‹ Le président de Brosses en ItalieChapitre 15 sur 26 · II · texte numérisé non relu

II

U^ JCLV.—A M. t)E QUINTIN.

num^ bâti par le roi Tullus Hostilius. Entendezvoiis? Ceci n'est pas de fraîche date ; mais ce n'est rien encore. C'est dans ce cachot que fut jeté Jugurtha, après le triomphe de Marins, et où on le laissa mourir de faim ; c'est là que Cicéron fit étrangler Lentulus^ Céthégus et autres complices de Catilina. Jugez avec quelle avidité j'y suis descendu pour voir le spectre du roi de Numidie. Le lieu est encore, mot pour mot, tel que le décrit Salluste. Saint Pierre y a été mis en prison ; mais c'est un fait récent dont je ne vous parle pas : c'est de notre temps.

Cette voûte, les équarries des fondations duÇapitôle et les' magnifiques égouts d'Ancus Martius sont les plus anciens restes des bâtiments de Rome, au temps des rois. Les restes de ces égouts sont encore étonnants par la grandeur de l'ouvrage entrepris par un si petit prince et par un si petit peiiple. Ils sont construits de grandes pierres cai^rées, et le canal est assez large pour qu'un chariot puisse y passer. C'est un meurtre qu'on ait laissé détruire en cent endroits des canaux qui contribueraient beaucoup à la propreté et â la salubrité de l'air à Rome.

Autre chose .lamentable à voir à Sainte-Martine, où se tient l'école des peintres, c'est le crâne original de mon cher Raphaël. Hélas ! je l'ai vu et manié de mes propres mains d'un air pitoyable ; je crois, en vérité, que cette tête de mort est plus jolie que les autres ^ Dans cette petite église, autrefois temple

i On sait maHitenant que ce crâne n'était pas celui de Raphaël ,

de Mars, vous verrez une bonne architecture, un joli dôme, un riche tabernacle, de bonnes statues et deux ou trois bons tableaux.

Près" de là, vous trouverez quelques autres bâtiments antiques, sur lesquels il faut jeter un coup d'œil pour l'amour de l'antiquité /tels que Saint- Adrien, avAveîoisV jErarium où Trésor public ; Saint- C6me-et-Saint-Damien, jadis petit temple rond de Rémus et de Komulus : on ne leur avait pas fait beaucoup de façons. Mais ne nous arrêtons pas à ceci , ayant trop de belles choses à considérer tout autour, sans sortir du Forum; et d'abord, à quatre pas dé vous, le beau portique corinthien du temple d'Antonin et de Faustine, avec son excellente frise : les colonnes de ce portique, qui peut-être ont toujours été trop courtes, le paraissent encore plus ' aujourd'hui, que le sol en s' élevant les a enterrées. C'est bien pis à l'arc de Septime Sévère, près de la montée du Capitole ; au temple de Jupiter Tonnant et à celui de la Concorde, sur la colline même ; l'arc de Sévère est enterré presque jusqu'à la corniche de la grande porte du milieu, et à peu près jusqu'au sommet du cintre dés deux petites portes des deux côtés, où l'on ne passe plus du tout.

Ce que l'on voit de ce bel arc d'ordre composite en marbre blanc, orné de colonnes cannelées, basreliefs, inscriptions, etc., est assez gâté et mal tenu ; les statues et autres grands ornements du sommet

mais bien celui d'un certain Adjutori, chancûne du Panthéon, mort longtemps après Raphaël R. G.

ne subsistent plus ; les bas-reliefs représentant les victoires de Sévère , la fuite d'Arban et des Parthes, des assauts donnés aux villes conquises, des machines de guerre et autres appareils y sont un peu mesquins et confus. Les restes des colonnes dés deux temples ci - dessus sont pareillement enterrés plus ou moins. Il reste du temple de Jupiter Tonnant trois colonnes corinthiennes cannelées, extrêmement belles et surmontées d'un riche entablement : elles forment l'angle d'un portique. Au temple de la Concorde, un portique presque «ntier, de huit colonnes ioniques de granit, dont les chapiteaux et l'architrave sont de marbre de Paros. Plus loin , dans le Campo-Vaccinô,. on voit une excellente colonne corinthienne cannelée toute seule*.

