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HT Ut autre (ardeau n a que son poids, mais celui-ci s des ailes : Alia sarcinn
I' 'i rétien une loi d'amour; car le premier et le plus grand des
<^(>:' atur non laboratur. Que les mondains en jugent par ce
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894 DOMlNirALES DK L KPIIMIANIE
detpicere, qui ideo fn-œcipit ut cnumm habeat remunerundi^ dit saint Jérôme. SaiDi Aucusiin sjoiiic; Sec enim ii)so non créante, nos esse, nec ipso non conserr ;' • •mani've ; utc recte virere, ipso non revente possemus, quamobrem snrus est Dominus cui non ad suam, sed ad noslrojn uliiilatem, serri- ! si nobis indigeret, eo ipso non verus esset Dominnt, cum per nos ejus
adjuiarelur nécessitas sub qua ip$e serriret.
C'est pour nos intérêt;, et nun puur les siens qa'il noos fait des commandements, c'est pour avoir sujet de nous faire du bien, et afin que le bien qu'il tous fera nous soit plus honorable et plus agréable, nous étant donné comme une couronne et une récompense de nos mérites : Corona justitiœ ', et s'il procure sa gloire par nus bonnes œuvres et par nos mérites, c'est que la vraie gloire de la créature est d'honorer, d'aN mer, de louer et de glorifier le Créateur.
Quand un roi de la ttrre publie des édils et commande quelque ctiose, vous ne résistez point, vous ne dites pas : il m'est impossible d'y obéir; et quand le Hoi du ciel publie des ordonnances, vous foulez auxpiuds ses divines lois; et néanmoins les empereurs de la terre commandent impérieusement, fièrement, en menaçant, sous peine dételle amande. I/Empereur du ciel commande doucement, et comme en flattant : Ecoulez, mon peuple, croyez-moi, ne reconnaissez point un dieu étranger. Les rois de la terre font souvent des ordoonarces difficiles, pour leur propre intérêt et avec une grande incommodité pour leurs sujets; ils punissent ceux qui les transgressent, mais ils ne récurop<^nsent pas ceux qui les gardent. Les commandements du Koi des lois sont très faciles : Mandata ejus gracia non sunt ; la plupart consistent à ne rien faire, k ne point jurer, à ne point dérober et à ne point tuer ; il n'est rien de si aisé ; ils sont à la décharge et à l'utilité de ses sujets, et non pas pour ses intérêts ; car quel intérêt a-til que vous dérobiez ou non? mais il y va de notre bien, comme il dit : l't bene sit tibi ; car, quand vous ne les gardez pas, vous êtes attaqués par des remords de conscience, tourmentés de vos passions, en impatience contre vos gens, en querelle avec vos voisins, en crainte et en appréhension des châtiments qui vous sont préparés ; et si vous les gardez, Dieu vous promet des récompenses qui sont au-delà de toute espérance.
C'est comme si un père de famille, après avoir nourri, élevé, caressé son fils avec des tendresses incroyables, après l'avoir pourvu d'emplois et marié richement, lui disait : Mon fils, pour tous les biens que je vous ai faits, je ne vous demande qu'une récompense, portez-vous bien, ayez grand soin de votre santé, réjouissez-vous. Ainsi Dieu nous dit: Ce que je désire de vous, c'est que vous soyez heureux en ce monde et en l'autre, et vous ne le sauriez être sans garder mes commandements, sans réfréner vos passions, éviter le péché, et mériter le ciel. 2o L'exemple des créatures. Dieu n'a point promis de récompenses aux autres créatures, et elles lui obéissent ponctuellement; il a dit: Que la lumière se fasse, el elle se fait incessamment en cet hémisphère ou en l'autre ; il a mis pour bornes à la mer, le sable du rivage, lui défendant de passer outre, et elle obéit. L'homme seul, qui a plus d'intérêt et d'obligation d'obéir à Dieu qu'elles, transgresse ses divines lois. Louis de Gonzague, avant d'être religieux, était dans la cour du roi d'Espagne, il entendit un jour le jeune prince, qui étant importuné du vent, lui disait : Tais- loi; il lui dit fort judicieusement: Monseigneur, votre altesse peut bien commander aux hommes, mais non pas aux vents. On peut dire le contraire de Dieu à notre grande confusion. 11 commande aux vents, aux marées, aux éléments et aux autres créatures insensibles, et elles lui obéissent: Vcnti et mare ubediunt ei. 11 commande aux hommes qui ont de l'esprit el du jugement, et il n'est pas obéi.
