‹ Le presbytèreChapitre 30 sur 45 · La lettre précédenfe · texte numérisé non relu

La lettre précédenfe

306 LB FECESEYTÈEUS.

dont le pays abonde, qpii auront touLz faire un coup ; alors rhôte les aura désarmés sur le temps, ^ puis il veut temr la chose secrète pour ne pas nuire à son auberge. Je m'étais dit com' ça, jusqu'à ce que le fils de Phôte, sans avoir l'air, m'a fait signe que c'est not' maître qui s'a voulu tirer dessus 1... Ainsi, que le bon Dieu nous garde 1 et que madame arrive tout courant ! Je promets à madame de ne pas quitter la chambre, oix l'hôte a tout ôté de ce qui peut servir à se nuire, et assisté au repas, par rapport aux couteaux. Un digne homme ! qu'avec lui je ne craindrais pas un bataillon de loups. Que madame vienne ! '

Incluse encore une de l'hôte, qui me la remet en cet instant.

On a celui de saluer madame avec respect.

Jacques.

(Incluse dans la précédente.)

l'hôte a madame de la cour.

De Verrèze, dans le val d'Aoste.

Madame,

Sans avoir l'honneur de vous connaître, je me trouve dans le cas de yous écrire au sujet de monsieur votre fils, qui loge chez moi depuis quelques semaines. J'ai eu le bonheur de l'empêcher d'attenter à ses jours, et, en vous priant, madame, de vouloir bien le rejoindre au plus tôt, je me bâte de vous assurer de la manière la plus propre à calmer votre angoisse que, d'ici là, je veillerai sur lui comme sur mon propre fils.

Ce jeune homme, indépendamment du caprice qui le portait à rester dans cet endroit , m'a paru dès les premiers jours en proie à un chagrin sombre ; mais ce n'est que depuis peu de jours que j'ai pu concevoir, d'après ses allures, quelque inquiétude sur les projets qu'il pouvait avoir. Je conseillai même à son domestique de vous en écrire quelques mots. Il ne sortait plus du tout, il gardait un silence farouche, et ses nuits se passaient à écrire. Hier au soir, voulant lui porter quelque chose, le garçon trouva, contre l'ordinaire, la porte de sa chambre fermée en dedansi II vint me le dire; je lui fis des questions, et c'est ainsi que, par un bienheureux hasard, j'appris qu'il avait été

chargé dans la joarnée de procurer à II. de la Goor deux pierres à fusil.... Je courus à sa chambre.

Il était déjà couché. J'usai de ruse pour me faire ouvrir, car je pouvais par la moindre imprudence hâter Taccomplissement de son projet. Il se leva ; mais j'entendis distinctement qu'avant de m'ouvrir il faisait quelques dispositions. Lorsque je fus entré, ayant refermé sur moi la porte, je vis sur la table de nuit un linge qui recouvrait quelques objets dont je compris aussitôt la nature; aussi, soulevant le linge à coup sûr, je m'emparai du même mouvement de deux pistolets.

Ce jeune homme resta quelques moments interdit, en proie à la colère autant qu'à la honte ; puis il voulut prendre le ton d'un étranger qui commande à son hôte, et qui pense être libre dans sa chambré. Mais je suis homme d'âge, madame, de taille et d'humeur à aller au fait sans me prendre aux paroles ; j.e répondis à ses ordres en lui donnant les miens, et en lui déclarant qu'il ne savait ni où. il était ni à qui il avait affaire, et qu'avaijt qu'un crime se commit dans ma maison ou ailleurs, si je pouvais l'empêcher, il y avait à être plus fort que moi et les miens, et d'autres au besoin. Ce ton le calma, et dès lors je pus lui parler raison. Il m'avoua son projet; et tout ce que peut dire en pareil cas un père qui se met à votre place, madame, je le lui ai dit. J'ai fait plus, je me suis donné autorité sur lui, j'ai pris mes mesures, et, dans ce moment même , il est mon prisonnier plus que mon hôte. Mon fils le garde à vue, car je n'ai pas cru pouvoir me reposer de ce soin sur le domestique, qui n'a ni sens ni tenue. A la vérité, j'ai promis de ne pas vous instruire de ce qui s'est passé ; mais c'est là, je pense, une de ces promesses qu'un honnête homme est dispensé de tenir.

Comme vous le comprenez, madame, cette situation ne peut se prolonger , et, sans faire valoir ce qu'elle peut avoir de difficile pour moi, je pense que l'unique moyen d'en sortir heureusement, c'est que vous arriviez ici. Quand, toutefois, la maladie ou toute autre cause impérieuse vous empêcherait de partir sur l'heure, veuillez me le faire savoir, et je verrai à vous le faire reconduire, si encore je ne me décide pas à vous le ramener moi-même, ce qui me serait pourtant très-onéreux dans ce moment. Le Saint-Bernard est praticable : c'est la route la plus courte, et, dès samedi, jour où vous pouvez y arriver, un de mes gens vous y attendra avec une lettre et redescendra avec vous jusqu'ici.

En me trouvant heureuk, madame, d^avoir eu^Toccasion de vous épargner un grand malheur, je vous prie d'agréer Tassurance de mon respectuenx dévouement.

Louis Mathet.

XE PÈRE BARRAS A L'hÔTE DE VERRÈZE.

De l'hospice dtt Grand-Saint-Bemard.

Mme de la Cour est au Bourg-Saint-Pierre, d'où nos marronniers arrivent en cet instant ; ayant pu par bonheur l'empêcher de s'engager plus avant. La tourmente a repris ces jours-ci, et, du mont Velan, l'avalanche a atteint ce soir trois voyageurs. Les chiens en ont indiqué deux à temps, qui sont chez nous à cette heure, et sans grand mal ; le troisième est encore dessous : c'est Benoît d'Aoste. Les pères y sont allés, car nos marronniers étaient rendus.

Aussitôt la tourmente passée , j'enverrai quérir cette dame avec une litière, car de quinze jours encore les mulets ne pourront descendre. Pareillement je la ferai accompagner à la descente. Du côté d'Aoste, la route est bonne ; il ne s'agit que de choisir le moment. Aussi je vous renvoie votre homn(ie avec ces deux mots pour que vous soyez tranquille.

Le père Barras.

P. S. On retire en cet instant Benoît. C'est Lion qui Ta trouvé sous vingt brasses de neige, quand les autres chiens étaient incertains. Le pauvre homme est, bien mort; il avait bu à la cantine.

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