Plus loin encore, trois colonnes pareilles et admirablement belles, portant une frise chargée d'ornements en bas-reliefs d'une beauté exquise. Parmi les antiques, il n'y a rien au-dessus de ceci ; ces trois colonnes faisaient partie du temple de Jupiter Stator. Si la colonne semblable isolée * en est aussi , il faut supposer qu'il était extrêmement vaste ; je crois plutôt qu'elle appartenait à quelque basilique, ou à quelque portique ouvert, bâti dans la place pour la commodité du peuple. A droite, derrière l'église de Sainte-Marie-Libératrice, près du mont Palatin, on voit quelques restes de pignons d'anciennes murailles faisant partie de la tribune aux harangues, autre-

1 La colonne de Phocas, dont le piédestal a été découvert au mois de mars 4813, sous radministralion française. R. C

meut Rosira. En un mot , tout ce grand espace y depuis le. Capitole jusqu'à l'arc de Tite, formant autrefois le Forum romanurriy aujourd'hui Campo- Vaccino, n'est plein que de restes des plus beaux bâtiments antiques, les uns par terre , les autres debout , mais qui seront bientôt par terre ; j'ai regret surtout au fragment de Jupiter Stator : c'est la plus belle chose du monde. Du reste , tout ceci est fort confus et mal entretenu ; la place même est un vrai désordre, une vraie ruine ; on y a planté une grande allée d'arbres mal venus , qui lui donnent l'air encore plus champêtre et désert. Il est étonnant que , faisant autant de dépense que l'on en fait ici pour rendre cette ville magnifique, on n'ait pas encore adopté un plan pour déblayer cette vaste place, lui donner une forme, déterrer, rétablir, conserver les anciens monuments dont elle est remplie , et donner un bel aspect à ce lieu , qui contient tant de belles^ choses a.nciennes et modernes.

Quoiqu'il soit assez vraisemblable que le nom actuel de la place, Campo- Vaccino, puisse être traduit du latin, Forum boarium^ qui se trouve dans le voisinage, et qu'en effet l'on tienne ici le marché aux bœufs et aux vaches, n'allez pas croire, je vouî prie, que l'un des noms ait donné naissance à l'autie. Ce-* lui de Campus Vaccinus est très-ancien , et même plus que celui de Forum romanum , à ce que l'on peut induire de Tite-Live, qui raconte que sur ce terrain était autrefois une grande maison appartenant à Vitruvius Vaccus, laquelle, pour cause de féir. U.

lonie commise par le propriétaire, fut rasée en 423, et la place confisquée au profit du public.

Tout en faisant cette digression étymologique, je vous ai amené jusqu'aux ruines du temple de la Paix, autrefois élevé par Vespasien , le plus grand et le plus magnifique des anciens temples de Rome. La figure de ce temple se conjecture assez bien par ce qui en reste. Il formait un carré long de plus de trois cents pieds d'une face, et de plus de deux cents de l'autre : chaque face cintrée en niche profonde dans son milieu ; la face d'entrée revêtue d'un portique de six ou huit colonnes surmontées d'une architrave et d'un vaste tympan qui tenait toute la face. L'intérieur formait une longue nef et deux collatérales surbaissées; chacune des collatérales faisant trois chapelles (celle du milieu plus profonde que les autres, à cause du cintre) , tout ouvertes sur la nef par leurs arcades, divisées par quatre gros murs. A chaque extrémité du mur , lïne prodigieuse colonne corinthienne de marbre deParos cannelée ; en tout huit colonnes, quatre de chaque côté, formant les deux files de la nef ; chacune portant son architrave et sa corniche , d'où partaient les naissances de la haute voûte de la nef. Toutes les voûtes étaient ornées de mosaïques, rosaces et culs-de-lampe de bronze. On y avait rassemblé toutes les richesses prises dans le temple de Jérusalem et dans l'Orient, outre quantité de statues , parmi lesquelles nous savons qu'était celle du Nil , entourée de seize petits eîxfants marquant, à ce que l'on croit , l'inondation

