‹ Le presbytèreChapitre 27 sur 45 · Domestique de M. Ernest · texte numérisé non relu

Domestique de M. Ernest

M PîtE»BTTÈRE. 265 .

que notre cabai^ât de Chevron est une biôn snperbe auberge à côté du bouchon où nous sommes nestés ces trois jouri, i^ans qu'à vrai dire j'aie bien su pourquoi. Mais not' maître étant taoi» turx^, je, ne lui ons rien questionné, me bornant à siffler pardievant,la porte, et aider aux gens à qui j'ai appris comment on bouchonne une bête. C'est la paille qtd leur manque.

Après quoi, les mauvais temps venus, on s'est racheminé, mais je n'y voudrais pas repasser. C'est par la montagne de Saint- Bernard, où ils tiennent aubeiîge par làJiaut , quinze curés, et d^^. chiens qui feraient du ijbétre une bouchée. On n'y paye rien, d'où j'y ai bu un coup de plus» par rapport au froid qui y est sec, comme chez nous fin décembre, sans compter la neige^dont nous ét^on^ blancs comme des pénitents. Y avait du monde, do t' maître à voulu repartir demi-heure après ; et de là nous sommes venus en deux jours jusqu'à ce village-ci , où nous avons pris pied depuis tantôt trois semaines.

Voilà tout jusqu'ici. Nof maître n'est ni bien ni mal, mais pas gai, c'est certain : à preuve que de tout ce temps il ne m^a pas dit un mot de parole, et que si j'essayais de jaser, ayant ramassé par Tentour des nouvelles, il me priait d'aller jaser ailleurs, ne se souciant de quoi que ce soit, pas plus que de rien du tout. Gomme madame m'a tant recommandé de tout dire, sauf respect, je lui dirai que ce qui m'a le plus fait peine, c'est à voir comme not' monsieur s'est rangé à la sagesse, pour laquelle, bien portant, il n'avait pas de pente, ayant toujours quelques propos pour les fillettes, et pour les demoiselles des galanteries qui le faisaient bien vouloir, pour cette fois, il n'a pas bronché, fuyant toute personne, et les demoiselles aussi ; même qu'il y en a une ici qui est une merveille d'Italie, qu'il n'a pas seulement tourné les yeux sur elle. Des Anglaises l'ont fait fuir de Saint-Maurice, comme d'un repaire, et bien jolies encore, notamment qu'une d'elles donnait de l'air à mam'selle Louise d& la cure.

Pour moi, je le dirai à madame, je n'aurais jamais cru que d'avoir piqué un mauvais* drôle entre les oôtes, et encore sans lui faire grand mal, ça pût vous changer un homme à ce point, et de gaillard et dispos vous le faire sombre comme une porte de prison. A savoir maintenant quand nous serons à Turin. 11 se lève de grand matin , et s'en va courir à une masure de revenants qui est là-haut sur un rocher, comme vous diriez bien la tour Gosse à Salève, et il y passe sa journée à regarder l'herbe, ' tout farouche, et parlant plutôt aux bêtes qui sont à paître qu'à

2M I£ ra£BBTttltfi«

ttdiy lorsque j'y monte pour voir un peu. Le soir il revient dîner^ el puis se oouohe pour recommencer demain. Les neiges sont encore sur lés hauteurs, et je les voudrais dans la prlaine, pto:^ qu'elles ■ntasiiifaasaeut de ce trou où la vie se eonsume a rien du tout; cb^^ après l'jiiiberge et des charbonniers qui sont noirs comme.' ^s taïqfwe et travaillent par les bois, il n'y a pas pins: de société ique sur aia main. Avec ça qu'ils baragouinent ulie langue que le diaible nY comprendrait rien, et que je suis Bi à savoir comment ils s'entendent^

Madame ine ferait plaisir de dire à not' père qu'on se porte hleni et que par iot le vin est pour rien, si Reniement ils savaient le soigner.

On a celui de saluer madame avec respect. Jacques.

cyiii

M. PRÉVÈKE A MARTHE.

De Genève.

Amsi que je vous l^i piromis, ma ohère MaKhe, je viens vous demer des nouvelles de -votre GSiarles. 9e ne vous eacherai pas que je l'ai trouvé bien malade et bien changé. Il était assoupi qnand je <snifc entré dans sa chambre, ef la fièvre l^agitant, il prononçait quelquefois mon nom. Bientôt après, ayant ouvert àes yeux, il m'a reconnu ^ non sans quelque hésitation ; des lariies abondantes ont alors coulé de ses yeux, et, dans les caresses qa^il m'a faites, sans toutefois parler, j'ai trouvé bien de la douceur et lui quelque soulagement.

Je ne l'ai plus quitté; aussi bien m'a-t-il pris la main dès le commencement de l'entrevue, comme pour me retenir auprès •de son lit. La ruine de ses plus chères espérances, détruites si subitement et sans retour, l'a frappé d'une idée d'abandop et de délaissement, et c^est sous cette fbrme que s'est manifesté een délire. Il avait demandé à plusieurs reprises qu'on me jDontràt à lui, et, dans ses transports, il croyait que les personnes qui le soignent d'ailleurs avec toutes sortes d'affections loi cachaient ma mort. J'attribue à cette idée qui Tagitât le bien que paraît lui avoir apporté ma présence. Mais il est d'une maigreur extrême, et la tristesse de son regard, ordinairement si expansif, m*a causé une vive peine.

Ma chère Marthe, cet enfant qui vous doit tant et que vous

srezBûàgné avoa une afiecttoït^i méritoire et &i aimaMe, il ne kn veâiA plus que mni% deux qu'il puisse aimer 3aas oontraiiite parmi ceux qui se partageaient son cœur; nul autre que nous ÛBxa ne se tn^uve associé aox souvenirs et aux courtes joies de son enfance, nul autre à ce sentiment si ancien, si fort, si rempli de bonheury qu'il lui i^aut aujqurd^liui briser, si encore ce sentiment ne le brbe lui-môme. Le monde où il entre a peu de temps à doEiner aux malheurel:»c, et sa situation, sa naissance, ne l'appellent pas à y trouver beaueou|> d'^unis. Ainsi son cœur, si avide d Sections, se portera véis nous, l«s seuls débris du aanfknge où s'^st perdue cette destinée que j.'avais crue dans le porU Vous ne lui manquerez pas, ma bonne ^larttie, et a'ayez crainte que j« dise oeei comme pour prémunir inon Charles contre votre abandon. Je vous bonore trop pour cela, je sais trop quelle douoe chaleur la piété fait vivre dans votre co^ar fiiodeste; et qu'il me soit permis de tous rendre ici cette justice, que, dans cette œuvre où je m'étais proposé de revaloir ^lelques joies à une pauvre créature déshéritée de tous biens, c'efit dans la bonne Marthe que j'ai rencontré le plus constant, le plus modeste et, à mes yeux, le plus précieux appui.

Mais, ma chère Marthe, il faut tant de prudence dans le bien, taait de vigilance pour y atteindre, que. si j'ai à vous prémunir, e^st contre les mouvements de votre propre bonté, bien plus que contre un abandon dont je vous sais incapable. C'est pour cala que, pendant que le sommeil calme et restaure notre malheureux ami, j'emploie ces loisirs à m'entretenir quelques instents at«c vous sur une situation que vous pourriez aggraver plus que personne par la moindre imprudence.

