‹ Le Président Wilson et l'évolution de la politique étrangère des États-UnisChapitre 10 sur 49 · LA DOCTRINE DE MONROE · texte numérisé non relu

LA DOCTRINE DE MONROE

les choses au mieux, les habitants d une colonie sont dans un état d'engourdissement et de gêne. En mettant les choses au pire, l'établissement d une colonie entrave le développement de l'esprit patriotique. Il se peut que, dans un avenir éloigné, tous les peuples de langue anglaise s'unissent en une sorte de confédération. Quelque désirable que cela puisse être, dans les conditions actuelles des choses, ce n'est qu'un rêve. A Iheure présente, le seul espoir pour une colonie qui désire atteindre son plein développement moral et intellectuel, est de former un Etat indépendant ou de se joindre à un Etat indépendant. Aucune colonieanglaisen est actuellement sur le pied d égalité avec la mère-patrie. Tant que les Canadiens seront des colons, ils occuperont une situation inférieure à celle de leurs cousins, soit en Angleterre, soit aux Etats-Unis. Au fond. l'Anglais méprise le Canadien, comme il méprise, très justement d'ailleurs, quiconque admet sa propre infériorité. D autre part l'Américain, très justement aussi, considère le Canadien avec cette bienveillante condescendance que ressent toujours l'homme libre pour celui qui ne l'est pas. Nous avons eu l'année dernière un exemple amusant de l'attitude des Anglais envers le Canada. C'était après le fameux fiasco de lord Dunraven. lorsque le yachtman canadien, Rose, voulut concourir pour la coupe America. Les journaux anglais refusèrent de ladmettre, donnant comme seule raison qu un Canadien n'était pas un Anglais et n'avait pas droit aux privilèges anglais. Dans leurs commentaires, la plupart d'entre eux manifestèrent pour les Américains une antipathie qui était presque de la haine. Leurs sentiments envers les Canadiens n'étaient pas antipathiques. Ils étaient dédaigneux. « Une colonie, même dans les conditions les plus favorables, est donc dans une situation fausse. Mais sa situation est encore pire si, dans la région où elle se trouve, la race colonisatrice est obligée de faire travailler des

races inférieures. La conquête et la colonisation de la Jamaïque par les Anglais n"a amené aucune amélioration au point de vue de la race. La Jamaïque est simplement devenue une île peuplée de nègres, avec un avenir à peu près semblable à celui de Saint-Domingue. La Guyane anglaise, quoique bien administrée, n'est qu une colonie où quelques centaines ou quelques milliers de blancs occupent les situations supérieures, tandis que la masse de la population estcomposée d'Indiens, de Nègres et d'Asiatiques. Une telle colonie, considérée au point de vue de son avenir, renferme moins de germes de véritable progrès qu'un Etat comme le Venezuela ou l'Equateur. La plupart des Républiques sudaméricaines ont un passé misérable et sanglant ; mais elles ont des chances de se développer, après bien des tribulations et des souffrances, et d'aboutir à une civilisation aussi complète et aussi stable que celle d une puissance européenne comme le Portugal. De telles chances n'existent pas pour une colonie tropicale américaine dépendant d une race de l'Europe du Nord. Il est de l'intérêt de la civilisation que les Etats actuels des deux Amériques se développent suivant leur tendances personnelles, et si, d'un côté l'immigration européenne est désirable, d un autre côté, il serait très regrettable qu'un de ces Etats tombât sous l'autorité d une puissance européenne » (p. 117 et suiv.).

Ailleurs, sur le même sujet. M. Roosevelt dit : « Les Etats Unis devraient se décider à adopter une ligne de politique bien définie. Des gens inintelligents disent que la doctrine de Monroe est passée de mode, sans prendre la peine de comprendre ce qu'elle est. En réalité, abandonner cette doctrine serait amener un désastre écrasant. Dans son essence, la doctrine de Monroe revient à dire que nous ne permettrons pas à des puissances militaires étrangères de prendre pied chez nos voisins d'Amérique pour, selon toute probabilité, diri-

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