ordinaire du fleuve, à s^eize coudées d'exhaussement. Il ne reste de ce fameux temple que la collatérale gauche, formant quatre murs perpendiculaires à la nefj et les trois chapelles avec leurs Ajoutes ; aux ex^ trémités des murs , les débris des colonnes, de leurs architraves, et les naissances de la grande voûte. On a 6té la seule de ces colonnes qui restait entière, et on l'a posée, avec son architrave , sur un beau piédestal, isolée au milieu de la place Sainte-Marie- Majeure. Je ne puis vous dire ce qu'était «e temple; mais seidement que cette colonne isolée est la plus belle chose en architecture qui existe dans tout l'univers ; qu'elle me donne autant et peut - être plus de satisfaction à la vue qu'aucun autre édifice complet , quel qu'il soit, ancien ou moderne , en me présentant l'idée du plus haut degré de perfection où l'art soit jamais parvenu. Il y a une quinzaine de jours que le tonnerre est tombé sur cette colonne ; au diable soit de l'étourdi ^ il a cassé tout àet un des angles delà corniche à feuilles d'acanthe. Il faudra de beaux échafauds pour le replacer. Si l'on fouillait dans les ruines du temple, peut-être y trouverait-on quelque autre colonne pareille ; et , dans toute cette étendue du Campo-Vaccino, si l'on voulait l'orner et lui donner une forme , en renversant les terres à cet effet, on rencontrerait sans doute une infinité de choses admirables ; mais on craint probablement de déranger le public par ces travaux, dans un lieu très-fréquenté *.

^ Ce vœu a failli être exaucé en 4^825. M. Demicloff oITrait d*en-

On voit au palais Faraese la base d'une des colonnes de ce temple , sur Tune des faces de laquelle est l'inscription suivante :

Paci. seternae. domus. Âugustae.

Les noms de plusieurs officiers qui avaient suivi Yespasien à la guerre de Judée sont écrits sur une autre face.

Je me suis un peu étendu sur ce temple de la Paix, comme je J'ai fait dans une lettre précédente sur le Panthéon, et comme je le ferai en quelques autres endroits, qui me présenteront une forme singulière.

Revenons sur nos pas, nous sortirons de la place ensemble par l'arc de Titus , en passant devant Sainte- Françoise Romaine, joli portail à pilastres corinthiens par le Lombardi, où la sainte a im riche tombeau de marbres précieux, fait sur les dessins du Bernin. Les restes du Temphim Veneris et Romœ, sont dans un jardin derrière cette église.

L'arc de Titus, quoique petit, est le meilleur de ceux qui sont ici ; on prétend qu'il était à trois portes : ce que je n'ai aucun penchant à croire. Les rosaces du plafond et les bas-reliefs sculptés sont d'un excellent goût ; mais, par malheur, à demi e£Ea.cés par le

lever les terres qui couvrent le Forum ; od voulait bien lui permettre (^*emp1oyer cinq cents galériens, auxquels il aurait donné cinq bajocchi par jour. La chose était arrêtée, lorsque le cardinalvicaire, M. Della-Genga (devenu pape sous le nom de Léon XII) fit tout manquer, par une susceptibilité peu digne d*un homme d*esprit comme lui. R. G.

temps : ils représentent le triomphe de Titus après la prise de Jérusalem. On y distingue encore le chandelier à sept branches, la table chargée des pains de proposition, le char du triomphateur, etc. Vous voilà devant le Colisée, monsieur ; qu'en ditesvous?

Que tout l'univers ressente Un respect plein d'épouvante !

