‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 100 sur 416 · XILIII. — li'Enfnnt prodigue · texte numérisé non relu

XILIII. — li'Enfnnt prodigue

Ii28. Considérons : I. Les égarements du prodigue; M. Son retour. Eloignés de Dieu peut-ctre, mallicureiix par suite comme le prodigue, comme lui nous nous déciderons à revenir à notre Père.

I. Eyarements du prodii/ue. — l'> Leurs principes: \) Adolescent ior, il est Jeune. Son aine a plus de l»on sens que lui, il demeure. Dans la lamillo de Dieu, il y a doux sortes d'enfants, quel que soit leur âge : les uns mûris par la raison et par la foi ; les autres légers, sans raison, sans conscience, et cela à tout Age, puer cent um nnnorum. "È) La jeunesse aime le bien-être et ces enfants dont je parle ii'ainienl que le plaisir. Les douceurs d'une vie réglée dans l'amilîé de leur père, dans la compagnie de leurs frères plus raisonnables qu'eux, ne les contentent pas ; ils veulent partir, courir dans le monde qui leur promet des fêles, des amusements.

3) .Mais pour jouir, il faut de l'or; Pater, da mihi portionem suhstantiœ; l'égoïsme les rend ingrats : Père, dit le prodigue, tant pis s'il vous manque quelque chose; vous avez bien travaillé, mais c'est pour moi ; donnez ce qui me revient. (Jiiel droit y a-t-il ? .\ucim; mais il faut des plaisirs, il oublie la justice et la reconnaissance. Il ne doute de rien. Saura-t-il administrer son "bien? Il ne se le demande pas; il en sait plus long (pie tous. Le pauvre père fait donc le partage de ses biens et lui donne sa portion. Il espérait sans doute que son enfant satisfait resterait dans la maison et le servirait ensuite de bon cœur.

4) Et non post muitos dies profectus est. Le prodigue voulut le lui laisser croire (piel<pies jours ; mais il était aussi jaloux de son indépendance qu'envieux de plaisirs et d'amusements. Son père lui eut fait des reproches sur sa conduite, s il IVil demeuré avec lui; il partit donc. Quel a été le principe de nos chutes? L'amour du plaisir, les illusions du monde qui nous les promettait, lespril d'indépendance. La vie chrétienne nous a paru trop dure, les plaisirs du siècle nous ont attirés, nous avons voulu jouii* i\ l'aise et secouer Je joug de Dieu.

liil). io Le départ. 1) Que (piitto-t-il ? a) La maison paternelle, b) son frère vertueux, c) le père le plus tendre. Pauvre pécheur, il déserte l'église, la compagnie des enfants de Dieu ipii lui resleni fidèles. Dieu lui-même qu'il ne veut pas servir. Où va-t-il 1 i) Il va loin, in retfionem funf/in(/uam. Le péché nous éloigne autant ipie possible de Dieu, de sa grAce. des saints. Une veut pas (pie son père puisse venir le voir, le rappeler, lui adresser un conseil, ni <pie ses amis puissent l'exhorter à revenir. Le pécheur fuit tout ce qui est capable de le ramener, ses amis vertueux, les conseils de sa femme, de ses enfants, la rencontre même du prêtre, le spectacle des fêles religieuses, (ie qu'il redoute le plus, c'est Dieu et tout ce qui pourrait lui rendre son amitié.

12:W). 3û Les écarts. Le prodigue loin de son père, 1) dissipe ses biens. Celui qui a perdu Dieu a tout perdu : étal de gr.Ace,. droits au ciel, mérites acquis, fruits de la première communion et d'une éducation chrétienne, paix ''"'"•'"' ■l'ii. >t,,<c.. .lo conscience, l'intelligence des choses surnaturelles et

luniriie pi la plus liciK» partie de la vie de cet liomme m'a appartenu et vous n'en aurez que les relies. Aqjjoi pensez-vous de demeurer si long'emps sous la tyrannie du démon? Si les Turcs, les inliièles suni sous son joug, ce a'e<i i>«8 si ('tonnant : ils n'ont point de sacrements pour remettre les péchés: mais vous, Cap/iro filia Sion!... Solve e/«cula colli lui, brisez vos chaînes; c'est faciK^. Dieu a du à >e* ministres . Qucecumque solventis: d-mp. «ainie ci.nfessir.n; et après vous chanterez : Deripuisti, Domine, vincula mta, tibi sucrificabû hoaliam laudis. (Le Jf.u'(k).

