‹ Le président de Brosses en ItalieChapitre 19 sur 26 · II · texte numérisé non relu

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belle méthode de peinture n'est admirable à pratiquer que dans le très-grand. On a voulu faire ainsi des portraits et autres petits tableaux à portée de la vue ; malgré le soin que l'on prend alors d'employer de fort petites chevilles, je n'ai jamais trouvé que la réussite ait été bonne.

Vous sentez que le grand avantage de oette méthode est la beauté d'un coloris à L'abri de toute injure de l'air; que si par accident le tableau venait à se gâter ou & se ternir à l'avenir, oq hi serait quitte pour le repolir. Il ne faut pas craindre d'user la couleur ; il y en a aussi épais que la longueur de la cheville. On a exécuté de ^^ette mMiière^ pour les autels des chapelles à Saint-Pierre^ laPétronilley du Guerchin, le Saint Pierre marchant sur les eaux, de Lanfranc , la Communion de saint Jérôme, du Dominiquin, et quelques autres. On va travailler à la Transfiguration de RaphaeL En vérité, ce serait une dépense digne du roi que de faire venir ces ouvriers, et de faire exécuter dans quelque vaste galerie àVer^ sailles les grandes fresques de Raphaël , telles que la Bataille de Constantin, l'Incendie del Borgo, l' Attila, rÉcole d'Athènes, l'Héliodore, le Saint Pierre en prison et ses beaux plafonds de Psyché à la Lon" gara ; il aurait des ouvrages plus beaux que les originaux, dont le coloris est aujourd'hw fort gâté.

Revenant aux mosaïques, vous êtes sans d<»ite un peu en peine de savoir comment on place ces masses énormes de tableaux ; vous devriez l'être davantage de savoir comment on a 6té ceux qui

étaient peints à fresque sur le mur , en enlevïitit le mur tout d'une pièee sans gâter la peinture. Après avoir proprement fendu la muraille tout de son long, on y adapte des poutres pour servir de cadre d'un côté^ autant en fait-on dé l'autre côté et par*dessus; puis le tout étant bien adapté, encastré et serré avec des leviers de fer , on le soutient en l'air pour le couper par-dessous , et pour y adapter le quatrième! côté du cadre. Alors on enlève et transporte le tout à la fois^ à force de machines. Cela n'est pas màla« droit, convenez-en, monQuintin. On^ déposé ces morceaujc dans des halles^, près Saint^fterre. C'est en les considérant danis ce lieu qu'on peut bien juger de là grandeur terrible âe l'église, lorsqu'en levant la tète on aperçoit ces grands pans de murailles jusqu'au faite du toit pointu de la halle , eux qui n'étaient l'autre jour que de simples tableaux d'autels. Pendant que nous sommes sur le chapitre des mécaniques curieuses en peinture, ne m'avez- vous pas oui dire , qu'on racontait à Milan, qu'un artisan de R?>me avait trouvé le secret d'enlever tout d'une pièce les peintures de dessus leur toile et de les poser sur une autre ? Pécoutai ceci comme tant d'autres fables ridicules, dont on me berce souvent les oreilles. Cependant il en est de cela comme des côtites de *** ; on est tout étonné de trouver quelquefois que ceja est vrai. J'en entendis reparler ici ; on me dit de ne m'en pas moquer , qu'il n'y avait rien de plus certain , et que je n'avais qu'à l'aWer voir de mes yeux quand je voudrais. Je courus chez l'ouvrier ;

c^est un pauvre homme , dans une boutique médiocre. On lui donne un tableau à Thuile dont la toile est pourrie ; il le met sur bois ou sur une toile neuve et vous rend la vieille. Peint sur bois tout vermoulu , il le remet sur toile ou sur une planche neuve^ et rend la vieille planche vermoulue aux gens qui ne veulent rien perdre ; dans le dernier cas il vous rend aussi votre peinture toute piquée de vers. N'attendez pas de lui qu'il la raccommode, il ne sait ce que c'est que pinceau ni que peinture. Le morceau qu'il m'a montré , dont la moitié était sur toile et l'autre restée sur bois, me fait croire qu'il est sor* cier. Le peuple de son voisinage dit que c'est saint Joseph I à qui il a fait l'aumône sous la figure d'un pauvre, qui lui a montré son secret. Je le croirais bien ; il entre là-dessous un peu de diablerie. Je lui ai demandé s'il saurait transporter les fresques qui périssent par l'humidité ; il m'a dit que non, et qu'il ne pouvait opérer que sur ta peinture à l'huile ; que même pour celle-ci il se faisait payer cinq fois davantage si elle était sur bois que si elle était srur toile. Vous jugez combien de tableaux près de périr on va sauver par cette découverte. J'en ai vu de précieux au palais Panfili, qui se pourrissaient entièrement, à ce que l'on m'a dit, avant qu'il ne les eût remis sur une toile neuve, où ils m'ont paru bien sains et entiers. Mais le plus essentiel serait de trouver. un procédé pour ccHiserver les fresques , qui sont d'une tout autre importance y et auxquelles on ne peut remédier ni qu'on ne peut