En vérité, je crois qu'il est difficile de se trouver pour la première fois au milieu de ces augustes solitudes du Colisée et des Terme Antoniane^ sans ressentir dans l'âme quelque petit saisissement, à la vue de la vieille majesté de leurs antiques masses révérées et abandonnées. Les galeries de l'enveloppe extérieure du Colisée servent encore néanmoins de refuge aux petits marchands, qui étalent sur des perches, fichées dans ces trous, d'où je vous ai dit que l'on avait tiré les tenons de bronze du sein des blocs de pierrç. Il ne subsiste plus qu'un demi-cercle de cette enveloppe extérieure, à quatre prodigieux étages d'architecture en arcades et colonnes, le premier étage en partie enterré. Elle se soutient par sa propre masse, malgré le peu de soin que l'on en a, malgré les grosses pierres qui pendent des sublimes corniches ; elle ne demanderait pas mieux que d'être raccommodée. Les basses galeries intérieures conservent leur cercle entier ; mais elles sont tout à fait délabrées et font une triste mine. Dans l'arène, qui est une assez grande place, à peine discerne-t-on

rancienne figure des gradins qui, au rapport des historiens^ contenaient quatre-vingt-dix mille spectateurs. Je n'ai pas de peine à le croire, puisque l'amphithéâtre de Vérone, qui n'est guère que le tiers de celui-ci, en contient environ trente mille. Les Romains, à la vue de l'amphithéâtre de Vérone, que les habitants ont si bien réparé, doivent avoir honte de laisser le leur dans un tel désordre, lui qui est tout autrement vaste et célèbre, et qui a conservé la moitié de sa plus belle partie ; avantage que n'a pas celui de Vérone, où il ne reste quasi plus rien de l'enveloppe extérieure. Mon projet (car je suis fertile en projets) serait de réduire le Colisée en demiamphithéâtre, d'abattre le reste dés cintres du côté du mont Gœlius, de rétablir dans son ancienne forme l'autre moitié qu'on laisserait subsister, et de faire de l'arène une belle place publique. Ne vaut-il pas mieux avoir un demi-Colisée en bon état que de l'avoir tout entier en guenilles. Et qui vous empêche, messieurs les Romains, de mettre au milieu de cette place une vaste fontaine ou même un lac, pour vous redonner un air d'ancienne naumachie?

L'arc de triomphe de Constantin, à trois portes, ferait une des entrées de la place. On l'a fort bien réparé dans ce siècle-ci ; les barbares avaient coupé la tête â toutes les statues; on leur en a fait de neuves; on a raccommodé les ^bas-reliefs, rejoint les pièces de marbre ; en un mot, quoique cet arc soit mélangé de bon et de mauvais goût (car au temps de Constantin on travaillait misérablement, et les

bonnes pièces sont celles de l'arc de Trajan, qu'on détruisit pour les employer ici), c'est aujourd'hui l'upe des principales antiques de Rome et des mieux conservées.

Voyez-vous près de l'arc de Constantin cette pauvre porte cochère ronde et basse? Prosternez - vous, Quintin, c'est la porta de la feue maison de Cicéron. La place par où le naaitre de la république romaine rentrait chez lui, précédé de douze licteurs et suivi de deux mille chevaliers romains, n'est plus que. le ehéiïi atrium de quelque vigneron. Qu'est-ce que de nous? cela fait peur.

Pour achever la visite des restés d'antiquités sur notre droite, nous pouvons aller donner un coup d'oeil aux vastes ruines des thermes de Titus, où Raphaél a bien fait son profit à copier > d'après l'antique, des ornements en mosaïque et arabesques, avant qu'ils ne fussent entièrement détruits, comme cela est arrivé depuis. C'est là que l'on a trouvé le Méléagre couleur d'ivoire et le groupe du Laocoon , i que j'estime par-dessus toutes autres antiques, On . voit dans ce lieu plusieurs hautes voûtes qui se communiquent les unes aux autres. Les anciens conduits qui apportaient l'eau aux thermes et les réservoirs subsistent en partie près de San-Martino. Ce sont de grandes salles qîii communiquent entre elles par de petites portes basses, disposées obliquement pour rompre le coup de l'eau. Les murs sont revêtus d'un mastic si dur, qu'on n'en peut qu'à grande peine arracher de petits morceaux. Derrière les thermes