V4)us savez tout ce qui s'est passé ; je ne reviens point là<dessus. Mais je redoute quelque erreur de votre jugement, à l'égard des personnes qui jouent un rôle dans ces triâtes événe^ ments; et j'ai à craindre que votre fidélité, ne sachant vers la^lle d'entre elles se porter au milieu de ce conflit de vœux et d'influences, ue commette quelque déviation qui serait funeste à ceux-là. mêmes vers lesquels inclinent vos sympathies. £h l>ien ! Marthe, que je vous le dise : cette fidélité, voua la 4eve« avant tout à M. Heybaz, non pas seulement parce qu'il la mérite pleine, entière, mais parce qu'il y a droit avant tout autre, avant moi-même , qui vous ai trouvée à son service et . CB^^ée par lui lorsque j^ vins m'étsdblir à la eure.

Que ce soit là pour vous, ma bonne Marthe, la règle de

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foutes vos actions, à quelques soliieitations que vous puisiez être en butte de la part de votre propre bonté, car c^est le seul enn'emî que j'aie à combattre en vous. Si vous ne la perdec jamais de vue, cette ^ègle, que d'ailleurs vos sympathies soient libres; et c'est la joie du chrétien que d'aimer les malheureux, les souffrants, les déshérités.... aimez, aimez, bonne Marthe...» L'amour sanctifie , la charité est le sceau de ceux qui sont à l'Évangile, elle est la foi et la vie.... le vrai, le seul signe ao^ quel Dieu reconnaît ses enfants !

Mais ne refusez justice à personne, ne fermez votre cœur à personne ; et, si M. Reybaz vous parait dur envers deux enfants que vous chérissez, gardez- vous, Marthe, de vous abandonner légèrement à un jugement trop sévère. Quels que soient ses motifs, ils sont sacrés, car il est père; ils sont respectables, car M. Reybaz est un homme d'une rare droiture; car, s'il se trompe dans ses vues, si, à son insu même, des préjugés l'in-» fluencent, tout au moins agit-il selon ses lumières, et conformément à ce qu'il regarde comme Tintérôt d'une fille qui est bien certainement ce qu'il a de plus cher au monde. Â tous ces titres, il mérite les égards, les procédés sincères, la bienveil-* lance de tout le monde, mais de vous surtout, Marthe, pour qui il fut un maître doux, juste, souvent généreux, en tout temps reconnaissant des soins de mère qu'il vous admit, avec une hàr norable confiance, à donner à sa fille.

Que ce soient donc là , Marthe , les sentiments qui vous ani? ment et les principes qui règlent toutes vos démarches dans la position difficile où vous vous trouvez avec moi, et où, plus que moi peut-être, vous êtes exposée à dévier de cette ligne étroite qu'il nous reste à suivre. Tout ce qui pouvait être tenté ouvertement pour détourner M. Reybaz de sa résolution, je l'ai tenté en vain ; inaintenant il serait honteux et criminel d'en entraver^ l'accomplissement par ces secrètes influences, par ces voies douteuses où n'entrent jamais les âmes sincères et délicates ; il serait mal de nourrir chez sa fille ou chez Charles des espérances qui leur sont retirées par celui qui a le droit de les leur retirer; il serait dangereux autant que coupable de favoriser une correispondance défendue , si jamais notre pauvre Charles, égaré lui-même par les suggestions de son cœur désolé, y cherchait un remède à ses chagrins.

Voilà, ma chère Marthe, ce que je voulais vous dire. En deçà de cette limite, que nous ne franchirons pas, consolons ces

pauvres affligés, assooions-nous à leurs peines, implorons sur eux les secours de la bonne Providence ; mais surtout ayons confiance en ses voies, quelque cachées qu^elles soient pour nos faibles yeux, et soyons certains qu'au-dessus de ces vicissitddes passagères qui bous semblent si amères sa justice et sa bonbé demeurent : elles veillent, elles apprêtent dans l'éternité le bonheur au juste, la joie à Faifligé, la récompense au fidèle, à chaoun la part que ses infortunes ou ses vertus lui auront méritée.

Votre affectionné Pr]6vère.

LOUISE A CHARLES

De la cure.

11 m^est permis de vous écrire encore une fois.... J'essaye aujoiird'hui de recueillir mes forcés; je veux les employer toutes à vous parler avec calme. Vous m'écrirez aussi, je vous le demande, mais je vous supplie à ravance de ménager Pétat où je suis; je vous supplie de respecter mon père, de soutenir sa fille. Tout m'accable, tout m'effraye, jusqu'à ces lignes que j'attends de vous. Que ne puis-je dès cet instant être assurée que le courage, la modération, ou, à défaut, la pitié vous les aura dictées!

Je n'ai rien à vous raconter. Â une volonté sacrée pour moi, j'ai dû céder. J'obéis, je veux obéir, et il est de mon devoir, Charles, de vous le déclarer ici.... Que si, après cela, il vous est de quelque consolation de savoir à quel prix, je le dirai; quels sont mes vœux^ je le dirai encore. Je ne sais pas feindre, et la contrainte qui me fut toujours odieuse n^est ici plus de saison.

J'obéirai sans réserve comme sans murmure. J'aime, je chéris mon père, lui, rempli pour moi de la plus profonde tendresse; lui, si sincère, si vénérable, et en toutes choses ne cherchant que mon bonheur. J'obéirai sans Paimer moins pour les maux qu'il me cause.... D'ailleurs, vous le dirai-'je? Au milieu de ce trouble, au milieu de cette nuit où me voici replongée, ce m'est une consolation, et comme une lumière qui me guide, d'éprouver qu'en même temps qu'il a brisé mon ccBur, mon cœur ne s'est point retiré de lui. A ceci, je puis re-

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«oiiQftItre eneorequ^ j'ai gardé la ligne du devoir. Heurisiise donc de n'avoir du moins pas bronché ! Heureuse d'ayeir appm <le si digaes guides à reconnaître, parmi tant de sentiess divers, celui qui conduit auK moins affreuses rives !...

J'obéirai , Charles, je veux obéir. Loin de moi .ttmte dooâité £einie, toute trompeuse réserve! je suocomberais, je mourrais plutôt que de trahir la juste confiance du digne père que m'a donné la Providence. Mais.... serais- je seule?.. .me tromperie? Non, Charles. Charles lui-même, Charles, Télève et Tami de M. Prévère, Charles, à qui sont acquises mon estime et ma T;endresse, Charles m'approuve, il me soutient; si je ne me sépare pas de lui, il ne se sépare pas non plus de moi, il se fait mon frère, et, uni avec moi dans un même respect pour l'auteur de mes jours, il ploie aussi sans murmurer....

Voilà, mon ami, ce que j'espère, ce en quoi je me confie, ce qui peut seul alléger ma peine. Que mon cœur rassuré vous parle maintenant sans contrainte.

Que je vous aime, Charles, que vous soyea celui à qui j^vais volontairement et avec jeie engagé ma destinée et mon conir, c'est ce que je n'ai plus à tous dire. Mais si par une géEe naturelle , ou par l'effet des préoccupations d'une âme ooocteuse •oomme la mienne, j'ai pu vous paraître souvent bien froide ou bien réservée, que la doulear et le découragement qui m'accablent aujourd'hui vous soient un triste témoignage des sentiments que je nourrissais, de la force de cette attache qull faut briser, de l'infinie douceur avec laquelle je voyais ma vie liée à la vôtre, et mes alarmes trouver dans votre afection leur plus doux refuge ! Ah ! Charles, détournons nos yeux de ces joies taries!... Que ne puis~je en effacer la trace? Que servent ces retours sur le passé? Si l'espoir est ôté, du moins n'aggravons pas les regrets; que plutôt, avant de qoitter pour jamais ce sujet, j'achève de vous ouvrir mon cœur.

