II
« épargné bien des cruautés en Angleterre, si , de « bonne heure , on se fût rendu plus facile ici sur <( celui de Henri VIIl. Et ne serait-ce pas un grand « bonheur pour l'Europe y si l'empereur quittait sa « femme et pouvait laisser postérité d'une autre ? Caùc « enfin^ il n'est pas difficile de prévoir que l'extinc^ «tion de la maison, d'Autriche peut fout mettre «en combustion^: Disons^en autant de bien des «choses d'une espèce différente, mais du même « genre. »
Ce discours m'a paru assez fort de choses pour vous être rendu toutou long. Il est ^raixjue, pour la légende de Grégoire VU, qui a fait tant de bruit, il n'y a eu aucun dessein marqué de la part du pape. Elle ne fut point faite dans le temps de la canonisation ; c'était une ancienne légende qui depuis longtemps se récitait en Sicile par les moines de son ordre. La faute n'a été -que de l'avoir adoptée trop lég^ement sans examiner d'assez près ce qu'elle contenait. Quant auz jésuites, je ne me suis pas aperçu que, malgré leur quatrième vœu d'obéissance au pape, ils eussent ici un crédit beaucoup plus grand que les autres religieux. Le clergé romain a -ses jansénistes, on en compte même parmi les cardinaux; mais ils sont d'une espèce différente des nôtres. Le jansénisme d'Italie ne roule ni sur le fait ou le droit
t La succession de^Pempereur Charles YI ^ dernier m&le de la maison de Habsbourg en Autriche, mort en octobre 1740, ne tarda pas en effet à allumer en Europe une guerre générale. Le traité d'Âix4a-ChapelIe y mit fin en 1748. ' B. C.
des cinq propositions , ni sur les cent-une ^ ni sur le jargon de la grâce efficace ou suffisante^ mais sur la (juestion de savoir si la décision dupape, ex cathedra j est infisdllible ou n<m.
Je remarque id, en général, que cette ardente vivacité des Français, jointe à la mauvaise habitude de préférer tout haut ce qui se fait chez eux à ce qui se pratique ailleurs, est une des principales causes pour lesquelles ils sont plus mal vus chez Fétranger qu'aucune autre nation. EUe feit dire qu'on ne peut les avoir pourvcompagnons ; qu'ils veulent être maîtres partout, et qu'ils ne parlent que d'un ton despo* tique. Le caractère en dessous de la nation italienne sympathise mal avec nos manières ouvertes et peu circonspectes. Les Italiens prétendent que le caractère général de notre nation est de vouloir toujours parler, quand il nous serait plus avantageux de nous taire ; ils nous trouvent tout à fait dénués de ce sangfroid [flemma] , qu'ils estiment si fort ; ils conviennent que^ quand nous joignons ce flegme à nos autres bonnes qualités, nous valons mieux que d'autres. Tout cela est juste ; mais il est véritable aussi qu'une des causes générales de la haine des autres nations contre la n6tre, est la grande puissance de la France, qui, en même temps qu'elle la fait craindre et ccmsidérer des autres peuples, comme la première de l'Europe, excite l'envie et la jalousie contre tout ce qui porte le nom français.
Je passe de Fai^ticle ci-dessus à celui du népotisme, sur lequel vous savez qu'il n'y a plus grand'chose à
dire^ Ses prérogatives sont bien déchues de ce qu'elles étaient jadis ; autrefois , non-seulement le pape pouvait donner à ses neveux tout ce qu'il voulait de la chambre ecclésiastique et même les fiefs aliénés qui retournaieht à l'État sous son pontificat, mais encore il démembrait en leur faveur, à titre de fiefs, les terres de l'État. C'est des anciens abus du népotisme et du dépouillement de la Chambre apostolique que vient surtout la fortune desÂldobrandini, Borgheses, Panfili, Barberini, et autres. Une pareille conduite ne pouvait manquer de réduire bientôt à rien les papes futurs. On y a coupé court ; je crois que ce fut Pie Y qui abolit les privilèges du népotisme. Si le pape faisait aujourd'hui un pareil abus de sa puissance, son ouvrage serait bientôt détruit par son successeur , et de plus il exposerait sa famille à de grandes persécutions. C'est cependant toujours un très-bon métier que d'être neveu du pape, sans parler du titre de prince qui ne leur manque pas, non plus que les grandes dignités et les grands bénéfices ; tant que leur onde vit, ils disposent de tout sans contradiction, et manient à leur guise les revenus et les effets publics. Us ne sont-pas assez dupes pour oublier d'en faire leur part la meilleure , et quand ils voient que l'oncle tend à sa fin , ils ne manquent pas
i Cet abus se reproduisit sous Clément XIII. Clément XIY fit
oublier jusqu'au nom de népotisme ; mais Pie VI le fit revivre dans
tous ses excès les plus scandaleux , en faveur de ses deux neveux
Onesti , qui échangèrent leur nom contre celui de Brascbi , que portait leur oncle. R. C.
de précautions contre les recherches qu'on pourrait faire à l'avenir. C'en est une sûre que de faire cardinaux ceux qui ont manié les finances y puisque cette dignité les dispense de rendre compte de leur administration. Ainsi un pontificat suffit pour enrichir une famille. Après tout, c'est assez d'avoir aboli les abus excessifs du népotisme ; il ne serait pas d'une bonne politique de pousser trop rigoureusement les recher* ches : Alteri ne feceris qiwd tibi non vis fieri. Chacun est bien aise de pouvoir venir à son tour.