est l'église de Saint-Pierre-aux-Liens, grand vaisseau à deux rangs de colonnes antiques de marbre blanc, et célèbre surtout par le tombeau de Jules II, où est le Moïse de Michel-Ange, l'une de ses plus fameuses statues. Il est presque colossal, assis avec une longue tunique, une chaussure à la barbare, une longue barbe jusqu'à la ceinture, deux bouts de cornes en saillie et une vraie physionomie de bouc. Les bras sont nus et. fortement musclés ; toute cette statue est belle et savante à la vérité ; mais, ainsi que , presque tous les ouvrages de Michel- Ange, rude et [ sans goût. Le tombeau est en entier de marbre blanc, à pilastres et à niches garnies de statues ^ Il y a dans l'église divers autres tombeaux, quelques bonnes peintures modernes et quelques autres de manière ancienne. Dans le cloître, un puits, dont la margelle est sculptée sur les dessins de Michel- Ange. Remarquez aussi un siège de marbre des thermes de Titus ; au rapport de Suétone, il y en avait seize cents pareils à celui-ci.

Revenons du côté du mont Gœlius.Les ruines prodigieuses que vous voyez sur cette montagne sont celles de la Curia Hostiliay brûlée par la fureur du peuple à la pompe funèbre de Glodius, tué par Milon. Les églises Saint- Jean-et-Saint-Paul, et de Saint-

* On voit au rez-de-chaussée du Louvre, salle des sculptures de la Renaissance , deux esclaves de la main de Michel-Ange, et qu^il destinait à ce tombeau. Un Strozzi en 6t cadeau au connétable de Montmorency ; son fils ayant eu la tète tranchée, le cardinal de Richelieu s'empara de ces deux belles statues , et plus tard elles devinrent la propriété du maréchal de ce nom. R. G.

Grégoire en occupent une partie ; Saint-Jean-et- Saint-Paul a Tair très-antique au dehors ; il faut la voir au dedans pour ses deux files de colonnes et son pavé de porphyre. Saint-Grégoire a un bel et grand portail ; mais son meilleur endroit est une chapelle isolée de l'église, oùleGuid^ et le Dominiquin ont peint à renvi l'histoire du martyre de saint André , en deux fresques excellentes, par malheur aujourd'hui presque à demî effacées. J'en ai mieux jugé par quelques belles copies qui s'en trouvent ailleurs qu'à la vue des originaux même ; je donnerais la préférence à l'ouvrage du Dominiquin. . La villa Mattei ^ mérite fort que nous nous y ari'êtions. Leu jardins sont vastes et découverts; on y a la vue des immenses ruines de l'Antoniane. Le bâtiment n'est point mal, et, de plus, le portique et l'intérieur des appartements sont remplis de bonnes statues antiques.

On me montra d'abord , sous le portique , une statue dé Bocchus, roi de Mauritanie, dont Je m'emparai au plus vite pour mon Salluste. A. vous dire vrai néanmoins, je crois que la principale raison qui l'a fait ériger en roi de Mauritanie , c'est qu'il est d'une pierre fort noire; son bonnet recourbé en avant me donne lieu de soupçonner que c'est plutôt ici quelque honnête roi phrygien. La famille des Antonins tient ici le haut bout. Antonin-Pie, Marc- Aurèle, L.Verus, iElius, THercule Commode, l'An- ^

^ Elle appartenait, cb 1831, au prince de'la Paix , don Emmanuel Godoif. R. C.

tinoûs, le Jules-César sacrifiant, sont d'excellentes statues, ainsi que le groupe de Brutus et de Porcia, le buste de T Amazone, celui du Silène, Id muse Thalie et la belle Livia Augusti, autrement nommée Pudicitia, couverte de la tète aux pieds d^une longue draperie, qu'elle relève d'une main. Il y a dans le jardin quelques anciennes statues moins pudiques. En vérité, ce sont de grandes femmes tout à fait»

Tout le jardin est bien peuplé de termes, d'urnes et autres restes d'antiquités ; il y a même un obélisque égyptien, petit à la vérité et rajusté de deux morceaux qui ne paraissent pas venir de la même pièce, l'un ayant des hiéroglyphes et l'autre non. On dit qu'il vient de Tancien Capitole.

