Le Président du Reich représente la nation
Dans les relations extérieures, l'Etat apparaît comme une unité fermée, les facteurs dont le jeu forme la vie intérieure ne s’y manifestant point séparément.
LS
Ceci se comprend aisément dans les gouvernements monarchiques où la personnalité du Monarque absorbe le pays en le représentant. Il est alors naturel que le Chef d'Etat monarchique possède le droit, non seulement de négocier et de conclure les traités, mais aussi le pouvoir de les rendre définitifs de sa seule volonté, en les ratifiant. Le principe démocratique conduit à un système opposé : le Chef d'Etat conclut les traités, mais pour les rendre définitifs il faut la collaboration du Pouvoir Législatif. La théorie de la ratification perd sa simplicité et sa clarté (cette théorie de la ratification est développée plus loin).
Mais avant d'étudier le partage des compétences entre Président et Reichstag, nous devons remarquer que dans les relations internationales, le Président apparaît avec une netteté particulière comme facteur de l’intégration nationale (1). Le Président représente l’unité de la Nation parce qu’une unité politique ne peut exister sans représentation et qu’un Etat — même démocratique — doit être représenté, même dans ses relations avec un autre Etat, démocratique également. « Incarner l’unité de la Nation », là est plus ou moins le sens donné à la situation et au rôle de tous les Chefs d'Etat, c’est-à-dire être un symbole, tout comme les drapeaux, les armoiries ou les hymnes. Mais cette unité n’a rien de fixe, de statique : c’est une réalité vivante qui se renouvelle continuellement.
Les auteurs allemands insistent volontiers sur le fait que le Président possède « une compétence de fond » dans la politique extérieure. Nous préférons l’effacement du Président français qui n’est qu’un « conseiller expérimenté » (2).
Nous devons faire une soigneuse distinction entre le gouvernement responsable et le chef de l'Etat. Le caractère politique de l'Etat étant représenté par le gouvernement, un changement d'orientation de la politique intérieure, une modification de la politique extérieure obligent à remplacer les per-
(1) Conf. Smend, op. cit. p. 28.
(2) Lettre de Monsieur Poincaré, du 27 septembre 1920, au Temps.