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CHAMPIN AU MAIRE DE NYON

De Genève.

Il devient urgent, monsieur le maire, que vous me donniez un coup de main. C'est pour que je puisse obliger un ami qui, avant trois jours, peut s'être embourbé sans remède , si je ne l'en ai détourné, preuve en main. Importuner autrui pour faire une bonne action, ça s'excuse, et ainsi espéré-je de votre part. J'aurais couru moi-même à Gex, si j'étais qualifié pour. Mais oix un maire se fait écouter, un p,auvre diable se fait éconduire.

Depuis votre dernière j'ai fait une bourse sur les lieux. Ils ne savent rien dans le hameau où l'enfant a été exposé ; mais ayant poussé jusqu'à Saint-Genis, qui est sur la route que

durent suivre ces misérables, j'ai recueilli davantage, en ce que, grâce au ciel, ils eurent l'idée d'y voler quelques nippes, d'où l'attention fut éveillée sur eux, et leur nom connu. Je vous récris comme ils le prononcent. C'est Schindler ou Schinder, Le jour de leur passage, consigné au procès-verbal dressé par le maire, tombe juste sur la date du jour qui sépare celui où ils quittèrent le bois de celui où ils furent éconduits de Nyon; en sorte qu'il n'y a nul doute que ce soient les parents de l'enfant.

Vous rendriez donc, monsieur le maire, un important service à une famille respectable et à moi, votre serviteur, si vous aviez la trop grande bonté de faire faire à Gex la vérification du nom , d'y recueillir tous les renseignements possibles sur ces gens, d'en faire signer la déclaration à qui d-e droit, et de me retourner le tout, y compris la note des frais, lesquels seront acquittés sur l'heure. Seulement vous prie-t-on de n'oublier pas, monsieur le maire (je vous en fais mes e^^cuses), que trois jours au plus est le terme fatal après lequel une famille respectable peut se trouver déshonorée à son insu, faute d'un peu d'aide des autorités. Pour ce qui est du jeune homme, on est discret, et on peut donner sa parole d'honneur que ni lui ni âme vivante ne sera instruit , non plus que lésé, par rapport à cette information.

En vous réitérant mes instances, monsieur le maire, j'ai bien celui d'être avec un profond respect votre très-humble et trèsobéissant serviteur,

Ghâmpin.

M. PRÉVÉRE A LOUISE.

De Genève.

Je VOUS envoie ci-incluse la lettre de Charles, ma chère amie. ' Il me Ta remise ce matin, à mon retour de la cure, où j'ai passé ces deux derniers jours. Comme il a désiré que je pusse vous l'adresser moi-môme, je profite avec un bien vrai plaisir de cette occasion pour m'entretenir quelques instants avec vous.

Que je vous dise, ma chère enfant, que Charles est entière* ment rétabli depuis quelques jours : ses forces sont revenues.

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il commence à sortir, et je suis dans ce moment à la ville pour tâcher d'organiser la reprise de ses travaux. Que je vous dise encore qu'il a toute la volonté et tout le courage que, dans ces circonstances, nous aurions pu désirer plutôt qu'espérer; et puisse la certitude que je vous donne des dispositions qu'il manifeste contribuer à répandre quelque paix sur vos journées!

J'ignore ce que contient cette lettre que je vous transmets, mais je ne puis supposer que vous la lirez sans éprouver cet ébranlement que je voudrais tant vous épargner. De grâce, mon enfant, fortifiez-vous contre ces émotions, évitez de les prolonger, et, certaine que Charles est courageux et que je veillerai sur lui et sur son bonheur tant que la bonté de Dieu me laissera un souffle de vie, réfugiez-vous, je vous en conjure, avec quelque calme, dans le doux sentiment du sacrifice que vous avez fait à la volonté, mais surtout à la paix et au bonheur de votre excellent père. C'est là pour vous, Louise, le vrai germe de consolation et de force, destiné à croître, à grandir pour abriter vos douleurs. J'en ai Pespérance, les jours sereins reviendront.

Écouterez-vous mes avis, reconnaltrez-vous les droits de mon amitié, si, au milieu de vos peines, elle vous demande encore des choses difficiles? J'ai bien abusé de ces droits, chère enfant ; mais votre douceur m'y encourage, comme ma sollicitude m'y porte sans cesse. Reprenez peu à peu vos occupations d'autrefois, je vous en prie ; surmontez les premiers dégoûts en vue de me faire plaisir, et, plus tard, vous retirerez des fruits salutaires de cette distraction apportée à vos tristes pensées. Que ces travaux d'aiguille, que ces soins domestiques où s'écoulaient bien des heures, que la lecture et cej moments d'étude où vous trouviez du charme ne soient point abandonnés; que nos entretiens, lorsque vous reviendrez à la cure, ne soient point exposés à tarir faute d'objets; et songez, Louise, vous qui faites tant pour les autres, que je serais frustré de ce qui fut pour moi le plus doux aliment de mes journées. Que si j'osais, * je vous exhorterais encore à ne pas fuir toute société. Vivre tout à fait retirée, ce serait vous priver du plus actif moyen de distraction ; car, dans le commerce des autres, il y a nécessité que l'esprit soit présent, que la peine se taise, et cette nécessité allège en quelque sorte un effort qui, à l'avance, parait impossible. D'ailleurs, Louise (mais je suis sûr que vous en

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avee le sentiment), il importe tant qa'une jenne fille n*attire pas la curiosité, môme par les plus innocentes choses !

Encore un mt)t, avant (pie je vous laisse avec Charles. Je suis bien seul, Louise; vous, votre père, Charles, Marthe, tout ee que f aimais, est absent de la cure ; ayez un peu pitié, écrivez-moi. Que je n'ignore point comment se passent vos journées; que vos loisirs, que vos moments ne me soient point étrangers : s'ils sont calmes, j*en jouirai, les miens s'embelliront ; s'ils sont mauvais, sombres, mon amitié n'y pourra- t-elle rien? Du moins souffrira- t-elle plus à les ignorer qu'à y entrer en part?

Adieu, ma chère enfant; mes tendres amitiés à vous tous, et dites à votre père que Brelaz, son remplaçant, chemine à ma satisfaction.

Prévêre.

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