Le prince Corsini est puissant en biens et en dignités, étant né fort riche de patrimoine, outre l'agrandissement que lui a procuré l'élévation de son oncle. Il est aujourd'hui gouverneur de Sicile , et avait été fait gvwA écuyer de don Carlos , alors infant , dès les premiers jours que Clément XII parvint au pontificat. Le pape garda le silence alors sur l'affaire de Parme et de Plaisance, dont le saint-siége prétend avoir seul le droit de donner l'investiture ; ce qui fit soupçonner à quelques gens qu'il sacrifiait l'intérêt de sa couronne à celui de son neveu. Ce neveu a la réputation d'homme de mérite : l'autre neveu, le cardinal Corsini, n'a que celle de bonhomme : quoique toutes les affaires soient sous son gouvernement, on ne lui attribue pas pour cela plus de capacité ; aussi sont-elles assez mal régies. La considération qu'a aujourd'hui le cardinal neveu ne subsistera qu'autant. que durera la vie de son oncle. Il pourrait cependant savoir s'en conserver, par le moyen de tant de créatures de Qémeut XII , qui sont aujour-
d'hui dans le sacré collège, et qui devraient le rendre maître du choix du successeur. Le pape actuel est un prince faible ; mais cela pourrait-il être autrement à l'âge qu'il a de quatre-vingt-sept ou quatre- vingt* huit ans, aveugle depuis les premières années de son règne, et aujourd'hui moribond et hors d'état de sortir de son lit? Il est vrai néanmoins que , dans la force de son âge, c'était un homme très-considéré et très-dignè de l'être par sa naissance, son esprit et la noblesse de ses manières. Étant cardinal, il était le plus magnifique seigneur de Rome, et tenait un plus grand état qu'aucun autre du sacré collège. J'ai oui dire qu'il s'affligeait souvent de l'impuissance oùil se voyait de remettre sur un meilleur pied les affaires, et de ce que plus il était devenu grand seigneur, plus il s'était trouvé mal à son aise. Son stato, disait-il, un ricco AbbàteyUn comodo Prelato, un povero Cardinale ed un Papa spiantato. Il ne laisse pas, malgré ses infirmités, de travailler encore comme il peut. Le cardinal Passionei , secrétaire des Brefs, m'a dit que plusieurs foi$ la semaine il va, entre six et sept heures du matin, lui porter les requêtes et affaires ; quand il a donné sa décision, on met en marge de la requête lAnnuit sanctissi-mus y et on lui pose la main sur l'endroit où il doit signer; mais vous sentez qu'on ne lui dit que ce qu'on veut. J'étais un jour chez le pape, me disait encore ce • même cardinal , lorsqu'il survint un message de la part de ses neveux, pour quelque chose qui apparemment ne lui plaisait pas. Je m'aperçus
INQUISITÏON, ETC. 169
qu'il bataillait^ «t enfiii il s'écria brusquement comme à son ordinaire : «Oh bien!qù% fassent « donc comme ils Tentendront , puisque aussi bien «ils sont les maîtres. » Après tout^ que peilt faire, avec les meilleures intentions du monde/ un pauvre vieux souverain, qui ne peut plus se remuer ni voir les choses par lui-^méme ? Il faut souvent moins s'en prendre des abus aux gouverneurs mêmes qu'au vice intrinsèque de la forme du gouvernement. A ce propos, j'ai ouï conter que, quand le palais Altieri fut achevé, les Altieri, neveux de Clément X, invitèrent leur oncle à le venir voir. Il s'y fit porter, et d'aussi loin qu'il aperçut la magnificence et Fétendue de cette superbe fabrique, il rebroussa chemin le cœur serré, satLs dire un seul mot, et mourut peu après; De la manière dont on parle ici de Benoit XIII, les choses devaient encore être sur un bien plus mauvais pied de son temps. L'opinion qu^ontde lui eeux qui l'ont connu ne répond point du tout à celle que j'ai souvent vu qu'on en avait en France. Voltaire a jugé à propos de le canoniser disins âa Henriade :
Des Ursins de nos jour& a mérité diss temples.
Et son ordre pourra bien le faire canoniser tout de bon àRom e, quoique le publicfasse aujourd'huLcontre lui le rôle de l'avocat du diable. Il est vrai qu'il avait beaucoup de dévotion ; niais toute sa piété était monacale, et ne consistait qu'à marmotter des oremtis. Le père Cloche^ général des dominicains, qui le con«
