AVANT-PROPOS. XIIJ
Il y a dix, quinze et vingt ans, les orateurs de la démocratie avaient promis à l'ouvrier des villes l'augmentation des salaires, le dégrèvement des objets de consommation, la suppression des octrois, la limitation
des heures de travail, les loyers à bon marché que
sais -je encore? A les entendre, un âge d'or allait renaître, et faire pâlir celui qu'ont chanté les poètes.
Les campagnes alors furent désertées, les champs abandonnés, la terre méprisée, et un flot incessant de prolétaires se précipita vers les cités, attirés et séduits par les promesses palpitantes d'un riant avenir.
Les infortunés ! Au lieu des félicités attendues, dont le tableau enchanteur les faisait « pleurer de tendresse », combien n'ont eu en partage que la gêne, la souffrance, les privations, le chômage, la colère stérile des grèves, toutes les détresses et toutes les misères!
Beaucoup ont succombé dans la lutte, et sont enterrés dans la fosse commune des effroyables cimetières de banlieue. Ceux qui ont résisté ne songent pas sans attendrissement à leur vallée natale, et leur rêve caressé est de quitter les faubourgs empestés où ils croupissent, et d'aller reprendre la charrue paternelle, au grand air et au grand soleil de la nature.
Ce même désir des champs possède les classes plus élevées, la petite et la grande bourgeoisie, la petite et la grande aristocratie. Pour elles, comme pour le peuple ouvrier, les plaisirs des villes sont devenus un leurre. L'eau qu'on y boit, l'air qu'on y respire sont empoisonnés; l'alimentation y est falsifiée; le commerçant, le marchand, le fournisseur y sont sans scru-