Nous ne serons point l'un à l'autre ; nos destinées sont désormais séparées et, pour de longues années du moins, nulle relation, nulle correspondance ne devra subsister entre nous : c'est là le vœu auquel j'ai souscrit, auquel je serai soumise avec fidélité..*. Mais au delà, je reste libre, ou plutôt au delà ma volonté serait impuissante : et si mon cœur s'est donné à vous, mon uni, il ne se sera donné qu'une fois*. Aussi bien que mon estime, ma plus tendre affection yons demeure, elle vous accompagne, die vous suivra en quelque lien que se poursuive

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yotre earrièf e; elle troirrèra sa plas vive joie à apprendre qae TOUS renoonti!es les «icoès et le bonheur dont tous ^tes digoe et que la Pnmdence vous réserre, je n^en doute paA, ei aux talents et aux qualités qui vous distinguent vous savez unir le courage, et tempérer par la résignaticm la trop vive fougue de votre €araGtère«

J'éprouve de Pembarras à vous dévoiler toute ma pensée; cependant il le faut, les moments sont précieux. Charles, écou* tcs-moi, c'est mon cosur qui vous parle.... non pas sans effort, mais avec ainoérité; mon vibu, c'est que vous rencontriez plus tard une autre compagne.... Le coup le plus funeste qui put m'atteiadre encore serait que, par le malheur de m'avoir connue, votre vie se tronvàt dépouillée de ce qui seul peut Torner encore de bonheur et de ^aix, de ce qui seul peut vous revaloir tant de biensdontYOtis fûtes privé, et que vous ne retrouverez nulle part aileuns que dans les douceurs d'une aimable union.

Que si vous repoussiez à jamais cette idée ; que si, par un îaÈtà aveuglement, vous formiez de téméraires serments ; que si vous vous condamniez ainsi à v^êter dans une situation toujours ûiusse et misérable, je veux que vous sachiez à Tavance ^'en empoisflHuiailt la vie de celle qui vous fat chère, vous aurez moins de droits à son estime. Oui, Charles ; car que seraoe témoigna, sinon que, ne vous soumettant point avec elle et comme elle, vous nourrissez des espérances qu'elle s'est iulerdîtes? Que sera-ce Caire , sinon vouloir manifester à tous que ^ous êtes la vit^time de son père ; rejeter sur lui Todieuse respimsabilité de voire infortune ; et, en demeurant isolé et malheureux, affliger sans remède et sans motif, tourmenter à tou* joors ceUe qni se reiur^che déjà avec tant d'amertume d'avoir troublé le cours de votre destinée?

J^ ne veux point ici vous présenter mille autres considératioBS qui se pressent sons ma plume ; je ne veux point raisonner^ discuter.... aussi bien n'est-^ce le moment ni pour vous ni ponr moi ; et, en me bornant à vous exprimer quel prix j'attache k ce vœu, j'ai parlé, j'aime eoicore à le croire, le langage le plus propre à vous persuader. Je n'ajoute qu'une seide pnèrè. Ne me rôpoadez point sur ce sujet ; dans ces premiers mooients, vous ne le fmez peut^re que comme il ne convient pas q«ie voos le fassiez ; vous risqueriez, Charles^ et j'en frér rais, d'engager tésiérairement votre avenir, vous achèveriez de me bnser. Mon vœu vous est connu, je le défpoae dans vptre

cœnr, j^y attache ma dernière eonsolatiom ; è'esit tout. Qoe le temps, que la Providence, vous inclinent à l'aecomplir !

Vous aviez choisi, en vue de moi surtout, la carrière du ^aint ministère, et, en vous exprimant une deniière fois combien je fus touchée de cette détermination, je prends la liberté de vous exhorter à y demeurer fidèle, en surmontant les obstacles qui vous en ferment temporairement l'entrée. Nulle carrière ne saurait 6(re plus honorable; mais, Charles, dans ma solHcitade pour vous, que je vous dise que nulle autre ne me parait coa^ venif autant et à votre caractère et à votre situation particulière. Pardonnez à mon îneorpérience d'oser vous donner aeà 3Vis; mais dans cette sainte carrière se tempérera, s'épurera cette véhémence de vos sentiments, qui ^ pour être toujours si droite et sigénéreuse , est quelquefois imprudente; en telle sorte que cette fougue, dont ceux qui vous aiment peuvent re-» douter les écarts, consacrée au service de notre divin Maître et à la pratique des vertus chrétiennes, tournera à sa gloire et au bien de vos semblables. Surtout, Charles, à qui se donnera Forphelin tel que vous, plutôt qu'à Celui" qui aime Torphelin par-dessus les autres? où cherchera-t-il ailleurs son refuge? où se passera-t-il mieux des avantages que le inonde estime' et que le sort lui a refusés, que dans cette carrière où lo plus petit est. le plus grand; où la naissance, le rang, la fortune se sont rien, parce que la charité et les vertus y sont tout; où ià est donné à tous, mais à vous surtout, que distinguent votre cœur et vos talents, d'atteindre au premier rang et de briller de ce doux éclat que le monde ne peut ternir, parce que c'est un rayon d'en haut ; qu'il ne peut retirer, parce qu^il ne l'a pas donné ; qu'il honore, parce qu'il lui est doux et bienfaisant?

Pesez ces motifs, Charles, et accueillez mon désir; j'en aurai plus de repos. Je voulais vous redemander mes lettres et vous Tendre les vôtres; j'y renonce. A d'amers sacrifkses n*eu ajoutons point d'illusoires. S'il est vrai que nos destinées soient irrévocablement séparées, il ne Test pas moins que jamais, non jamais, nous ne saurions être étrangers l'un à l'autre ; alois^ pourquoi ces restitutions, signes trompeurs que démentent les sentiments? Ah! sans doute, si en détruisant ces lignes on pou* vait anéantir le passé, rendre aux cœurs la paix, l'espéraneé, dissiper ce sombre nuage qui pèse sur nos têtes et voile l'ha* rizon.... Et encore! encore non! Charles; car, à ces heùteases années qui viennent de ftnir, aux joies, aux affections dont vous

fûtes pour moi la source et Tobjet, quel prix mettrais^je qui pût leé valoir? J'en aime mieux le souvenir, j'en chéris plus la trace que je ne puis désirer un présent sans nuage ^ mais sans vous, saris la tendresse que je vous porte et que je vous porterai jusqu'à mon dernier soupir.

Il faut, Charles, nous quitter.... aussi bien ne puis-je plus contenir les sentiments qui gonflent mon cœur : cet effort m'épuise, les larmes troublent ma vue.... Il faut nous quitter pour toujours ! briser ce sentiment qui remplissait ma vie !.. . Adieu.... je ne puis poursuivre. Que Dieu me soutienne et qu'il soit avec vous I c'est le vœu que forme en finissant votre malheureuse et toujours tendrement affectionnée

Louise.

ex

MARTRE A M. PRÉVÈRE.

De la cure.