San-Stefano Rotondo est aujourd'hui tel à peu près qu'il était autrefois, temple de l'empereur Claude, ou, selon d'autres, de Jupiter Peregrinus, sphérique à trois rangs de colonnes et un portique au-devant. n n'y manque qu'un des rangs de colonnes ; c'est une belle antique et bien conservée. Le Pomarancio * et Tempesta y ont peint d'assez belles fresques.

Ne négligeons pas d'aller voir au prieuré de Malte*, sur le mont Aventin, une urne sépulcrale, où le mort est représenté au milieu des neuf muses avec leurs attributs : c'est une fort jolie idée.

A la descente du mont Aventin, ne cherchez plus datis la place où était le grand cirque qu'un grand

1 Cîrcignani Niccolb de Pomarance.

* Ëglise de Santa-Maria del Priorato di Malta. R. C.

SÊJOtJR A ROME. âS5

mauvais marais barlong, à qui les restes des fondations des gradins servent de clôture.

Plusieurs objets de curiosité peuvent déterminer nos Excellences à sortir de la ville par la porte Capène, du côté de Saint-Sébastien : !<> ledit saint, à cause de son portique dorique à colonnes accouplées et de ses fresques d'Antoine Carracheet de Lanfranc. Les catacombes, dont je ne vous parlerai plus pour

vous en avoir déjà trop parlé; le tombeau des

Sellions transformé en celui des Sept Dormants (des martyrs); la grosse tour majestueuse du tombeau de. Gaecilia Metella, femme de Grassus^ aujoard'bui appelée Capo diBove; un reste du cirque de Caracalla ; un petit temple des Muses près de Saint- Urbain, qui a son portique de colonnes corinthiennes cânneléeiï; enfin, la Caffarélla, c'est-à-dire

la grotte de la ny^lphe Egérie, où le saint roi Numa avait des révélatiobs, comme en doit avoir tout bon et honnête législateur.

Des deux Saint-Paul hors dés murs, Fun est une petite église ovale à dôme, au dedans de laquelle est

xm beau tableau du Guide; .dans le voisinage

quelques fonteiiûes ornées de maiî'bre ; l'autre * est un des vastes édifices de Rome, plus grand même, à ce qu'il me semble, que Saint-Pierre. On en aurait pu

^ On sait que ceUe basilique, la plus aricienneclela clirétienté, a été affreusement ravagée et à peu près détruit^ par un incendie, dans la nuit du 4.5 au 16 juillet 4823. Depuis lors, à la suite de longs travaux et avec des offrandes recueillies de partout, on est parvenu à restaurer cette église. R^ C.

faire quelque chose de superbe, s'il n'eût été construit du temps de Constantin, qui était un plat empereur et de très-mauvais goût. Tel qu'e^ ce temple, il ne laisse pas que d'être encore fort auguste par le genre des matériaux qu'on y a employés.

Pour bâtir cette église, on a détruit l'admirable mausolée d'Adrien, composé de trois tours de marbre blanc en gradins, l'une sur l'autre, chacune entourée d'un portique d'énormes colonnes corinthiennes canneléei^; entre chaque colonne une statue, et pour couronnement à la cime une urne surmontée d'une pomme de pin, où les cendres d'Adrien étaient renfermées. De ce merveilleux ouvrage il ne reste sur place que la grosse tour inférieure ; c'est le château Saint- Ange.

