‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 155 sur 416 · X. — Charité · texte numérisé non relu

X. — Charité

1633. Voici mon commandement : C'est que voiis vous aimiez tes uns les autres, a dit Notre-Seigneur. Etudions I, ce précepte, II, la manière de l'observer.

I. Le précepte. Nous avons dit les conseils, voici le précepte : On reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres ({). Sola dilectio discernit (ilios Dei filiis diaboli, dit saint Augustin; baptizentur omnes, signent se omnes.si{/no crucis, intrent omnes ecciesiam, cantent omnes Alléluia, non discernuntur filii Dei et fîlii diaholi, nisi charitate. Sans charité, comment serait-on religieux, quand on ne peut être chrétien ? L'essence du christianisme, c'est la charité ; la On de l'état religieux, c'est la perfection de la charité. Or il n'y a pas deux charités, mais une seule, l'amour de Dieu et du prochain p«jr l'amour de Dieu. C'est la même amitié par laquelle on aime un ami.qfiifait aimer le fils de cet ami. Celui qui n'aime pas le prochain qu'il voit, comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas1 La preuve tpi'on aime Dieu, c'est l'amour «ju'on porte au prochain. Saint Jean, élevé î\ l'école du Sauvein-, parle coinme lui : }fes petiff ■'"■■■■' aimez-vous les uns les autres, (l'est le seul refrain qu'il lait cil' s sa vieillesse ; et (piand les (idoles lui reprochent de dire tou-

joui:- ... .... .uc parole, il répond; C'est le précepte du Sfio'"'"'- si on l'accomplit, c'est assez (2).

en lai disant de l'accompagner dans la ville ; car le prieur lui a permis de prendre, pour aller avec lui, le premier qu'il renconlrarail. Saint Thomas n'hésite pas. En route, ce brin Krore. vnyrinl qu'il va lentement, lui fait des reproches de ce qu'il va le retarder, il in^riifirii' iiiiMiii' sn, mauvaise humeur devant des personnes qui connaissaient le saint, i-i ' rc à part, lui demandent s'il sait quel est le religieux qui l'accom-

p.iL nse négative, elles lui révèlent qu'il a avec lui Thomas d'Aquin.

Ce ;. .. - -- >. Jemande pardon ao saint qui le rassure avec bonté.

(t) F'acôme élait un soldat paten des armées de Constantin. Arrivé à Thôbes, après de rudes n.ii. Hps ri vit le» chréii.ns .un («taifnt nombreux, s'empresser auprès de lui et de se« ns, pour let rafraîchissements et des vivres, en refusant

toute réi iir prix de > '<. Il en fut fort surpris, el, s'informanl de

Cl- .1, il apprit qu'ils i> - une religion qui leur faisait un devoir

di\ inlé envers tous. « l gion ne peut qu'être divine, » dit l'a-

cùoic. bt II I fiiibrassa el devint un fvii>;»i ■. i.gieux et uo saint.

(S) « Le jeune Tobie, accompagné de l'ange, ayant abordé Ritguel son parent, auquel néanmoins il était itironnu, relu. -ci ne Tn' - •'■■•■'■< ■ ^ardé que, se tournani ^•••^■i Anne sa femme : < Voyez, lui ilitil, combu i ; e ressemble à mon p.'i

Après cela, il les interrogea : ■ D'oli êie.i . - ns. me* fr^rc-'s î • A ij

répondirent: t Nous sommes de la tribu de Nephlnii, de la capt; uve. • il il

leur dit: « Coan«i8set-vuus Tobie, mon frère 7 — Oui, nous le c>.: * dirent-ils.

C'est là niissi ce que doivent dire les Riipi''ricur6 à In suite de Nolrc-Seigneur et de son dist^iple bien-aimé. Atissi vcit-on mie tous les saints, en noourant, recomiTinndaicnt aux Ames chéries, qu'ils laissaient sur la terre, de s'entr'aimer. (V. la note du no 1622 (1). la charité, en clTet, fait de la terre,

El Raçuel sYtant rais à en dire beaucoup de bien, l'ange lui dit : <c Tobie, duquel vous vous enquéror, c*e»l le propre père de celui-ci. > Lors, Ra{»uel s'avança, el le baisant avec beaucoup de larmes: « Bénédiction sur loi, mon enfant, dil-il ; car tu es fils d'un bon et très bon personnage. » Et la bonne dame Anne, femme de Rapoei, avec Sara sa fille, se mil aussi k pleurer de tendreté d'amour... Ne remarquez-vous pas que Raçrnel, sans connatirc le jeune Tobie, l'embrasse, le caresse, le baise, pleure d'amour sur lui ? D'où provient cet amour, sinon de celui qu'il portait au vieux Tobie, le p^^re, à qui cet enfant ressemblait si fortî Béni sois-tu, dit-il ; mais pourquoi 7 Non point certes, parce que lu es un bon jeune homme, car cela je ne le sais pas encore ; mais parce que lu as pour père un excellent homme à qui lu ressembles. ... Eh I vrai Dieu l quand nous voyons le prochain créé à l'image et semblance de Dieu, ne devrions-nous pas dire les uns aux aulres : « Tenez, voyez celte créature, comme elle ressemble à noire Créateur I » Ne devrions-nous pas nous jeter à son cou. la caresser et pleurer d'amour pour elle ? Ne devrions-nous pas lui donner mille el mille bénédictions ? — Et quoi donc 1 pour l'amour d'elle ? — Non, certes, car nous ne savons pas si elle est digne d'amour ou de haine en elie-méme. — Et pourquoi donc? — Pour l'amour de Dieu qui l'a formée à son image et semblance, et par conséquent rendue capable de participer à sa bonté, en la grâce et en la gloire ; pour l'amour de Dieu, dis je, de qui elle est, à qui elle est, pour qui elle est, el qu'elle représente d'une façon toute particulière. Puisque nous nous aimerons dans le ciel pour l'amour de Jésus-Christ, pourquoi cet amour ne formerail-il pas dès à présent le lien de nos cœurs sur la terre ? » (Samt Fbaxçois dk Sales.)