160 XLII.— A M. i'ABBÉ CORTOIS DE QUINCEY.
naissait bien, disait de lui: // cardinale Orsint è corne il cornodacacciay durOy torto e mtoto; c'était un caractère gauche et opiniâtre, sans extérieur, sans dignité et tout pétri de qualités contradictoires, il ne manquait pas d'esprit, quoiqu'il fût fort sot ; il se mettait à genoux par humilité dans son cabinet^ quand il écrivait à son général, et il était d'une vanité insupportable sur sa naissance. Etant archevêque de Bénévent, il ne cessait de déclamer contre les abominations de Rome ; mais, ajoutait-il, ces désordres n'osent se montrer ici, où commande un homme de mon nom. Il allait, depuis qu'il fut pape, se faire donner la discipline à son couvent par un petit frère, en récitant les sept psaumes; mais /il laissait vendre publiquement toutes les choses spirituelles par Goscia; et, quand on lui faisait voir le scandale de la conduite de ce misérable, il répondait froidement : Ah ! che qiœsto e niente. Rien n'a jamais pu le faire revenir de sa prévention pour cet homme. On dit que le fripon lui fit un jour donner avis sous main qu'il était enfermé dans sa chambre avec des filles (chose qui lui arrivait souvent) ; le pape y cou» rut tout eûfroqué , et ayant regardé par le trou de la serrure, vit Goscia prosterné aux pieds d'un crucifix, et s'en retourna dans son appartement, en pleurant de tendresse. Il avait défendu les perruques dans son diocèse de Bénévent; on l'avertit que l'abbé Entieri, Florentin, qui m'a conté le fait, et qui passait souvent à Bénévent , en portait une ; il le fit excommunier par son aumônier. C'est un may-
vais meuble à avoir sur le corps, en Italie , qu'une ^communication ! Entieri s'en alla le trouver. Le cardinal, ne songeant plus à cela, le reçut fort bien; quand il fut question d'aller à la messe, Entieri s'en défendit comme excommunié, et lui raconta de quoi il s'agissait, ajoutant que, n'étant point du diocèse de Bénévent, il n'était point sujet à la défense. « Cela est juste, dit le cardinal, et qui est-ce qui vous a excommunié?— C'est votre aumônier, répondit Tautre. — Commient ! reprit-il, c'est un coquin qui ne m'a pas dit que vous n'étiez pas du diocèse ! qu'on m'excommunie cet homme-là ! » Et il fit excommunier son aumônier. Je ne finirais pas, si je voulsds vous raconter toutes les histoires que j'ai oui faire sur son compte. £n un mot c'était un bon frate^ mais un pitoyable ponte fice; il était si connaisseur en bonnes choses, qu'on eut bien de la peine à l'empêcher de faire mettre un enduit sur les grandes peintures de Raphaél, au Vatican, pour y faire peindre la vie de la Vierge, par un barbouilleur de Bénévent. Cela ne l'a pas empêché de faire des miracles de son vivant ; du moins j'ai vu le Père Bremont, dominicain, homme de bon sens d'ailleurs, me jurer de très-bonne foi lui en avoir vu faire, tant est grande la prévention en tous états pour l'honneur de la robe qu'on porte ; car il est vrai et très-vrai que le Père Bremont a de l'esprit, du sens et de la raison autant qu'on en peut désirer. Mais que voulez-vous? Il écrit la vie de ce bon Benoit. On se passionne pour son sujet; et puis. croyezvous que ce n'est rien que d'avoir un saint de plus à
la Minerve, encore un saint qui a été pape, et dans un temps où les saints déviennent si rares? On ne songeait guère à lui au conclave où on le nomma ; ce fut Olivieri qui fit ce pas de clerc. Les cardinaux ne pouvaient s'accorder ; Oi^sini lui fit un jour un sermon, très-pathétique sur le scandale des intrigues. Olivieri dit : « Prenons ce bon moine; c'est un homme de grand nom, sans vices, pieux et simple ;,nous le gouvernerons à notre fantaisie. >> Quelqu'un lui objecta : «Mais que feriez- vous de ce Coscia qui le mène par le nez? » — > Bon, reprit Olivieri, Coscia est un Abbatuccio qui se tiendra tout heureux 4^ s'en aller avec un bénéfice de 1,S00 écusde rente, ce On sut bien dire ensuite à Olivieri qu'il le mit donc^ dehors à ces conditions. Pour Benoit XIII, il se fit tout de bon tenir à quatre pour accepter la tiare, et n'en voulait point par humilité ; il mourut le soir du mardi-gras. On vint annoncer sa mort à l'opéra ; sur-le-champ on baissa. laMle, et le peuple, après s'être écrié : a Bon ! il n'ya plus qu'à aUer brûler Coscia,» sortit du théâtre pour exécuter son projet. Le bélitre aurait été mis en pièces s'il ne se fût promptement évadé par une porte de derrière ; toute sa maison fut pillée.
Son prédécesseur, Innocent XIII, de la maison Conti, l'une des quatre grandes de Rome (Orsini, Colonna, Conti, Savelli ; mais les Crescenzi^ Altieri, Giustiniani et autres, qui ne pensent pas èire moins que ces quatre, n'admettraient pas volontiers cette distinction); Innocent XJII, dis-je, était le nieilleur souverain dont on entende parler aujourd'hui. Les
Romains ne cessent d'en faire l'éloge, et de regretter le peu de durée de son pontificat^ qui ne fut que de trente inois^ On dit que iout commençait à se régler à merveille sous son règne; que l'abondance était grande; la police parfaite; les grands et le peuple également contents. Ce fut lui qui réunit au s'aintr siège la ville de Gomacçhio, tju'il n'avsSt jainais été possible défaire rendreaux Allemands, depuis qu'ils s'en étaient empajués. Il n'a jamais fait que deux ear<* dinaux, Alexandre Albani et Dubois. On prétend qu'il eut tant de regret de ce dernier, quand il sut quel garnement a'était, que ce chagrin avançade beaucoup ses jours. Ce qu'il y a de vrai, e'est qu'à sa mort il laissa plusieurs chapeaux vacants, qu'il ne voulut jamais remplir, quoiqu'on l'ea pressât . beaucoup, disant qu'il n'en avait que trop nommé : il n'a rien fait du tout de particulier pour sa famille.
