‹ Le présidial de Bourg et le bailliage de BresseChapitre 5 sur 28 · III · texte numérisé non relu

III

Lorsque l'on parcourt les délibérations, les édits et les règlements concernant notre ancienne

magistrature locale, on y trouve toujours des revendications de privilèges, des concessions de privilèges, des reconnaissances de privilèges. Pour conserver ses privilèges, dont le nom se trouve partout et l'ènumèration nulle part, le Prèsidial a payé au roi des taxes écrasantes (15). Et cependant, en réalité, ces privilèges, dont le nom sans cesse répété était pour nos pères comme une agréable mélodie, se réduisaient à peu de choses : l'exemption des tailles, et la dispense de loger les troupes de passage en temps ordinaire. Encore les tailles pesèrent-elles sur eux jusqu'en 1769, et n'en furent-ils dispensés, malgré l'édit de 1764, qu'après de nombreuses et vives réclamations (16).

Quant à l'exemption des logements militaires, elle leur était chère à plus d'un titre. Ecrite dans le traité d'échange du marquisat de Saluées contre la Bresse; maintenue par deux arrêts du Conseil du roi des 10 juin 1653 et '20 août 1655, elle avait été compromise à diverses reprises. Nous avons raconté ailleurs (17) les colères qu'encourut Curtil, un coquin d'homme, pour

(15) Voyez plus loin le chap. IV. — Les Gages.

(16) Délibérations du Prèsidial des 9 février 1767 et 18 février 1769.

(17) Petite chronique de l'an 1697.

avoir, lors d'un passage de UT)upes, lésé les droits privilégiés. Le Présidial ne murmurait que pour la forme. Il voulait, avant toutes choses, éviter la plaque que les citoyens, astreints au logement militaire, devaient apposer dans leurs maisons pour désigner Vappartemeni à ce destiné. En réalité, il contribuait à cette charge par la délivrance des fournitures (18), et il ne demandait pas mieux que de venir au secours de ses concitoyens obérés. En 1743, notamm.ent, la garnison de Bourg se composait déjà d'un régiment d'infanterie lorsqu'on envoya, par surcroît, le régiment des dragons de la reine. Le gouverneur de Bourgogne, de Saulx Tavanes, écrivit au Maire pour le prier d'obtenir le concours des privilégiés : « Vous pouvez leur lire ma <!, lettre, ajoutait-il, et leur dire que je pense « trop bien de leur zèle pour le service du roi « pour n'être pas persuadé qu'il n'y en aura « pas un d'entre eux qui ne se porte avec plaisir « et empressement à en donner des marques « en cette occasion, d'autant qu'ils doivent être « assurés que je m'en ferai un extrême de le « faire valoir auprès du roi, et d'en rendre « compte à Sa Majesté. » Le Présidial s'exécuta

(18) Délib. du Prés., 10 avril 1700.

l'un des premiers et ce fut de très-bonne grâce.

Faut-il ajouter, comme un appoint sérieux, la dispense d'être chargé des tutelles et des curatelles ?

En dernière analyse, les privilèges, puisque privilèges il y a, ne sont rien, surtout mis en regard des charges énormes que les magistrats supportaient sans se plaindre avec trop d'amertume.

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