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VIT. — L'AVENIR DE L'INSTITUT

A la constatation de ces résultats, il est donc permis d'affirmer que l'Institut représente un Observatoir écono-

mique, un observatoire agricole, placé au dessus des Nations pour signaler rapidement et exactement tous les phénomènes naturels qui peuvent exercer une action sur la production, pour signaler aussi les faits économiques et sociaux qui survenus dans un ou plusieurs pays, peuvent provoquer une influence bienfaisante et un progrès dans l'Economie politique et sociale des divers peuples de l'Univers.

Les résultats obtenus après 2 ans de plein fonctionnement de l'Institut sont un indice certain de ceux qu'il est susceptible de procurer dans l'avenir, car le présent est plein de l'avenir.

Les promesses les plus belles sont réservées à l'Institut, s'il continue à rester sagement dans le cadre de l'activité qui lui a été tracé par la Convention diplomatique de 1905.

Mais s'il est possible de prévoir la beauté de ses résultats futurs, il ne faut pas oublier, pour ne pas faire naître des espérances exagérées, que Y Institut International d'Agriculture ne pourra rendre que dans la mesure où on lui a prêté.

Son action sera toujours limitée par les principes et les règles qui découlent du programme tracé par la Convention de 1905, par les règlements de l'Assemblée générale et du Comité permanent, par le concours que les Etats voudront lui prêter, et surtout par les possibilités de l'organisation des pays adhérents à l'Institut.

La Convention et les règlements ont nettement exclu du programme de l'Institut un certain nombre de questions

que des esprits généreux, mais utopiques, désiraient et désirent encore y voir introduire.

Il est essentiel, avant tout, d'éliminer tout principe, tout acte, toute tentative qui aurait ou pourrait avoir pour résultat de contraindre un Etat à des modifications dans sa politique intérieure ou extérieure.

On ne saurait trop insister sur ce point que l'Institut de Rome est le résultat d'une Conférence diplomatique. Celle-ci a proposé une Convention à l'approbation et à la ratification des Gouvernements qui s'y étaient fait représenter.

Iyes Etats ne sont donc liés que dans la mesure du programme tracé par la Convention. L,es délégués au Comité permanent doivent et devront donc avoir un tact particulier, une connaissance approfondie de l'esprit et de la lettre de la Convention, pour ne pas faire de propositions qui iraient à l' encontre des intentions ou des intérêts manifestes des Etats représentés. Il est donc nécessaire que les divers organes de décision, d'action et d'exécution de l'Institut : Assemblées Générales, Comité permanent, Présidence et Bureaux aient la prudence et la sagesse de savoir limiter leurs ambitions et leurs aspirations jusqu'au point où même une interprétation trop large des articles des statuts équivaudrait à une violation flagrante de l'esprit et de la lettre de la Convention. C'est pour eux le seul moyen de ne pas engager les Etats dans des voies susceptibles d'entraîner des modifications profondes dans leur économie. C'est pourquoi l'on a soigneusement écarté du programme toute étude

qui, susceptible d'avoir une influence sur le jeu des lois douanières, sanitaires ou autres, pourrait fausser les s}^stèmes des traités et jeter le trouble dans le Commerce international.

Ces réserves sont ^nécessaires d'abord pour tranquilliser les Gouvernements, qui, d'une façon si noble et si spontanée, ont consenti à s'engager sur l'application d'un programme aussi vaste que celui qui a été laissé à l'initiative de l'Institut. Elles sont nécessaires aussi pour bien montrer aux Gouvernements que les délégués qui ont le grand honneur et la responsabilité de les représenter ont une notion claire et précise des devoiis impérieux qui leur incombent, comme aussi des droits et des intérêts dont ils ont la charge. Elles sont indispensables encore pour ne pas provoquer chez certains esprits généreux des espoirs illusoires, pour ne pas laisser croire surtout qu'il suffit d'une nouvelle Institution pour changer la face du genre humain et lui apporter cette panacée universelle à la poursuite de laquelle seuls des esprits utopistes peuvent se lancer.

Cet acte de sagesse une fois accompli, nous ne sommes que plus à l'aise pour affirmer et proclamer hautement et énergiquement notre foi inébranlable dans l'avenir et les hautes destinées de l'Institut de Rome.

