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Tracasseries,, soucia

plus pâles et Fappétit moindre? Reybaz , est-ce donc là de quoi rêver fosses 'et enterrements? Aux trois quarts des demoiselles cela arrive ; et bien peu vont à l'hyménée autrement que par cette route, j'entends les sages. J'en sais plus de dix, plus de vingt, par ici, et des frôles, et des grêles, qui ont dû marquer le pas, leur amant ayant filé sur la gauche , qui ont perdu la fleur des joues, la flamme de Fœil, le goût du plaisir, Tappétit des mets, et qui, après le temps voulu, entrepris tout cela, et un mari ayec ! J'en sais une qu'on mit à Momex : Momex n'y fit rien ; qu'on traita aux drogues et boisGons : drogues et boissons n'y firent rien ; elle maigrissait à vue d'œii , et s'en allait crevottant, au dire des caillettes et du médecin aussi. C'est que son amoureux lui avait été emporté dans l'autre monde par la petite vérole. Son père, ne sachant plus qu'en faire, la mène, aux bains de Saint-Gervais, oii un jeune ministre, qui était là à boire soufré, la prit en pitié, lui fit des lectures, et lui plut tant et la^nsola si bien , que le mariage était conclu enl^e eux et les parents qu^ils buvaient encore soufré. De ce moment la morte ressuscita, ce qui fit honneur aux bains; et le maître en attribue la vertu à ses eaux « puantes, avoue-t-il, mais souveraines pour les filles en déclin. > Cette ressuscitée, c'est aujourd'hui une grosse maman, c'est Mme Dervey, où était ce Charles! Et voilà, Reybaz, le monde et le train du monde 1 Le vouloir mieux fait, c'est permis ; mais s'y apitoyer et s'en faire de la bile à potées, c'est pleurer de ce que la terre est ronde, et la lune audessus des réverbères.

Ta Louise est plus remuée que d'autres, elle a le cœur percé plus avant? J'en suis certain (et aussi que tu m'as mal compris, en me reprochant de n'être pas révérencieux à l'entour d'elle), mais qu'est-ce à dire, sinon qu'il faudra un pçu plus de temps, quand d'ailleurs tu as tout loisir, et aussi les moyens de la dorloter à ton gré? Qu'est-ce à dire, quand déjà, et d'ici, on te sait un époux pour elle, au besoin, et pour le temps qu'il sera opportun : fût-ce dans deux ans, dans trois ans, dans dix ans; ua époux tout placé là-bas à ta porte : monsieur, et pourtant campagnard, riche, et par bonheur ton voisin; de telle façon qu'ils se pourront lier sans que personne s'en mêle, se rencontrer sans autre peine que de ne se pas fuir, et se conjoiodre au temps seulement qu'ils l'auront désiré! Allons, Reybaz, relèvetoi ! change-moi cette fosse en nuptiale couche, ces reines-marguerites en couronne d'épouse ; et, au lieu de te dépenser en

tortares, garde- toi pour les joies de la noce et pour les couplets du festin !

Tu vois que j'en sais plus que tu n'en demandais. Seulement ne t'en aurais-je rien dit sans cette avance que tu me fais, te sachant contraire à l'article , et que d'ailleurs ce n'est pas le moment. Et ce que j'en sais, c'est de première main, ayant eu, comme tu le rappelles, occasion de jaser avec cette dame, lors de son passage à Genève, et lui ayant écrit depuis à propos de cette maisonnette, sans négliger de ci, de là, de lui demander des nouvelles de son garçon, qu'elle m'avait dit si malade. Sache, Reybaz, qu'il se mourait d'amour pour la tienne ; et que, quand Mme de la Cour a quitté la cure, c'était pour le rejoindre promptement, les nouvelles lui annonçant que son jeune homme, de peine et de désespoir, s'en allait grand train dans l'autre monde. Elle y courut donc, et sachant qu'on est4on ami ancien et prouvé, en passant par la ville, elle me tâta, ainsi que tu me tâtes, sur quoi je lui dis : a II n'y a rien à faire. Passe encore pour Reybaz, qui peut-être, par affection pour sa fille, se déferait, pour la donner, de ses idées à lui. qui sont contraires à votre jeune homme; mais pour sa fille, elle est à même, si on lui en levut la langue, d'en prendre occasion de jurer célibat, plutôt que d'entendre parler si contrairement à son affection d'à présent. Oh ! oh 1 madame, que je lui dis, vous ne savez pas quelle fille c'est ! Sage, fidèle et éduquée de sentiment comme d'esprit, un cœur comme on n'en fait pas faire, et qu'a élevée M. Prévère dans les lettres comme dans les vertus. — Je le sais, qu'elle me répondit en pleurant, c'est une personne qui honorerait de plus dignes que mon fils, j Et je voyais dans ses yeux briller l'envie d'avoir ta Louise pour bru; car c'est une bonne dame, et qui, pour avoir prétendu plus haut et parmi son monde, n'en sait pas moins la valeur de ta fîHe, que d'ailleurs elle aime et chérit pour l'avoir vue enfant, et, tout récemment, après le duel, qu'elle en reçut une visite qui l'a touchée au coin sensible.

