‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 154 sur 416 · IX. — Obéissance · texte numérisé non relu

IX. — Obéissance

Parlons I, du conseil d'obéissance et II. de la pratique de l'obéissance. \fti\. -r\. Conseil d'obéissance. !<> Notre-Seigneur l'a donné par ses paroles et par ses exemples. \) Yene:, suivez-moi. Dans ces paroles du Sau-

(1) (a) Saint Astion était croellf ment assailli par des tentations impare?, et le démon, qui les '•■• " — ''— ■ ' '■•• ■"'^lirail également la honte de les avouer, il en étal! fort triste et sair eur, le remarquant, Ini demanda la cause de sa tristesse.

Saini A \ et avoua humblement ses tentations ; aussitôt il sortit de

lai un démon sous la Turme d'un Ethiopien, tenant ooe torche embrasée, image de la tentation impure; et il fut délivré.

(b) Poiamienn*» était une esclave chrétienne d'Alexandrie, jeune et d'une grande beauté. Son maître essaya en vain par promesses et menaces de la faire tomher, et. n'y réussissant pas, il la dénonça comme chrétienne an préfet Aquila. Celui-ci la condamna k être jetée dans une chaudière de poix bouillante. En entendant cette sentence, la sainte oe demanda qu'une crâce, qu'on ne l'y jeiftt pas nue, mais qu'on l'y descendit peu à peu avec ses hahiis. Celte faveur qui devait prolcnper son supplice, lui fut accordée. Et Baailide.qui fut charcré de l'exécution de cet arrêt, se montra plein de respect pour la

pénéret:- ■ -• ■ - '•■■ •■ ■' -*- '■•■ ■»' — - i» — 1..> f^ riïet, quelques

jour» ? ijiiler.

(f") ^ . . iTiTit Qu'elle»

S' p plus t\[X)iifi que lÊ'i religii'uses ciolirée», n'ayant pour ' que

II te« mulad»»», p"'HP cellule que quelque pauvre chambre, pourc i<e paroi<5iaio, ( ' ' ' . . ■.. ...,.,, 1^ crainte de P m-

porter avec ■, - • f''-

gieuses dan" it de loutei les précautions possib'es

pour conser\. ; du coeur».

f2) (a) Si on faisait deux conférences sur la chasteté, on poorraii ajouter: Pré.servé par les épine» de la vipi'nnce, dti travsii et de !,i mortification, le li» de la chasteté a besoin, pour n'épn' ■ soleil de justice et par la rosée

céleste. On s'exp nmunion. La rosée céleste dei-

lur, ermite da Pérfp I mère vint, espérant

le voir encore une fi>i!> ; maiA Sour vo'ilut 6'imp*>«i«^r k lui-iiiéme : la privation de l'rmbrawer, il resta fermé dans sa caverne, disant à Dieu. Vous êtes mon p^re et ma mère. Désespérant de le néchir par se» prière» et se» larmes, sa mère »e relira en lui disant : m Mon fli», VOIS ne m'empécheret pt» do moins de vous revoir au ciel».

662 SERMONS rOlR LES COMMUN AUTKS

veurse trouve conlenu le conseil de l'obéissance. Tel est l'enseignement des théologiens et de tonte la tradition catholique. Suivez-moi, c'esl-A-dire, livrez-vous à moi pour luire toujfturs ma volonté, et vous aurez un trésor dans le ciel, i) E. temple de .\ofre-.^eif/neur. Suivre Jésus, c'est aller loin dans la voie de robéis.sanre. La volonté <le son Père n"a-t-elle pas été en tout sa loi? Ecre ve/iio ut faciam. Deus, voluntatem tuam. Detis meus volai e.t leqeni tunm in meilio rordis mei. Erut subditus illis ; c/uis, t/uihus ; disce, terra suhdi ; disce, pulvis, obedire.W leur était soumis. C'est là Thistoire de trente années de sa vie.

l'Ius tard il dira: Je fais toujours ce qui plaît à mon Père ; ma nourriture est de faire sa volonté. Je sacrifie ma vie, j'ai ?-eçu cet ordre de mon Père. VA au calvaire, il offre ses pieds et ses mains aux bourreaux. Il ne meurt que quand il a épuisé les volontés de son l'ère céleste et peut dire : Tout est consommé. 11 oITre alors sa prière avec un grand cri et des larmes, et il est exaucé à cause du respect qu'il a pour les volontés de son l'ère. Suivez-moi, nous dit-il. Seigneur, à qui irions-nous? vous avez les paroles de la vie éternelle. Je vous suivrai. Maître, partout où vous irez.

