XXX. — Marie
1368. Dominare nostri tu et filius tuus. (Jumc, \niu 22 J C'est l'amour de Marie qui vous attire si nombreux au pied de ses autels, parés de lumières et de fleurs. EInfants, vous avez invoqué la Vierge sans tache, et jamais vous ne l'avez priée sans devenir meilleurs. Dans les tristesses de la vie, vous avez recours à elle : et ce n'est jamais sans en tirer quelque consolation ; à la mort, vous voulez qu'elle vous assiste, à ce moment suprême, où vos lèvres glacées murmureront encore son nom et celui de Jésus.
Vous aimez donc Marie, et quand nous vous avons dit : Venez, nous nous concacrerons tous à elle, vous êtes accourus et vous allez vous offrir à cette divine Vierge : et ce ne sera pas là une pure cérémonie, mais une offrande sim^ère et véritable que nous lui ferons tous de nous-mêmes, de notre corps, de notre Ame. de nos parents, de nos biens ; et, pour vous exciter tous à faire cette consécration du fond du cœur, je vous montrerai que Marie a tous les droits de régner sur nous avec son divin Fils. 1. Sa beauté doit vous ravir : II. sa puissance lui assure l'empire de nos cœurs ; et III. quelle âme ne serait pas captivée par sa bonté ?
0 Marie, nous allons parler de vous à ces fidèles qui vous aiment, que chacune de nos paroles soit comme un trait embrasé, qui allume votre amour dans tous les cœurs.
1369. — 1. (3) La terre que nous voyons est magniOque ! Quam admirabile est nomen fuum in universa terra ! Dieu l'a faite telle, pour servir de palais à l'homme. Mais Dieu a préparé aussi à l'Homme-Dieu. à Jésus-Christ son Fils, une demeure digne de lui. Cette demeure, c'est Marie, la Mère de Dieu. Aus.si l'Esprit-Saint contemplant dans l'avenir le chef-d'œuvre de ses mains, s'écrie ; « Vous êtes toute belle et aucune tache n'est en vous ! » Conçue sans péché, héritière de la royale famille de David, appelée à être la Mère du plus beau des enfants des hommes, elle porte sur ses traits, avec la noblesse de son origine, le reflet de la pureté de son âme et la gloire de ses destinées (4).
Il me semble voir les anges à sa naissance, penchés sur le berceau qui renferme l'espérance du monde, admirer cette enfant qui sera la Mère de leur
(1) Sar la présence de Dieo, les oraisons jaculatoires, la communion, la lecture spirituelle, l'examen et autres exercices qu'il est bon d'enseigner aux fidèles, soit par manière d'avis, soit en leur traçant un règlement, soit dans une instruction du matin, voir ce qui est écrit plus loin pour les exercices journaliers du religieux, à la fin de la retraite pour une communauté religieuse, n'''l649 et suivants.
(% Un missionnaire fera bien d'étudier la doctrine sur la sainte Vierge, dans l'ouvrage que nous avons publié sous ce titre : La Vierge Marie, son culte, la dévotion envers elle, prix : 1 franc. (Voir à la table d'autres sujets sur la sainte Viei-ge.)
(3) Le premier point peut être supprimé, aussi nous l'abrégeons.
^4) Les Grecs, ayant confié au célèbre peintre Zenxis le soin de faire le portrait de la belle Hélène, celui-ci choisit les cinq plus belles vierge.»' qu'il put trouver, et prit de chacune ce qu'elle avait de plus parfait, pour le reproduire dans son tableau. Dieu a fait de même, il a réuni en Marie toutes les beautés morales, toutes les vertus qui sont éparscs dans les créatures.
De même que .Salomon dit que la gloire d'une mère, c'est d'avoir un enfant qui soit sage; ainsi nous pouvons dire que l'honneur d'un enfant, c'est d'avoir une mère qui soit vertueuse et qui soit parfaite. S'il eût été en votre pouvoir d'avoir une mère telle que vous l'eussiet voulue, comment l'eussicz-vous choisie? ne l'eussiez-vous.pas voulue douée de toutes les perfections qu'on peut imaginer ou concevoir en une créature entièrement achevée? Le Fils de tiieu émit avant la très sainte Vierge, c'est lui qui a choisi sa mère, c'est lui qui l'a créée et formée : sans duute il l'a formée la plus sage, la plu.<i chaste, la plus charitable, la plus modeste, la plus patiente, la plus vertueuse, la plui excellente, k plus parfaite, la plus sainte, cl la plus accomplie qui ait jamais été et qui puisse être.
