ET DE NEUILLY
Arrivée à Rome. Idée générale de la ville. Du genre de
faste des Italiens. Douanes.
Vous êtes donc endiablés tous tant que vous ètes^ de vous obstiner ainsi à vouloir que je vous parle en
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détail de cette Rome, pour vous en dire mille choses I communes que vous savez déjà, et que personne
n'ignore ? N'auriez- vous pas dû être contents de ce que j'ai dernièrement écrit en bloc à NeuiQy, 5ur ce sujet ? Vaille que vaille, puisque vous l'exigez, je vais vous envoyer successivement, de poste en poste, une demi -douzaine de feuilles, où j'avais griffonné pour moi-même quelques remarques indigestes, auxquelles j'ajouterai en marge, en les relisant, ce qui me viendra dans la tête. Vous n'y trouverez ni ordre ni suite ; ce sera à vous de débrouiller ce fatras si vous en avez envie. N'espérez pas que je m'en donne la peine. C'est encore beaucoup que ce que je fais ici pour vous, et plus que je n'espérais obtenir de moi-même en votre faveur. Si vous saviez combien la fainéantise me possède! je suis prêt , ainsi que madame de Sévigné « à me cau cher sous mon lit, quand j'aperçois mon écric( toire. »
Pour reprendre donc la chose da capo, ce fut le 19 octobre, sur le soir, que nous aperçûmes enfin cette bien-aimée ville de Home, principal but de notre course. Le dôme de Saint-Pierre est le premier objet que l'on découvre, à cause de sa grande élévation, quoique l'église soit construite dans le terrain de la ville le plus bas et le plus marécageux. Prêts à passer le Tibre sur le Ponte Molle, autrefois Pons MilviuSy nous en examinâmes auparavant les bords avec soin, dans la crainte que Gicéron n'y eût posté
quelques préteurs romains, pour nous enlever les II. 1.
blaQCS-seÎBgs * des complices de Catilisa, comme à des ambassadeurs gaulois. Les indices pouvaient être pressants contre Loppin ; on ne peut disconvenir qu'il n'ait le nez d'un conspirateur, et Ton décida même que je ne pouvais mieux faire que d'en enrichir mon Salluste.
Au sortir du pont, on trouve une longue rue droite qui, traversant le faubourg, va aboutir à la porte de la ville faite en arc de triomphe ; c'est la porte del Popolo. Nous autres Français nous l'appelons la porte du Peuple : il faudrait dire la porte du Peuplier, car on la nomme del PopolOy à cause d'un bois de peupliers qui était jadis planté sur ce terrain : c'est l'ancienne porte Flaminia, et l'extrémité de la voie Flaminienne est aujourd'hui la longue rue du Cours ; d'autres disent que c'est la porte Flumentane ; mais je crois que la porte Flumentane était plus avant dans la ville, sur le bord du Tibre.
Je ne pense pas qu'il y ait au monde une ville dont l'entrée, par terre, prévienne aussi favorablement. La porte fait le sommet d'un triangle formant une place publique, au milieu de laquelle est un obélisque de granit, le même qui était autrefois dans la
1 Dans la nuit du 2 au 3 décembre 691 , les envoyés des AHobroges se prêtèrent à une embuscade que Cicéron prépara sur le pont Milfius; elle eut pour résultat de mettre aux mains du consul des lettres adressées par les conjurés, soit à Catilina, soit à la nation gauloise. Nanti de preuves aussi décisives, Cicéron n*hésita plus à prendre les mesures qu^exigeait le salut de la république.
(Histoire de la Conjuration de Catilina, traduction d# M. ëe BrossM.)
grand cirque ; et au bas de Tobëlisque une fontaine. La base du triangle est percée en face de ceux qui entrent, et présente pour point de vue les ouvertures de trois rues droites et longues, disposées en patte d'oie, dont les extrémités sont séparées par les portiques en colonnades de deux jolies églises â dôme, entièrement semblables. Des trois rues, les deux collatérales aboutissent Fune à la place d'Espagne , l'autre au port du Tibre appelé Ripetta ; celle du milieu, beaucoup plus longue, va drc'^i^ oomme un I jusqu'au palais Saint-Marc, situé r;,resque au centre de la ville. L'obélisque de la pJ'ace du Peuple est Je plus petit des deux qui omai<* .^t autrefois le grand cirque ; c'est celui du r'oi Sésostris qu'Auguste fit venir à Rome. Sixte Y l'a fait élever par Fontana : il est placé de maaVère que les trois raes de la patte d'oie l'ont égalr^ment pour point de ^vue. Ce qu'on entend admirablement ici, c'est la manière de disposer les points de vue et de ménager le coup d'œil des objets singuliers. Cet art n'est pas rMtîcle qui contribue le moins à donner à la ville cet air de grandeur et de magnificence. On ne l'enn«nd point du tout à Paris ; il n'y a de coup d'oeQ que celui des quais. La place Vendôme, la place Royale, ^admirable façade du Louvre et le portaU Saintr^rvais (deux monuments égaux à ce qu'on voit de plus beau ici ), sont en pure perte pour la perspective.
Rien n'est plus propre à donner une grande idée de Rome que ce premier aspect qui frappe les yeux
des arrivants; mais regardez toujours vis-à-vis de vous, sans vous aviser de jeter les yeux sur les côtés du triangle ; vous ne verriez à droite que de grands vilains magasins à foin, à gauche, que l'église Sainte- Marie, assez médiocre bâtiment, suivi de plusieurs i»aisons particulières très- piètres; de sorte que la place del Popolo, quoiqu'elle contienne plusieurs belles choses, n'est nullement une belle place. C'est un défaut assez général ici qu'une telle disparate; to.ut est de palais ou de cabanes; un bâtiment supert>^® est entouré de cent mauvaises maisonnettes ; quelques grandes rues principales, d'une longueur sans fin, i,?lignées à merveille, presque toujours terminées par yde beaux points de vue, servent heureusement à se reil^ouver, au milieu d'une foule de culsde-sac, de ruelle.*^ tortueuses, ou de mauvais petits caiTcfours. Il n'y a .rien de plus aisé que de savoir la ville en gros, et rieu de si difficile que de s'en démêler en détail. Je croirais volontiers que Rome se ressent encore d'avoir été brûlée par les Gaulois, et de ce que, en la rebâtissant, chaque habitant édifia sans' ordre et sans suite, dans la première place qu'il avait trouvée vacante. Ce n'est pas sans raison que les Romains appelaient leur maisons insulœy il y en a encore un grand nombre qui méritent ce nom^ et un peu plus grand qui ne l'ont perdu qu'en se rejoi-^ gnant aux plus prochaines par de petits bâtiments, construits sans égard aux alignements des rues ; mais comme ces petits quartiers composés de ruelles sont la plupart enveloppés de rues droites, plus fr^quei^-r