Quant à Clément XI, on le taxe ici de beaucoup d'iUiCapacité ; et c'est à son long règne que Ion attri*bue la perte de la politique romaine, que les Italiens avouent Unanimement aller en décadence. Je lîe puis vous dire en quoi ni pourquoi,, n'en étant pas assez informé. Je me souviens seulement d'un conte que me fit de lui, à Bologne, le cardinal Lambertini. Clément se plaignait un jour à lui de tant d'affaires fâcheuses qui arrivaient sous son pontificat ; Lambertini lui répondît que c'étaient les disputes qu'on avait en France sur la bulle Unigenitus qui le chagrinaient ainsi. «Eh I non, reprit le pape, ce n'estpas cela ; ce sont ce» troupes allemandes qui désolent
rÉtat ecclésiastique. Si la foi se perd en France, il reviendra mille ap6tres pour la reprècher ; mais quand la soldatesque aura ruiné notre pays, tous les apôtres du monde n'y feront pas revenir un chou. S'il n'a pas été bon politique, en récompense il a laissé un neveu qui en-sait diablement sur ce chapitre (Annibal Albani, le camerlingue). C'est un maître homme et un terrible hotnme ; je ne crois pas que Satan soit plus craint en enfer qu'il l'est ici. Quoique ce soit à la malhabileté de Clément XI qu'on attribue la perte de la politique romaine, ne serait-il pas plus raisonnable de remonter à une cause plus éloignée ? Si le crédit du pontife se perd de jour en jour, c'est que la façon de penser qui l'avait fait naître se perd aussi chaque jour. Je ne parle-pas des siècles où les papes excommuniaient les rois à qui ils faisaient la guerre ; déliaient leurs sujets du serment de fidélité ; alléguaient à tout propos le bel argument des deux clefs de saint Pierre , l'une pour le spirituel^ l'autre pour le temporel ; marchaient sur la tète de Frédéric , ou se faisaient gravement apporter un globe terrestre, pour distribuer , au moyen d'une ligne tracée , les contrées des pauvres Indiens , aux rois d'Espagne ^t de Portugal ; je parle d'un temps plus rapproché de nous. Remarquons la différence sur cet article, entre le temps d'Henri IV et le nôtre. Aujourd'hui lé proverbe dit qu'il faut baiser les pieds au saint -père et lui lier les mains; mais il semble que l'on soit encore plus exact à s'acquitter du second de ces devoirs que du premier. Malgré
cela y un potitife habile sera toujours en état de se faire rechercher^ de jouer un grand et très-grand rôle dans TEurope, par sa qualité toujours pacifique, par la neutralité exacte qu'il doit garder entre tous les princes dont il se dit le père commun ; par son éclat, inéme comme prince temporel (car c'est en vérité un grapd et puissant souverain, et que serait* ce si cette puissance était bien administrée ?) par la prééminence qui ne lui est contestée par personne et qui , dans les négociations , coupe court à toutes les disputes s^r le rang et le cérémonial, par lesquelles les plus grandes affaires sont souvent retardées et quelquefois manquées, même par le vieux respect que les nations ont pour son nom et qui lui devien-^ drait d'un plus sûr usage, aujourd'hui qu'il n'est plus dans le ca^d'en abuser* Par là, le pape devrait se regarder comme le véritable Amphictyon de^ l'Europe et faire de sa cour la cour générale des né* gociations^ le centre commun où se régleraient tous les intérêts des puissances , sous sa médiation et son autorité. Personne ne la refuserait, s'il était habile et sans partialité, pas même peut-être la plupart des princes protestants, qui ne le haïssent point aujourd'hui comme il y a deux siècles.. Ainsi , ce qu'il a perdu d'un côté , il peut le regagner de l'autre en suivant ses propres intérêts, qui consistent à accorder tout le monde, et en s'attachant à prévenir les guerres et à tenir les princes en paix. Quand une fois il y a guerre , il ne peut y jouer qu*un fort méchant rôle , n'étant ni d'état à prendre parti , ni dans une
lee XUL— A M. L'ABBÉ CORTOIS DE QUINCEY.
position à pouvoir éloigneif de son pays les calamités. 11 ne peut guère survenir de brouillerié en Europe, que ritalie ne soit des premières en feu ; elors TËtat de rÉglise, malgré sa neutralité, e^t foulé mal et méchamment. Chacun se. fournit où il peut et aux dépens de qui il appartient. Il n'y a qu'à voir comment MM. de Bologne se trouvèrent de la dernière querelle àe^ maisons de France et d'Autriche. Tout cela n'est que roses et fleurs , en ^comparaison de ce qui peut arriver un de ces jours , quand la maison d'Autriche se trouvera éteinte païf la mort de l'Empereur ; il y a une Famese par le monde , avec qui les choses ne se passeront pas doucement ^ Alors malheur aux bonnes gens, qui auront tout autouf d'eux la Lombardie, la Toscane et Naples I
Ce n'est pas que lé pape ne pût avoir des places et des troupes suffisantes pour sa propre défense; mais de quelle manière la fèront-èUes cette défense ? Les troupes du pape feront toujours les troupes dû pape. Qu'est-ce que dés guerriers qui n'ont de leur vie guerroyé ? Tout son plan ne doit jamais être que^l'avoir la paix perpétuelle et la capacité de la maintenir.
Le tribunal de Monte-Citorio est comme le bail^ liage de Rome ; c'est là que se portent les causes en première instance , et c'est d'où lui vient son nom
* Elisabeth F^rDese, nièce do duc de Parme, seconde femme de Philippe V, morte en 4766. Qn a dit de cette priocesse qu'elle aYait la fierté d'un Spartiate, Topiniâtreté d'un Anglais, la finesse italienne et la vivacité française. R. C.
Mons Citatorius. Les lieutenants en sont MonsignorL Lé tribunal de la Rote est comme le parlement ; on y juge au ^souverain les causes qui s' lèvent pour intérêts temporels, entre les ecclésiastiques de tous les pays papistes, «autres que la France. Ce* pendant il y a un auditeur de Rôte français, parce qu'il peut y avoir un procès, dans lequel un national français serait demandeur contre un étranger justiciable de la Rote. C'est la règle commune. Les iaïuditeurs ou conseillers sont au nombre de douze : un Français, un Allemand, deux Espagiiols ', trois Romains, tîn Rolonais, un Ferrarais, un Milanais, un Floîfentin, un Vénitien. Oh ne m'a point dit qu'il y en eût de Napolitain :-il feut que j'en demande la raison. Leur forme de juger est bilen différente de la nôtre. Des douze auditeurs, il n'y en a à chaque affaire que quatre qui jugent; et cela par tour , selon une règle qu'ils ont entre eux : un cinquième rapporte, et n'apas voix délibéra tive. Une des parties donne ses mémoires un jour ; le lendemain l'autre partie les réponses, et le surlendemain, sans faute, on rapporte et on jugé. Mais tout n'est pas fait. Ce premier jugement n'est qu'une décision motivée, et les parties peuvent fournir des griefs contre le motif de la décision. Là-dessus nouvelle décision motivée de la part des juges, et nouveaux griefs de la' part des parties. Enfin y pour la troisième fois, arrêt définitif, à moins que la partie condamnée n'obtienne de faire revoir son procès par le pape même , à la Segnatitra.