(Il Ce sujet va bien à la fln de la mission et en particulier la veille de la commanion générale des hommes. Exorde, le récit évangélique. (Luc, xt, 1I-:2I.)

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peul-èire la foi ; 2) et tout cela virendo lu-ruriose, pour un plaisir dun raomenl qui est bien vite passé.

li'M. 4f Les rnu/hetirs suivent f/e près. I) Cœpit egere, il est dans lindif;en<-e. Il a tout dépensé, tout lui nuinfiue: fables vêtements; il n'a plus que des haillons. La parure de la grAre a été flétrie et dérhirée dans l'Ame du pécheur; il n'est plus couvert (pie de la honteuse laideur du vice: (bj la nourriture : une grande famine est survenue; il n'a pas de pain. Plus de sacrements, plus de prières, plus <le consolations [>our 1 Ame ; (cj plus d'amis; ceux qui lui étaient lidélos tant qu'il avait de «pioi leur donner des festins, le délaissent maintenant ; le monde a vite trahi le pécheur.

ij Escluifif/e. Oue fait-il ? Il cherche un maître dont il se fait l'esclave, adhœsit uni vivium. L'homme sent qu'il doit nécessairement dépendre de quelqu'un; quand il a secoué le joug de l'obéissance à Dieu. il cherche un autre maître ; et ce maiire est cruel comme celui du prodigue. Ce n'est pas dans une maison de luxe que le prodigue est admis: Misif il/um in villam suam ut pasceret porcos. Ton maître c est le démon, pécheur: c'est de lui que tu te fais l'esclave, toi qui n'as pas voulu obéir à Dieu! Kl le démon tyrannise ton esprit, ton cœur, tes sens; il t'asservit à l'habitude, au monde, au respect humain !

3) Avilissement. On lui fait garder les pourceaux. Voilà remploi ignoble

du prodigue. C'est à cela qu'il est conilamné,lui qui n'avait pas voulu, dans la

maison de sonpérev,a(pierà des travaux dignes de sa condition. Ces pourceaux

ce sont les passions pli. s viles que ces animaux et plus voraces encore. Le

prodigue voulait partager l'ignoble pAture de son vil troupeau ; et on ne lui

en donnait point, les pourceaux dévoraient tout. La passion ne dit jamais,

c'est assez. L'homme voudrait trouver en elle une satisfaction qui remplit le

M cœur. Quand Dieu lui manque, les plaisirs de la brute ne peuvent

. Qu'est-ce <pu pfiurrait remplacer Dieu? .Ve/^io itfi dabat.

f, esclariifff. dégradtifion. voilà les degrés par lesquels le pécheur

lan i il s'éloigne de son père et de sa maison, c'est-à-dire du ciel.

ir de se séparer de Dieu ! Kl ce malheur est encore une grAcc <le

• • qui met des haies d'é[iines sur la route de ceux nui le fuient,

I. :^ contraindre de revenir. .Malheur à ceux qui, vivant loin de lui, ne

al pas leurs chAtiments dans leurs plaisirs mêmes ! C'est une preuve

, ,Meu les abandonne. La misère, la honte du prodigue préparent son

I ' '-2. II. Refour. <" // réfléchit: In se autem rerersus.W anrail dû le faire

«t. S'il avait réfléchi, il n'aurait jamais quitté son père et se serait

.■ tous ces maux. Son frère, plus sérieux, n'a pas subi ces épreuves ni

liions. Le pécheur est un esprit léger, il ne réiléchit pa.s. Il veut

- avoir plus de raison que les autres ; et il en a moins que la bonne

• dont il se mi>iue, et qui comprend, avec son bon sens, que Dieu est

le les plaisirs du monde ne sonl rien, et «pie l'inilépendance vis-à-vis

M'est une injustice, une folie.