3° L'exemple de J.(l Mais ce qui doit le plus nous toucher, c'est l'exemple admirable de la très parfaite obéissance que notre Siuveur a rendue à la souveraineté de Dieu. Au premier instant de sa conception, son Père éternel lui montra le profond abîme du péché, de misère et de damnation où les hommes étaient tombés par la faute d'Adam ; il lui montra le désir qu'il avait qu'il les en retirât, non pas par pure autorité, non par un simple commandement, comme quand un roi fait sa première entrée dans une de ses villes, à la première requête qu'on lui présente, il ne fait que dire à un de ses gens : Allez dire au geôlier qu'il ouvre les cachots et qu'il congédie tous les prisonniers; qu'ils les en retirât non par des actions honorables, éclatantes et glorieuses, comme Samson et David qui exterminèrent les géants el les autres monstres qui incommod'iient le monde, mais en renonçant aux honneurs, aux plaisirs auxquels il pouvait très justement prétendre par la noblesse de sa personne; qu'il les délivrât par l'effusioa de son sang, par une mort très cruelle, par des soufTrances très ignominieuses et très sensibles.
Avec quelles dispositions admirables ce Fils adorable acceple-t-il ce décret de la Souveraineté divine ; avec quelle tendresse, quelle ardeur et quelle force d'esprit I Deus meut, volui. Il est au premier moment de sa vie, il commence seulement à le vouloir, et il dit : Volui; si je l'avais voulu cinquante ans, je ne le voudrais pas davantage. Commençons vite, je le désire aussi ardemment, j'en suis aussi pressé que si je le désirais depuis longtemps; Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mai; ce désir que j'ai d'obéir à votre commandement est au milieu de mon cœur; il faudrait m'arracher le cœur pour pouvoir me l'ôter. Je l'ai imprimé, gravé et buriné au centre le plus
V DIMÂNCIIIi:. — L KSrKHANlF. 805
pi ' l'iir.C'esl une preuve que U souveraineté de Dieu mériie
u is lui a voulu obéir a si grands frais, par un acte si
ex-c...... V. , .., , ,.v.,N..>n de son sang et par une mort si cruelle et si igno-
miniease. Il s'est rendu obéissant jusqu'à la mort et à la naort de ii croix, dit S. Paul ; il a mieux aimé perdre la vie que de manquer à l'obéi>sance ; et comme il nous a rachetés par son obéissance aux commandements de son Père, il veut nous appliquer le fruit de sa rédemption par notre obéissance à ses commandements: Factus est om-iibus
o'.' — -./. - ^ifji caufa salulis œternœ. Disons-lui donc avec saint Augustin:
J i quod jubés; vous pouvez commander tout ce que bon vous sem-
bu . es, quod honum e$t in oculit tuis faciam. Vous ne pouvez rien
comitiauuer qui ne soit plus que très juste, car vous êtes un ju(?e très équitable ; vous ne commandez rien qui ne soit doux, utile et facile, car vous êtes père, votre joug est suave et votre charge légère. Da quod jubés. Il y a dans notre nature corrompue, beaucoup d'opposition à l'observation de vos divines lois, mais vous êtes tout-puissant pour la vaincre par votre grâce ; le cœur du roi est en votre miin pour en faire tout ce qu'il vous plan, à plus f >rte raison le cœur du ppuple. Vous promettiez par vos prophètes que vous écririez vos commandements en nos cœurs ; ils sont aussi durs que des pierres, mais vous les écrivîtes sur des tables de pierre ; gravez-les donc, s'il vou^ plait, au centre de nos cœurs, a(ln qu'étant notre Juge, et ne trouvant en nons aucune transgression k punir, vous ayez sujet de couronner nos mérites qui sont vos dons dans l'éternité bienheureuse. Amen. (D'après le P. Lr Jeoxe.)
Anire sujet. — Ou bien à pi-opos du texte de l'Evangile : Quid timidi ^tis modicœ fidei. parler de l'espérance.