D'iPu et qu ils vcncioni (li'jA comme leur reine : Sperie iiui mtrnilr l't rrgna. Marie prandit en sagesse et en grftre. Les attraits de la N'iorge entraînent les cdMirs à l'amour de Dieu et de la pureté, dont elle est la vivante image. Saint Denis la vit et, s'il n'eût eu la foi. il lui aurait ofTerl fies adorations. Et ce chel-d'œuvre des mains divines est couronné par les gloires de la résurrection.
1370. In grand prodige m'est apparu dans le ciel, dit saint Jean, c'est une femme revêtue du soleil. C'est Marie dont le corps brille comme un soleil dans le firmament des cieux. Et son Ame, sanctuaire de pureté et de tant de ▼erius, comment vous la dépeindre ? Que de belles Ames dans tous les siècles et aujourd'hui encore! Vous les avez toutes dépassées, ô Marie: Tu supergressa es universas. Sola sine exemplo plaruisti Domino. 0 Dieu, vous pouviez faire un ciel plus beau, une terre plus belle ; mais vous ne pouviez laire de plus grandes merveilles que celles que vous avez opérées en .Marie. Marie a réussi A plaire A Dieu, et ne plairait-elle pas A nous? Ne serait-ce pas avoir le goût pervers que de ne pas aimer celle dont les charmes surnaturel, ont attiré le Fils de Dieu sur la terre ? Virginitate plaçait.
0 .Marie, ravisseuse des cœurs, je vous donne le mien; et quand la créature s'olTrira A mon coMir, je ferai comme le cavalier dont le coursier va s'abattre: il serre les rênes et donne un coup d'éperon ; je retirerai mon cceur des affections terrestres et je le relancerai vers vous. C'est ce que faisait saint Bernadin «le Siennequi, dans sa jeunesse, n'allait visiter (pie le sanctuaire de Marie; c'étaient là ses liaisons : il appelait Marie son amie, et il lui donnait tout son rœur.Chère jeunesse, imitez son exemple et n'ayez d'affection que pour Marie; invoquez-la dans la tentation, dites-lui : 0 Marie conçue sans péché, je vous aime plus que toute créature!
{'.Mi. — Il (1). Mais, s'il était une Ame qui ne fut pas ravie par les attraits célestes de Marie, du moins ne pourra-t-elle pas résister A l'empire de sa puissance. Salomon était roi d'un peuple infini, qui supputari non potest prœ mulfitudine. (111, Reg., m, 8.) 11 lit asseoir sa mère sur un trône à côté dn sien, il lui dit: « II ne m'est pas permis de vous donner la confusion d'un refus. )>
.lésus-Christ est le roi de toutes les créatures, sa Mère doit être reine; il lui a préparé un trône A côté du sien et l'a établie reine du ciel, de la terre et des enfers. liegina mundi, l'appelle l'Eglise, i) Regina angelorum, etc. (comme dans les litanies). Aussi les saints nous disent que tout dans le ciel, jusqu'A Dieu même, cède A la prière de Marie (t). A son nom, comme au nom de. Jésus, tout genou fléchit au ciel, non pour l'adorer, mais pour l'honorer. 2o Sur la terre. Voyez, l'Eglise la fête et l'honore; et partout son nom béni est écrit avec celui de Jésus. Parcourez le monde: partout où Jésus a un autel, partout est exposée A la vénération l'image de .Marie ; et le fidèle après avoir adoré la croix, offre ses hommages A Marie. 3" Son empire s'étend sur les démons eux-mêmes : Terribilis ut acies ordinata ; conteret cnput fuum, et la seule invocation du nom de Marie met en fuite l'esprit de ténèbres. ( Voir la note du n. :278.)
Qui voudra se soustraire A la puissance de Marie! Qui osera lui dire: Je ne veux pas que vous régniez sur moi, vous qui régnez au ciel, sur la terre et aux enfers! Le téméraire, qui oserait tenir ce langage plus orgueilleux que celui <los démons eux-mêmes, attirerait sur sa tête la malédiction de Dieu qui est jaloux do venger Ihonneur de sa Mère, et il se priverait du secours tout-puissani «jm- "M.uic runtnit .1 loiix qui l'aiment. Car si par sa prière elle
(1) Celle deuxième parue peut aussi eire abrégée. La troisième partie et la conclasion sont importantes.
(2) Qpand Eustache de saint Pierre et ses compagnons allèrent se livrer, avec les clefs delà ville de Calais, à Edouard, roi d'Angleterre, le prince les regarda d'un œil irrité et commanda qu'on les conduisit au supplice; mais la reine se jeta aux genoux de son mari, le conjurant avec larmes de ne pas abuser de sa victoire. < Ahl Madame, dit le roi, j'aimerais mieux que vous fussiez ailleurs qu'ici. Vous me faites de si vives instances que je ne puis résister. Je leur fais grâce en votre considération. » Qu'en doit-il donc être du crédit de la Reine du ciel auprès de Dieu?