IV. — Péché
171 ri. On peut doniter le sermon sur les chAtimenls spirituels, n. 989, en y entremêlant quelques réflexions.
I" Sur le malheur du prêtre en état de péché. — Il est prêtre et il n'est plus à Dieu. Pourtant il a dit : Dotninus pars. Il est prêtre !
D'autres prêtres de son âge font le bien: lui est devenu un instrument de mort. Comment se rappeler les jours de son ordination, la ferveur d'une première messe, le bonheur de la fidélité à Dieu, sans être rongé par le regret d'avoir tout perdu i Pauvre père, c'est donc là que devaient aboutir ■vos sueurs et vos sacrifices pour faire élever un enfant? Pauvre mère, si heureuse d'avoir un fils prêtre!...
S'il cache sa honte, quelles précautions pour ne pas être découvert! Quelles transes, à la pensée de l'être! S'il a levé le masque, quels sarcasmes, quels mépris ! — Vos aufem recessistis de vid et scandalicastis plurimos in lege... Propter quod et ego dedi vos contemptibiles, et humiles omnibus populis. {Malmiu., u,S.)
Kt lors même qu'il n'y aurait pas de scandale; si la lumière s'éteint, l'Eglise n'est-elle pas dans les ténèbres? Omne caput languidum; donc omne cor miprens.
Quand la sentinelle s'endort, à quoi est exposée l'armée ou la place qu'elle garde? Que deviennent les malades si le médecin est atteint de la peste ; les ■vova^eurs. s'ils ont un guide aveugle ; les soldats, si leur général est prisonnier? Quanrlle pasteur ne veille pas, que devient le troupeau? Que de-
insensihles. vous qui paraissez tout de place dans la pratique même de vos devoirs, et qui ne seniez rien de vif. ni pour le salin de vos frères, ni pour le vôtre ? Si vous remplissez votre ministère avec cet air d'habitude, d'ennui, de répugnance !n<éparable d'une vie tiède et infidèle, vous laisserez les mêmes dispos'tions dans ceux qui vous écoutent: vos fonctions ne réveilleront, ni votre foi, ni votre piété, et elles les laisseront de même endormies dans vos auditeurs. (Massillo:*).
l'ÉCUÉ 701
vion'x'Mi l'>>^ granilcs sources de y\e chrélicnne, entre les mains d'un prî-lrc s;r wccf C'est une nuée sans eau. qui ne verse janiais la lëcondité,
ri , ui(''nie les ravons du soleil. C'est un arbre stérile qui ne produit
point do fruit et ne laisse pas grandir ce qui est sous son ombre. — La prédication, elle ne peut qu'être sans vie. Peccatori dixit Deus : tjuare tu enarras justifias meas et assumis tesfamentum meum per os tuutn ? — Si l'autel est tous les jours le IhoAlred'un sacrilège, ne risque-t-on pas d'entendre ces voix qui retentirent dans le temple de Jérusalem : Sortons d'ici, sortons d'ici?
Sarenfntes, si r.olueritis potière super cor ut detis ffloriam nomini meo, ait hoininus. mittam in vos eyestateni, et maledicam benedictionibus vestris. (Malach.. ii. 1.)
<( Les mystères que nous traitons sont si saints, qu'ils ne peuvent perdre leiu* vertu, ui.'ioe dans des mains sacrilèges, dit Bossuet. Mais comme des invsitii's inMhiiii-s portent toujours quelque malédiction après eux, n'étant p;i>^ • au peuple, elle s'accumule sur le ministre, comme la
[i.i: jiiand on ne la reçoit \yàs. »
i"î M», u' .^inwr,s I i>nf:i-ipiencesde l'état de pèche; l'endurcissement et t'impénitenre à cause de l'abus des grâces. Saint Thomas, 2. 2. q. 10. a. ".{ enseigne que les pét'hés dos lidèles sont plus grands que ceux des inlidèles propfer notitium veritatis. VX saint Augustin dit : Scienti lefjern et non facienti peccatum est grande. U» en est -il du péché du prêtre? Les fidèles sont dans les ténèbres : Vos estis lu-v mundi. Vobis datum est nosse mysteria rer/ni Dei. Le prêtre connaît IMeu, il la étudié <lans l'oraison, dans la théologie, il connaît la malice du péché, le déplaisir infini qu'il est de nature à causer à Dieu. Il ne peut alléguer l'ignorance : il pèche donc par malice. Allègueraitil la l'iiihlesse? Mais ignore-t-il les moyens d'obtenir la grAce ? Or, dit saint Thomas, tout péché de malice est contre le Saint-Esprit; mais le péché contre le Saint-Ksprit est dillicilement remis à cause de l'aveuglement qu'il amène.