'/ ré/Iéc/iif'il? IjAu bonheur t/u'il a goiité rhe: son père. Quanti

I in domo patris inei nbundunt ! .\h ! si j'y étais resté, rien ne

I ! Oiip Vous manquerait-il. pauvre pécheur, si vous n'aviez jamais

■ '. ^ ' lue communion bien faite f elc.

iic(> liu ciel, le pain de la parole

.■ Kicu <i lit- M ;.'i.i((-. 1 (Mi\ iini M r*riii i>i<mi en jouissent, et vous en êtes

■ rivé, i» Au.r mnu.r qu'il subit : Ego autem hic famé pereo.Qufm frurtum

■•■'■• i/t (fuibus nunr eruhescitis ? {Jnn\e7.-\ou» ^R}:no i\ fuir Dieu, que

l-il des |daisirs rlu monde, en Mes-vous plus riche ? Le remord.s

. (l'est comme une faim dévorante. 3) ^1 la bonté de son père :

I rem. Il est toujours père, (juand même je .«suis un enfant ingrat.

ili,ni< \, If, iHip, ù peclicur, malgré vos inlidélités.

- du prodigue amènent la résolution de retourner

Il part; \)rien ne l'arrête : ni le» railleries de ses

IIS de dei)auche, ni ses honteuses habitudes, ni les haillon.»» qui le

1 • i»i la longueur de la route, ni la crainte <le son père, l'ciluur. o«e-

riei-voui voui laisser arrêter par un lâche respect bunaain, par de honteuse»

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thftine», etc. ? î) // part aussifAf, il ne renvoie pas au lenrlemain. Oh ! ne renvovez pas! 3; Il se roponl de s;i faute, il reconnaît ses torts : Jam non tum i/if/fius vorari filius tum. La rontrition, cpii ne l'aurait, à la vue des grands biens perdus el des grands maux rpii fondent sur le pécheur?

i' // est itnH fi ro/i fesser SI fdufe. Iticdin ei. Il ne craint pas cet aveu. Il sent tiien que par là il aciièlera A peu de frais le pardon de tant d'égarenients. Heculeriez-vous devant l'aveu de vos fautes, quand vous savez (jue par là vous recouvrerez la grAce de Dieu et vos droits au ciel ? (iraindriez-vous d'être repoussé par Dieu ou |»ar son ministre? Hassurez-vous en consiilérant :

ii'M. 4*) L'accueil fait nu pro(/if/ue : \) Cum arihur lonf/e essef vidit illumpnferA'.'esidc loin fpi'il le reconnaît, plutôt du c(eur que des veux, malgré ses haillons et sa maigreur. (Jne va-t-il faire? Knlrer en une juste indignation contre ses désordres et éclater en reproches, ou bien se retirer dans sa maison el en fermer la porte? Non : i) Miserirordia motus est. lia pitié de son infortune, il ne pense pas à son ingratitude, A son départ, à ses débauches passées, mais A sa misère présente. Son cœur de père en est attendri. Oh ! pécheiu", c'est là le cœur <le votre Dieu. Dès qui! vous voit revenir, dès qu'il sent dans voire àme le regret de l'avoir (juitlé, il oublie tout.