Je remercie bien monsieur le pasteur de la lettre dont il m'a honorée, et où son trop de bonté m'a doané de la confusion. Monsieur le pasteur peut compter que, pour lui avoir manqué une fois, j'en ai eu trop de chagrin pour lui manquer une seconde et faire autrement qu'il ne me dit. Au surplus, monsieur le pasteur sait bien aussi que Mlle Louise ne faillira pas, si angélique qu'elle est; et que Dieu me préserve de l'y aider ! Pour M. Charles, sans mauvaise intention, il ne me laissera pas tranquille que je ne le satisfasse en lui donnant ci et là quelques nouvelles de Mlle Louise; et, si j'ai bien compris monsieurie pasteur, moyennant que je me borne à cela, ce ne sera pas manquer à M. Reybaz, ou bien j'aimerais mieux dire d'entrée que je ne pourrais pas refuser ce peu de bien à un si cher monsieur. Pour être servante, on ne peut s'ôter l'affection.

Que j'ai pleuré à le voir si malade, ce pauvre cher enfant! Le cœur me saignait de penser qu'une autre était à le soigner à ma place, et môme à présent, je demanderais bien à monsieur le pasteur la permission d'y courir, si je pouvais laisser Mlle Louise ; mais, faible et misérable comme elle est, ce serait pitié. Ah ! mou pauvre monsieur, que je crairis bien que tout ceci finisse mai, et bien autrement que M. Reybaz n'imagine 1 car elle se contraint devant lui, et il ne voit pas la moitié du mal. Ce qu^elle avait repris, c'est autant de perdu ; ses couleurs s'en vont, elle

874 LE KŒ8BYTÈRE.

ne mai^ pas^ et plus de Jbôns moments. Sans parler qu^eUe aimait M. Charles plus qu'un frère, elle se rq^iroehe d'ôtre Tocoa^on de son malheur, et elle a mille craintes, mille regrets de ce qu'il va devenir, d'heureux et placé qu'il était, misérable et repoussé qu'il est de tous côtés. «. Pauvre .Chçirles î » qu'elle se répète, quand M. Reybaz n'y est pas; et les lances Tépuisent, en xBôme temps que cette douleur la mine. Qu'y puia-je faire? quand déjà je suis plus près de pleurer avec eUe que de la ccmtredire. Comme dit monsieur le pasteur, il Uxki compter sur la Providencs, et je ne lui épai^e pas mes prières ; mais, à moins de rendre l'un à l'autre des eniàÀts qui se s^nt ainsi aimés et qui n'iront jamais bien l'un sansFautre, je.iïe.pfévûis que du sinistre.

M. Reybaz m'a touché un mot de m'emmener avec notre demoiselle, pour un mois ou deux, dans un endroit. C'est pour la distraire et la tirer d'ici. Je lui ai dit de voir à faire pour le mieux, voulant me réserver le temps de vous en écrire ; car, pour rien au monde, je ne veux laisser notre monsieur abandonné et pouvant avoir besoin de moi sans me trcmver sous sa main ; et quant à mademoiselle, il n*est besoin que je lui demande, pour être bien sûre qu'elle aimerait mieux naie sentir auprès de lui qu'auprès d'elle. Je prie donc monsieur le. pasteur de voir à ma place, afin de me conseiller pour le mieux, et selon qu'il croira le plus à propos pour le pauvre Charles. Que s'il e:^ en état, monsieur le pasteur me ferait bien plaisir aussi de lui renouveler la bonne amitié de. sa Marthe, et cocobien tout ceci loi serre le cœur.

M. Reybaz ne connaît pas cet enfant et, si monsieur le pasteur Bfie permet de le dire, il ne la jamais connu; sans quai il l'aurait ^éri, au lieu de lui être toujcmrs si adverse. Qu'il picorât (et ce n'était presque pas pour lui), il y voyait un vaurien; donnât aux autres ou aux pauvres, il y voyait un prodigue ; qu'i] suppeoNât mal : des mauvais traitements, il y voyait un garnement ; qu'il se tint. en repos, c'était un paresseux qui ne gagnerait jamais sa vie. Le prenant ainsi tout de travers, il le trouvait toujours rèche,. quand, pour bien dire, tous nous autres., sans compter monsieur le pasteur, nous le chérissions, ce qui était cause que M. Reybaz en avait de l'humeur, comme si nous l'eussfioBs gâté...*, C'est de là qu'est venu tout le mal, et que M^ Bisybaz s'estaveugléà tant qu'il risque aujourd'hui de perdre un digne garçon saus sauver sa fille» Que monsieur le pasteur

LE PaBSBYTèRB. 275

dise $i.jfti229^s il Ta trouvé malhomiôte, prodigue, 'vaujrlea ou seulement ia^ooilelQoe monsieur le pasteur <2Jde 6i> outre que dAjQS «es sotliaes il y avait toujours du bon, on a jamais vu un gar$^ de c^â^is ayant du caur autant, et pour to«t le mondey et à tous les moments : si prompt à sauter de joie au bien coBBdne h ^'emporter contre le mal; si entrain à obliger, si animé ^ faire plaisir, à tel point que, par le hamnaa, ils diaeet qu» tout est triste à présent et que ce n'est plus ça. Aiessiv quand bien môme il n'y aurait pas d'autre raison, rien qu'à cause de tant de belles qualités, je ne me consolerais pas qu'il ne fût pas à Mlle Louise sans parler de moi, votre humble ser* vante, qui perds tout en le perdant.

Je deinande pardon à monsieur le pasteur de lui écrire si Ion* goensient, et je le prie de recevoir les affef^ueuses révérences do sa dévouée servante Mart^e^

REYBAS A CHAMPIN,

De la cure.

Je t'ai déjà dit que Redard n'a plus de son rouge de mil huit cent onze, mais il te propose du quatorze, à vingt et un florins, reudu chez toi. Une pièce ne^ t'irait pas mal : c'est un vin qui tient la cave aussi longtemps qu'on veut, et puis soigné et sans déchet. Il te le mènerait samedi, allant à la ville pour son extrait de baptême, à raison d'un procès qu'ils ont avec leurs germaii;|is, pax rapporta huit toises de vigne. C'est de ce même, vin* Gon*^ naissant raffaire, je donne tort aux autres, ainsi que je l'ai dit l'an passé, qu'ils me prirent pour arbitre. Tu feras d'aatant laieux» que ralmanai::ih n annonce, guère que de rhusaide pour^la saison qui vient, et qu'au cabaret ils ont déjà haussés d'«UQi SiOU le pot.

Depuis que cette aûaire est terminée, je me ses» Jéger et je vaque à mes ouvrages plo^ librement* que dep^uisdeus; ans peut* être je n'avais fait, toujours pressentant du mal et boiteux d œtÊe épine. Ma précédente t'a expliqué comment je suis en règle et M^empt de reproches : j'entends de ma part, en ce qiie ie crains cewx^à avant tom les autres, j^estait Loiûietfuimepou-* vait inquiéter; mais, gvâce à Dieu, tout va bien de ce c&feé : je la treuve maintenant mieux que ci-devant, sauf l'appétit, qui reviendra à mentre qu'on avance vers les^cinak^rs^ Marthe ne

276 LE PREœVTÈRE.

juge pas comme moi, mais o*est par prévention pour Tautre. Toutefois, ne voulant faire en ceci rien qui me pût tourner à reproches, j'ai mandé le médecin : c'est celui de Dardagny, qui reste aux Pierrettes. J'avais délibéré si j'en voulais un de la ville, et, quoique plus cher, je n'y aurais pas regardé ; mais, tout bien pesé, j'ai préféré celui-ci, qui connaît mie\ix les maladies de campagne, et qui a guéri la femme Dussaut d'un mal de foie qui l'emmenait en deux jours^ sans une drogue dont il avait le secret.