sauver qaand elles sont mal placées. J'ai oublié de m'informer de lui s'il les enlevait sur cuivre et sur marbre. Par la mécanique de l'ouvrage je ne doute pas néanmoins qu'il ne les enlève sur toutes sortes de corpS; même sur verre , quand c'est de la peinture à l'huile, qui a plus de consistance et d'épaisseur qu'on ne croirait, et qui peut se dérouler petit à petit. Je ne l'ai pas vu opérer, et je ne sais s'il veut travailler en présence de spectateurs. Quand j'allai chez lui, je le trouvai occupé d'un assez médiocre petit tableau, dont la vieille toile éiait d'un côté , la peinture de l'autre, et la toile neuve préparée pour la recevoir. Mais voici ce que j'en ai ouï raconter. Il colle son tableau, du côté de la peinture , sur un corps , soit flexible, soit solide, avec quelque drogue dont il a le secret ; puis il imbibe à fond le tableau d'une liqueur qui détache la peinture de son vieux bois ou de sa vieille toile. Après quoi il roule avec soin et patience, soit la peinture, soit la vieille toile , jusqu'à ce que 1 une soit entièrement détachée de l'autre. (Le petit Potot, qui dédouble si bien les cartes, ferait des nieis veilles à ce métier.) Gela fait, il étend de nouveau sa peinture, en l'appliquant sur une toile neuve (imprimée ou non, c'est ce que l'on ne m'a pas dit) ; puis par un artifice , probablement à peu' près pareil , il détache la peinture du corps auquel il l'avait collée en commençant Touvrage, pour lui donner plus de consistance.

Après ce récit , je n'ai pas de peine à comprendre pourquoi il n'enlève pas les f resques,^ qui ne se prête-

309 XLVIIL— A M. DE NEUILLY.

raient pas volontiem à Une telle mécanique ; mais quelquefois une première découverte en amène une seconde. Si jamais ceci arrive, c'est pour le coup que je me ruinerai en projets sur le Vatican , sur le palais du T, sur les fresques de Raphaël et de Jules Romain*

Goav^mepant de Bourgogne doniié à rs^âbansadêur. — Maladie du pa^e.— Courses de chevanz.-T-Frascatl.-»* Albano.— Tivoli.

La nouvelle qtiiy sans doute, vous occupe beaucoup aujourd'hui à Dijon, ne fait pas moins de bruit À Rome. Hier j'étais à souper au palais de France, chez madame Detroy, lorsqu'on vint me dire, à Une heure et demie après minuit, que l'on demandait à me parler de la part de M. l'ambassadeur. Ce més« sage pressé me surprit à une telle heure. Son secrétaire, du Brocard, entra, et jne dit d'un air fort triste que M. l'ambassadeur venait d'apprendre par un courrier exprès la nouvelle de la mort de M. le duc , notre gouverneur; puis il ajouta d'un ait trèsjoyeux, que le gouvernement de Bourgogne avait été donné au duc de Saint- Aignan , et que celni*ci , ne doutant pas dé tout le plaisir que me ferait ce remplacement, l'avait sur-le-champ envoyé pour me chercher et m'en faire part.

Nous avons été ce matin , en corps, faire compli-

ment à Son Excellence. Vous ne ^Auriez croire combien il est satisfait de se voir si bien placé au sortir d'ici y et la.joie que lui a donnée cette circonstance d'avoir, en ce moment même à Rome, six gentils* bopimes de son gouvernement.