Voilà ce qu'on a dit dans le temps. Et depuis, dans ses lettres, revenant parfois sur l'objet, on lui a répété toujours la même chose. Bien plus, m'est avis que, dans la situation, tout en tenant secret ce' que nous causons ici, c'est la même chose encore qu'on devra lui répéter; en évitant seulement de la brusquer ou de réconduire trop fort, et en laissant entendre que, s'il n'y a rien à faire pour l'heure, du reste Dieu seul sait l'ave-

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air. jàiici, je oe i)Oiig« , R^haz, qœ tu ne m'ait doiuies Tordre; ^instruisant seulement que, aussitôt les temps venus, tu tsouves de mon cdté ime voie toute mén^ée, et la seule que tu aies à employer. Tu coonattrasmloTs jsi on sait te servir dans la bonne comnœ dans la mauvaise. £ï la seule chose que jo t'impose pour le succès, s'il advenait qu'il ddt se réaliser, c^est de tenir tout secret entre tcn et md^ pour que tu n'aies, en celle chose délicate, et pourtant chose xle salât peut-être, à gouverner que moi, qui, dès ce jour, me mets sous ta main, pour être réglé et épenmné par toi seul, «niant que tu sais mieux le bien de ta fille, et que tu la saaveras par moa aide amicale et docile.

Nous voici donc bien d'aecord. Toi, lu ne bouges, tu ne parles, et moi, je lusse tremper la ligne dans Peau, sans l'agiter, sans la retirer, laissant le poisson gu^er l'appât jusqu'à ce que tu dises : < Ghampin, il me faut ce poisson, j» Mais au mo^ ment où tu bouges, au moment où tu parles et ne t'en remets plus à moi seul de cette ceuvre, je plante tout là, ligne et amorce, et je vous laisse pteher en eau trouble.

Reste à. te répondre sur l'article du médecin. Pardieu! je t'ai reconnu, mon vieox, dans ton plaidoyer contre les dn^gues et les dragueurs ; c'est là parler en homme qui ne s'embrouille pas. Tu n'as pas la foi, ni moi non plus. Ce sont des Oagltostro, comme dit Ramns : inventeurs de maladies, «ntreteneurs de misères; à qui il Êuit des malingres, comme aux avocats des procès. S'ils n'en ont, ils s'en font Tu en veux un qui ne soit pas bavard, je t'entends : c'est le cas d'allumer la lanterne de Diogène. Leur art est de mots, leur science de phrases; comment ne seraient-ils pas opulents en paroles? Ils ne connaissent ni le mal ni la^drogue, mais ils nomment le mal et ils logogriphent la drogue , s'entendant, au moyen de cet aigot, avec le pharmacien, comme larrons en foire : c'est là tout le mé-' tier. Le malingre meurt, ou réchappe : c'est la faiïte.ds la nature, jamais du médecin; ou c'est l'honneur de la médecine, jamais de la nature^ et de cette façon l'argent est toujours bien gagné. Leur métier étant ainsi afi^ire de langue, ils y deviennent bavards, intarissables de babil, habiles aussi envers chacun à lui servir, o^tre les drq^es de la médecine, les dn^es du langage. J'en connais un qui, rien que dans cette maison à qui^re étages, a pour chacun sa façon d'entnetien : momier au second, avec deux vieilles dames qui s'enrouent à chanter des

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oantiqHes; GomiMigaie ' au premier, ayecM. D«nrfty, qui n'aime pefi ks momiefs; faisant en nattante^éenz avec on irieox mprésoitant qui tousse au troisième, et des capellades d'englué' à m ancien Premier', qni tMae an quatrième. Au miOjen de quoi, tous avaient ses pilules ainsi dorées, à preuve qu'une des deux vieilles vient d'y rester; et la survivante, crainte d'^n faire autant, s'est jetée aux mains des homaopathes, qui lui affirment que, rien qu'avec un dix-millionième de poudre de perlimpinpin, ils lui auraient sauvé sa sœur.

Et note bien, Rejbac, que ces deux bonnes dames, fortes momières* et lancées avant dans la sects, ne parient de l'autre monde qn'en soupirant après ses biens invisibles : notamment qu'elles méprisent comme impies tous ceux qui, trouvant eeluici déjà bien joli, sont peu empressés à le quitter; et puis, quand le médecin les aide à se rendre dans leurs biens invisibles, voici l'ime qui n'y va qu'en rechignant, et la survivante qui, irritée contre ce bon docteur, vrai conducteur des âmes, se cramponne aux homoBC^thes, rien que parce qu'ils lui promettent de la retenir dans celui-ci avec leurs poussières! Preuve, ce me semble, que les bonnes dames aiment ce mauvais monde-ci comme la prunelle de leurs yeux, et que leur affection pour l'autre ressemble à celle du chien de Jean de Nivelle,

Qui s'enfuit quand on rappelle.

