‹ Le président de Brosses en ItalieChapitre 7 sur 26 · IV. Garolus. de Brosses · texte numérisé non relu

IV. Garolus. de Brosses

Edmundas. de. Lacurne.

Benignus. Legouz.

Germanus. Loppin.

Abraham, de. Migieu.

Joann. de Sainte-Palaye.

Patricii. Burgund.

Voilà tout ce qu'il y a eu d'exécuté de ce fameux projet. C'est trop vous retenir à la porte du palais Barberini ; entrez de grâce, monsieur le procureur général. Après avoir donné un coup d'oeil à la fontaine de la place, vous trouverez dans les appartements de quoi satisfaire amplement la concupiscence

de vos yeux ; vous y verrez plusieurs peintures antiques trouvées dans le jardin de Salluste, dont quelques-uneSy en vérité, approchent de la manière du Corrége ; une immense quantité de tableaux modernes des meilleurs maîtres : entre autres le Germanieus, du Poussin ; la Madeleine, du Guide ; les Joueurs, du Caravage ; mais surtout le merveilleux plafond de Pierre de Cortone, représentant le triomphe sym* bolique du pape Urbain VIII, peinture de la première classe, et qui, pour l'étendue, l'invention, l'ordonnance, la richesse et la grande exécution, peut le disputer à quelque autre grand ouvrage que ce soit. Considérez maintenant, tout à votre aise, le portrait de la maîtresse de Raphaël, par lui-même, dans un cadre recouvert de volets. Admirable, fini et colorié dans la plus haute perfection. La bonne dame a les traits d'ime grande régularité, le teint fort brun, les cheveux noirs, de grands yeux noirs, trop ronds, battus, tirant sur le jaune et sur le mauresque. Quoique régulièrement belle, je n^aurais pas la folie de me tuer au service de cette dame maroquine, ainsi que fit le mal avisé Raphaël. Que ceux <]ui prétendent que ce grand maître n'a pas possédé l'art du eoloris viennent examiner ce tableau, et qu'ils disent si le Titien et le Guide ont jamais rien fait de plus moelleux, de plus fini, ont jamais traité les étoffes de soie d'une manière plus brillante. 11 parait quelque^ fois négliger cette partie dans ses grandes inventions et ne pas vouloir y perdre le temps qu'elle exige, pour le conserver en entier à l'ordonnance, à la

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correction du dessin, à la belle et savante disposition des attitudes, aux grâces toutes nobles et toutes vraies des expressions. Mais il faut remarquer que Raphaël, exact observateur des convenances, ne traitant pour l'ordinaire que des sujets évangéliques, n'y adïnet que des figures noblement, mais simplement vêtues d'étoffes grossières. Il n'a garde de rien permettre à son pinceau de trop riche ni de trop brillant. Mais dans de petits sujets qui, n'ayant par euxmêmes que peu ou point d'invention, doivent tirer du coloris leur principal mérite, tels que sont les portraits, il montre ce qu'il sait faire dans cette partie de la peinture, avec autant de suavité qu'on en puisse trouver dans l'école vénitienne ou lombarde. Ce que je dis de ce portrait-ci, je le dis de ceux du cardinal Borgia et de Macchiavel, de la reine Jeanne et des deux juj*isconsultes et autres de sa façon. (v Parmiles statues antiques, vous distinguerez l'Ado- I nis mourant, le beau Lion de marbte, la Vénus enj dormie, la Parque Atropos, Adrien, Trajan, etc. Parmi les modernes, le groupe de Latone, Apollon et Diane, par le Bernin ; plusieurs bustes de marbre de la famille des Barberini et des Panfili, par le même ; entre autres une dame portant une fraise de dentelle empesée à plusieurs rangs ; le marbre est devenu de la dentelle effective. Il n'a pas fallu moins de patience que de délicatesse pour achever cet ouvrage ; je ne sais, au reste, si vous approuverez qu'un grand artiste perde son temps à de pareilles minuties ; ces chefs-d'œuvre puérils marquent une

vanité d'un petit genre. On admire beaucoup le grand escalier à limaçon de ce palais. Celui-ci est aussi beau quMl se puisse dans son espèce. LorsquMl fut cou* sf ruit^ on eu faisait souvent de ce dessin qui était à la mode alors, et qui, avec plus de raison, ne nous plait pas aujourd'hui. La bibliothèque est des plus belles de Rome ; son vaste vaisseau en donne une grande idée, qui se trouve fort bien remplie lorsqu'on vient à l'examiner en détail ; elle égale en manuscrits celle de la Minerve, et ne le cède, à cet égard, qu'à la Vaticane.

En un mot, mon cher Quintin, si vous voulez prendre une maison ici pour votre amusement, prenez celle-ci sans hésiter, je vous le conseille; on n'est qu'à deux pas du jardin Ludovisi. Nous nous y rendrons tous les soirs à l'heure de la promenade ; jugez du plaisir ; ce sont les jardins de Salluste. Ceci vaut la peine d'en parler., et j'en ferai une mention honorable dans la vie de mon vieil ami , que j'écris actuellement. Comme il ne faut pas sortir de la ville pour trouver ce jardin, qu'il est d'ailleurs le plus grand de ceux de l'intérieur, le plus à portée des quartiers habités et le moins mal tenu, c'est la promenade la plus fréquentée : il y a beaucoup d'aUées, de petits bois d'orangers, de cyprès, de bassins, de vases, de statues, un obélisque ' trouvé sur la place même, et qui est par conséquent celui de l'ancien

* Cet obélisque a été éle?é depuis devant Féglise de la Trinilà de* Monti. R. G.

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