Les trois conservateurs du peuple romain sont des espèces de jurats ou de eapitouls. On les choisit dans le corps de la noblesse romaine ; ils tiennent leurs séances dans une s^Ue du Capitole ; leur habillement de cérémonie est un pourpoint rouge, et pardessus une robe ouvragée de moire d'or, ouverte par-devant.
Je me ferais scrupule, mon bel abbé, de finir ^ette lettre sans vous y ajouter quelque chose sur les cérémonies ecclésiastiques. Voici un petit détail de la fonction ordinaire des dernières fêtes. La veille dé Nod, le pape donna , selon l'usage , un superbe rcgnlo aux Éminences du sacré collège, qui devaient se trouver à la messe de miùuit. La soirée a débuté par un très-nombreux concert et un oratorio en mijsique, dans la salle royale, aprè^ lequel on a iservi une collation splendide, qui, même au dire de l'abbé de Périgny, pourrait être appelée un bon souper. On avait dressé sur une longue table assez étroite une file de surtouts ou dormants, agréablement formés en glaces, fleurs et fruits artificiels^ accompagnés de deux autres files de grosses pièces réelles ou imitées, desalades, légumes, confitures, compotes, etc. ; le tout n'étant/quasi que pour la représentation et pour former un service permanent : c'était la collation splendide. Voici le bon souper : un grand architridin en soutane violette, à cause de l'a vent, debout vers le haut de la table, y faisait la fonction de servir les mets, que des maîtres -d'hôtel subalternes, non moins violets que lui , posaient sur la table plat
à plat y jamais qu'un à la fois. Pendant que Ton en mangeait un, il en découpait et servait un autre par portions que Ton allait présenter : cette manière de servir un grand repas est commode et sans embarras» Presque tous les plats qui ont suivi les potages étaient jie très-beaux poissons de mer; il ne s'est trouvé à cette collation qu'environ une douzaine de cardinaux. J'y étais comme spectateur avec urfe grande foule de regardants. Nous faisions la conversation y milord Stafford et moi , avec les cardinaux Aquaviva et de Tencin. Ce dernier voyant près de lui le cardinal - vicaire Guadagni^ bon moine, carme bigot, vraie figure desulpicien, dévorer en toute humilité un esturgeon et boire comme un templier , s'est retourné de son côté, en considérant son visage pâle, et lui a dit d'un ton attendri et papelard : La stuiEmifienza stapoco bency e mi par che non mongia. Après le souper^ les cardinaux, ayant pris leura habits d'église, sont allés à la chapelle Sixtine , où Passionei , qui n'avait pas voulu se trouver au souper^^a officié pontificalement à matines et à la messe, toujours nu-tète , rasé de frais , sans peri^que ni calotte^ malgré la saison. Pour le pauvre Guadagni, il avait tant jeûné qu'il s'est trouvé mal d'inanition durant matines : il a fallu l'emporter. J'entendais le peuple derrière moi dire : c( Hélas 1 voyez ce saint homme, ce sont les austérités et les macérations qui le mettent en cet état. ))C'est notre cardinal de Tencin qui a fait à Saint-Pierre l'office pontifical du jour
de Noël ; il s'est tiré de la cérémonie avec éloge. Il n. 10
170 XLIII.--A Mi DE QUINTIN.
y a eu aussi pendant les fêtes grande fonction à Sainte-Marie-Majeure. J'ai remarqué que ^ quand il y a cérémonie dans une église , le cardinal du titre fait les.honneurs aux autres, et se -met au dernier rang*
XLIIL — A M. DE QUINTIN.
Suite du séjour à Rome.
Ne retardons pas plus longtemps le désir extrême que vous avels de voir Saint-Pierre ; mais ne ferais-je pas mieux de vous y laisser aller seul, et de me contenter du peu que j'en ai dit ci-^devant, dans une lettre à Neuillyî Comment oserai-je entamer une notice abrégée de ce que contient^ ce miraculeux édifice? les descriptions que l'on en a faites en tant de volumes^ formeraient une petite bibliothèque ; c'est bien pis que la galerie du grand- duc. Jetonsnous néanmoins un moment ^ dans cet abime de i^er^ veilles de l'art. J'aurais honte de vous décrire tant de choses de moindre valeur, sans dire un mot de celle-ci. Je commence par vous avertir que vous pouvez y venir tous les jours de votre vie, sans erainte de vous en lasser ; il y a toujours quelque nouvelle remarque à faire ; ce n'est qu'après un certain nombre dé visites qu'on est pleinement satisfait. Je conseillerai cependant de n'y aller qu'aux jburs où le soleil est pur et serein ; les temps obscurs ne
SÉJOUR A ROME. m
lui sont paR favorables, m en général à quelque édifice que ce soit.