Il a vu Louise, mais sans lui causer; ceci sur ma demande, vu que je connais ses idées, et que jamais médecin ne rapprochera que déjà il ne lui donne la fièvre, rien qu'en lui faisant des questions. Seulement à nous voir ensemble, elle a rougi de la tête aux pieds. Quand elle s'est éloignée, je lui ai dit qu'elle avait du souci par nature, et un peu par circonstance , sans lui tout conter, et que Pappétit n'allait pas à ma fantaisie. Mais auparavant je lui ai demandé, comme pour l'éprouver, comment il traiterait bien le feu sacré (je l'ai eu). « Par le vin chaud, » qu'il m'a dit. D'où j'ai vu qu'il entend son affaire.

Au fait, vos médecins de la ville, ils ont du langage, mais souvent c'est tout. Ils en font venir un chez les de la Cour, qu'ils payent un écu, et le voyage à leurs frais, sans que le mal ait faibli pour tant de visites, et tant d'argent, et tant de paroles. Aussi disais-je bien : « Si c'est potir les paroles, cette dame ne le paye pas assez; si c'est pour le bien qu'elle en retire, elle le paye trop d'un écu. » Il y a des états où la langue se délie, il y en a d'autres où elle se cloue au palais. Va-t'en parler à ces gens qui sont aux bureaux de la Chancellerie, tu vas trouver des muets qui vous pleurent les paroles, bien que payés pour vous répondre ; mais je n'ai pas vu de médecin qui eût la langue mal pendue, tant c'est vrai qu'elle est pour bonne part dans leur affaire. Déjà celui-ci, j'avais peine à le tenir en bride, aux fins qu'il m'écoutât, au lieu de bavarder de gauche et de droite. Ne voulait-il pas m'apprendre^a maladie de ma fille, et non que je la lui disse !

Tant il y a qu'il est d'avis qu'on la déplace, et j^y avais déjà songé pour la distraire de cet endroit-ci, où bien des choses ne lui souriront pas de quelque temps. Lui dit qu'il y a un endroit qui lui sera souverain, à cause de l'air qui y est doux et vif en même temps, ce qui porte à manger; sans compter que les sapins qui sont par là ont une odeur qui, mêlée au vent, vous res^

taure la poitriiieet vous velouté Tintérieur. Il assure que, de Genève , on y envoie tout ce qui cloche d'un membre ou d'un^ autre, et que tout ça s^y remet à neuf en moins de rien. Il m'a , aussi donné une drogue -pour en cas, mais à vrai dire, je n'en aime pas la couleur ; otitre que la petite est formelle sur Partiçle, et que, à moins que je ne me fâche, elle ne goûtera jamais de ces boissons-là.

Cet endroit, c'est derrière le mont Salève, que d'ici nous voyons ià-bas, en deik du Rhône : on l'appelle Morriex. II y a des maisons oii l'on prend les gens en pension. Je t'écris pour que tu t'informes à ce sujet et me dises le prix, faisant valoir comme juste que c'est pour une demoiselle qui ne fera pas grand dégât de cuisine, et une servante qui ne paye pas prix de maître. Reste seulement moi, qui mange la mesure ordinaire, sans rien de plus pourtant. Deux chambres nous seraient assez ; si simples qu'elles ^ent, on s'en contenterait, moyennant qu'il y fasse sec et que \e vent des sapins y arrive au nez. On, portera son linge, vu qu'en ceci rien ne vaut que d'être dans ses draps, et non pas dans ceux qui ont recouvert tant de souffreteux et de malingres.

Informe-toi donc. Et aussi, quand il y aurait une maisonnette où on pût s'établir seuls , je n'y répugnerais pas , emmenant Marthe qui nous ferait la cuisine : c'est toujours à meilleur comptç. On mange ce qu'on veut et on ne paye pas ce qu'on laisse, comme dans ces auberges où ils ont plaisir à entasser des plats, tant et tant, que, en quatre jours, vous ne les mangeriez pas; et puis vous payez comme si, dans un quart d'heure, vous les aviez dévorés tous. Pour moi, quand je vois ces. abondances, ça m'ôte la faim , rien que pour la vue , et je regrette l'omelette* et le petit aaié de notre bouchon , où vous êtes servi à votre appétit et où la bourse ne se désenfle que juste de quoi s'est enflé l'estomac.

Écris-moi aussitôt ce que ta auras appris. Le plus difficile est déjà fait, à savoir $ie me trouver un remplaçant à la cure ; sur quoi j'ai longtemps délibéré entre Ramuz et Brelaz, s^ns que ni l'un ni l'autre me satisfasse des mieux. Ramus, beau chanteur dans le temps, n'a ^lus qu'un filet clair, à raison du coffre :qui est usé; en telle sorte que, pour tenir la note, il e.st contraint de se secouer le timbre en se frappant la hanche du poignet droit, et encore a bien de la peine à suivre les paysans quj, faute d'être guidés, s^éparpilleat , galopent, et arrivent à la fin du verset, que loi est encore au milieu. Il en peut naître du scan-

278 £«E PRESBTTiRE.

dale, âoiit j'isturais ve^rti. Pour Breiaz^ la Toiz est forte,. mais sans tompârament, «t il tous inèoe un psaume e«mme une chanson à boire ^ mômeBLdot qu'il se permet de laipe des ritwrnelks dans l'entre-deux des reprises , n'afant hen de respectueux dans i'allure ne de digne dans hs tunbre , et ne aongeant i^'au pkisir der donner du gosier. Aussi l'orgue ne le peut pas suivre, et, les paysans s'excitant trop, il s'ensuit un cfaaat orageux et sans révérence, qui serait pénible à M. Préyère. Je l'ai pouHant choisi après Pavoir*raisonné et averti que je m'infiormerai.

G^est que d'être chantre, j'entends hoA chantre, beancoi^ s'ot «visent, peu y parviennent. Chantre, ce n'est pas chanteur ; sans quoi, allez-moi prendre ces gosiers de théâtre, qui roocoulent toute !a gamme^ et par delâu La ^oix fiaiit, à la vérité, paf sob timbre, mais peu par ses agrénients, et m'est avis que rade, mais juste, simple et nen enjolivée, elle convient mieux à cette musique pi-euse. Avec huit ou dix notes bonnes et pleines, 'vous avez assez de marchandise pour tous les psaumes ; le reste est dans la figure , dans la gravité, et la révérence pcmr le làmi et pour le Seigneur, dans le soin à tempérer k son gré Panditoire et à le tenir en main, dans l'habitude de le conduire. J'ai bien peur que le mien, axi sortir des mains de Brela2,ne me soit rétif et dérangé. Ça me chagrine, mais qa'y faire ? Il ne laut, disent les cavaliers, prêter son cheval ; est-ce dire que, si le cas advient de né pouvoir le refuser sans nuire, ils s'en tiendront an proverbe?