Momières donc; le nom est bien trouvé : car ces parades de sentiment, qu'est-ce, sinon momeries pures, quand le cœur ni la conduite n'y répondent? Combien as-tu vu de gens, Reybaz, qui allaient en paradis comme à la noce, parmi ceux qui sont toujours à en chanter merveilles? Combien en as-tu vu qui s'ôtent la bonne chère de dessous la dent, la plume de dessous leur corps, les domestiques, les équipages, les commodités de la ville et les plaisirs de la campagne, parmi ces gros qui nous chantent si haut la uvde chose nécessaire? Si bien que je suis toujours tenté de leur dire, le dimanche, qu'ils viennent en bonne calèche, de leur château d'été, à leur église ici voisine : « Eh! l'ami, si ta croix te fatigue, pose-la un peu; bien volontiers la prendraiis-je! »

I. Porté pour les patteim dont la réntikm s^appelle comjmgnie, — 3. Nom donné pcndaat la rtrolntion aux plébéhn» attachés à l'aristiDCrttia. — 3» Premier syndic — 4. Métkodisiee.

Pour en reyenir aux médecins, j'approuve d*aili«urs que tu en consultes un de bon sens, non pour lui donner empire, mais pour adjoindre son expérience à la tienne. A ces fins j'en ai choisi un qui a de Tàge, et néanmoins se déplace encore, et je lui ai conté de Thistoire de ta fille ce qu'il doit en savoir, vu que c'est critique que de leur laisser deviner, et qu'ils pourraient vous traiter pour le feu sacré tel qui aurait la fièvre quarte. Il m'a laissé dire, puis il a ajouté : « 11 faudra que je la voie, i Ainsi tu n'as qu'à me le faire dire, et je te l'envoie. C'est un M. Maigrat;, rue du Soleil-Levant. Quant au prix, que j'ai demandé , il a fait le délicat, disant qu'il n*a point de prix que celui qu'on juge à propos de lui faire. On verra bien si c'est parade aussi : momerie , comme je m'en doute, l'argent étant aussi chose dont on médit, mais qu'on empoche.

Sur ce, adieu, Reybaz, et remonte-toi, sans oublier de donner de tes nouvelles à ton ami, dans la bonne et dans la mauvaise, à la vie et à la mort,

Ghampin.

MADAME DE LA COUR A CHAMPIN

De Turin.

A mon retour de Florence, je trouve ici votre lettre^ monsieur Champln. Elle détruit tous mes projets, elle me remplit d'épouvante. Quoi ! cet infortuné est l'enfant des misérables dont vous me parlez?... la prison, l'infamie? Et vos lignes ambiguës me donnent à entendre que c'est vous qui avez travaillé à soulever ce voile ! Grand Dieu ! quel homme étes-vous? A qui ai-je affaire? Où suis-je descendue?

Mais votre audace, monsieur, passe toute limite. Comment! vous osez m'écrire que je vous ai dit d^agir, et que vous avez agi!.», vous osez me faire ainsi la complice d'une action dont j'ignorais jusqu'à la possibilité même ! d'une action odieuse, criminelle, et devant l'accomplissement de laquelle j'eusse certes reculé, au risque de compromettre sans retour et le sort et la vie même de mon fils!... Rétractez sur-le-champ ces indignes paroles. Hâtez -vous de reconnaître, dans les termes les plus clairs et de la façon la plus péremptoire, que, si je vous ai chargé de faire quelques démarches n faveur de mon fils, jamais, non

jamais la pensée d'ôter à M. Gbarles riiBn de ce qui pouvait lui être acquis, encore moins celle de nuire à cet infortuné, n'est entrée dans mes vues et ne vous a été ouvertement suggérée ni indirectement insinuée par moi. Hâtez- vous, monsieur Ghampin, ou vous me verrez aussitôt non-seulement rompre tout rapport ^ avec vous, mais désavouer hautement vos services, dévoiler votre trame et vous démasquer auprès de M. Reybaz, si vous ne lui avez pas tout dit; auprès de M. Prévère, qui sûrement ignore vos menées ; auprès de tous ceux qui me connaissent et qui s'intéressent à Charles, auprès de Charles lui-même !...

Et non-seulement vous m'avez épouvantée par vos audacieuses démarches, mais vous vous abuseriez grossièrement si vous pensiez m'avoir servie en employant ces honteux moyens. Cette barrière que vous éleviez. entre Charles et Louise, vous l'avez élevée en même temps entre elle et mon fils... Ne faudrait-il pas qu'il fût dépourvu de tout sentiment d'honneur pour oser s'avancer dans les circonstances actuelles, pour tirer avantage de l'affreuse situation où vos découvertes ont jeté un malheureux? En en tirant bénéfice, ne paraitrait-il pas, ne serait-il pas le complice de vos manœuvres? Non, sachez-]e, du même coup vous avez ruiné sans retour la destinée de M. Charles et éteint cette lueur d'espoir que j'étais parvenue à reconquérir pour moimême et à faire briller aux yeux de mon fils !