Toute la ville y est venue ce matin ; je m'aperçois que cette aventure a subitement relevé les actions de l'ambassadeur. Ceis bons Romains ouvrent des yeux larges comme dés salières ; je les entendais dire entre eux : ce CazM I la première pairie du « royaume! succéder à un prince du sang !» M. de Saint^Aignan a retenu à dîner avec nous vingt^cinq ou trente personnes des plus considérables, aux* quelles il a fait servir un repas magnifique. Nous venons, après que la compagnie s'est retirée^ de nous entretenir sur ceci, lui^ Legpuz et moi. IL n'est pai! encore trop au fait de son affaire ; il n^a pas encore reçu ses lettres de la cour, mais seulement celle que le due de Beauvilliers, son fils, lui a envoyée exprès par un de ses gens, qui n'a mis que six jom*s et vingt heures à foire Ja course. Il n'aie gouvernement que jusqu'à la majorité du petit prince de Gondé. Il nous a demandé ce qu'il pouvait valoir, article sur lequel il faudrait être mieux initié dans les mystèi^s que noué ne sommets pour pouvoir répondre; on sait assez ce qu'il doit valoir, mais non pas ce qu'il peut valoir. Après tout , les bruits populaires ne méritent pas beaucoup de foi ; je suis très-persuadé qu'il y a beau^* coup d'excès dans ce qu'on prétend, qu'en tirait la maison de Coadé. Au reste, je suis de même per<-

3uaâé que M. le duc de Saint-Aignan n'aura pas ce gouvernement sur le même pied que Tavait la maison de Coudé ; que les ministres qui le voient depuis si longtemps entre les mains des princes seront charmés d'avoir cette occasion d'y mettre le nez> et le voudront régir à leur tour; et qu'il n'y a rien à gagner pour la province à changer de main. La maison de Gondé la regardait comme son patrimoine; et, quoi qu'en veuillent dire certains frondeurs, c'est un avantage pour une pj'ovince que d'avoir des princes du sang pour gouverneurs» Quelrque peu de crédit qu'ils aient, leur rang leur en donne toujours plus que n'en auraient d'autres; et^ à tout considérer sans partialité, leur autorité est souvent plus profitable que nuisible. Le duc de Saint- Aignan m'a beaucoup surpris eii me disant qu'il comptait faire sa résidence habituelle à Dijon., et qu'il lui paraissait par la lettre de son fils que c'était l'intention de la cour. Il m'a demandé si cela ne ferait pas de la peine à M. de Tavannes, et quelle maison il pourrait habiter. Je ne comprends pas trop bien ceci , car il n'est pas vraisemblable, ni que l'on ôte le commandement à M. de Tavannes, ni que l'on laisse ensemble dans la même ville un gouverneur et un commandant..Yous savez l'effet de deux soleils dans un lieu trop étroit. Je lui ai répondu qu'il y avait quantité de belles maisons dans notre ville ; mais que ceux à qui elles appartenaient les gardaient pour eux-mêmes ; que sans doute si la cour voulait qu'il y fit sa résidence, elle lui donnerait la maison

royale qu'habitait M. le duc dans les temps d'États, où il y avait deux magnifiques appartements de représentation, mais sans commodité. Il m'a demandé de lui en faire venir un plan pour voir d'ici, au cas qu'on la lui donne (ce qu'il regarde encore comme incertain), comment il pourra s'y arranger avec toute sa famille ; car il compte que son fils et sa belle-^fille y viendront demeurer avec lui. J'en parlerai à Blancey; mais rien ne presse. Je suis bien aise que les choses soient un peu plus éclaircies, et d'attendre des nouvelles de Bourgogne pour savoir comment va tout ceci et quel effet aura produit cette grande mutation ; ainsi ne dites rien à personne, je vous prie, de tout le détail que je vous fais ici. Si je ne me trompe, le duc de Sainte Aignan , lorsqu'il souhaite de rési* der dans son gouvernement, est comme les enfants de Zébédée. On ne le lui donne que pour le placer au sortir de son ambassade et pour raccommoder ses affaires* Ce serait le vrai chemin d'achever de les ruiner avec le goût qu il a pour la représentation et • la magnificence. Les immenses appartements du logis du roi consommeraient en bois et en bougies la moitié des revenus de la place ; au surplus, je pense qu'il se ferait ahner en Bourgogne. Vous le trouverez froid à l'abord , assez occupé de l'honorifique ; dou3C, aimable et spirituel dans la société; bonhomme, peu actif, circonspect et même timide.