M. Prêvère tarde bien à revenir, et toutefois je ne quittwai pas qu'il ne soit ici. Marthe dit que c'est le mal du jeune homme qui le retient ; à part moi, je songe qu'il serait aussi bien placé ici, où les affaires de ht cure souffrent. Notamment que, dimanche, celui qui l'a remplacé , c'est un proposant qui ne sait pas encore son métier, bien qu'il ait' du zèle, et seulement trop. Au sortir du prêche, les paysans disaient bien : c Celui-là, il laut qn'll meltè de l'eau dans son vin. Quand la barbe lui sera venue, il apprendra à chapitrer plus doucement son monde et à ne pas en rémontrer à ceux qui ont plus vu que lui. * Avec cela, s'fl prêchait souvent ici, il ferait tout de môme tort À M. I^vévère, en ce que, après ce sévère, celui-ci paraîtrait trop doux ; après ee fier, trop humble ; et que les paysans goâtent vite qui lesrudeie.

Que fèra-t-il de Charles? Combien il aurait cenveim à cet enfant d'être mfeiié dm et saaË» mollesse l Ainài vottlai»^ faire ;

LE FBESfiYTàRE. 279

maiv tous me soiitranaîeiit,^ oommencerpia* M. Préi^e, qui Ta toujours pris par la douceur, «xonsast, prenaot^tienoe, ferlant qaand il fallait punir, et ainsi atanquant sa tâcbe, qui était de le dompter sitôt qu^il lui yiofâi jsbl safturel vieknt «st vi^^ieuz. Mais «^tait plus fort que lui, et d'isatinct il aimait ce garae^ nMsnt, -coBiiiie si c'eût été «n ange du ciel. Voyant qu'il l'aimait, les autres Paimaioit, iitronvait des fiatie«urs partout, chez Marthe et^ez les autres, et pois tout a été perdu, comme cent fois je levai prédit. Âdien, Toici rbeure de dîner, n'oublie. pas ma cooBQiEsioB. Reybaz.

CHAMPIN AU CHANTRE^

De Genève.

Une lettre de ta fille est arrivée l'autre jour, adressée à ce Mie. Ignorant si tu l'avais permis, et aussi pour te servir au ^)osoin, j'ai soulevé ia feuîUe «t guetté quelques mots qui ne m'ont pas semblé sentir bon; gsl telle aorte que, pour ta gouverne, méfie-toi ce qu'il faut. L'amour est un rusé, et avec lui il n'y a sainte qui tienne. J'y ai lu des termes d'amoiunette joli- ^3ftent enflammés ; et puis qu'elle espère qu'il se mariera avec une aimable union. Or on a été jeune, on coanaltces pauvr/^ttes. Si je m'y entends, ça veut dire qu'elle ajourne. On ne me fera pu croire qu'une fillette conseille à son amant d'en épouser iBifi autre.

Et puis, attends ! Tu vas recevoir une lettre de M. Prévère, ^i est pour frapper les grands coups. Voici l'histoire. Je lui portai hier celle de ta fille pour qu'il la remit au jeunei homme. La lettre remise, je retourne à ma loge, d'où, auprès de I4 ^aètre, on entend tout ce qui se passe chez feu ton gendre. Je i&'atteadais à du bruit, rien. Mais voici M- Prévère et M. Der- ^^ qui viennent consulter à voiz basse auprès de leur propre croisée, de sorte que je m'y trouvais un tiers quasiment.

Us ont loagtemps parlé sur le jeune homme, sur U^, sur ^^ cette misère qu'ils te mettent sur le dos tout entière ; Ç* ne fait pas un pi : « Tu n'y entends rien, ce garnement 6st un petit saint, et puis, que va-t-il devenir?... » Au fait, *** ^e savent qu'en faire. M. Dervey avisait aux moyens, et, ^ <ïui m^ ooDÊrmé sur la iettro dO; ta Louise, c'est q^'il était

d^opinion qu'il ne fallait pas se tenir poar battus, mais laisser couler le temps et adoucir le mal des enfants , en \em laissant l'espoir que tu changeras d'idée. C'est vrai qu'ici ton Prévère, qui n'est pas si retors, Ta arrêté, disant qu'en aucune façon il ne s'y prêterait. Alors l'autre a bien osé lui dire : « C'est pousser trop loin le scrupule. Tout au moins, sans en parler aux enfants, ne perdons pas l'espoir de voir finir leurs peines; tant d' événements peuvent arriver! outre qu'à V époque de leur majorité, M. Reybaz sera un peu plus gouvernable. » Tu Tentends, Reybaz ! Tant d'événetnents peuvent arriver! comme qui dirait: « Tu pourrais virer l'œil, et on en serait bien aise ! et, si tu ne vires pas l'œil, on te fera les sommations respecttieuses, >

Je n'ai pas entendu la réponse de M. Prévère. On frappait à ma porte. C'est une lettre de Marthe pour M. Prévère, que le fils Legrand, venant au marché, s'est chargé d'apporter. Cette Marthe, elle est dans leurs eaux, et elle s'entremettra tant ^'ils voudront. Si' j'étais toi, je ne garderais pas cette alhifée, qui a reçu Charles chez sa mère lors de son escampette, et qui a su le duel la première, à temps pour l'empêcher, et sans vous rien dire, tant elle est vendue au garnement. Bref, comme ils ne causaient plus, je suis monté pour leur remettre cette lettre de Marthe, non sans y avoir guetté sous le pli des propos qui te concernent et des jérémiades sur ta fille,' qui, à l'entendre, n'aurait pas deux jours de vie, épuisée qu'elle est de larmes et minée de chagrins : tout le menu d'usage. M'est avis qu'elles s^entendent, sans que je l'affirme, n'ayant pu tout lire.

Redescendu au poste, j'ai écouté. Je n'ai attrapé que des bribes ; mais , pour la fin , je la tiens bien. Us venaient de lire la lettre de Marthe, joliment tournée à ce qu'il m'a paru : « Cette bonne femme, a dit Prévère, chérit cet enfant, elle l'a adopté dans son cœur.... Ses remarqués sont justes quoique se* vères.... Je vais écrire.... ce qu'elle me dit de Louise m'y décide teut à fait. Peut-être M. Reybaz ne tiendra pas contre un si affreux tableau. » Là-dessus, l'autre s'est retiré pour le laisser écrire. Te voilà bien averti de la trame; tiens bon, et vogue la galère 1 Champin Jean^Marc.

P. S, On me remet la tienne dans cet instant. J*y vois que tout va bien. Je te l'ai dit : on ne tneurt pas d'amour. Je vais

IM PRESBYTÈRS. 281

mWqrmer de point en plaint, et sur Theure ; car il vous faut être loin quand celui-ci sera remis.

M. PRlêVÈRE A M. REYBAZ.

De Genève.

Mon cher ijionsieur Reybaz !

Je crois devoir vous écrire ces lignes, non point pour revenir directement sur ce qui a été conclu «ntre nous relativement à ces enfants, mais pour vous soumettre quelques réflexions, et pour ne pas être exposé plus tard au regret terrible de ne vous avoir pas éclairé selon mes lumières, pendant qu'il en est temps encore.