Vous me recommandez la discrétion. Je ne vous reconnais aucun droit à me l'imposer au sujet d'actes que je n'ai pas autorisés, que je maudis, et que vous avez la hardiesse de me confier en m'y impliquant autant qu'il est en vous. Par mon silence, ou en l'acceptant, à quelque degré que ce soit, cette obligation de garder votre secret, je tomberais dans le piège que vous me tendez, et je partagerais avec vous une responsabilité qui vous demeure et qui vous demeurera entière. Je me considère donc comme libre de parler, et je parlerai, soyez -en sûr ; je parlerai à mon fils lui-même ; je lui ferai connaître toute votre trame, si vous ne vous hâtez pas de rétracter auprès de moi, de la façon la plus péremptoire, vos insolentes et perfides paroles. Car alors il y va de mon honneur qu'il sache ce qui s'est passé, et je ne courrai certes pas ce danger qu'il m'impute un jour, fût-ce après ma mort, d'avoir pris la moindre part à ces criminelles machinations, qu'ils flétrisse sa mère, qu'il maudisse sa mémoire, qu'il l'accuse d'avoir ajouté à sa misère l'opprobre et l'infamie 1

4a2 LB PBSSBTTËHB.

Voilà, monsieur Ghampin, où ont abouti vos odieux somoes. La situation de mon ÛHs en est pire, la miauie est âéaespérêe. Cet espoir auquel je l'avais rattaoké, parce que je le partageais moi-œéine, vous me l'avez ôlé. Que puis»*j6 dire, que puis*je faire désormais? Cette alliance, à présent, j'es^ ai luwte, efflroi; et, dans mon désespoir, il ne me reslo plus qu*à demander au ciel de voir mon fils capable d^ r^sonoer sans suceoii^:ier I

Dans cette situation, il devient IntHâle que vous cootinuiez d'agir auprès de M. Reybas. Ainsi- no faites plus rien en vue de nous. Je verrai, après votre réponse, h récompenser vos services passés. Quant à oekd dont vou» ne craignez pas, dans votre dernière lettre, de vous vanter comme d'un suoeès, qu'il n'^i soit, je vous Pordonno, jamais question de ywa> à moi^, non plus que de ces odieuses écritures, de ce» courses que vous avez pris sur vous de faire et que vous osée me présenter comme f^tes h mon intention. Sur toute chose, hâtez-vous de rétracter vos audacieux mensonges, et que ce soit là le seul objet de votre prochaine lettre, que j'attends avec impatience.

Julie de la Cour.

CLXH

CHAMPIN A MADAME DE LA COUR

Sous le respect que je dois à madame, sa lettre m'a f^t tomber des nues. J'y vois que madame s'inquiète beaucoup aujourd'hui de ce M. Charles, de qui tout à l'heure elle ne se faisait pas grand souci, m'employant tout justement à lui souffler sa belle» J*y vois que madame, après m'avoir lancé dans tout cocontmerce oii je n'avais que faire, me ri^pousse du pied un peu vivement, oubliant que, si elle relit mes lignes, je relis les siennes qui ne sont pas ambiguës, notamment celles où elle me dit : Qu'atfisi rien ne votAS arrMel et ailleurs : Agissez ^ monsieur Champin; foi honte de vous tf porter^ mais je suis si msdheureusê î J'y vois que madame, pour récompensa du mal que je me suis donné à son intention, me menace en termes qui ne sont pas doux, oubliant aussi que, pour ce qui est de me démasqner aux yeux do Reybaz, je m'en suis déjà chargé; auprès de M» Frévère... je m'en suis chargé pareillement, puisque je lui ai moi-même envoyé les pièces. Reste M. Charles, auprès de qui je n'ai pas cru devoir

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me démasquer, au risque de lui apprendre ce qu'il est heureux qri'il igsore. Que si madame yeut prendre ce soin, çlle en est libre ; mais je lui dirai, avec pèus de justiee qu'eUe ne me le dit : La reapomabilitélui en dememre, et hû en demeurera entière.

Bu. reste, pour ce qui est de la miemte, je ne la déoline pas, ety puisque madame est si impatiente de me voir charger sur mon dos ee poids dont je lui avais réservé sa quote-part, qu'à cela ne tienne! Je le prends, et, qui plus est, je le soulèive sans peine. Je rétracte tout ee qu'il plaira k madame ;^ je suis pr6t à signer^ pour lui roidre le repos, non ps^sque je la désavoue, ee qui pourrait Toffenser, mais que je ne Ta! pas ccmnue, qtiie je n'ai pas agi sur sa demande et pour son compte; que à je me suis mêlé de l'affaire de Mlle Loaise, c'était pour mon amusette et en fa^on de passe-tempsw On signera tout cela, et plus encore, si madame y gagne une heure de bon sommeil; et ce^ sans r&^lamer (i^elle autre faveur que celle de ne pas lui rendre ses lettre, hormk la dernière, si elle y tenait Mais madame fera plus prudemment de ne pas se fâcher et de se tenir en repes, sans obliger à la défeuse un pauvre diable qui est bon pour la servir, mais qui, attaqué un peu vivement, trouverait encore du coup d'œil pour parer et des dents de quoi mordre.