^ . neur. sur la croix, (il cette prière : nesciunt quid faciunt :
III i ière peut-elle proliter aux prêtres coupables? ne les condamne-
t rii, j.;is plutôt.* Kl |tuis, A la malice se joint une ingratitude d'une noirceur p.uii' iilière uni l'aggrave encore. Les offenses qui nous .sont le plus sensibles sont celles qui nous viennent de nos |»lus proches. Ouelle intimité Dieu a eue avec son jirêtre ! A quels honneurs il l'a élevé! Quid debui ultra fil- '/■ meœ et non feci? (Is. v. i.) Quiil est ipiod dilectus meus in
i!< l'cit scelera multa f (Jm. xi. lo.) Filios enutrivi. (Is. i. "i.) Si
i/ii,,. i. Ht- int'us maledi.risset tni/ii. {Vs. uv. lli.) Cotte malice particulière IIP li' • un rhiUimont parliculior. l'ro mensurd peccati erit et plagarum /// ' "■ ■ T wv.i.) Kcoulons saini (ihrysoslome: Si privatim pecces, ni/til ta (S es : si in sacerdofio pecces, per iisti. La lumière ibmt on
al..- . ,..i'0 aux ténèbres. /-'ro/>//^/« nanupie et sacerdos polluti sunf ; id( tno via i/lnrum erit (/uasi lubricum in tenebris : impellenfur enim
ff rin-riii .tt ( ifiiiiiciil s.- I.Miir il.iiis r.s ci .ii.lil i. ilis '' Ml! OU vérilé Uirlills
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iji ils commis le n
jtécno, ne soruiont pas punis aussi gravement. SfP'uiaris homo /xtst /n'i ctttuin farile ad />trnitentiam renit. dit saint (^hrysostome; un sermon, une III II sullit pour les convertir, ^Mirt «/uasi novum audiens ej^parescit ; 11! lur le prêtre omnia '/iifr runt in Scripturis ante orulos ejus inve-
fr Ktntur, nihil ir ' i us illum corrii/ere qui omnia scit.
I le amène V* i uont : Cum augentur dnnn. ratinn^s
crt'sruiit do/iorum, «lit saint dic^uiro. L'ingrat mérilf teiir« dont ou l'a comblé. Omni ftabenti dahitur et ni i/ii' ''7, etiam f/untl hul" fur ah <?«. (Mvr -•» -"' /
/// :f fontem diri/KP /i i saint llornard. Aussi suint I
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runi eiiam donum > u f M>ri j„i/ 1 c iin .s jn'n >iitii .^y«t/ n.io j-.'" ' ■ . ■' /■■ la^ti sunlf runus renovari ad pivnttentiam. Terra enim, 9(rj>« venientetH
702 fîRRMONS POUR LES ECCLÉSIASTIQUES
super se bibenu imhrem, proferens aufetn spinas ac fribulos, reproba est •et maledirtn pro.rima, cujus consummnfio in combusfiunem. (Hkb. vt. 7.) Mais colle nci-sporlive e(Traic-t-cllc le ix-êlre coupable:' Hélas! il perd aussi Ja crainle no Dieu. Ad rus, sacerdotes, (/ni despicifis nomen meum : si ego Dominus. ubi est fimor meus ? Alto quippe demersi oblivionis «o/n/to, d il saint neriiHr<l, ad nullum dominicœ comminutiottis fonitruu/n experffisrunfur. ut suum peri:ulunt expurescant. (Uim in profundum vencrif contfmnit, il tonilie de si li;uil ! Altius mergifur qui de alto cadif, dit Pierre <lc Hlois. Quid altiuà- cœlo, dit saint Pierre Clirysologuc, de cœlo cadit, in radestihus qui delinquit. Pour eux s'accomplira la menace de Noire-Seigneur. A7 tu Capharnaum usque ad cfelum exaltnta, usque ad infernum demergeris. (ht «:. 15.) In terra sancturum iniqua gessit : non ridebit gloriam Domini. (Is. \\\n. 10.)