3) Accurrens ceridif super cotlu/n ejus et osrulufus est eum. Au moins devrait-il attendre cpie le prufligue vint à lui ; non. il court à sa rencontre. C'est ce que fait Dieu, il vous [)oursuit. Si sa grâce ne nous prévenait pas, nous ne pourrions jamais rentrer dans son amitié. H va au-devant du pécheur, il lui oITre son parilon. il le presse d'accepter. Kl n'est-ce pas pour cela qu'il nous a envoyés au milieu de vous ; el ne som-nes-nous pas revêtus de sa miséricorde à votre égard, et n'allons-nous pas nous-mêmes a'i-dev;mt de vous pour vous ramener à lui ? Ah ! ne craignez pas que nous vous repoussions ; n'attendez pas de nous des reproches ni des paroles dures ; nous vous serrerons plutôt sur notre cipur el nous dirons : Fitius meus mortuus erat et reviœit, perierat et inrenfus est. VA notre Joie sera grande.

Nous ne tenons j»as aux biens de ce monde, nous v avons renoncé par le vœu de pauvreté, ni à ses faux plaisirs, ayant consacré à Dieu notre cœur el notre corps. Nous n'amlùtionnons qu'une chose sur la terre, vos âmes : Da mi/ii animas, cœtera toile tihi. Ce n'est pas pour gagner notre misérable vie que nous prêchons l'Kvangile el que nous consacrons nos journées à entendre l'aveu de vos fautes. Vous ne nous croyez pas si peu intelligents que nous soyons incapables de nous pourvoir du nécessaire à meilleur compte ; nous ne cherchons que vos Ames, el notre seid bonheur est de les rendre à Dieu. Ce bonheur est le plus grand de notre vie. Il y a cependant de grandes joies dans l'ânje du prêtre. Le jour où il monte pour la |)reniière fois au saint autel, celui où le missionnaire prononce ses saints vœux, manjuent certes dans sa vie par des fonsolations ineffables ; mais il est un bonheur cpie nous préférons à tous les autres, parce que tous les autres sont faits pour nous le préparer : c'est celui que nous ^oiilons, quand un pécheur vient se jeter à nos pieds et nous dire : Mon père, j'ai péché. Ce bonheur, vous ne nous le refuserez pas (1).

1235. 4) A peine le prodigue eut il eu le temps de dire : Pater peccavi in cœlum et coram te. que le père aussitôt appela ses serviteurs : Cito proferte sfolam primam et induite illum et*dafe annulum. Point de reproches, il lui rend tout. Pécheur, dès que vous aurez fait l'aveu de vos fautes, nous vous rendrons tout ; la robe de l'innocence, vos mérites perdus, la paix, l'amitié de Dieu figurée par l'anneau.

h) Adducitevitulum sar/inatum, manducemus et epulemur. Ce n'est pas le veau gras qui vous sera servi, c'est le pain des anges, l'Hucharistie, la Chair adorable de Noire-Seigneur. Le frère aine se plaignit de celte fêle ; personne ne se plaindra de votre retour : vo§ parents, vos feamies, vos sd'urs, vos enfant*, votre pasteur, tous les gens de bien s'en réjouiront. Kl

(1.' Dans le cas où l'on ne traiterait pas ce sujet dans une mission, le d-redeur des exercicps ne manquerait pas, vers les derniers jours, de faire enlenitre aux pécheurs, quand ils seraient réunis en plus grand nombre, ce pressant appel, en y joignant la prière d'amener ceux qui seraient abseals.

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il T a plus de joie au ciel [lour un p«*cljeur qui se converfit. que pour qualrevinpt-fiix-neuf justes qui persévèrent. Kl si cçnt péclieurs reviennent, quelle fMe sur la terre et dans le rjol ! Aclctle contrifion. Suif/ani et iho (ul patrem./'afer /letravi in ((l'/urn et roruni te. Jum non sum (tif/nua rixari filins tuits. Far me sinif tiiinm de merrenariiis. .\o veux vous servir, o IMeu, loin de qui on ne trouve <pie misère, elr. 0 Marie, vous me conduirez aujourd'hui nn'^me aux pieds du prêtre, et vous m'obtiendrez mon pardon de Jésus vutrf Fils : Siirgam et iho.

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