XII AVANT-PROPOS
jour, c'est Faction publique, c'est la vertu, suivant la parole de Montesquieu.
Mais, comme un peuple a besoin toujours de méditer devant de grandes figures; comme il lui faut du courage, de l'orgueil, de la gloire, une belle langue et des idées généreuses, que fait-il pour se consoler du présent triste et morne ? Il se retourne vers les jours lumineux du passé, il évoque d'impérissables souvenirs, il s'arrête devant la silhouette pâle de Bonaparte, ressuscite ses victoires, le suit avec ses braves, qui furent nos pères, sur tous les champs de bataille de l'Europe où brille à jamais l'éclair de son regard et de son épée, et dans le frémissement de ces luttes épiques, il retrouve la fierté de la race qu'une série de malheurs lui avait fait perdre.
Et, poussant plus loin encore, les hommes de pensée, ceux qui ont de la tête et du cœur, vont porter leur hommage au philosophe des temps nouveaux, à ce Jean- Jacques qui formula les croyances politiques et sociales de l'homme moderne, et se fit, dans un style incomparable, l'interprète de ses aspirations vers la justice, de ses droits et de ses devoirs, de ses désirs et de ses rêves.
Fatalement, nous revenons à nos origines d'enfants de la Révolution. Rousseau en fut le théoricien, Bonaparte en fut le soldat. Il y a une logique irréductible qui les enchaîne l'un à l'autre, malgré la dissemblance des rôles. C'est parce que Rousseau a écrit que Bonaparte a pu entrer victorieux dans toutes les capitales de l'Europe, y jeter la semence des principes de 1789, et devenir le héros d'une épopée sans rivale.