La route la plus courte, pour aller de la place d'Espagne à Saint-Pierre (et ce fut justement par où je débutai à mon arrivée) ne donne pas une grande idée de Rome. On traverse quantité de rues mal bâties ; ce n'est qu'au pont Saint* Ange que Ton commence à se reconnaître. J'ai parlé ailleurs de ce pont, de 6a balustrade, de ses dix statuts de marbre, et du château Saint- Ange, reste informe du superbe mausolée d'Adrien. Yous n'ignorez pas que c'est la forteresse de Rome. J'ai bien moins de plaisir à le voir muni de ses cinq bastions, qu'à me' le figurer tel qu'il était autrefois en tour à trois étages, entouré de portiques en colonnades et de j^tues. Le méchant pape Alexandre VI a-fait fabriquer un très-long corridor-brut, qui ccmnnunique au palais Vatican, par lequel, en cas de surprise, le pape pourrait se réfugier da palais à la forteresse*. Dépense inutile, aujourd'hui que les papes^ n'habitent plus ce palais, eiqu'étant respectés de leurs sujets et unanimement honorés de tous les princes de TËurope^ depuis qu'ils se renferment sagement dans l'exercice de leur pouvoir légitime au dehors^ et d'un gouvememëht fort modéré au dedans. Us n'ont plus à redouter de sédi« tions populaires ni d'hostilités étrangèi'es. Si ce corridor était plus large et plus droite la place serait toute trouvée pour en faire la galerie des antiques.
A la sortie du pont Saint- Apge, on tire sur la gauche droit à l'ég^se, dont on aperçoit la façade
17î XLIII.— A M. DE QUINTIN.
en peifepective, de telle manière qu*il semble qu'on Taille toucher de la main. Vous êtes tout étonné de voir ensuite l'intervalle qui vous eh sépare, et de grandes places que l'on n^avâit pas aperçues d'abord.
Cet intervalle et l'emplacement de l'église étaient autrefois occupés par le tombeau de Scipion, le cirque de Néron, et par un temple d'ApoUôn. Dès le temps des anciens peuples latins, il se rendait ici des oracles, Vaticinium, ubi vates canebant. Il s'y en rend aujourd'hui de plus fameux que jamais ; si bien que le lieu semble prédestiné de tout temps à être Vatican.
Donnez vos ordres au plus tôt, pour que l'on ouvré tout le terrain depuis le pont jusqu'à la colonnade^, en abattant les vilaines petites maisons qui séparent la rue BorgOrVecchio de la rue TVanspontine, et plantant cet espace d'une belle avenue d'arbres, ou, si l'on en veut faire les frais, d'une colonnade; De quelque manière que ce soit, il faut changer ou orner cett« vilaine place carrée, qui fait une ignoble queue à la place ronde, la plus superbe de l'univers, à ce que je crois; car je doute que l'AlBÎeydan d'Ispahan, que je n'ai pas vu et que je ne verrai jamais, la surpasse^; et certainement les places Saint-Marc^ Vendôme, Bellecourt, etc. , n'en approchent pas. La place ronde est formée^ 1*" par deux portiques semi-circulaires, chacun de quatre
1 Le plan en était arrêté et allait recevoir son exécution lors de U chute de Napoléon, en 4814. R. G.
rangs de colonnes doriques, sur lesquelles règne une terrasse bordée de balustrade», dont chaque acrotère porte une statue. Alexandre Vil a fait faire cette admirable colonnade, Fun des plus beaux monuments de l'architecture moderne, par le Bemin. Les carrosses peuvent passer entre les intervalles des colonnes ; 2° par les galeries droites qui joignent les portiques à la façade du temple, qui fait le fond de la place. L'obélisque du cirque de Néron, élevé par Fontana, est au centre. Je ne puis me lasser de voir les deux fontaines jaillissantes qui l'accompagnent, ni d'en parler. Quoique l'obélisque soit un très-bel objet et qu'il ne puisse être mieux placé pour luimême, je ne sais si je n'aimerais pas encore mieux qu'il n'y fût pas, parce qu'il interrompt le coup d'œil du.portail.
Mille gens ont pris les mesures de l'édifice, mais peu d'entre eux s'accordent bien juste sur les dimensions. Le résultat circum circa de ces différentes dimensions est que le temple n'a pas beaucoup moins de six cents pieds de long, plus de quatre cents de largeur à la croisée, et près de cent cinquante de hauteur sous la voûte des nefs.
Tout ce que vous connaissez de célèbres architectes romains et florentins y ont épuisé leur savoir pendant près de deux siècles : le Bramante et Vignole ont eu la plus grande part au dedans; Lorenzetto aux revêtissements extérieurs, qui sont d'une excellente beauté ; le dôme^ chef-d'œuvre de
Michel- Ange, est la plus belle partie : Jacques délia n. 10.
Porta et Fontana en ont eu l'exécution ; le portail, par Charles Maderne, est la moindre, non' qu'il ne soit beau, mais le reste le surpasse. On aurait pu faire ici quelque chose de' mieux, dans le goût de la basilique d'Antonin ou du Panthéon, ou de ces beau;^ temples à colonnes cannelées, dont Yitruve donne les règles et la description. Ce portail est un prodigieux ordre corinthien à colonnes, comprenant tout d'une pièce deux vastes péristyles, dont l'inférieur a ses portes et arcades ioniques de brèche violette. Le corinthien porte une architrave, un fronton, un troisième péristyle enattiqueà pilastres, couronné par treize colosses, Jésus- Christ et les douze apôtres. Mais qu'ai-je besoin de vous dire ceci, tandis que vous pouvez avoir les yeux sur l'estampe? Les colosses sont si élevés, qu'encore que quelques pans de leurs draperies soient figurés en maçonnerie de brique, cette grossièreté ne fait aucun mauvais effet d'en bas.