« Ainsi donc, dira un prtdre, il n'y a plus d'espoir pour moi, si j'ai péché une fois? Non, je ne puis dire cela ; il y a de l'espoir, s'il y u ropenlance, s'il y a horreur pour le mal que vous avez fait. Que ce prùlre témoigne au Seigneur toute retendue de sa reconnaissance, s'il se voit encore aidé de la grftce; mais qu'il revienne promplement k Celui qui l'appelle. Audiamus illutn, dit saint Augustin, dum rogat, ne nos non audiat aum judicat. Dès re moment, ù prMres, mes frères, sachons apprécier la noblesse de notre état, et puisi|ue nous sommes les ministres d'un Dieu, rougissons de devenir les esclaves du péché et du démon. Nobilem, écrit saint P. Damien, necesse est esse sacerdotem, ut qui minister est Domini, erubescat servum esse peccati.
« l'rètre, mon frère, le Seigneur ne .semble-t-il pas vous adresser les mêmes plaintes (piaulrefois au peuple juif? Quid feci tibi, aut in quo contristavi te, responde mihi. Dites-moi quel mal vous ai-je fait? ou plutôt quel bien ne vous ai-je pas fait? Eduxi te de terrd .€gypii ; je vous ai arraché au monde; je vous ai choisi au milieu de tant de mondains pour être mon prêtre, mon ministre, mon ami intime. Et tu parasti crucem Salvatori tua ; et vous, pour un misérable intérêt, pour un vil plaisir, vous m'avez de nouveau attaché i\ la croix, t'go te pavi manna per desertum : lïans le désert de cette terre malheureuse, tous les matins je vous ai rassasié de la manne céleste, c'est-A-dire (\\\c je vous ai donné ma Chair et mon Sang, et tu me aedisti alapis et flagellis, par ces paroles, par ces actions immodestes. Quid ultra debui facere et non feci f Ego plantavi te vineam speriosissi/nam ; et tu facta es mihi nimis amara.
« Je vous avais destiné à être la vigne de mes délices, en répandant dans voire Ame les lumières et les grâces qui devaient me fournir des fruits doux et précieux, et vous ne m'avez donné que des fruits d'amertume! Ego dedi tibi sreptnim regale, je vous ai fait r(»i et le plus grand de tous les rois de la terre ; et tu deilisti capiti meo spineam coronam, par toutes ces mauvaises pensées consenties. Ego te exaftavi, je vous ai élevé jusqu'à vous faire mon vicaire, jusqu'A vous confler les clefs du ciel, jusqu'à être enfin un dieu de la terre. Et tu me suspendisti in patibulo crucis, et vous avez tout méprisé, mes grAces, mon amitié, vous m'avez de nouveau attaché à la croix. <) mon Jésus, c'est vrai; mais je ne puis oublier que du haut de cette croix vous avez demandé grAce pour vos bourreaux. Pater ignosce illis. Demandez grAce pour nous. .\h, certes ! vous le faites, pui-sque vous nous accordez celle retraite. Dans le bruit du monde, dans cette terre où la pluie et la rosée ne descendent pas plus que sur les montagnes «le Celboé, la conversion d'un mauvais prêtre eut été peut-être impossible ; mais ceux cpii dans une retraite entendent les aveux de leurs confrères, ont été souvent, comme nous, les témoins de ces larmes versées par de pauvres prodigues qui reviennent à leur Père, pour ne le plus quitter à l'avenir. Ah ! ne leur refusons pas, et ne nous refusons pas à nous-mêmes celte consolation.
FA vous, prêtres saints, qui êtes le sel de la ferre et la lundére du monde. Veillez et priez. Mhit maxime hoc tempore, dit saint Augustin, difficilius et periculosius presbyteri officia.