CHAPITRE CINQUIÈME
LA SALLE D AUDIENCE. — LES AVOCATS. — LE GREFFE. — PROCUREURS. — SERGENTS.
Sommaire : — § I. La salle d'audience. Le libraire Tainturier, concierge du Palais, éditeur du Stylus regius de Pierre de Granet. — § 11. Les avocats. — Refus de plaider en 1661. — Tableau de l'ordre en 1664. — § III. Les greffiers et la ferme du greffe. — Observations de Collet. — § IV. Procureurs. — ■ Edit de 1661. — Procès contre le procureur Favier. — § Y. Huissiers. — § Yl. Sergents. — Attributions. — Sarcasmes de Rabelais et de Racine. — Arrestation d'un gentilhomme en 1697. — Appendice : Tarif des greffiers, des huissiers et des sergents en 1606.
§ I. Il n'existe aucune description de la salle d'audience, qui doit être peu luxueuse si elle est en harmonie avec l'horloge détraquée dont se plaignaient les retardataires. Seul, Billon, curé d'Hautecour. dit : (1) « L'endroit où se rend la « Justice est l'ancien palais des ducs de Savoie.
(1) Tableau liislorique de la Brosse, piig-> 148 du manuscrit do la Bibliothèque.
« Il est composé de deux vastes salles : l'une « haute, l'autre basse ; d'une chapelle et de quel- « ques autres chambres. » Le roi affectait une somme de trois cents livres aux menues dépenses d'entretien. Pendant l'hiver de 1612, le paiement n'en ayant pas été effectué, les magistrats durent se passer de bois de chauffage malgré la rigueur de la température (2).
Des discussions de préséance troublaient parfois le calme du Palais. Les procureurs se disputaient les bancs de la barre ; les derniers venus procédaient avec force gestes à des revendications colères contre les premiers occupants ; les répliques indignées ne se faisaient pas attendre ; il fallut en venir à un règlement judiciaire. Le 1^'' juin 1610, à l'heure de midi, les procureurs comparurent en robe devant le Présidial réuni dans la salle basse du Palais. Après une enquête minutieuse, chacun reçut fixation contradictoire d'une place, aussitôt numérotée, et ordre, sous peine d'amende, de ne plus convoiter le bien du voisin (3).
Perrin Dandin eût vainement cherché des yeux la buvette. Près de ces bancs, maintenant cou-
(2) Délibération du 2.3 novembre 1012.
(3) Délibération ilu 27 mars Ullft.
144 verts de numéros matricules, se trouvait l'éta] de l'un des personnages les plus considérables : le concierge! Mais, dira-t-on, un homme salarié ! J'attendais ici le lecteur. Si l'inférieur est celui que l'on solde, le Présidial est le serviteur trèshumble de son concierge. Jean Tainturier fut pourvu de cette charge le 21 février. G^ n'était pas le premier venu (il cumulait les qualités d'imprimeur et dç libraire !) Ayant appris que l'on réparait le Palais, il postula et la dignité de concierge et le droit d'avoir un banc, dans la salle d'audience, pour y exposer du papier, de l'encre, des plumes et des ouvrages de pratique judiciaire. A l'appui de sa prétention, il invoquait la coutume, suivie par les Parlements et les Présidiaux, de choisir pour concierges des libraires, La Compagnie lui concéda un local pour sa famille, un magasin dans l'intérieur du Palais ; pour reconnaître cette faveur, le nouveau fonctionnaire s'engageait à entretenir à ses frais la Ghambi'e du Conseil.
Cette transaction fait songer à la fameuse tirade de Petit-Jean, dans les plaideurs de Racine :
On n'entrait pas chez nous sans graisser le marteau ! Point d'argent, point de Suisse ; et ma porte était close. Il est vrai qu'à Monsieur, j'en rendais quelque chose ;
Nous comptions quelquefois. — On me donnait le snin De fournir la maison de chandelle et do foin ; Mais je n'y perdais rien.
Jean Taiiiturier n'est pas tout à fait inconnu. Il a imprimé en 1630, le Slylîis regius, œuvre posthume du premier président Pierre de Granet. Pour avoir mérité la confiance de Mirande de Vachon, dame de la Servelte, Pain-Essuit, baronne de la Cueille, veuve du célèbre défunt, il devait avoir un certain renom. Par cette publication, en effet, les amis du jurisconsulte bressan comptaient élever à sa mémoire un motmment impérissable. Ouvrez le livre, à la première page, vous y lirez l'épigraphe suivante du conseiller Etienne Deluan :