1G22. 2" Eucellence dece conseil. Il veut qu'avec lui nous nous sacrifiions. Ce nest pas assez d'avoir renoncé à nos biens par la pauvreté, d'avoir immolé notre corps par la chasteté, non ce n'est pas a.ssez. Si c'est déjà un acte méritoire d'avoir renoncé à ce que l'on a, c'est bien autrement glorieux de renoncer à ce que l'on est. Que sont les biens extérieurs et les plaisirs du corps <omparés à l'Ame, la merveille du monde et le chef-d'œuvre des mains divines! Livrer tout le reste et réserver son àme, et dans l'Ame ce qu'elle a de plus précieux, la volonté, la liberté, c'est mettre de la rapine dans l'holocauste, c'est un sacrifice bien incomplet ; et puisque Dieu a tout sacriûé pour nous, sacrifions tout pour l'amour de lui ; et, s'il le faut, comme lui devenons obéissants jusqu'à la mort et la mort de la croix. Quelle plus grande gloire (}ue de lui ressembler ! (1).

3'^ Avantages qu'il procure? 1) L'obéissance rend impeccable. Le péché n'est qu'une désobéissance. L'obéissant ne peut s'égarer ; son supérieur peut se tromper en lui commandant; lui, fait un acte saint en obéissant, même quand il serait douteux que la chose commandée fût mauvaise, 'i) L'obéissant donne à Dieu ce qu'il a <le plus précieux ; Dieu nest pas avare et ne se laisse pas vaincre en générosité (2j li). Aussi vir obediens loquetur victorias : '\\ triomphe du dériign, celui qui a triomphé de sa propre volonté. Satan ne peut nous nuire, si nous ne le voulons. Celui qui a livré sa volonté à Dieu n'est pas près de la donner à Satan. La grAce accompagne du reste toujours l'homme obéissant. S'il est en danger, Dieu, qui l'y a mis par l'obéissance, doit à sa sagesse de l'en délivrer : Si Deus pro nobis, quis contra nos (3) ?

(\) (a) Madame de la Vallière, qai avait été la favorite de Loois XIV, revenue de ses éRarements, se fit Carmélite. En entrant au couvent, elle se jeta aux pieds de sa supérieure, en lui disant: « Ma mère, j'ai fait un si mauvais usage de ma volonté, que je la remets en vos mains pour ne jamais la reprendre ». Elle passa trente- cinq ans au Carmel dans la plus admirable pénitence.

(6) Sainte Agnès de Monte-Pulciano allait mourir jeune encore. Les religieuses dont elle était fondatrice et supérieure pleuraient amèrement: « Si vous m'aimiez comme vous devriez, mes filles, leur dit-elle, vous ne pleureriez pas ainsi, car les amis ne s'attristent pas du bien de leurs amis. Le plus grand bien qui puisse m'arriver, c'est de m'en aller à notre Epoux. Persévérez toujours dans l'obéissance, et je vous promets d'être plus utile au ciel qu'ici-bas. Surtout aimez-vous les unes les autres. Tenez cet amour comme une marque assurée de prédestination >.

(2) Saint Augustin dit : Potes aurutn.potes vitam amillere, etiam sinolis; bonum vero quo bonui es. nec invitus accipis nec invitus amillis. -yous pouvez perdre vos trésors, vous pouvez perdre la vie malgré vous; mais vous ne pouvez recevoir ni perdre la grâce de Dieu ei la vertu sans votre volonté. Tollatur propria voluittas. et infemus non erHt, dit saint Bernard. L'amorce des flammes élernellcs, c'est votre volonté; si vous n'aviez point de propre volonté, il n'y aurait point d'enfer pour vous. Qu'ester que la propre volonté? C'est celle qui est en désaccord avec la volonté de Dieu,

(3) Placide, jeune homme des premières familles de Rome, confié comme saint Maur aux soins de saint Benoit, tomba, en puisant de l'eau, dans un lactr^s profond et il aPait

l'obéissance 663

I T, ,,i ,t.->^;..nt iiiôrite à r.ime ohéissnntc.Vobcissan.^e esl la pierre phiiotoiit en or ; les plus petites choses «Icvionnent par elle