Avant que d'entrer dans l'église, on trouve un atrium ou vaste péristyle pavé de marbre, terminé par deux salons : la statue équestre de Constantin est placée dans celui de la droite. C'est aussi à droite qu'est la porte murée, qu'on ouvre en cérémonie pour le jubilé, et qui rime fort mal avec les quatre autres ; celle du milieu est de bronze, chargée de basreliefs. Au-dessus du premier péristyle, il 7^ en a un second très-superbe en fenêtres, colonnes extérieures et balustrades ; c'est une immense galerie, où l'on bâtit des logements en bois pour les cardinaux, dans
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le temps du condave. «Paurais bien voulu placer ici la galerie de statues antiques^ si ce n'était la maxime : Non sunt miscenda sacra profanis. Au-dessus du second péristyle, il y en a un troisième dans Tattique du portail. Je ne sais ce que contient celui-ci, n'y étant point entré.
Je vous l'ai déjà dit : le preinier aspect de l'église ne frappe point, . parce que tout y est en sa place, dans une admirable proportion. Une voûte aiguë à la gothique, ou des arcs fori hardis pris dans un long diamètre d'ovale, étonneront davantage au premier coup d'œîl. Ici voyez, revoyez et vou^ serez toujours plus content. Gôx^jsidérez une partie simple et sa grandeur, vous jugerez du total, et vous admirerez par quel art ces énormes parties ne présentent rien de gigantesque, quoique mises sous les y eus: mêmes. Quand Slodtz, sculpteur français, eut fait placer, il y a quelques semaines, sa statue de saint Bruno dans une des niches des piliers^ je lui dis que l'acige qui présente. la mitre à saint Bruno était petit et mesquin. « Gela est vrai, me dit-il, je le reconnais à « présent; mais cette église est si trompeuse I J'ai <i néanmoins donné onze pieds de hauteur à cet K enfant. >t
La nef n'a dé chaque côté que quatre arcades, divisées par cinq piliers, chaque arc portant deux statues assises sur le cintre ; chaque pilier revêtu de deux pilastres composites cannelés, séparés par une niche. Ces niches sont destinées aux statues colossales de fondateurs d'ordres religieux, sans aucune
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distinction d'ancienneté ; les premières prêtes ont été placées dans les premières niches. Les dominicains, les minimes, les chartreux, et quelques autres ordres ont déjà fait placer leurs révérends pères fondateurs; le surplus des niches garde l'expectative. Les revètissements des çiliérs sont pour quelques-uns en marbre, la plupart en stuc, chargés de bas-reliefs et d'ornements d'un grand goût. Dans les nefs collatérales, chaque division marquée par im des grands piliers forme une chapelle, ayant ses colonnes et sa coupole. D'autres chapelles fermées forment une double collatérale, qui ne parait point, au coup d'œil intérieur, faire corps avec l'église. C'est dans l'une de jces chapelles fermées que les chanoines font l'office ; le grand choeur ne sert qu'aux jours pontificaux. La plupart des mausolées sont adossés aux grands piliers, dans les nefs collatérales» Ces mausolées sont de la dernière magnificence et du"plus grand goût, surtout ceux de Grégoire XIII, de la comtesse Mathilde, de la reine Christine, de Léon XI, d'Innocent XI, et ceux de Paul III et d'Urbain VIII, au fond du chevet.
Tout le pavé est de marbres de couleur à beaux compartiments ; la voûte de stuc et mosaïques dorés ; l'arc des cintres qui entrent souç le dôme est plus que demi -cercle; il se récourbe un peu vers la naissance, effet que les uns blâment et que les autres approuvent. Les quatre monstrueux pihers du centre, qui portent le dôme, sont revêtus en même symétrie que les autres de pilastres cannelés, redoublés dans
les ressauts. L'angle est recoupé àpans du côté du maltre-autel et orné d'une tribune à colonnes iorses, balcon et baldaquin, et au-dessous une grande statue sur son piédestal, dans une niche entourée d'une balustrade. Les escaliers par où l'on descend dans l'église souterraine sont derrière ces statues. Il y a aussi un autre escalier pareil «ous le maltre-autel. Les quatre évangélistes sont peints en mosaïque, dans les angles au-dessus de la corniche corinthienne, et au-dessous du dôme. Tout le pourtour commence à se former sanis interruption, par une grande frise circulaire, sur laquelle les niots : Tu es- Petrus et super hanc petranhy etc., écrits en mosaïque sur un fond d'or, se lisent facilement du bas. Les lettres de cette inscription ont quatre pieds et demi de haut. Le dôme commence à s'élever -^au-dessus de la frise, par un grand ordre de pilastres composites, architraves sur des piédestaux, et par-dessus une espèce d'attîque, d'où part la haute calotte, bien plus belle et mieux proportionnée que celle du Panthéon : elle est ornée de stucs et de peintures mosaïques. Le centre est ouvert en rond. par le bas d'une petite lanterne, dont la partie supérieure porte la pointe, faisant la cime de l'édifice, terminée par la grosse boule de cuivre surmontée d'une croix. Je fus merveilleusement surpris, étant au-dessus du dôme, de voir que cette petite lanterne était percée, dans son contour, de seize grandes croisées par où l'on regarde le bas de l'église, comme le fond d'im abîme.