La Ville Eternelle qui eut, dans l'antiquité, la gloire et l'honneur de mettre l'agriculture au dessus de tous les

arts et de toutes les fonctions, la Cité Antique, qui promenait à travers le monde, avec la force de ses légionnaires, la puissance créatrice et l'attraction civilisatrice de la production agricole, cette même Ville verra dans l'avenir, nous en sommes convaincus, partir de ses murailles la voix évocatrice du progrès humain au moyen des voies nouvelles ouvertes par l'Institut à l'Agriculture future.

Mais avant d'indiquer les faits qui, à notre sens, pourront s'accomplir dans l'avenir, il est un résultat qu'il importe de mettre en lumière par dessus tout, parce que de sa constatation dépend toute l'évolution bienfaisante qui se produira pour le plus grand profit de l'Agriculture mondiale.

Nous osons prétendre et affirmer que le faitde la création et de l'existence de l'Institut, considéré, isolément et en lui-même, en dehors même de tout résultat positif, constitue un service que jamais jusqu'à ce jour n'avait pu enregistrer l'Histoire diplomatique ou l'histoire économique du Monde.

Réfléchissez, que si les divers Etats du monde avaient consenti rarement à examiner en commun les problèmes qui pourraient viser une question concrète, et à limiter ainsi la portée de leurs engagements, jamais les Gouvernements invités à une Conférence diplomatique n'avaient adhéré à un programme aussi vaste, aussi général que celui que comporte l'Institut ; jamais ils n'avaient consenti à laisser entre les mains d'un organisme international ayant son indépendance et son autonomie, une parcelle de leur pouvoir de dé-

cision. Or. en signant et en ratifiant la Convention de 1905, les Etats se sont engagés moralement et pratiquement à suivre les suggestions, à appliquer les décisions qui résultent du programme très vaste de l'Institut. Ils ont même laissé à T Institut une prérogative unique : celle de proposer à l'adoption des Gouvernements des mesures pour la protection des intérêts communs aux agriculteurs et pour l'amélioration de leurs conditions.

Ce résultat, de nature positive et pratique, sur le domaine des faits économiques et sociaux, ne peut trouver d'analogie, comme importance et comme portée, que dans la création du tribunal international de la Haye.

Encore est-il utile de faire remarquer que ce tribunal n'a qu'une action et une compétence momentanée, tandis que le pouvoir de l'Institut est permanent, son influence et son action s'exercent de façon continue, non plus entre deux Etats en litige, mais sur l'universalité, peut-on dire, des Etats existants dans le monde.

A ce titre seul, la Haute Initiative de S. M. le Roi d'Italie mériterait de passer à la postérité, comme l'exemple le plus frappant et le plus éloquent d'un essai d'entente internationale entre les peuples sur des questions qui mettent en jeu toute la diversité de leurs intérêts économiques.

La haute mission qui est ainsi confiée à l'Institut de Rome l'oblige à ne se laisser aveugler, ni conduire par aucun esprit particulariste, il ne doit pas devenir une arme destinée à assurer le triomphe de l'un ou de l'autre, mais au contraire, au dessus de tous, loin de la mêlée des partis,

intangible et serein, il doit éclairer tous les esprits impartialement.

Aux peuples qui cherchent leurs voies, il doit montrer les voies par où d'autres peuples ont passé et les expériences acquises ; à l'initiative que l'ignorance laisse sans force, il doit donner la science et la vie.

I/ampleur du programme de l'Institut lui impose, en réalité, une tâche énorme, immense, car elle constitue un •cas sans précédent vers la synthèse et la généralisation des intérêts économiques internationaux.

Dès maintenant, tous les Etats sont appelés à une collaboration commune vers la recherche de la Vérité si difficile à saisir, à exprimer, à faire connaître, et la coopération inlassable de tous les Etats sera nécessaire pour accomplir cette œuvre.

En effet, que ce soit en matière de statistique agricole, de maladies des plantes, de renseignements agricoles, d'Institutions économiques et sociales, l'Institut ne peut prétendre à connaître par lui-même le moindre fait, le moindre événement.