.lu excellente, .'jj^uel repos dans une i\mc qui peut se dire:

' ita sunt et facto sem/ier: Je fais toujours ce qui plait à mon i i 1 quelle douceur dans ce seul mol, s'écriait sainte Madeleine de

l'azziria volonlo de Dieu! Kt elle trouvait tant de bonheur à obéir qu'elle craicnait de perdre, par cet attrait si senti, le mérite de l'obéissance (1). (juelle st^riirité à la mort que d'avoir toujours obéi ! et celui qui a fait la volonté de Pieu sur la terre, a toutes les garanties de la faire avec les anges dans le ciel. (Voir Taulère, note du n. 914).

Le désobéissant se prive lui-même de tous les précieux avantages que nous venons d'énumérer {on pmirrait développer cette pensée), et il est la désolation de ses supérieurs. Or, o le supérieur vient pour servir et non pas pour être servi. Il faut uu'il entre dans tous les besoins ; rru'il se proportionne aux petits, qu'il se rapetisse avec eux, qu'il porte les faibles, qu'il soutienne ceux qui sont tentés ; qu'il soif l'homme, non seulement de Dieu, mais encore de tous les autres hommes qu'il est chargé de con<luire ; qu'il s'oublie, qu'il r rien, qu'il perde la liberté, pour devenir, par la charité, lesileur de ses frères; qu'en un mot.il se lasse tout à tous, pour les ■ •. jugez si ce ministère est pénible, s'il vous convient, comme xTll, 17) d'être cause, par votre indocilité, que les supé- ,■.11- , . X. 1 . 1, ,.,ei' angoisse et amertume » (Bossikt). De plus le désobéissant fait le sran<lale de ses frères, la ruine de sa communauté; tandis que l'obéissant fait la consolation de ceux qui ont autorité sur lui, l'éditication de tous et la prospérité de la communauté, qui n'a point de plus ferme appui que l'obéissance. Donc seijuere me, suivez-moi {'i).

\Cti.\. II. Prufif/ue de l'obéissance. l« En quoi elle consiste. I) D'abord observons (idciemcnt le vinu. Si un supérieur commandait une chose importante, en se servant de ces termes: Je vous ordonne au nom de .Notre Soigneur Jésus-Christ, et en vertu de l'obéissance, l'inférieur qui refuserait d'obéir commettrait une faute grave, lors même que le supériem-quilui ferait cette injoixtion ne serait pas un supérieur général comme le Souverain l'nntife, comme l'Evéquc ou son délégué pour les monastères non exempts, 'oriiine )in supérieur majeur, mais un simple supérieur immédiat. Toutefois !«^urs ont Boin de ne jamais employer ces formules et ils agissent ; y avoir recours à tous propos, ce serait commettre une impru- ■ ]■ n . jirnicieuse à la communauté.

i, Hii.ind les sunéiieurs ordonnent formellement une chose sans se servir de ces formules, la désobéissance n'est pas une faute grave contre le vœu,

s'y noyer. Bcnoft ordonne an jeune Maor d'aller A son secours. Manr aussitôt court au secours de Placide. Il fallait pour cela risquer sa vie, mais il n'hésite pas. El, ô prodige! les taux deviennent sous ses pas solides comme un roc, et il n'a pas de peine à ramener au rivage le jeune i'Iacide.

(1» t l,.i propre volonté ne «e satisferait jamais, quand elle aurait tout ce qu'elle souhaite; m;iis on esl satisfait dès i'inftant qu'on y renonce. Avec elle, on ne peut être que mal content, sans elle on ne peut être que content». (Pascal. Venséet).

(2) (a) 1-e V. P. Caraffa envoyait saint Gaétan fonder à Naples une maison de Théattn<, « Prenei avec ▼*>«*, lui dit il, 'e rompapnon ^nc vnn» viKjdrci. — Ce n'est pas ainsi

inspirer de

■ Lfi ' . iaiftsex-oK» (atte . je ne puu piu;> mauger du muulun, que

^*(c AU - ti 'nu. le maréchal d.- - - --• ■-' --• ^ '•'•■■•■■ '■■••

rolonei, cl> ~aul, celui-ci dit au se:

rempart!- - . il! — La sentinelle le ,

avance.— Oui, mon colonel — Elle tirera sur loi ei le ni«n<iucrii - om. ui.., . ....»:i. — Tue-IA. el je serai lA pour te di-fendre ». Le sergent s'avance aussaûi. e>i min \\\é p*r la sentinelle, la tue et atteint le sommet du rempart avec Ctievert. qui ouvre %\u%\ les portes de Prague à l'armée française.