La santé du pape baisse tous les jours, il n'y a pas d'apparence qu'il aillé loin. Nous allons donc avoir le spectacle d^un conclave qui nous attirera ici beau-

coup de Français. Nous verrons si ce temps est aussi curieux à Rome qu'on le dit. H le sera sans doute au cas que les affaires s'expédient très-promptement ^ et que nous puissions voir Texaltation du nouveau pontife. Si les choses traînent en longueur, ce temps doit être triste à Rome, et je ne pense pas que nous puissions attendre Tévénement^ à moins que les nouvelles qui sortiront du conclave ne nous occupent au point de nous empêcher de songer à prendre am^une résolution. Ce n'est pas notre fort que lep délibérations; rarement nous nous mettons à en faire, et le résultat est toujours que nous ne sommes pas d'accord. On vit du jour à la journée* Croyea^* vous qu'il soit possible de tirer d'arrêts ni de déci* sions de quatre têtes comme les nôtres, surtout si vous y joignez les deux nouvelles survenues, qui s'arrogent le droit de voix consultative? Yoilà la raison que vous désirez savoir, pour laquelle je ne suis point parti , ni ne songe à mon départ. Nous avona à peu près épuisé tous les objets de curiosité ; mon avis était d'abord de se mettre en marche aussitôt, après. Mes tralneurs veulent aujourd'hui allonger la cour« roiC) moi-même je me laisse facilement séduire ; car il faut que vous sachiez que les gens ne sont jamais croyables quand i]s disent qu'ils vont partir de Rome. On y est si bien^ si doucement ; il y a tant à voir et à revoir, que ce n'est jamais fait.

De plus, il commence à tomber, non des pluies, mais des torrents effroyables, et rien n'indique qu'ils veuillent de sitôt interrompre leur mauvaise volonté

pour les voyageurs* Bien que je me laisse aller à la faction prédominante dans^Qos conseils, je n'en suis pa» moins travaUlë aa dedans de Timpatiepoe deme retrouver en France où j'ai , comme vous le savex^ beaucoup d'affaires de différents genres, au nombre desquelles je mets le plaisir de vous revoir, mon doux objet, plaisir qui m'est deveuu, je vous le jure, Une nécessité.

Figurez-vous encore que je n'ai pas la consolation de profiter actuellement de mon séjour pour repos* ser sur mes vieilles admirations ; le temps est si hor* rible, que l'on peut  peine mettre le nez ctehora, encore mtoins s'y tfenir en course. L'intérieur dû Vati*. can est si obscur, que le diyin Raphaël est là en pure perte pour mes yeux. Je vais passer mes soirées à l'Opéra. Dieu merci, nous n!en manquons pas : il n'j en a que quatre à la fois. Le J)on air n'est pas d'écouter la pièce, mais bien d'aller de loge en loge faire des visites et baguenauder avec les petites daipBS , emploi qui me plairait bien plus avec les nôtres. Tout le jour je suis à chiffonner dans m$t chambre ; Quintin en profite pour tirer de moi d'éternelles descriptions qui ne finissent point : je repasse et je commente mes petites remarques. Ci-devant j'étais prêt, comme madame deSévigûé, à me cacher aouâ mon lit quand j'apercevais mon écritoire ; à présent me voilà remis dans le ti^n de griffonnera la hÀte ; Dieu sait dé quel style, et combien je donne de soufflets à Vaugelas. .

L'inondation de la oampagne de Rome vient de

nous valoir^ à la ville, le spectacle d'une petite sédition assez jolie. Les paysans de la Sabine et de l'Abruzze, qu'on fait d'ordinaire venir en cette saison, pour donner une culture aux terres dépourvues d'habitants, se trouvant pris par les eaux, se sont jetés dans la ville en grand nobbre, où ils se sont mis à piller les boutiques, mais seulement les boutiques de choses comestibles. La soldatesque a montré sa vigueur en cette occasion ; on a mis les plus turbulents en prison où on leur fournit du paiii , ils ne demandaient pas mieux; on a cantonné le reste comme on a pu, de côté et d'autre, pour quelques jours, en attendant que les eaux soient écoulées.

Je vois que nous pousserons le séjour ici jusqu*à la fin du carnaval. Il faut voir toutes les folles joies romaines , plus splendides encore que celles de Venise ; aussi ne sont-ellçs dans tout leur lustre que les huit derniers jours.