M'est avis aussi que madame fera bien de ne pas suivre à stm projet de tout dire à son fils, bien que, pour ma part, je Ten laisse libre. Il pourrait prendre la chose vivement, et, se voyant empoté par cette inâunie dont parle madame de ne jamads s'ailier à Mlle Louise, retomber dans ces idées noires dont madame l'a tiré^ et qui mènent droit à l'autre monde. Que madame donc, qui est si tendre pour lui, se garde d'en rien faire; je lui en donne le conseil d'autant plus librement, que c'est son intérêt qui me guide ici, et non pas le mien. Que peuvent me faire les apostrophes et les catastrophes de M. son fils? Fallait-il donc, pour le contenter, laisser Reybaz greffer sa race sur un rejeton véreux? et parce que le père de ce Gharies se trouve avoir été un gredin, est>ce M. Ernest qui en peut mais, et qui doit s'en faire souci? Je dirai bien plus : si madame, au lieu de me fairç tout oe vacarme de colère et d'injures dont sa lettre est venue m'étourdir, m'avait demandé en termes honnêtes de prendre tout sur mon bonnet : « Qu'à cela ne tienne! » aurais-je répoadu ; car ce qu'on a fait, on l'a fart pour empêcher Reybaz de s'enferrer, et on serait prêt à recommencer, n'étant ni un ami, de Heybaîr, ni un ancien de race, pour se tenir coi quand il faut

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remuer, et pour se clouer la langue quand c'est Pheure de parler. Et, après tout, si madame tient tant à ce que je lui donne cette assurance, que j'ai démasqué ce Charles à cause de Reybaz ayant de le faire à cause d'elle, eh bien ! je la lui donne ici, cette assurance, écrite et signée de ma main. Qu'elle soit donc contente, et qu'elle ne vienne plus me chicaner sur des mots ; encore moins me marchander sur quelques francs d'écritures, qui sont un lingot pour moi, un liardpour elle. Veut-elle donc que j'en envoie la note à Reybaz, à M. Prévère? ou bien entend-elle que, de mes deniers, j'alimente ces messieurs de la justice ; que, de mon nécessaire, je les engraisse? En vérité, j'aime mieux que ces cinquante francs me reviennnent, afin que l'hiver, qui est là tout à l'heure, me trouve chaudement vêtu et prêt à le recevoir dans ma loge, d'où ce n'est pas le bon feu qui l'éloigné.

Si donc madame se refuse à solder, ce sur quoi je n'ai garde de la presser, qu'elle soit certaine que j'envoie mon mémoire à Reybaz ou au pasteur ; quitte à ce qu^ils décident entre eux et elle à qui revient la dette, et me bornant à fournir sur ce sujet les petits documents que l'on réclamera de ma complaisance. J'ai peur qu'ils ne soient peu favorables à l'intention que manifeste madame d'économiser ces cinquante francs; car, pour bien dire, M. Prévère m'aurait détourné d'agir ; M. Reybaz ne m'y a pas poussé ; restent au procès seulement les lettres de madame, suffisamment éclaircies par la position où elle était, et d'ailleurs sans énigme pour qui sait lire : Que rien ne vous arrête!... Agissez^ moMieiur Chqmpin! fai honte de vous y porter, mais je suis si malheureuse! De quoi donc madame avait-elle honte? Était-ce d'avoir recours à l'assistance d'un portier ?

Tout ceci fera comprendre à madame que je n'ai pas été à l'aventure, comme un niais, et que le comment ni le pourquoi des choses ne me passent loin du nez. Je veuxj^ien tirer les marrons du feu pour que madame les croque ; mais je demande au moins qu'elle me laisse ne m'y brûler la patte que le moins que j^ pourrai. Elle verra pareillement qu'elle n'a d'autre parti sage à prendre que de se tenir tranquille, de continuer, sans y rien gâter, une œuvre qui va bien, et de s'en remettre à moi du tout, sans plus bouger que par le passé, et sans se remettre en rébellion comme dans sa dernière, afin de ne pas apprendre à ses dépens, et à mon grand regret, que je ne suis pas de ceux qui se laissent tranquillement mettre le feu à la barbe, sans que

celui qui tient la chandelle ne s'y brûle plus que les doigts et ne crie bientôt merci.

£t puis, que madame écoute, et qu'elle remercie le bon Dieu de ce qu'elle n'a rien gâté encore, ni soufflé mot à son fils de choses qui, à présent que les cailles lui tombent toutes rôties, lui tiendraient les dents serrées et les lèvres cousues. Qu elle écoute, et que sa colère tombe, que ses angoisses se dissipent. Qu'elle apprenne qu'aujourd'hui, comme je l'avais prévu et comme j'y avais travaillé, c'est Reybaz lui-même qui s'approche, qui reluque son garçon, qui y voit une planche de salut pour sa fille, et un port après ces orages ! Qu'elle apprenne que, tandis Qu'elle était en train de tout gâter, tant en divulguant à son fils qu'en s'insurrectionnant contre moi, Reybaz, venant de lui-même se prendre aux rets que j'avais tendus, m'écrivait dans les mêmes termes, et par les mêmes motifs qui ont poussé madame à m'écrire dans l'origine, m'invitant à tâter le terrain, pour l'avenir, bien entendu, et à le tenir au fait de ce qu'on dit du jeune homme, et de l'idée oti serait sa mère, qu'encore à présent il croit peu favorable à ce mariage. Et que si madame doute de ces nouvelles si heureuses, si inespérées pour elle, je suis prêt k lui envoyer sur l'heure les lettres où Reybaz va tout juste audevant de ce qu'elle désire le plus au monde.