664 SEBMONS l'oua les communautés

d'après un certain nombre de Ih/'ologiensimnis c'est une faiilrron tir la vortti, cl elle i»eiit Mre firave ; et s'ils n'ordonnent pas, mais se contentent, d'inviter ou de conseiller, comme ils f(mt souvent, il n'y » pas de l'aule rigoureuse, c'est une imperfection. Toutefois, qui voudrait Mre imparfait dans la pratique d'une vertu si excellente, (]ui nous assure de si précieux avantages? Qui ne serait, au contraire, amhilieux d'ac(picrir une obéissance qui ait toutes les qualilés (pii la rendent parfaite et d'arriver au plus haut degré de cette vertu ?

Utii. (a) Qualités de l'obéissance, {a) Elle est indi/Térente, elle ne tient à rien, n'ambitionne rien, n'a d'aversion pour rien; ellft est prête à tout ce (pie lui indiquera la volonté de Dieu cx[irimée par ses supérieurs, elle acceptera volontiers l'emploi qui lui revient le moins bien. Paratiim cor ?neum, Deus, point de réserve, point de limites: Ecce ego, rnitte me, me voici ! Sequar te niiocumque ieris. Klle ne trouve rien rl'impossible, car elle a confiance en Dieu qui ne nous impose pas des charges au-dessus de nos forces, sed faciet cum tentatione provenfum. Klle ne se lasse pas de telle occupation qui lui pèse, elle In gardera sans se plaindre tant que les supérieurs le voudront. Sainte Madeleine de Pazzi ne fit jamais connaître à ses supérieurs ses goûts ni ses répugnances.

1625. (h) Elle est joyeuse: Ililaretn datorem diligit Deus. C'est pour cela que les supérieurs ne commandent pas ordinairement au nom de l'obéissance, afin que les inférieurs se portent à obéir non par crainte, mais par amour. Notre-Seigneur accepta sa croix avec joie par obéissance à son Père ; il aima mieux perdre la vie que de perdre l'obéissance. Le démon obéit, mais par force et à contre-cœur ; les religieux qui font comme lui, lui ressemblent. Saint Liguori va jusqu'à dire qu'ils sont pires en un sens que le démon, car ce dernier n'a pas fait vœu d'obéir.

ifîâO. (c) L'obéisscmce est prompte: Nescit tarda molimina Spiritus sancti gratia. Fidelis obediens, dit saint liernard, ne5ci? moras, 2^arat aures auditui, manus operi, itineri pedes. Ecce ego quia vocasti me, disait Samuel i\ Héli. Saint Marc, disciple de saint Sylvain, laissa une lettre inachevée pour obéir à son supérieur: et, à son retour, il trouva cette lettre écrite en lettres d'or. Le bienheureux Junij»ère ne fut pas aussi prorapt, il plantait un genévrier quand saint François l'appela, 11 voulut achever ce travail qui était déjà bien avancé. Saint François, pour le punir, défendit au genévrier de pousser, et en effet il ne s'éleva i)as un pouce de plus. Saint Félix de Canlalice était si empressé de prévenir les ordres de ses supérieurs, qu'ils devaient s'observer devant lui; s'ils avaient manifesté les moindres désirs, le saint les eût |irit pour des ordres.

\i.iTl. (d) Elle est ponctuelle : Iota iinum aut unus apex non prœferibit a lege donec omnia fiant. Que les supérieurs soient présents ou non, le vrai obéissant fait ce qui est commandé dans le temps, de la manière voulue, sans interpréter selon ses caprices la volonté de ses supérieurs. La mère de sainte Rose de Lima, avait commandé à sa fille de faire une fleur à rebours, dans un ouvrage de broderie. Rose obéit, mais sa mère lui en faisant le reproche: Ma mère, il m'importe peu que cette fieur soit de telle ou telle manière; ce qui m'importe, c'est de pratiquer l'obéissance que je vous dois, répondit la sainte jeune fille (1).