Je ne viens point ici, mon cher Reybaz, en appeler à votre conscience, que je sais être légitimement en repos; car, dans l'usage que vous faites de votre autorité de père, je sm's certain de la droiture de vos intentions. Ce n'est pas non plus yotre humanité que j'invoque en faveur de ce malheureux enfant, dont l'état est tel pourtant, que je verrais sans crainte Dieu le retirer à lui. Il est trop juste que "vous restiez libre de décider du sort de votre fille selon vos droits et selon vos convictions. En venant vous exposer les miennes, je ne me crois pas non plus moins failliblô que vous ; aussi, qfuel que soit le parti que vous prendrez, quels que soient les chagrins ou les joies que nous réserve la Providence dans la destinée de ces doux enfants, en l>émssant ses décrets, je rendrai toujours et hautement hominage aux sentiments qui vous auront guidé dans cette importante résolution.

Mais, mon cher Reybaz, ce que je ne dois pas vous taire, ce sont mes craintes au sujet de Louise. Elles sont réelles, elles sont pressantes. Je vois cette jeune fille engagée dans une lutte où la victoire n'est pas douteuse, à la vérité, où l'obéissance triomphera de rattachement, où le devoir aura vaincu le penchant, mais à quel prix?... C'est là que de funèbres pensées lu'assaillent; c'est là que je me demande avec effroi si nous ne semons pas aujourd'hui le germe d'une longue et irrémédiable affliction.

Je vous parle ici nettement et sans voiler .mon idée : car c'est mon dessein, si elle a quelque ombre de fondem^jnt, 4e vous la

2fô Lfi }>R£fflYTfiB£.

prêâentef comme un épouimAtail saftuttire; «t etk ceci , mos amitié pour vous me guide i^s eacore que mon aiSeption pour Louise. En effet, il y va du malheur, du désespoir de votre vie entière; et plus je sais quel tendre père vous êtes, plus je frémis à ridée que vos résolutions pussent tourner contre votre enfant et qu'une affreuse erreur vous fût trop tard dévoilée.

Mais, mon cher Reybaz, comment se défendre de cette idée? Louise, malgpré ces grâces qui la parent, malgré ce courage qui trompe sur ses forces, est une créature Mie.... Par mille traits, et maHieupeuseiment par celui-là, «lie tient de sa mère, qui mourut à la fleur de Tâge. Gomime chez sa mère, un oorps délicat reoienlie une âme soucieuse, sensible, passionnée, et plus encore.. .« une âme courageuse au combat, dévouée au sacrifiée; «ne âme à qui il fallait à tout prix éviter le combat^ épar^er le sacrifice.

Rappelez-vous son eofânoe, combien il fut difficile, combien il y avait peu d'espoir alors de conserver cette ^ite créature, si attachante dès lors par je ne sais quel charme de tristesse et de reoonnaissanoe répandu sur son front, dans ses jeux, sur ses lèvres muettes encore.... Mais la riamte paix de cet âge, les soins de Marthe, la soiciété d'un autre enfant, ranimèrent cette irélevie, et nous bénîmes ensenoble le Dieu dé Looté qui chaulait aos alarmes en espérances fortAinées.

Happelez-vous oombien ces temps de paix furent courts pour Louise, et comment son cœur, trop tôt sensible, fut de bonne heure en butte aux alarmes et à la peine.... Rappelez- vous les pleurs qu'elle versa, dès l'âge de neuf ans, lorsqu'elle viut à découvrir que Charles n'avait ni un père ni une mère qu'il pût aimer et serrer dans ses bras.... Rappelez-vous quelles alarmes pour les imprudences qu'il pouvait commettre, et quel chagria ensuite lorsqu'il s'était fait punir. Rappelez-yous tous ces tradts,- ^ comment, à chacune de ces précoces douleurs, cette douce enfant pâlissait, perdait toute joie, ébranlait nos espérances.^.. Dès jors, monsieur Reybaz, c'était déjà périlleux que de vouloir dter d'auprès d'elle son jeune ami.... et si, depuis, le corps s'est fcurtMé sans doute, combien plus encore s'est fortifiée cette affection !

Rappelez-vous uu travers de quelles émotions, de quels orages, de quel ébranlement de tout son être elle passa de Teoïanee à la jeunesse ; quels profonds mouvements de soBsibilité, ée honte, de trouble, l'agitèrent alors, et nous firent do&ter si

elle Bortirait de cette oriae eani 4e périliansee rgccaMapae.^. Ncmi en parlions «nsembk ; «nseinbleiioiis aous appliquions à écafler de cdtte {dante déliciUe tout eouflfiie trep fort, tout rayon trop ardent, tonte ii^ore dePair.... Agirons^aoosaiy^ard'iHU ensemMe ponr Vj exposer de nouTeau?

Enfin, rappelez-YOus comment même un vœu satisfait, qui devait, à mes yeux du moins, assurer son repos et son bonheur, ne fut pas pour son cœur une joie sans trouble; et qu'un mal grave nous apprit, il n'y a pas im an, à quel prix s'achète, chez cette trop sensible fille, toute révolution comme toute entrave dans le cours de ses affections.... Néanmoins cette crise fut courte, et, comme an fond nous avions rencontré son vœu, loivi son penchant et assuré à son oœar ua avenir que tout liait au passé, chaque jour nous la montrait plus calme, plup heureuse; une gaieté que aoas ne lui avions jamais connue était venue tempérer son aimable mélancolie. De dooees coulens animaient son teint, un feu charmant brillait dans ses yeux, nn tranquille •enjouement se mêlait à ses discours, et son bonheur semblait désormais assuré..,. €'est au sein de cette félicité que le coup Pà frappée! £n face de ces avertissements, qu'attendre de Favenir? Ah! je ne puis, monsieur Eeybaz, cdn- ^Buir mon émotion, et, dans la c^titude où je suis que nous compromettons non-seulement le repos, mais les jours même de celle qui nous est si chère, je ne sais plus que prier Dieu P<^que, dans sa bonté, il détourne de nous ce calice....

Héfléehissez donc encore, mon cher et vidl ami; réfléchisses, je vous 'en conjure, si de pareilles craintes, fussent-elles en quelque degré exagérées, ne demandent pas de votre jiart une ^euse attention ; si elles ne justifieraient pas pleinement à ^08 propres yeux un retour à notre ancien projet. Au surplus, ae vous abusez point sur Louise, elle ne vous montre pas tout te mal auquel elle est en proie : Marthe en imi plus que nous à ^t égard. Mais si, an lieu de Marthe, Dieu avait voulu que ce ^ votre digne femme qui assistât aux secrètes angoisses de sa ^le, croyez-vous, monsieur Reybaz, qu'elle se fût roidie contre ^ spectacle si digne de toute pitié? Penses^vous que cette ^ndre mère, dont vous révérez la mémoire, hésitât en face des dangers que je vous, signale? qu'elle ne se joignit pas à moi dans cet instant pour vous oonjnrer de tout sacrifier à de si légitimes alarmes? Ponr moi, je n'en puis douter, et c'est pourquoi je vous supplie, je vous adjure, monsieur Eeybaa,. de ré-

fléchir sérieusement sur votre œuvre, de peser bien la responsabilité que vous allez encourir, et de reT«nir à Pinstant.sur vos pas, si vous pensez que, dans les ooosidérations que je vous présente, il se trouve quelque ombre seulement de vérité. C'est le conseil que vous donne en terminant votre véritable ami

Prévêre.

JACQUES A MADAME DE LA COUR

De verrèze, dans le val d'Aoete.