Voilà où en étaient les choses quand est venue la lettre où madame me parle comme de Turc à More, me traitant de telle façon que, si Ton n'était dévoué à ses intérêts, le motif ni les moyens ne me manqueraient de lui faire plus de mal et de tort que je la défie de m'en pouvoir faire. Mais je ne me prends pas à ses gronderies dictées par le trouble, le scrupule, et par sa situation dont j'ai pitié, voulant l'en retirer malgré elle, pour recevoir récompense en même temps que justice. Pareillement, elle ne se prendra pas aux propos de ci-dessus, que je lui tiens pour l'éclairer, et non pour me départir du respect dont je suis tout plein à son égard. Qu'elle ne bouge donc, sinon pour entretenir son fils et m'en donner des nouvelles; et que, pour le reste, elle s'en fie à moi, se gardant par-dessus tout d'y mettre la main, ou seulement le bout du petit doigt. En continuant l'œuvre, dont tout le difficile est fait, et où il ne reste plus qu'à tirer le fil doucement, j'instruis Reybaz de ce qu'il doit connaître, et je ménage l'heure où, tout étant prêt, madame n'aura plus qu'à paraître pour que l'affaire soit bâclée. Alors deux dignes parents seront tirés d'affliction, deux dignes enfants seront l'un à l'autre,

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et, de toute c^te tea^te> il n« demeorem qu'un sammr bi«D propre à faire reluire encore mieux la sérénité des jenpfs, sans rien gâter à la douceur des nuits. Que madame se. tranquillise donc et' compte sur les swvices dévoués de son respectueux serviteur

MADAME DE LA COUR A CHAMPIN

De Turin.

Si votre lettre, monsieur Ghampin, n'a-.pafrétécellequa j^at^ tendais, et si je suis loin de souscrtre'aux iuamuatioostet aux in^ t^rprélatioBs qu'elle contient^ je n'en juge pas meina qu?ii serait inutile et hors de propo» de coatinuer des Qoiri»stations<sur le môme sujet. Noua resterons donc en bon accord-^ eo ce sens que, ne revenant, pas sur le passé., c'est de Tavenir seul qu'il s'agit, et que^ sur ce point, nous nous ^itendroas mieux.

Je vensbiei^ travailler à ranimer les espérances de mon fils; lesbaunea nouvelles que vous me transmettes my invitecaieot^ qnand.je n'^n serais pas d^ailleujs k n'airoir, poor reoattretenir, pour le soutenir, d'antre ressesurce qm celle-là. Mais son état est te), il faut le rameiier de si loin, que lee avances de M. Eeybaz elie»rmémea* m'ont efïrayée, comme étant prématurées. II faut que le temps s'éeoule, il faut que le sort de M* Charles se dessine , s'améliore, il faut eaôn que lesdispositions de MUeLomise ebangent, avant qu'il puisse être question de rien.; autrement, nos efforts. tourneraient contre nous-mêmes. Telle eet ma façon de voir bien arrêtée, que je vous trimsmets peur que vous vous y conformiez, en ne tentant pour le moment, et dans tous les oa6> sms mma approbation préalable, aucune esyÀce de démar^ ehe^ Je ne reviens point, comme vous le voyez, sur le passé ; mais j'entends, comme T(m& le voyez aussi, que rien k l'avenir nO' soit fait qu'avec mou agrément. Si donc voua m'enjoignez de ne bouger pas, je voua l'enjoins pareillement; et j'ajoute que c'est à oeia que je distinguerai si le dévouement dont vous me parlez est sincère et saoïs arqère-pensée, si je puis continuer à me fier à vous, ou si j'ai affaire à un homme dont la moraMté est suspecte et l'assistance dangereuse.

Que ce langage ne vous étonne pas, monsieur Chauqiin ; ce sont vos deux dernières lettrée qui m'ont jetée dans le. douter à

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Cifil ^ni. Qu'il n» vcais irrite pas non plu&, car je vous offre un moifen bien simple et bien facile de me prouva votre dé- Tonemeiït, en ne vous demandani. d'autre service que celui de vous effîbcer tout à fait efe de ueriefifairesaQs ma participation. Su*cbm seuleme^ que moniBtentâonparfaitementpositiveestdeiie \Qou&récianpenser qu'après que vous ajorez fait ces preuves que je vous demande, et que, s'il vous arrivait de manquer à mes iii^oactîoms actuelles, en quels^e degré que ce fût, vous auriez à vous passer de tout salaire de vos serviees; Car alors, en les paysfut, je donnerais l'unique preuve que je les eusse a^éés. Puis donc que vous n'êtes pas un niais, comme vous le dites et comme je le pense, employée votre intelligence à me comprendre, et votre habileté à ne rien faire : c'est le seol parti que vous HyéK à prendre.

Julie de lx Cour.

GLXIV

MADAME DE tA COUR A REYBAZ.

De Tiicja»

Ces lignes, mon eiier monsieur Reyisaz, vous surprencfaront : mais j'ose espérer qu'elles se feront; lire de vous, et qu'après avoir-compris le sentiment, qui me les. dicte vous atecueilleresle vœu que f y dépose. Hélas I vous avez vos doiidieurs, mon cher voisin ; j'ai les miemies : tous les deux nous sommes éprouvôs dans ce que nous avons de plu&cher au monde ; que d^à. cette commune affliction nous rapproche, qu'elle nous fasse rencon* trer l'un auprès de l'antre appui, consolation et, s'il se peut^ remède!