Le maltre^autel est entouré par derrière d^UAe bai*lustrade de marbre et de bronze doré, chjargée d'une quantité de lampes d'argent, qui n'y font pas un bel effet. Je. dis par derrière, car la face principale de Vautel regarde le fond de l'église , selon l'anden usage ; de sorte que le pape, lorsqu'il y célèbre la messe^ a le visage tourné du c6té de celui des assistants. Il nomma le cardinal de Tencin pour la dire en sa place le jour de No A ; celui^-ci se tira d'affaire avec l'applaudissement public, ayant à merveille cbanté son latin, selon la prononciation italienne : miki dommouSy etc. Le fameux baldaquin du maîtreautel à colonnes torses, bas-reliefs, statues et pentes festonnées, le tout de bronze, n'a pas besoin ^ue j'en fasse ici l'éloge : son mérite est assez connu ; c'est le plus beau jet de fonte qu'il y ait au monde. Il ne faut pas dire moins de bien de la chaire de Saint- Pierre, soutenue par quatre Pères de l'Eglise, surmontée d'un Saint-Esprit au milieu d'une gloire rayonnante, accompagnée d'anges ; le tout aussi de bronze et d'un volume prodigieux. Elle est appliquée contre le fond du temple, où elle fait un merveilleux effet, surtout au coucher du soleil, lorsqu'il darde sa lumière au travers des vitres par les vides de la gloire de cristal jaune. Je ne vous parle pas de deux superbes mausolées qui garnissent le fond du temple de chaque c6té de la chaire. Il faut voir les estampes de tout cela, qui ne sont pas rares; je souhaiterais que vous pussiez avoir sous les yeux un fidèle et joli tableau de tout l'intérieur du temple.
que Pannini vient de peindre pour le cardinal de Polignac : ce morceau est tout à fait bien exécuté pour le détail , la vérité, le coloris vague, la perspective et la distribution delà lumière.
Quand il s'agit de vues de bjSttiments et de perspective,oti trouve encore en Italie des peintres entendus dans ce genre'particulier . Mais il en est un qu'on a poussé plus loin dans ce siècle^ci qu'il ne l'avait jamais été, celui des mosaïques. Puisque vous demandez d^ètre instruit avec quelque étendue de cette espèce de fabrique en peintures, je consens à consacrera ce sujet imé lettre particulière. On a pris le bon parti d'ôter d'ici tous les tableaux d'autels, où l'bumidité naturelle du terrain les faisait périr, et de les remplacer par ces magnifiques copies en mo^ salques, des plus belles peintures des meilleurs maîtres ; car on ne s'est point assujetti à recopier, en chaque place, le même original qu'on en venait d'ôter j à moins qu'il n'en méritât la peine. Tels sont, par exemple, le Saint Pierre marchant sur les eaux, de Lanfranc, et l'admirable PétroniUe, du Guercbin, aufond.de la croisée, à main droite. On remplacera les originaux médiocres par des copies des plus célèbres originaux qui soient ailleurs. De cette manière, il n'y aura rien ici en peinture qui ne soit digne d'y avoir place ; on y peut rassembler une vingtaine des plus fameux tableaux. Ceux auxquels on travaille actuellement dans de grandes halles voisines sont la Transfiguration et la Communion de saint Jérôme ; soit que l'on regarde ces pièces qui
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vont être posées^ 4)u celles que l'on vient d'enlever, on ne peut revenir de la surprise que cause leur énorme grandeur, pour n'être que de simples tableaux [d'autels, et l'on juge mieux, à mon gré, de la grandeur de l'église dans ces halles que dans l'église même.
Lorsque vous aurez assez considéré les deux çroi-' sées qui paraissent être deux églises méti*opolitainès, nous repasserons dans la collatérale gauche, dont l'examen ne nous retiendra pas aussi longtemps que celui de la droite, étant beaucoup moins ornée ; cette partie du temple n'est pas encore finie en dedans. Les ouvriers y travaillent, mais lentement, à ce qu'il m'a paru. C'est par. ici que se trouve l'escalier qui monte au dôme, et les cellules des pénitents/ pilant du marbre pour le salut de leur &me et la rémission de leurs péchés. La promenade au-dessus des toits est tout à fait agréable ; outre le grand air et la belle vue, on y trouve des statues, des logements, de grands et petits dômes, des colonnades, etc., on se glisse ensuite entre les calottes du grand dôme ^ car un dôme ne peut être en belle forme sans en avoir deux, la courbure de l'intérieur ne devant pas être la même que celle du dehors. L'escalier rampe sur la calotte inférieure ; mais il y a un endroit fort plaisant à monter, où là courbure est en dessous, si bien que l'on monte le corps peuché en arrière, en se guindant au moyen des appuis- main. Au-dessus du dôme on trouve la lanterne ; puis on s'insinue dans une espèce de colonne creuse, façon d'étui, conte*
nant un escalier assez mal plaisant. De ce point, on monte dans la boule, par une échelle de fer toute droite. Alors on aperçoit, comme Saucho Pansa^ la terre grosse comme un .pois, et les hommes comme des feuilles de chêne, qui marchent dessus. On me conta qu'il y a quelques années, pendant que deux religieux espagnols étaient dans la boule, survint un tremblement de terre, qui la faisait aller en cadence. On ne peut pas être, mieux glté que dans cette boule, pour sentir un tremblement y à cause de la longueur du levier ; un de ces pauvres moines en mourut de frayeur sur la place. Je ne sais combien messieurs les faiseurs de relations comptent qu'il entrerait de compagnies d'infanterie dans cette boule; il est certain qu'on y pourrait entasser grand nombre dé personnes, si on les y mettait les unes sur les autres^ comme des sacs de blé. Sans cela peu de gens pourraient y entrer à la fois, à moins que de se mettre à cheval sur les barres de fer qui la traversent en tout sens, pour la soutenir: sa forme ronde ne laisse pas d'espace à plusieurs personnes, pour s*y tenir facilement debout.
Ne quittez pas le dôme, je vous prie, sans en avoir fait le tour en dehors sur- la saillie des corniches. Il n'y a pas de garde-fous ; aussi les fous n'y vont-ils pas : témoin Lacurne, qui pensa le devenir en me voyant faire cette promenade d'un air aisé. Au reste, je n'avais garde de commettre imprudemment ma précieuse personne, je savais qu'il n'y avait rien à craindre ; outre qu'on s'appuie toujours d'une main