{\) Lorsque saint Dorolliée voyait qoe Dosilhéc, son disciple, avait besoin d'une robe, il lui donnait l'étofTe pour la coudre, et quand elle était prête, il l'obligeait à la porler à un autre frère; et il en agissait ainsi plusieurs fois de suite. I.e procureur du monastère ayant apporté à Dosilhée, pour son emploi, un couteau bien fait, Dosithée le présenta à Dorothée, en lui demandant la permission de s'en servir. « N'avei vous point de honte, devouloir qu'un couteau soit maf ire de voire cœur à la place de Dieu ? répondit Dorothée. Allez remettre ce couleau à un autre. » Et l'humble disciple obéit aussitôt de bon cœur. Saint Dosithée, arrivé à sa dernière heure, demanda à son maître s'il ne verrait pas bientôt terminer ses douleurs avec sa vie. « Encore un peu de patience, répondit le saint, car la miséricoide de Dieu approche ». Sur le soir, le malade lui dit: «Mon père, permettez-moi de sortir de cet exil ». Alors Dorothée, la larme à l'œil, lui dit: « Allez en paix, mon fils, et préseotes-vous avec confiance à Dieu qui veut vous faire part de sa gloire». Au même instant, le saint jeune homme expira,comme s'il n'attendit pour mon*

l/OBÉISSANCE 665

\f\i«. (b) Degrés de la verfu d'obéissance, (a) Premier def/re; c\<'nitcr pxtéricnrcinent l'ordre des siipcrieiirs. (b) Deu-rième degré, sans le<iuel le premier n'est rien: vouloir intérieiiremenl et de bon cœur ce qnc veut le supi-rieur, sacrifier sa volonté i\ la sienne et la lui soumettre sans murmurer. Sans celte disposition, on obéit comme des machines ou comme des esclaves, pli tontrainte ; mais est-ce là un acte de vertu, n'est-ce pas là préférer sa \ol(»nlé à celle lie Dieu?

C'est le cas (bl) de ceux qui obéissent volontiers quand le supérieur leur donne des ordres en rapport avec leur goût ou leur dévotion, mais qui murmurent quand le supérieur les arrache k telles pratiques de dévotion ou de pénitence auxquelles ils sont attachés. La bienlieureuse Marguerite-Marie, que les supérieurs voulaient distraire de l'oraison, fut condamnée à garder nans le jardin uneAnesse et un ftnon, et elle le faisait avec joiCj môme dunml la retraite de sa profession. Rien ne plaît à Dieu que ce qui se fait par obéissance. La Sainte Vierge dit à sainte Brigitte: De deux personnes dont l'une jeûne et l'autre s'abstient de jeûner par obéissance, la première a le mérite du jeûne, la seconde celui du jeûne et de l'obéissance.

KîiO. La Bienheureuse Marguerite-Marie s'était donné la discipline pendant un Ave, maris Stella, comme on le lui avait permis; après elle continuait encore, et Notre-Seigneur lui dit : « Ce que tu as fait tout à l'heure est pour moi, ce que tu fais maintenant est pour le démon » ; et elle s'arrêta aussitôt. Une autre fois, qu'elle outrepassait la permission de se donner la discipline pour les unies du purgatoire, ces Ames l'environnèrent en se plaignant de ce (pfellcs frappaient sur elles, ce qui lui fit prendre la résolution de plutôt mourir que d outrepasser les ordres de l'obéissance.

(ù'J) Ceux qui arrivent par des détours à amener leurs supérieurs à leur permettre ce qu'ils désirent : ce ne sont pas de tels religieux qui font la volonté de leurs supérieurs; mais c'est le s\ii)érieur qui fait la leur.

{b3) Ceux qui, prévovant un ordre des supérieurs qui va les contrarier, font tout pour s en affranchir, allèguent divers prétextes pour l'éluder. Sans doute on peut faire des observations justes, mais avec un sentiment de soumission, et en étant prêt à se soumettre si le supérieur ne les agrée pas. Saint Paul disait à Dieu : Seigneur, que voulez-vous que je fasse? et Notre-Seigneur disait à l'aveugle : Que voulec-vous que je vous fasse ? Heureux les rt>ligieux qui parlent à leurs supérieurs comme le grand .\pùtre à Notre Seigneur ! Malheur à ceux h qui les supérieurs sont obligés de dire : Quid vis ut faciam tibi, comme Notre-Seigneur â l'aveugle.

