÉVÈRE A M. DERVJEY,
De U cure.
Mon cher confrère, Des motifs impérieux m'empôdient de partir sur l'heure ; je
IB PRESBWÊRK. 26^
«end diei&âm II In. tille. En attendant (Jue je vous i:ëm^i(ace auprè$ es Gifles, âiites-moî Pamitié de ne pas le quitter. Dans l'état de crise dà il se trouve, je ne saurais m é fier qu'à vous.
Qwe la I^videnoe veille sur cet enfant, si digne d'être aimé, malgré ses défauts, et pourtant tellement malheureux, abandonné, que, si dans ce moment Dieu le retirait à lui, ce serait sans doute un effet de sa divine bonté !
Ne me plaignez point, mon cher confrère, bien plutôt laissezmoi vous demander pardon de tout l'embarras que vous cause cette longue maladie et du chagrin dont elle est sûrement l'occasion pour votre bon cœur. Ou plutôt, bénissons ensemble notre boa Maître, qai pemet à notre charité quelque exercice.
Que votre portier n'instruise penionne ici de l'état de Charles; ce serait aggraver la aituation, dô^ bien midérabie, qui me retient encore pour quelques heures.
L'arrêté dont vous me parlez renverse de bien clièises espérances ; ^ m'est cependant moins péûlMe, maintenant que de plus chères encore sont détraites.
Recevez mes amitiés bien sincères. Prévère.
CHAMPTN AU CHANTRE.
De Genève.
On répondra à la tienne plus tard. Ce mot-ci pour ta gouverne. M. Dervey sort d'ici pour m'enj oindre de ne pas t'éorire que le jeune homme est fort mal, extrêmemient mal. Fort bien, moiisieur Dervey.
Comprends-tu l'affaire? C'est combiné entre le jeune homme et lui, sachant bien entre eux que moi, dont ils ont méfiance, piqué au jeu par leur défense , je ne manquerai, pas de t'écrire bien vite que le jeune homme est à la mort. Alors tu te rétractes, et le jeune homme est guéri.
Le fait est qu'il va mieux, et, dans ce moment, dort comme une soupe. Encore cette nuit il faisait bacchanal contre toi. Tiens^toi donc pour averti, et que s'il y avait mal réel, je ne suis pas là pour te le taire.
Adieu, l'ancien.
P. S. Tiens I une incluse de lui. Homme qui écrit n^est pas
264 LE PBBSBYTÈRE.
mort. C'est pour votre Marthe ; il Ta écrite .4aB$ 80& Ut, à l^insu de M. Dervey, priant la servante de me chaiger de la faire par*venir à la cure. Je te réponds que cette lettre-làr «st ployée de sens rassis! Pas moyen d'y guetter un mot. Remets-la donc, et tâche de savoir.