‹ Le presbytèreChapitre 39 sur 45 · CLXXVIII · texte numérisé non relu

CLXXVIII

LE CHANTRE A M. PRÉVÈRE.

De la cure.

C'est minuit qui vient de frapper, monmeur Prévère. Je tiens la plume depuis quelque couple d'heures, mais sans que la véhémence du tumulte que vous avez soulevé chez un pèr^ déjà rempli de misère m'ait laissé libre de la guider. Je compte néanmoins que, vers le. jour, je pourrai clore et faire partir ce papier, qui vous portera ma volonté bien réfléchie et non moins fixe.

Je me croyais en repos et suffisamment défendu de ce côté où vous avez frappé votre coup suprême, monsieur Prévère ; et, à vrai dire, je l'aurais redouté de quiconque avant que de le craindre de vous. Quand, il y a quelques mois, ces affreuses choses furent Révélées, deux fois j'avais pardonné à ce bourreau

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de ma vie; deux fois j'avais donné ma Louise, la fille de Thérèse, le fruit de ses entrailles et l'unique de mon eœur, à cet enfant relevé dans la boue, et que je n'ai jamais aimé, n'osant le haïr! Je m'estimais donc en règle avec le Créateur, ayant tranché dans le vif de mon orgueil, et labouré, non sans sueur, ma part du champ de la charité. Voici que je n'ai rien fait encore, si je n'amène dans ma famille la tache qui ne se lave pas! si je ne mets dans la couche de ma fille le rejeton d'une chair adultère I si je ne lui donne pour mère, en remplacement de ma Thérèse, la créature chargée de méfaits, vivante encore, et tout infâme de la senteur des cachots ! Arrière alors la charité l Je ne ferai pas ces choses. Dieu est puissant pour contraindre ; mais, à moins qu'il ne brise ma volonté, ce n'est pas moi qui m'aiderai à la ployer. Je n'ai pas lu dans sa loi qu'on n'eût au monde qu'une fille rien que pour la tremper dans la fange, et j'attends qu'il donne ce commandement nouveau, plus nouveau que l'autre. Qu'il parle donc, qu'il frappe, qu'il tonne!... Alors je la livre ; mais, pour que je me porte à ce qui me semble crime, infamie, la voix d'un mortel ne suffit pas, non pas môme la vôtre, monsieur Pré vère, bien qu'accoutumé à y accéder, parce que je la respecte....

Et combien elle vous est peu familière, cette cruauté que vous commettez avec moi, en disant que, pour sauver ma Louise, il faut absolument que je passe sur ce point d'opprobre, que je la précipite moi-même dans ces boues, que Dieu le vent, que c'est mon devoir, et qu'il dépend de moi de l'accomplir!... en me présentant durement ce choix épouvantable, ou de salir le front sans tache de celle que vous appelez un ange, ou d'en être le parricide meurtrier!... NonJ. non! je suis accablé de souffranoe, ma vie est plus misérable que n'est la mort et ses angoisses ; mais je n'en suis pas à cette torture d'enfer que d'avoir à choisir entre cette double horreur... Non ! non! la colère de Dieu a ses bornes; son bras s'impose de ne pas frapper de toute sa force ; il n'a pas jeté sur ce monde de pareilles plaies... Il peut me retirer ma fille, mais il ne peut pas vouloir me la faire acheter au prix de l'infamie... Il me l'ôtera? dites- vous; c'est que ce sera sa volonté, mais non pas ma faute.

Monsieur Prévère , vous accusez mes instincts , mes répugnances ; néanmoins, jusqu'à cette barrière d'opprobre, que, dès l'entrée, je vous ai déclaré ne pas vouloir franchir, je les ai accusés

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