JACQUES A SON PÈRE
De Verrèze, dans le val d'Aoste.
Bonjour à tous, et bienheureux que vous êtes dans votre natal. Pour moi, je péris ici à me consumer tant d'ennui que de frayeur parmi ces amphibies. Rien que des pouilleux, pas plus décrassés que mon sabot, et qui ne connaissent que le couteau en fait de raisons; car si vous me trouviez une bonne place, et que le Samt^Bernard se fondit un peu, je retournerais volontiers»
Le monde est joliment grande mais pas beau. Passé notre 6a&toB, je n'ai vu que des tanières^ Leurs montagnes , c'est tc^ glacée roc, quelqiies champs pelés; ou bien ici, que le terrain serait bon, ils ne cultivent que leur charbon, et leurs vignes poussent en feuilles; faute d'édialas. Le bon Dieu le» bénisse ! des fauves comme on n'en voit pas; avec ça, buveurs comme des éponges et criards comme un troupeau de canes.
Not' maître a une humeur de eheval^ que c'est à le donner aa diable cent fois le jour, et je n'y manque pas. U brûle de «ette petite de la cure.. Il s'agit de pas moins que de vouloir l'épouser, et je ne vois pas. ce qui empêche , si cet autçe s'est rtetiré. Iniformez-moi un peu y ça pourrait peut^tre nous tiirer d'ici ; et faites bonne grâce à madame^ jpour si la ferme venak à vaquer, ou oue par ee mariage il y eût du revirement où je trouverais plaoe. Tu me feras plaisir de l'aller saluer au cïakteau, ccmime peur dire que M. Ëroest est bien, heureux de m'à^ voir, et que j'«i suis biens honoré, et tant qu'on ne travaille pas peur des ingrats, et que d'ailleurs l'attachement à ses maîtres c'est ma ^alité , étant de Tendroit, et fidèle à tout jamais. TU verras voir. Et tu remets la lettre bien fermée à madame ^ pour éviter le port. Ça coûte vingt-six sous, à cause des neiges eu ça passe daa» un traîneau au travers des loups. U en périt plus qu'il n'en arrive.
Bonjour à tous; mes amitiés à Jeannette. On pense assea à ^eu ^ taaaAeiois elle fréquentait quelque garçon du village, avise^^moi pour que je la plante là ; aussi bien, ses parents gr^ leisv terrain à tant que ce ne sera plus la paiiie.iQ^iû^at'ib
empruntent encore un sou, je me tourne ailleurs, ne voulant pas épouser une hypothèque , tt voilà tout. Va-t'en saluer M. Prévère et lui donner de moi bon témoignage, et comme quoi leurs messes de par ici, ça me soulève le cœur, sans compter les capucins qui vont nu-pieds et barbus comme des boucs. Par la même occasion, mes amitiés au père Reybaz, et que je me recommande pour en cas. Jacques.