lt>30. (c) Troisième degré : soumission du jugement. L'obéissance doit mar<-hcr sur deux jambes : la volonté et le jugement. Soumettre la volonté sans le jugement, c'est une obéissance boiteuse. Pas <le discussion, pas d'examen, pas de critiipie des ordres des supérieurs. Saint François d'Assise voulait que le religieux se laissât mener par ses supérieurs, romine un aveugle par un chien, et qu'il fût entre leurs mains comme un cadavre qui se laisse placer, tr»urner et retourner comme on veut, sans se plaindre. Saint Ignare voulait que le religieux fût semblable à. un bAlon entre les mains d'un vieillard. Snmt Basile le voulait comme une brebis qui se laisse mener par son piisleur, inrme A la boucherie, sans se plaindre : Quasi lutum figuli in manu iftsiits. Sumquid dicet tutum pguin suo : Quid faris f

Saint Ignace disait un jour que si le Pajie lui ordonnait de voyapcr sur mer, dans une barque sans mAt. sans rames et sans voib>s, il obéirait aveu-

■■' ' VX crjinme on lui rd)jcclait qu'il serait par \W im|trudent. il répondit

au supérieur A être prudent, et que la pruden< e de l'inférieur con-

ii- V .1... t.>-,,,i,>nfe. Loin donc déjuger et de critiquer les ordres dest

\ doivent, comme le voulait saint Jean (;liniaquc,

i'Mir en \ii'iniriii <lr \,\ iiirinr inauji'i'i- uni' Iivs iuiagi-

nr qiit' i.'i {iPrini>M.in iirc n avait ]ias pu, n i fa'lil*»»*,

pratiquer lODifs les I <'P«ndtnt, après M mot . voir à tOQ

ma:ire, son àmo plus i.- t, •. , ■* nuire» A cau'ic de ^' n'C.

C06 si:rmons roua ik.s cummi nai ik^

nations mniro la sainte vertu, et trouver des raisons pour défendre les ordres donnés et montrer qu'ils sont justes (1).

{(î'M. C'est pour hi»t)iluer ses religieux à soumettre leur jugement que saint Fram.ois d'Assise leur ordonnait parfois des actes ridicules, comme de planter <les' chou\ la racine en l'air. Kuphrasie, parente de l'empereur de Constantinople. à sept ans, entra au monastère. P>ii supérieure lui ordonna de transporter à la porte du four d'énormes pierres (jue deux sœurs auraient eu de la peine à soulever. Kuphrasie le fit sans se plaindre. Quand elle eut achevé : « Que font ces pierres k la porte du four ? dit la supéreure, emportez-les. » Euphrasie les emporta. Cet exercice lui fut imposé pendant vingt jours; et celle sainte flme fit, pendant ce temps, l'admiration de tout le couvent.

1<)32. 3). Moyens de pratiquer l'obéissance. Pour en arriver à ces deux flegrés plus élevés d'oheissance, il importe de voir Dieu dans les supérieurs, la volonté de Dieu dans la leur ; ce qui est du reste très vrai. Dieu a droit détre ohéi et cela en tout. Qui poiurait le contester? Dieu peut céder ce droit à un autre et il l'a fait <lans l'Kglise, dans la société, dans la famille, et tout supérieur est revêtu de son autorité : Non est potestas nisi a Deo, quœ autem siint a Deo ordinntœ sunt. Qui vos audit, me audit, qui vos spernit me spernit. « Tout supérieur tient ma place, qu'il soit bon ou mauvais », dit Notre-Seigneur à la Bienheureuse Marguerite-Marie. (Voir la dernière note du n. 500.)

La volonté des supérieurs est donc celle de Dieu; se soumettre aux supérieurs, c'est donc se soumettre h Dieu. C'est incontestable, et cette seule considération suffirait pour étouffer toutes les révoltes contre l'obéissance, qui naissent dans des esprits inquiets ou brouillons, toutes ces critiques contre les supérieurs, qui sont la ruine de l'esnrit religieux et la peste d'un institut. Mais le supérieur n'a pas toute l'intelligence voulue; mais il subit l'induence de tel ou de tel; mais il est prévenu contre moi! Il a tel défaut! Mon supérieur général ne me commanderait pas cela ! Qu'importe? Tout ce que vous faites au plus petit d'entre les miens, vous le faites à moimême : Sufjdifi estote omni creaturœ propter Deum (2).