Mon CG»ir est déchiré d'angoisse, je verse dee- larmes en vous écrivant. Depuis que j'ai quitté la care, je ne côsqais plus- de jours paisibles. Ni le temps, ni la raiscm, ni les obstacles, n'ont changé le cœur- de mon Ernest, monsieur Reybaz. Uniquement épris des charmes çle votre angélique fille, et de cette rare vertu dont l'empire, une fois senti, est irrésistible^ il n'a cessé, il ne cesse pas un jour d'attacher sur elle sa pensée, alors même qu'iln^enlrevoit aucune chanee favorable à l'accompiHseement de ses vflBux. Après avoir tenté une lutte inutile contre cette ardente passion, il était tormbé dans un sinistre abattement dont il me cachait: loffsignes^ lors^e Jacques m'écrivit, quelles étaient ses

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journées, ses nuits, ses transports, et je volai auprès de lui. G'étai! le moment où l'on venait d^apprendre que vous aviez retiré à Charles la main de Mlle Louise. Consternée en voyant Pétat de mon fils, je ne pus me défendre de faire briller à ses yeux une lueur d'espoir, qu'il ne voulut pas pendant longtemps accueillir, mais qu'aujourd'hui il ne repousse plus avec une incrédulité aussi absolue.

Telle a été, telle est encore ma situation, monsieur Reybaz. Mère désolée, je m'efforce de rattacher mon enfant à la vie en lui parlant de la vôtre; mais voici qu'à mesure que je parviens à lui rendre^ quelque courage, l'effroi me saisit d'autre part, et je me demande si cet espoir que je fais luire à ses yeux n'est pas un leurre, si cette unique ressource dont je fais usage, je suis destinée à me la voir ravir. C'est cet effroi qui me presse de vous écrire, mon bien cher voisin Je viens à vous toute tremblante de désir et de crainte. Je me jette à vos genoux, commB devant celui dont une seule parole peut me rendre à la vie ou me plonger dans un abîme de tourments. Ah ! monsieur Reybaz, songez que vous êtes père ; et que du moins cette parole ne sorte pas de vos lèvres, si elle doit m'être fatale !

Au surplus, ne vous hâtez pas de supposer d'impossibles demandes, des prétentions insensées. Je sais, mon bien cher voisin, quelle est votre situation et celle de Louise. Je sais que cette chère enfant, brisée par la douleur et le cœur saignant de regrets, n'entendrait aujourd'hui prononcer le nom d'Ernest, où de tout autre que Charles, qu'avec effroi et dégoût; je sais aussi que vous ne consentiriez jamais à disposer de l'avenir et de la main de votre fille, au risque de contrarier ses vœux ou de forcer sa volonté ; aussi ne viens-je point faire auprès de vous une démarche dont l'importunité , dans les circonstances' actuelles, vous serait odieuse à juste titre. Ma requête est plus humble, et, si j'y attache toute la puissance de mon désir, c'est que le peu que je vous demande, que j'implore de vous, ce peu, c'est tout pour moi, c'est le salut peut-être de mon enfant. Apprenez-moi, monsieur Reybaz, que vous, le père de Louise, et seulement en ce qui vous est personnel, vous ne repoussez pas à l'avance l'idée d'une union que le cours du temps pourrait rendre possible, et dans laquelle, en y concourant tous les deux, nous pourrions trouver tous les deux une planche de salut : c'est tout ce que je vous demande, et, si vous répugnez à vous unir dès aujourd'hui avec moi dans ce commun concours, alors

je vous demande moins encore : c^est de ne pas ruiner, par des paroles formelles, par un refus sans appel, l'unique ressource qui me reste pour soutenir le courage de mon enfant ; c'est de me permettre, bien que vous lui ayez refusé une première fois la main de votre fille, de Tenvisager comme digne encore d'obtenir cette main, aux mêmes titres que tout autre homme, si jamais les obstacles qui, longtemps encore, s'opposeront à ce que votre fille se choisisse un époux, venaient à s'aplanir. Voilà mon- humble prière ; au delà, je ne demande rien; au delà, je n'ose pas même jeter un regard ; au delà, tout ce que je sais faire, c'est d'adresser à Dieu une continuelle et fervente prière pour qu'il ne frappe ni sur vous ni sur moi, mais que plutôt, compatissant à nos souffrances, il nous sauve l'un par Tautre.