Yoici les semaines et puis les mois qui vont leur train, sans que, pour bien dire, nous ayons bougé d'ici. Ayant voulu faire observer à noV monsieur que, logis pour logis, autant aurait valu rester cbez soi, il a mal pris l'avis, de façon que je ne m'en mêle plus. Un pays de loups ; encore n'y sont*ils pas à Taise, et, plutôt que de brasser la neige par là-haut, ils s'en viennent jusque par ici rôder autour des maisons, de telle sorte que, sauf le grand jour et en compagnie, je ne quitte pas le logis, où ils disent que ces bètes n'enttent jaiùais, si &uit qu'il fasse. D'où je blâme not' monsieur, qui tout de même s'en va dans les ravins, se faufile par les bois et redescend tard, pendant que je suis dans les transes, jusqu'à ce que je l'aie revu non entamé par ces féroces. Que madame joigne à ça tous ces charbonniers qni, assis à boire dansia salle basse, noirs comme ils sont, vont se querellant à toute heure ; et, là où nous autres nous baillons un coup de poing, eux, ils jouent du couteau. Si bien que, quand je les vois qui s'allument, j'en ai des frayeurs ,que mon diner s'arrête court sous le gosier. Mais ce qui m'a donné le plus de mal, c'est l'hôte qui m'a conseillé de ne pas dire qu'on est protestant, et que, si on allait à la messe deux ou trois fois,. on s'en trouverait bien; qu'autremient ils sont forcenés, et vous font des mauvais partis où quelquefois on reste. J'y ai été tout courant; mais voilà que, revenu, il m'a dit qu'ayant commencé, il me fallait poursuivre, ou bien que je serais plus en danger qu'auparavant. Je vas donc à la messe, et c'est un grand péché; mais, sitôt sorti de ce repaire, je m'en repentirai tant et tant que le bon Dieu sera emprunté à m'en ' vouloir. Toutefois, si madame voulait garder ceci pour elle, on en serait bien aise.

A ne pas mentir, not' monsieur est toujours plus triste, c'est à ne plus le reconnaître. J^ai cherché à savoir, et m^est avis que ce n'est pas tant de cette côte qu'il a piquée comme d'autre chose qui lui remue le cœur. Pour être fidèle à madame, j'ai un peu yisité ses écritures, sachant lire, grâce à Dieu et à la Lancaster. Ici, sauf le curé et l'hôte pour tenir ses comptes, ils ne connaissent pas une lettre, d'où provient ce diable de ramage qu'ils parlent entre eux et à la messe.. Pour des écoles, adieu, je t'ai vu : une fois nés, on ne leur apprend rien jusqu'à l'âge du charbon, où ils sont envoyés aux bois et y vivent en sauvages l'été durant. Là, ils gagnent quelques argents qu'ils mangent l'hiver à boire et h se quereller, et, moyennant qu'ils se coi^essent, on ne leur dit rien. L'hôte m'a bien dit que de tuer un hérétique, c'est pour eux comme de boire un verre d'eau, et qu'ils n'en vont que plus droit en paradis, si le curé leur donne l'absolution, qu'il ne leur refuse guère, tenant d'eux des agneaux, des œufs et toutes sortes de victuailles. C'est son casuel.

J'ai donc visité ses écritures, où il passe des moments. C'est des chiffons de lettres : plusieurs à madame, mais seulement commencées ; d'autres à M. Reybaz , de la cure ; une à Mlle Louise. Celle-ci, c^est un billet d'amour, ou bien je m'y connais .pas, notamment qu'il lui dit qu'il mourra ayant sa figure devant les yeux et sa pensée dans le cœtir, et d'autres choses enflammées, où il s'accuse et lui demande pardon. Et puis, sur la même page, des gribouillis, des petits ronds, deux pâtés; comme qui dirait, p^r supposition, un homme qui écrit pour écrire plus que pour envoyer, et, dans l'entre- deux des propos,, batifole sur la marge. Il y a un de ces pâtés qui ressemble à un oison; on dirait un merle qui monte la garde. Dans les écritures pour madame, c'est tout pareillement des doléances à propos de cette demoiselle ; disant que plus il s'en éloigne, plus il est malheureiix; que moins il est digne d'elle^ plus il Vaitne , et d'autres propos d'amoureux, qui montrent bien pourquoi il reste dans ce trou, crainte d'aller plus loin. Et à . ce propos je dois dire que, si ce n'était l'histoire de repasser cette inonfagne du Saint^Bernard, je crois bien que madame nous aurait déjà revus, not' monsieur ne pouvant se souffrir dans une contrée où Mlle Louise n'est pas.

Madame voit donc que j'ai découvert toute TafTaire. C'est d'amour que not' monsieur est dérangé ; et son amour, c'est

286 LE FRfiSBYTËRE.

pour Mlle Louise, xme bien bravette fille, mais qu^on n'aurait pas cm que not^ monsieur voulût marier, étant né au diâtean et en mesure de mieux trouver parmi tant d-opulentes qui le prendraient avec les quatre doi^ et le pouce. M'est avis tout de même que cette demoiselle Louise est bren charmante^ c'est certain, pour en avoir ensorcelé deux comme ça. Faire battre ses gSilants et puis prendre le vainqueur, c'est comme aux anciens temps. A vrai dire , je crois qu'il en faudra finir par les oon* joindre et que madame n*avan€era rien à croiser l'envie de not' monsieur, qui me semble pris à n*en pas revenir. D'accord que ce serait trop d^onneur pour M. Reybaz ; mais encore vaut^ mieux que nef mdnsî«ur se mésallie que s'il tombait en idées noires, comme Chevrot, qui, de tristesse pour la fille des Ravy, s'est laissé dévaler en bas des moraines, et on ne l'a plus revu.£t ici ce ne sont pas les moraines qui manqueraient, si l'idée y était.

Encore une chose que je dirai à madame, c'est que not' monsieur ne m'a causé qu'une fois, et c'était par rapport à l'objet, vu que j'avais reçu une lettre de mon père, qui me donne des nouvelles de la cure. « Voilà, lui ai-je dit , que M. Reyl»az est bien content (il a dressé Toreille), sa fille lui reste. -> Alors il m'a questionné de toutes sortes de façons, mêmement qu'il a vonlu lire la lettre ; et là où mon père dit que c'est d'accord entre tons et M. Charles aussi, et que finalement Mlle Louise ne sera pas embarrassée de trouver un mari qui soit de meilleur lieu, il a eu comme une tempête d'allégresse, si bien qu'il voulait partir SUT l%euTe pour retourner à la cure. Mais, comme je faisais déjà les paqaets, la réflexion lui est venue , et puis la tristesse; et il est si bien retombé, que, quand je suis venu pour lui dire que tout était prêt, il m'a envoyé promener, et bien loia encore* Alors j'ai défait les paquets et recommencé mon train. Ce qui me fâchait le plus, c'était de retourner à la messe, oi!i, si à présent j'omettais d'aller une seule fois, je n'aurais pas chance d'us mois de vie. Toute ma peur est que nous soyons e&core ici wax fêtes, et qu'il me faille communier et aller en procession. Déjà l'hôte parle de confesse.

Incluse une pour mon père, que madame m^obHgeraâ; de lui faire tenir. Si not' monsieur recevait telle lettre qu'il |daira à madame, il n'en serait pas plus mal , et on d%uerpîraxt de ce trou.

On a celui d'être, sauf respect, son bien dévoué domestique.

Jacques.

(Incluse dans la préeédente.)

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