Obéissez même aux olliciers du couvent, à l'économe, à l'infirmier, comme le recommande saint Liguori, et tout cela pour l'amour de Notre-Seigneur, qui a obéi nu-me aux bourreaux. Plus le rang du supérieur ou de l'officier est inférieur, plus grand est le mérite de l'obéissant (3). Obéir à cause des

(4) (a) Saint Pascal Baylon, humble portier d'un couvent de saint François, avait un supérieur qui se monlrail très dur k son égard, et qui lui reprocha un jour publiquement d'élre orgueilleux de «es vertus. Le sainl se relira sans s'émouvoir, el un autre religieux, qui avait été témoin de son humiliation, alla le consoler, m Sachez, mon Frère, lui dit Pascal, que c'est le Saint-Esprit qui a parié par la bouche de notre Père supérieur. » c'était là sa réponse ordinaire en pareil cas.

(b) Une épidémie sévissait dans le couvent des Capucins de Bracciano, il fallait y envoyer un infirmier. Le B. Crispin de Viterbe s'offrit. Le provincial lui dit : « Comme il s'agit d'un péril de mort, je n'enten.'s pas forcer votre volonté. — Quelle volonté? s'écria-i-ii. Je l'ai laissée à Viterbe, en entrant cher les Capucins. » Il partit en emmenant avec lui, comme il le disait, saint François comme médecin, el la sainte obéissance comme préservatif. Médecin et préservatif firent merveille; car Frère Crispin revint mieux portant que jamais, après avoir guéri tous les pestiférés.

(2) A qui Notre-Seigneur a-l-il obéi durant sa vie mortelle? A Marie, à Joseph, qui n'étaient que des créatures, parfaites il est vrai, mais infiniment au-dessous de lui, et pourtant pendant trente ans, erat subditus illis. C'était l'ordre, c'était la volonté de son Père. 0 merveille 1 qu'admirer davantage, ou un Dieu qui obéit à une femme, ou une vierge qui commande à Dieu? Le centenier admirait la puissance de Jésus. Il pensait qu'il pouvait commander à la maladie de son serviteur, comme lui-même ordonnait à ses soldats d'aller et de venir, comme il le voulait. Pour moi, j'admire encore plus la puissance de Mane, qui dit à Jésus: Allez, et il va; faites, et il fait. On admire Josué arrêtant le soleil : Marie arrête le soleil de justice, il avait douze ans, il était au temple et manifestait déjà sa lumière; elle le ramène à Nazareth, et il y reste dix-huit ans encore, cachant ses rayons. U obéissance de Jésus, comme vous condamnez l'orgaeil des âmes de notre temps t

(3) Saint Thomas d'Aquin était arrivé depuis peu au couvent de Bologne, et il se promenait en étudiant, quand un des Frères convers qui ne le connaissait pas, l'abordç

La t.iiAiu 1 1 667

han' i'ns «les supirieurs ou de leurs rnips quaiiics, ce n'est pas

lot irnalurelle. L'n supérieur qui n'a rien de tout cela a néanmoins

tout rt> nii 11 iaut pour être obéi ; l'autorité de Dieu. Il ne s'agit pas de savoir si te! ordre est à propos, si votre supérieur, est tel que vous le désirez ; mais si c'est la volonté de Dieu.

Or, vous ne pouvez en douter, vous (^tes plus sûr de la volonté de Dieu en faisant ce que vous disent vos supérieurs, que si Notre-Seigneur lui-môme vous parlait. En elTct, Il ordonna à la Bienheureuse Marguerite-Marie de faire plutiM la volonté de ses supérieurs que ce qu'il lui demandait lui-même. De plus, vous avez plus de mérite. Agissez-donc, obéissez : c'est la volonté de Dieu: or, quoi de plus adorable, de plus parfait, de plus saint, de plus noble, de plus salutaire que de faire la volonté de Dieu ! l'ne Ame qui est bien convaincue de ces vérités <pie la foi nous révèle, n'a plus de peme à obéir ; son obéissance se revêt de toutes les qualités qui la rendent narfaite.

Nous sommes instruits maintenant sur cette vertu ; à l'œuvre donc, immolons notre volonté à Dieu. Celui qui m'aime observera mes (ommandements, et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous ferons en lui notre demeure. Voilà la récompense de l'obéissance sur la terre en attendant le ciel.

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