PLANCHE VIII
Jean-Jacques Rousseau.
Médaillon original en plâtre, par J.-P. Lesueur, sculpteur, auteur du tombeau du philosophe„
à Ermenonville.
jPortrail inédit. — Collection //. B.
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ts y prétendre, s il a un défaut, c'est d eiii
f'I ii'^ vivre coDiP-f n^i v^'"nv! j^ni^ •
ei est le lameux ouvrage qui a précipité notre RévouiLîii. Son principal défaut est de n'être écrit que pom ;?cu de lecteurs. Je l'ai quelquefois vu entre les mains dr c ertaines femmes qui y cherchaient des régies pour réduction de leurs enfants, et j'ai souri. Ce livre n'est point in livre pratique; il serait de toute impossibilité d'élever jeune homme sur un système qui demande un concours il êtres environnants qu'on ne saurait trouver; mais le sage doit regarder cet écrit de eTean-Jacques comme un trésor. Poiit-ètre n'v a~*--il dans le monde entier que cinq ouvrages à lire : F/ > est un. » •
f liateaubriand n ; ^ r d'avancer que VEtnile a np/'T,; ^j^f. révolution complète dans l'Europe moderne, et poque K i loire des peuples.^L'éduca-
liL ii. ou eiiol,, depuis ia | ivraie, subit
en France des Iransfornh. ! qui chantre
r ducation change les homm»
: .r-: i.::. ..ai^i>uih.i uii-a, t-^:- réflexions svi r ; ; h: ib*jri.el :-^}nih* sans un sentiment douloureux. La Profassioii de foi • voijard, les principes politiques et moraux (.Tisiage sont devenus les machines qui ont battu i'éd d.. Kouverngj^^gj^s^^jl^^^^^^ et surtout o!ui d' lal^ ranc! m- t uino. Il s ensuit que la
'•nie n est pas boniK r ■ .oiiivrtôftem-ia ^ aé<.'hants ; qu elle doit
r de Pandore. Si j'eusse vécu du Jean-Jacques, j'aurais voulu devenir son disusse conseillé le secret à mon maître. Il y a .
J.-J. ROUSSEAU JUGÉ PAR CHATEAUBRIAND
tère adopté par Pytliagore et par les anciens prêtres de r Orient. »
L'âme de Chateaubriand était entraînée par deux courants contraires au sujet de Jean- Jacques. L'iiomme primitif en lui, l'homme delà nature, debout sur les hauteurs du temps et de l'espace, allait tout entier au philosophe. Il ne faisait des restrictions et des réserves qu'en se souvenant des conventions de la société, des passions, du milieu où il vivait, des idées moyennes et secondaires de son époque.
En fin de compte, comme lui aussi était un esprit supérieur, il résumait son opinion, ses jugements, en s'élevant au-dessus des préjugés, des agitations, des erreurs qui l'entouraient. Voici ses dernières paroles sur l'écrivain de VEmile :
« Je n'ai pu m'empêcher de faire la part aux faits; mais je suis si épris de Rousseau, que je ne puis me résoudre à le trouver coupable; j'aime mieux soutenir qu'on a abusé de ses principes, que je m'obstine à trouver bons, même en avouant qu'ils ont fait un mal affreux; j'aime mieux condamner le genre humain tout entier que le citoyen de Genève, s)
Devant ces confidences, ces aveux, cette admiration née dans l'adolescence, discutée dans la maturité, et qui se ravive aux confins de l'âge, on s'explique mieux l'ascendant et la gloire de Chateaubriand, car on connaît la source principale oia s'alimentait le feu sacré qui dévorait son âme.
En se passionnant pour Rousseau, il a travaillé à son propre renom ; en pâlissant sur ses œuvres^ il est devenu lui-même un écrivain aux vastes conceptions et au langage magnifique, il a grandi superbement^ et tout à coup il est apparu comme un prince de la littérature : de plus, il a su
se donner Tattrait du malheur par l'invincible mélancolie de sa pensée, par le sentiment qu'il exprime si souvent de la fragilité et de la décadence humaines, par le récit de ses désillusions, par les orages de son cœur avide, enfin par son insatiable désir d'une félicité idéale.
Au mois de juin 1792, en face de la Révolution menaçante, il se vit obligé de quitter la France. Comment employa-t-il sa dernière journée? Il alla visiter l'Ermitage de Montmorency. Il n'aurait pu s'éloigner de Paris sans dire adieu à la solitude d'un homme « dont les accents remuaient sa jeunesse ». Ce simple détail révèle mieux que de longues pages la ferveur intellectuelle des écrivains d'autrefois, l'élévation des nobles esprits que nous considérons comme nos maîtres, nos guides, nos amis.
Ce jour-là, sans doute, en présence de l'Ermitage de Rousseau, de ses souvenirs pleins de vie encore dans cette demeure consacrée, ainsi que dans toute la vallée de Montmorency, il dut méditer sur une pensée profonde qui déjà lui était familière, et que plus tard il formula devant le tombeau du Tasse : « On abandonne l'homme qui a ri pour l'homme qui a pleuré; il n'y a de grand que les existences malheureuses. »