‹ Le prestige de Jean-Jacques Rousseau, souvenirs, documents, anecdotesChapitre 7 sur 49 · AVANT-PROPOS. XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XI

€es montagnes qui m'ont vu naître, ils ne me verront plus !... Je pleure quand je pense que je n'ai plus ni parents, ni amis, ni patrie libre et florissante ! »

C'est par de pareils accents que Rousseau a conquis cette gloire qui renaît avec les générations et les âges, et brave les efforts du temps.

On revient à Jean-Jacques aussi parce qu'il est l'homme de la Nature et de la Vérité, ainsi qu'on l'a gravé sur son tombeau, dans l'île des Peupliers.

Notre époque est saturée de vie factice, d'apparences toujours trompeuses, de mensonges. Fatigués, lassés, déçus, nos contemporains appellent de leurs vœux la bonne vie simple, la réalité sincère, la noble et souriante vérité.

Au milieu de la route pénible, desséchée, brûlante où, sur la foi des oracles, ils se sont engagés, depuis un quart de siècle, avec l'ardent désir de gagner des plaines fertiles, les hommes de notre époque, convaincus maintenant qu'ils vont s'enliser dans les sables du désert, poussent des clameurs désespérées et tendent les bras vers le penseur qui a célébré l'existence paisible des champs, la joie du travail, le bonheur de la famille, les vertus domestiques.

Oui, il y a une désillusion ambiante dans notre beau pays de France. Nos espoirs, nos enthousiasmes de jadis s'éteignent devant de navrantes réalités, et les beaux rêves de ce pays semblent avoir pour longtemps replié leurs ailes. Ce n'est pas la science qui a fait faillite, comme Ferdinand Brunetière le prétendait un

Page 1