Bélisaire , forcé dans Rome par les barbares qui l'assiégeaient, se retira dans ce mausolée, où les munitions de guerre lui manquant, il cassa les statues pour se servir des morceaux de marbre à . sa défense ; je jurerais que c'est ce qui lui a porté malheur et l'a fait mourir si gueux. La pomme de pin est au jardin du Belvédère; les colonnes furent enljevées par Constantin pour orner Saint-Paul. On en fit d'abord un portique bai'bare , quasi-gothique ainsi que tout le reste de l'édifice, où, au lieu de recouvrir les colonnes. de plates-bandes de marbre, avec un bel entablement, on a formé chaque intervalle par de petits cintrea indignes.

Malgré ceci, on reste stupéfait à la vue de l'énorme croisée et des cinq nefs, divisées par une

forêt de quatre files de colonnes en marbre blanc de Paros, alb&tre, cipolin, brèche, africain, granit, etc. Presque toute la croisée est en porphyre, ainsi que le baldaquin du grand autel. On a depuis peu corn* mencé à repolir quelques-unes de ces colonnes ; ce sont des marbres exquis ; quoiqu'on les ait mises fort près les unes des autres , on n'a pu épuiser toute la dépouille du mausolée. Il reste environ deux cents colonnes entières ou brisées, éparses çà et là, aux environs.

Rendrons par la porte Saint-Paul, qui touche la pyramide de Cestius : ce n'est qu'un très-petit diminutif, de celles d'Egypte. Eh récompense , elle est toute de quartiers de marbre de Paros, et parfaitement conservée. Les Romains étaient donc bien riches? Un simple triumvir epulonum avoir un pareil tombeau!

Quel monarque y a-t-il eu en Europe dont le mausolée ait autant coûté? Le marquis Galli, l'un des conservateurs de Rome , m'a fait le plaisir de venir avecLegouz et moi visiter ce sépulcre, et de faire apporter les clefs de l'intérieur. Nous nous faisions une fête d'examiner ces fameuses petites peintures antiques, connues sous le nom de figurines de Cestius. Mais, ma foi I tout est effacé, on n'y discerne presque plus rien ; vous aurez plus de satisfaction à les voir dans les estampes qui en ont été gravées , avant que l'humidité du lieu, l'air extérieur qui s'y est introduit, la fumée des torches et autres accidents, eussent achevé d'altérer l'ouvrage.

Après les Égyptiens , nulle nation ne parait avoir eu autant que les Romains le goût de se construire de belles habitations, pour le temps où ils n'existe*raient plus. Voyez ce qu'a fait ici un simple particulier. Tous les grands chemins autour de la ville étaient de même bordés de grands mausolées ; ceux des Égyptiens ont plus de grandeur et de solidité ; ceux des Romains plus d'ornementiSy de variété et de bon goût. Si la dépense de ceux-là est immense, celle de ceux-ci ne laisse pas que d'être grande et beaucoup mieux employée. Ce n'étaient pas toujours des pyramides, mais aussi des dômes, de grosses tours solides , de riches piliers en sculpture, surmonté» d'une urne cinéraire, de vastes bâtiments environnés de portiques et de promenades publiques plantées d'arbres. Quoi de, plus beau que ce mausolée d'Adrien , que celui d'Auguste , d'une construction presque pareille, grosse tour ronde , à quatre étages d'architecture , chaque étage diminuant de diamètre en forme de gradins, et pour comble un petit temple sphérique en colonnade ouverte, soutenant un dôme! L'étage inférieur du mausolée d'Auguste et la naissance du second subsistent près le port de Ripetta.

N'oublions pas le fameux Septizonium , édifice à sept rangs de colonnes, l'un sur l'autre , bâti par Septime -Sévère; il dominait tous les autre» monu menls de Rome. Sixte-Quint le fit démolir et employa ses colonnes à l'ornement de Saint-Pierre.

Voici une autre antiquité , qui , si elle n'est pas belle, est en revanche plus singulière et surprenante

que pas une autre. Une montagne, j.e dis une montagne véritable et spacieuse, toute de pots cassés. L'herbe dont elle est recouverte croit sur un petit demi- doigt de terre que les pluies y ont déposée à la longue. Le reste, de la cime au pied , n'est que de morceaux grands ou petits de pots déterre, ss^ns mélange d'aucune autre espèce de matière quelconque. Nous nous obstinâmes près de deux heures , Legouz et moi, à fouiller avec des pioches en différents endroits, sans être parvenus à trouver autre chose. Chaque morceau est curviligne, portant l'empreinte de la roue du potier.