L/Institut n'a, peut-on dire, qu'une existence réflexe. Il n'est et ne peut être synthétiquement que le réflexe de l'opinion des Etats qui le composent. Matériellement, il est trop loin des endroits où s'accomplissent les phénomènes.

Seul, livré à lui-même, il serait impuissant.

Mais, de même que le cerveau élabore la Science en partant des impressions recueillies et transmises par les sens, de même l'Institut recevra et élaborera les renseigne-

ments envoyés par les Etats. Son activité et son utilité auront pour mesure maximum l'empressement que mettront les Etats adhérents à le renseigner, à lui fournir la matière de ses travaux.

Se rapprocher du degré maximum de perfection sera l'Idéal vers lequel devra tendre l'Institut.

Au point de vue pratique, qu'il me soit permis, sans trop escompter l'avenir, d'envisager les résultats que l'on est en droit d'attendre de l'activité de l'Institut :

i°) 1/ Institut arrivera fatalement à devenir la Bibliothèque agricole centrale du monde. L,a Bibliographie qu'elle formera tendra à devenir une Bibliographie universelle de sciences agricoles.

L,e législateur, l' économiste, le savant quf voudra étudier une question technique économique ou sociale concernant l'Agriculture d'un pays déterminé trouvera d'un seul coup et spontanément, sans recherches longues et fastidieuses, la synthèse de toutes les publications se référant à cette question.

I^a documentation constituera une partie considérable de son activité. Celle-ci, en effet, d'après les évaluations approximatives, devra porter dans les io premières années sur environ un million d'unités documentaires.

2°) Iya statistique agricole et la statistique commerciale formeront la deuxième étape de l'activité de l'Institut. Des

résultats très encourageants ont déjà obtenus grâce à la compétence et à la méthode du Comité permanent, grâce aussi au zèle et à la compétence des Bureaux.

Mais, en cette matière, les progrès sont subordonnés à la bonne volonté des Gouvernements. Un immense résultat a déjà été obtenu. C'est que le commerce s'habitue de plus en plus à étudier et à prendre en considération les statistiques publiées par l'Institut. De plus, la très grande majorité des Etats sont disposés, même au prix de certains modifications dans leur organisation intérieure, à suivre • les méthodes préconisées par l'Institut. Du jour où sera réalisée l'uniformité des méthodes de relèvement et des évaluations, ce jour, la spéculation devra disparaître, parce que les renseignements officiels publiés jusqu'ici par l'Institut laisseront peu de place à l'action néfaste des renseignements inexacts répandus à dessein par la spéculation.

3°) Les renseignements agricoles et les renseignements sur les maladies des plantes sont appelés également à exercer une action prépondérante sur le progrès de la technique agricole et sur la défense contre la maladie des plantes. Un jour viendra, que je souhaite prochain, où l'Agriculture, devant l'exactitude, la richesse et la variété des renseignements rniversels publiés par l'Institut, s'habituera à consulter cette organisation, chaque fois qu'il s'agira de faire l'expérience: l'un nouveau procédé de culture, d'une nouvelle machine, du de faire l'essai d'un remède contre les maladies des plantes..

L'organisation internationale de la Météorologie agricole, en voie de formation, permettra à l'Institut, sinon de

prévoir, du moins de déterminer les grandes lois de la formation et de l'évolution des plantes sous tous les climats, dans tous les pays.

4°) Les institutions économiques et sociales, enfin, constitueront T aboutissement, la conclusion pratique de cette série d'études, qui mettra en jeu toute l'activité émulatrice des divers Etats.

L'Institut de Rome peut devenir et deviendra, je l'espère, le grand Creuset, où viendront s'élaborer, s'amalgamer, se purifier toutes les idées généreuses qui des quatre coins du monde surgiront pour former le catéchisme nouveau de la solidarité sociale entre les peuples.

En un mot, état exact et régulier des superficies et des cultures, prévision rapide des récoltes, régularisation et stabilité du prix sur le marché mondial, amélioration des conditions de l'existence économique et sociale des populations rurales, tous ces résultats seront obtenus d'autant plus aisément, d'autant plus vite que les Gouvernements auront la conviction que leurs propres progrès sont intimement liés à l'avenir de l'Institut.

Les progrès des uns seront en fonction des progrès! des autres.

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