On dit qu'il se fait dans la rue du Cours de très* belles mascarades à cheval, ou dans de grands chars de triomphe, du haut desquels on fait tomber sur la populace une pluie de dragées et de confitures sèches. On nous promet aussi dans la même rue de plus belles courses de chevaux qu'il ne s'en fait ailleurs. heStadium est assez long depuis la porte del Popolo jusqu'au palais Saint-Marc. Ces chevaux sont tous nus et en liberté ; le palefrenier qui les tient à la barrière les lâche au signal que donne le barigel pour les faire partir, lis détalent entre deux haies de peuple qui les anime à grands cris ; ceux qui sont

expérimentés à ces courses ne se pressent pas d'abord. Ils s'en vont tout bellement un petit train, sans se fatiguer, jusqu'à une certaine distance du but; puis ils se mettent à galoper stermiîiatamente^ lançant des coups de pieds et des» coups de fête à droite et à gauche,

Che son presti a gif ar corne un baleno, pour écarter les autres chevaux et se faire faire place .

11 ronzin or corre, or trotta; Poi sotto il petto si caccia la testa; Giuoca di schiena; e mena calci in frotta.

Le prix du vainqueur est ordinairement quelque pièce de brocart dont on le couvre, et avec laquelle il va se montrer, piaffant superbement par les rues.

Basta. Il faut encore voir cette /onction du carnaval. Ce sera, selon l'apparence, le dernier retard auquel je consentirai; car de vouloir attendre l'exaltation du nouveau pape, et la fin d'un conclave dont on ne sait pas encore en quel temps on verra le commencement, c'est une pure chimère. De quelque manière que les choses tournent , il ne parait pas^que ce conclave doive être de très-peu de durée. Il faut d'abord un temps considérable pour rassembler les cardijQaux étrangers ; de plus, il n'est encore question de personne pour le pontificat, si ce n'est par des bruits en l'air; et, quand même ils seraient bien fondés aujourd'hui, l'issue de ces sortes d'assem*

310 XLVIII.—A M. DE NEUILLT.

blées est presque toujours si différente de ce que le commeiicement semblait promettre, qu^À moins d'^n avoir conversé face à face avec le Saint<»£sprit^ ce serait folie que de hasarder des conjectures : r esprit souffle où il veut; mais on ne sait d'où il vi^it ni où il va.

Nous avons fait longtemps avant la mauvaise saison la visite des célèbres maisons de canlpàgne aux environs de Rome. Je m'occupai beaucoup plu^ à me promener et à m'amuser avec les jets d'eau qu'à faire des notes sur mes tablettes; encore le peu de remarques que je crayonnai a*t-il été misérablement mouillé et effacé au ûiiU^u des polissonneries d'écoliers que nous primes en gré de faire dans les fontaines secrètes. Ainsi vous ne tirerez pas de moi des éclaircissements bien détaillés sur ce que vous m'avez demandé là-dessus. Ce voyage «st agréable, mais moins qu'on le dit. 11 faut toujours traverser cette désolée campagne de Rome, où l'on n'aperçoit d'autre objet satisfaisant que les ruines des anciens aqueducs, dont je vous^ ai parlé ailleurs. On vante beaucoup les vues de Frascati et de Tivoli ; je ne pus les adniirer autant que j'aurais voulu : véritable^ ment elles sont fort étendues sur la campagne jusque vers là mer , eu tirant depuis Ostie à l'ancien Pomptina Palus ; elles seraient admirables si cette campagne était ornée , bâtie et peuplée comme elle pourrait l'être. Mais qu'est-ce qu'une longue vue sur une plaine déserte ? Et la ville de^Rome, qu'on aperçoit dans Téloignemeiit, se trouve à Tin trop grancj

GOUVERNEMENT DE BOURGOGNE, ETC. dll

point de distance, pour former un tableau bien marqué dans ces aspects. Les maisons de campagne de Tivoli et de Frascati étaient sans douté mieux entretenues ci-devant et mieux meublées qu'elles île le sont aujourd'hui ; j'en excepte deux bu trois belles qui \alent la peine de vous en parler bientôt plus au long. .

