‹ Le pressoirChapitre 20 sur 91 · ACTE I, SCENE VIII · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE VIII

en services, comme Pierre Bienvenu, est mi homme dont on peut voir le mérite. Il a de quoi prouver son bon cœur, et il le prouve ! II est beau autant qu'il est bon, il est instruit; vous serez fière de lui , et il vous rendra heureuse...

REINE

Vous croyez? Vous l'aimez beaucoup, Valentin ; je vois que vous l'aimez mieux que tout au monde ! Eh bien... (Étouffant sa douleur.) à la bonne heure !

VALENTIN

Alors... je pourrai donc lui dire...

REINE

Merci, monsieur Valentin... ne lui dites rien. Je lui parlerai moi-même... Rendez-moi donc mon ouvrage... Il faut que je me dépêche.

VALENTIN , prenant la cravate et la regardant.

Comment , c'est vous qui avez brodé ces coins-là?

REINE

Ça vous fâche?

VALENTIN , \m peu brusquement, après avoir baisé la cravate à la dérobée.

Oui , ça me fâche que vous perdiez votre temps pour moi. (u se

lève brusquement.

REINE, le regardant au moment où il lui remet son ouvrage , se levant aussi.

Eh bien! qu'est-ce que vous avez donc, Valentin?... Comme vous êtes pâle!... Vous êtes malade?

VALENTIN , qui se retient au dossier do sa chaire.

Non, rien; la tête me tourne un peu... Que voulez-vous? (Riant avec effort.) Quand OU travaille depuis quarante-huit heures sans débrider... J'ai eu tort de me reposer un moment , ça m'a ôté le courage... et les forces.

REINE

Oui, oui, c'est vrai. Tenez, vous vous tuerez avec ce maudit pressoir ! Valentin , il faut vous reposer aujourd'hui.

VALENTIN , très-affaibli , mais souriant.

Oh! pas possible! Laisser les autres dans l'embarras! Non... mais cinq minutes... Oui, je sens qu'il le faut.

( Il retombe sur sa chaise, près de la table.) REINE.

Je crois bien ! vous êtes prêt à vous trouver mal.

(Elle lui mouille le front avec son mouchoir, qu'elle trempe dans un pot à eau sur la commode.)

VALENTIN , portant sa main près de ses lèvres.

Reine,... que tu es bonne! pauvre enfant! ( La repoussant. Non. non, ce n'est rien... Laissez, Reine... Laissez donc, je vous dis! Est-ce que j'ai besoin de ça?

B E I N E , interdite , s'cloignant.

Alors... essayez de dormir... un petit quart d'heure; ça vous remettra.

VALENTIN, brusquement.

Oui , mais ne faites pas attention.

( Il met sa tête dans ses mains , s'appuie sur la table , et reste immobile. — Reine s'est assise près de la cheminée, regarde Valentin un instant, et fond en larmes.)

YALENTIN , relevant la tète et la regardant. Elle s'est détournée pour pleurer.

Est-ce qu'elle pleure? Qu'a-t-elle donc?... Que m'importe?... Je ne dois pas... Ah! je ne comprends plus rien, moi... J'ai le

vertige, je suis brisé ! (n retombe et s'endort.)

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