Je vous connais et je vous honore, mon cher voisin. Aussi me garderais-je bien de vous parler de la position et de l'opulence de mon Ernest : ces choses, que le monde prise aii -dessus de leur valeur, elles sont sans prestige pour votre esprit sage et fier au bon endroit. Mais ne vous dirai-je rien de tant de changements qui se sont opérés en lui, depuis que, pour la première fois, il s'est vu sous le charme des vertus plus encore que de la beauté de votre angélique fille? Ah! monsieur Reybaz, vous qui l'avez vu léger, dissipé, que ne pouvez-vous l'avoir connu depuis que ce sentiment a épuré son cœur et donné à ses pensées un tour grave et noble à la foisi Que n'avez-vous pu reconnaître comme moi, et mille fois, quelles sont les choses qu'il aime en Louise, et comment c'est aux rayons de sa sagesse, de sa dignité, de sa pureté, que s'est attisé le feu qui le consume, et non .point à ses traits du visage, pourtant si éclatants de beauté, si attrayants de candeur et de grâce ! Que ne pouvezvous entendre comme moi, le jour et la nuit, ces rêves d'une ambition à la fois humble et passionnée, et qui n'ont pour unique objet que le vœu de rendre heureuse une créature adorée, que la gloire de s'élever par la vertu à la hauteur d'une créature céleste I Non, monsieur Reybaz, Ernest n'est plus l'homme (jue vous avez connu, je vous le répète, et je vous conjure de ne pas l'oublier. Les dernières fumées de sa jeunesse se sont dissipées dans ce fatal duel, comme les traits les plus pénétrants de la passion se sont fixés profondément dans son cœur, alors que, peu de jours après, ayant rencontré votre Louise dans l'avenue, il reçut d'elle l'accueil de la douceur et du pardon, et quitta la cure transporté d'amour et de désespoir....

Tel est Uétftt de mon Etnest, momnear I^bas; ef, si ce* tableau fidèle que je vous fais d'une passion qn^ inspirée votre fille n'avait rien qui dût vous toudier, ne pfuis*je au moins au* gurer que vous trouverez dans la considération de ranrenir de Louise des motifs de m'dtre farorable? Vous commenoez à approcher des confins de la vieillesse, moncker monsieur Reyhaz; et, tandis que le cours de la nature vous appelle à précéder dans la tombe votre fille bLen-aimée, vmisn^envisagez sûrement pas sans effroi Fidée qu'elle vous survive dans le délaissement et dans l'abandon. Eh bien, monsieur* Reybaz, après ce piremier naufrags de ses affections, et aujourd^ui qu'elle est pour toujours séparée du jeune homme sur qui son choix s'était fixé, vers quel port tendrez-vous, oîr elle trouve l'abri qu'il lui faut? et ne devez- vous point, sinon la diriger vers celui qui est le plus voisin, vers celui où je l'accueillerai comme ma fille et comme mon ange sauveur, du moins ne lui fermer d'avance l'entrée d'aucun, et permettre qu'après tant d'orage» elle retrouve peutêtre le repos, l'abri, le bonheur sous notre aile commune, et^ après nous, dans l'amour de mon Ernest? Oh ! si c'était là que la Providence dût nous conduire au travers de tant d^angoiases et après tant de soufl^ances, que ces maux qui m'aocableot me sembleraient légers un jour! que de joie dans mon cœur, que de paix sur ma tombe et sur la vôtre!...

Et vous feriez-vous illusion d'aillem^ sur tant de choses qui sont nécessaires au bonheur de votre fille, et qui rendent si difficile pour elle le choix d'un époux ? Que de conditions^ remplir, que de ménagements à garder, que d'exigences qui découlent de sa situation particulière et presque exceptionnelle ! Ne pas heurter cette délicatesse de sentiments et de goûts qu'elle doit aux directions de M. Prévère ; ne pas Tentralner loin d'une retraite dans laquelle elle a vécu toujours, et pour laquelle elle est née ; ne pas l'arracher du milieu des êtres qu'elle client, dé ceux dont elle est Tappui et la providence, de ces^ pauvres sur lesquels elle règne par Pempire des bienfaits... Que de choses à rencontrer dans le même homme, monsieur Reybaz, dont plusieurs, vous ne pouvez le nier, se rencontrent dans mon Ernest! Dépouillez- vous donc, je vous en conjure, des préventions que vous avez pu nourrir jusqu'ici contre lui, et que la tendresse même que vous portez à votre enfant vous parle en faveur du mien. Ou plutôt, mon cher voisin, unissonsnous pour prendre ensemble le gouvernail de ces deux desti-

nées; du sein de la tempête, effûrçons^iious MiseniM& de cin^ glep Yers de fortunés, riya^es ; et Ik où notre coiiGOurs peict être si puisssant, ne commettons pas nos intérêts les plus chers aux aveug^les et durs caprices du hasard !

Je vous ai ouvert mon âm«, monsieur Reybas^ vott» y li$ez eoffime- moi-même. Le respect et Tamitié que je vous porte m'intevdfsent tout détour, toute feinte ; la douleur et l'angoisse ne me laissent ni le loisârni Tenvie d'apprêter mes discours. J'aurais encore Men des choses à vous dire, bien des motifs à presser; mais ce que n'aura pas fait sur votre coeur la prière d^onemèlre: désolée ou le langage de TOtre propre raison, mes paroles ne sauraient le faire. Que si ma lettre vous trouve favcniile à mes désirs, hâtez-vous de m'en donner Pannooce ; que si elle vous trouve insensible à mavoix et contraire à mes vœux, ne vous hâtez pas de me répondre, demeurez en suspens jusqu'à cet que voue ayez eu le temps de réâédiir; ou plutôt gardez le silence, laissez-moi me débattre dans les tourments, et ne mf'ôtez pas jusqu'à la dernière et mis^able ressource de leurrep mon fîls en m'abusairt moi-même !

Votre dévouée Julie dï la Cour.

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