La plupart des autres sont assez négligées , ainsii que leurs jardins, qui ne sont pas tenus fort proprement, chose assez ordinaire en Italie. Cependant le grand nombre fait de la petite ville de Frascati un lieu très-agréable ; surtout les eaux y sont en abondance, claires, nettes , magnifiques en quelques endrôitSj charmantes presque partout:

Nous allâmes d'abord à' Grotta-Ferrata, autrefois ïe'Tusculum de Cicéron, à qui des moineô grecs, de l'ordre de Saint-Basile , ont indignement succédé. Leur église mérite d'être vue ; il y a de bonnes fresques du Dominiquin , représentant l'histoire de saint Nil, où est cette figure remarquable de la Frascatane. Il y a aussi des peintures d'Annibal Carrache. . . Près de ce lieu, quelques ruines de la maison de Lucullus.... Le Belvédère Aldobrandini des Panfili, le Mondragone des Bôrghese et la villa Ludovisi, sont les trois plus beaux jardins de Frascati. Il y en a cinq ou six autres assez jolis, s^ls étaient bien tenus, mais fort inférieurs à ces trois-ci , dont les maisons sont belles, les jardins vastes, en bel air et bien plantés , et les eaux surtout merveilleuses. Le Belvédère et le parc Ludovisi. sont deux montagnes découpées en

terrasses couvertes de verdure, 'de grottes et de superbes cascades.

Le grand jet d'eau du Belvédère , à peu près égal à celui de Saint-Cloud^ à ce qu'il m'a paru , est une des plus belles choses qui se puisse voir au monde en ce genre ^ Il s'élance avec un bruit effroyable d'eau et d'air, entremêlés ensemble, par des tuyaux pratiqués exprès, qui font une continuelle pétarade. Il y a quantité d'autres moindres jets d'eau , la plupart fort jolis. La cQlUne du Belvédère, est taillée à trois étages, ornée de grottes et de façades, en architecture rustique, garnies de cascades d'eaux jaillissantes. La grande cascade est couronnée de colonnes à cannelures torses , par lesquelles l'eau circule en ligne spirale. Lacascade de Ludovisi, surmontée d'une plate-forme avec un vaste bassin en gerîje , est encore plus belle, du moins autant que je m'en souviens ; mais cette maison-ci ni le jardin ne valent ceux d^Aldobrandini. Les longues façades de grottes en portiques, niches, jets d'eau et statues, sont fort belles dans les deux maisons. A cette dernière, sur le pied de la colline, un très-beau bâtiment dé l'architecture de Jacques délia Porta. Les avenues d'en-bas sont garnies d'orangers et de palissades de lauriers , de terrasses en gradins , de balustrades chargées de Vaiàes pleins de myrtes et de grenadiers.

La façade du bâtiment a deux ailes en retour et en forme de grottes. Dans l'une est un centaure sonnant du cornet à bouquin; dans l'autre un faune jouant de la flûte, par le moyen de certains conduits qui

fournissent de Pair à ces instniments; mais c'est une déplorable musique. Ces deux messieurs auraient besoin de retourner quelque temps à l'école , ainsi que les neuf Muses qu'on, voit avec leur maître Apollon, dans une salle voisine, exécutant sur le mont Parnasse un chétif concert par le même artifice; ' Cette invention me parut puérile et sans agrément. Rien n'est plus froid que de voir neuf créatures de pierre barbouillée en couleur faire une triste musique sans piper ni remuer. J'aime mieux voir leur cheval Pégase, qui près de là fait jaillir d'un coup de pied la fontaine Hippocrène ; mais , pourvu que ces princesses et les oiseaux qui les accompagnent ne se donnent pas la pejne de rompre la tète aux assistants, ce salon doit être fort agréable pendant l'été; des conduits, pratiqués sous le pavé, y appointent de l'air qui entre avec assez de forcé pour soutenir en l'air une boule jd'un bois léger» Pour cette fois-ci , nous n'avions pas besoin de rafraichissement, ayant déjà pris suffisamment la douche de la tète aux pieds. La cérémonie av^it commencé à Mondragone autour d'un bassin polypriapey c'est-à-dire dont le bord est garni tout autour de jets d'eau à tuyaux de cuir plus gros que la jambe ^ armés au bout d'ajoutoirs de cuivre ; ils étaient penchés négligemment dans un état de repos, lorsque, le robinet ayant été tourné, et l'air poussé par l'eau commençant à gonfler leurs corps caverneux, ces beaux messieurs se mirent à se redresser peu à peu d'une assez curieuse manière et à pisser incessamment emi fraîche^ comme dit Rabe-

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