(i) (a) Qu'est-ce qui nous aveugle d'ordinaire dans nos opinions ei dans nos préjugés contre le prochain ? Je vous l'ai dit, c'est l'intérêt qui nous domine. Nous jugeons des hommes, non point par le mérite qui est en eux. mais par l'intérêt qui est en nous; non point sur le pied de ce qu'ils sont, mais de ce qu'ils nous sont; non point par les qualités bonnes ou mauvaises qui leur conviennent, mais par le bien ou le mal qui nous en revient. i',ar de là naissent les injustices énormes que nous commellons à l"égard de leurs personnes-, de là les déchaînements bizarres centre les aulres; de là les censures odieuses des plus dignes sujets; de là les lo anges outrées des sujets les plus médiocres; de là les préférences iniques de ceux-ci, et les exclusions de ceux là; de là ces abus piesque infinis que dpplouil David, el qui lui faisaient conclure que les enfants des hommes n'étaient que vanité, ^ue leurs balances, c'est-à-dire, celle de leur estime ou de leur blâme, étaient des balances trompeuses, ei qu'eux-mêmes par leurs désirs et leurs prétentions intérPSfiées. ils travaillaient fans cesse h s'aveugler el à se tromper. Verumlamen rani filii hominum, wendaces filii hominum in ftateris, utdecipiant ipside ranitale in idipsum. Que quelqu'un se soii attiré notre disgrâce, cela suffit ; avec cela en vain ferait-il des miracles, ses miracles mômes nous le feraient piratire odieux; en vain posséderait-il tontes les vertus; les vertus les plus sincères prennent dans notre imagination la couleur et la teinture drs vices les plus honteux: s'il esl dévot, nous le regardons comme un séducteur ; s'il est honnête el obligeant, nous le li allons de lèche cl de flatteur ; s'il est réservé, nous l'accusons de dissimulation et de fourberie ; s'il est ouvert, c'est, à ce qu'il nous semble, imprudence el inconsidération. Il a beau se distinguer par le mérite de ses actions, cet intérêt au travers duquel nous l'envisageons, défigure et noircit à nos yeux les actions les plus saintes. Les autres ont beau lui donner des louanges: cet intérêt qui nous pr(^occupe, nous fait juger que tons les autres se trompent, el qu'il n'y a que nous qui le connaissions : en même temps qu'on lui applaudit, comme les femmes d'Israël apnlaudisyaii'nt à David, cet intérêt dont nous sommes dominés, nous envenime contre lui, de même qu'il envenima Saûl. Mais la jalousie est encore plus capable que la haine elle-mêmede fanssernos jugements. L'esprit de parti n'est pas moins efficace. Pour les factieux, le souverain mérite c'est d'être avec eux, elle seul démérite, c'est de n'y point être. Si vous êtes dévoués à leur parti, ne vous mettez plus en peine d'acquérir de la capacité, delapiété, votre dévouemenlvous tiendra lieu de tout le reste; mais si vous n'éiea pas avec eux, vous n'êtes bon à rien, c'est là d'après saint Augustin le raractère de l'hérésie. TD'après Bocrdaloue.)

La jalousie c'est un vice qui mène à tout, parce qu'on se le déguise toujours à soimême, c'est l'ennemi éternel du mérite el de la verlu ; tout ce que les hommes admirent, l'enflamme et l'irrite; il ne pardonne qu'au vice et à l'obscurité, et il I: ut être indigne des regards publics pour mériter fes égards et son indnlgi^nre. I! n'est poinl de ba.ssesse que celte passion, ou ne consacre ou ne justifie ; elle élemt même les sentiments les plus nobles de l'éducation el de la naissance; el dès que ce poison a gagné le cœur, on trouve des âmes de boue, où la nalare avait d'abord placé des ftroes grandes et bien nées. (HAssn.i.oi).

Celte passion a répanda le venin de sa ualignité jusque sur le plus aimable des

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I • :• 1 I ' 1' "•• • '^«;l lebonlieur parfait dans l'amour de Dieu. La haine et la

'erre un enfer : Sinecharitate monasferia sunt fartara,

i . Omne reynum contra se divisum non stubit. Quand

iiis une maison dont les pierres et les pièces de bois sont bien

■ s. securus intrus, vous entrez sans crainte, dit saint Augustin.

Mais si (■ -imi, vous jugez qu'elle menace ruine. Ainsi en est-il d'une

comiiHii. nt doni" pour le bien de la congrégation que pour obéir

au ! ~ iir, il faut la prati<juer.

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