Il se cassait bien de la poterie à Rome , dans une ville cinq ou six fois plus remplie de populace quene l'est Paris ; mais de croire , comme quelques gens le prétendent ici, que l'on s'en allait ramassant toutes les pièces dans les différents quartiers de la ville , pour les porter là, cela n'a pas l'apparence du sens commui^. Si, d'un autre côté., ce lieu eût été le dépôt où l'on conduisait autrefois tous les déblayements et balayures des rues^ il s'y trouverait à la vérité quantité de poterie cassée , mais mélangée de toutes sortes d'autres matières ; ce qui n'est point ici. Il me parait donc hors de doute qu'il ne se trouve ici que de la poterie neuve ; que les potiers, avaient tous leurs manufactures dans ce quartier sur le bord du Tibre, à cause du voisinage de l'eau nécessaire à leurs fabriques ; et que, jetant dans cet endroit tous les débris des pièces cassées ou manquées à la manufacture, ils en, ont construit à la longue la plus

extraordinaire montagne de l'anivers. Comment croire, me direz-vous, que ceci ait pu suffire à faire une montagne ? Mon ami, il faut bien le croire quand on le voit. Je vous dirai, de plus , que la montagne était plus grosse qu'elle n'est aujourd'hui ; car, depuis longues années , on voiture de ces têts , au lieu de gravier, sur les grands chemins autour de la vîUe. La chose s'éloignera moins du vraisemblable, quand nous ferons attention que, quelque fréquent que soit parmi nous l'usage de la poterie de terre , il l'était encore infiniment plus chez les anciens Romains , et que, non-seulement ils fabriquaient en cette matière quantité d'ustensiles de ménage que nous faisons de cuivre ou d'argent , mais encore certaines grosse? pièces hors d'usage parmi nous en cette forme ; leurs bouteilles, leurs tonneaux, leurs urnes cinéraires , trois articles suffisants pour multiplier l'espèce au point où nous le voyons. Le vin se conserve à merveille dans le Monte-Testaccio, au pied duquel on a creusé et voûté une longue suite de caves.

Il se fait tard, en vérité, et notre course d'aujourd'hui a été énorme, malgré les belles promesses que vous m'aviez faites en partant. Regagnons notre gîte en repassant sous l'arc de Constantin. Attendez-moi là jusqu'à demain matin ; je reviendrai vous montrer le reste des antiquités de ce canton, car vous n'êtes pas au bout; mais il ne faut pas tout dire à la fois.

Poètes épiqaes.—Antiqaaires.-^Bibliotlièqae Vatiçane. — Père Fouqaet, missionnaire à la Chine.

Vous donnez au Tasse la prééminence sur tous les autres poëtes italiens, mon cher Neuilly ; les gens de ce pays-ci ne seraient pas tout à fait de votre avis, ils {)réfèrent l'Arioste. Quand vous leur direz que le poème de la Jérusalem est plus sage, plus noble, mieux construit, en un mot, un vrai pôôme épique renfermé dans une unité d'action, ce que n'est pas Je Roland, chargé d'une si grande multiplicité d'intérêts et de personnages divers, ils vous répondront que vous pouvez, si vous le voulez, ne pas appeler le Roland un poème épique, mais un poôme divin. Je èuis de leur avis sur cette préférence ; l'Arioste fait mes délices perpétuelles : je ne puis le quitter depuis que je suis en état de l'entendre. Quel poôte est plus poôte que celui-ci? Quel autre a jamais possédé le talent de narrer avec plus de grâce, de naturel et de facilité? Quel homme a jamais mieux su manier sa langue dans tous les tons, sublime, moral, tendre, noble ou badin ? Qui a su mieux peindre les situations , enchaîner les événements , perdre et retrouver, d'une façon plus naturelle, un si grand

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