1812. Spe suivi j^acti sumus. L'espérance qui nous sauve ce n'est pas celle qui ^p fonde sur les hommes.
! iinre dont le monde parle, n'est autre chose à le bien entendre, -ion apréable ; et ce philosophe l'avait bien compris, lorsque ses iiiuis le priant de leur définir l'espérance, il leur réponilit en im mot : ti'est un Ronge de personnes qui veillent : Somnium riyUantium. Considérez, en cfT ■ c est qu'un liomme entlé de celte espérance. A quels honneurs
ri pas? Quels emplois, nuelles dij^nités ne se donne-t-il pas à lui-
m<iiif' ; Il II ' parmi les délices, et il admire sa grandeur future. Rien ne lui par.i lilc ; mais lorsque, s'avançant anlemmenl dans la car-
rière qu'il SCSI jiKiposée, il voit naître de toutes parts des difficultés ipii l'anvtent à rhaque pas ; lorsque la vie lui manque, comme un faux ami, au milieu de ses entreprises, ou que forcé parla rencontre des choses, il revient à son sens rassis, et ne trouve rien en ses mains de toute celle haute fortune ,i>,ni il ,>>,.!,,• ,.v|it une vaine image; que peut-il juger de lui-même, sinon • trompeuse le faisait jouir j»our un temps de la douceur d'un
.. .' et ensuite ne doit-il pas dire, selon la pensée de ce philo-
gophe, que I espérance peut être appelée « la rêverie d'un homme qui veille » tomnium vif/iinntium. Mais, ô espérance du siècle, source intime de soins inutiles el de folles prétentions, vieille idole dont tout le monde se moque et que tout le momie poursuit, ce n'est pas de loi (jue je narle, mais de l'espérance des enfants de Dieu que je dois aujourd'hui préclier. » (IIossikt.) S/>es mea in Deoest. disait I)avi<i el il ajoutait : Speratc in eo omnis conffreyatio populi, eff'undite coram eo rorda vestra. Deus adjufor noster in œternum. rspiTiins (nus.
I " ■ f-re l'espèrnnre. (V. n" 4fiO.)
nnttf sfH fondements f 1" La promesse de Dieu ; 2" la fidélité de ' ; 4'> sa bonté pour nous. Voilà ce qui commence à réelle Icrre.
eiiionl de noli ' ' ' " justes ; la lin de
>i d'avoir um le, de ne déchoir
'iii;ii-<. ^1'. ' ' ' 11"' i;i gr.icc m uf i;i jiisin r.
M Pour • nient la différenfe ne ces detix repos, dont
- '--t la ions. .11 M. .11 .ir iM M.' présente, el l'autre est la félicité de la vie
. il faut rciiiai-ipicr. que par la grAce ciu christianisme nous somme»
- ..>sun'«^ '•• " ■'- i-i .i^';cra pas;mais nous ne sommes pas jissuréK
ic nous n Dieu. (i'est-A-ilire, si nous i'cnlcndcms,
.; i." «i-'i'; - .... i, .. mais toujours ineerlains de nous et rie
I) .\ IVntis sommes a.ssurés de Dieu ; ear nous sommes très
;i 1.^ poiul si on ne le niiille ; il ne i-li.Tn;.'e pas comme un
806 DOMINICALES DE l'ÉPIPHANIE
homme, et ses uuiis, dll le saint Apôtre, sont sans retour et sans repentance. (K.»M. M. 19.)
(i .Vo/i dexerit, si non deserafiir. (\vn.) 11 ne se relire point à moins que Ton ne ruban<l'»nne le premier. J'ai bien lu, dit saint Augustin, qu'il en a ranjené à la divine voie plusieurs de ceux qui l'abandonnaient ; mais qu'il nous ait iamais quittés le premier, c'est une chose entièrement inouïe. »
(BOSSI'KT.)
Chose ("trange qu'on ajoute foi à tout le monde excepté à Dieu, qui a fait le monde, et qui a donne la fidélité à tous ceux qui en ont tant soit peu. Vous prenez le bon grain, qui pourrait être employé à votre nourriture, vous le iirMez à la terre que vous ensemencez, vous fiant à sa fertilité et espérant qu elle vous le rendra avec usure; vous donnerez à votre vigne vos travaux et vos sueurs toute l'année ; espérantqu'ello n'en sera pas ingrate ; vous mettez votre argent en dépôt dans un coffre de bois ou de fer, vous fiant à la serrure nui est à double ressort ; vous donnez à votre servante la charge de votre linge, de votre cave, de votre grenier, c'est que vous avez confiance à sa probité ; vous faites la paix ou la trêve avec votre ennemi, qui est un turc, ou un barbare, vous vous rassurez sur le serment qu'il a prêté; vous mettez votre argent sur mer, pour être employé en trafic par un étranger, un hérétique, un juif, vous vous fiez à sa signature, qui n'est que sur une feuille de papier. Qui est-ce qui a donné la fécondité à votre champ, la fertilité à votre vigne, pour vous rendre avec avantage la semence et le travail que vous y avez mis ? A votre coffre la propriété de garder votre trésor? A votre servante la probité, pour ne vous rien dérober ? A votre ennemi la fidélité, pour ne pas rompre la trêve ? A votre associé en marchandises, la conscience pour ne pas vous faire banqueroute ? N'estce pas Dieu? Celui qui a donné la fécondité à votre terre, vous sera-t-il stérile et infécond f Nitmquid terra serotina favtus sum Israeli ? Celui qui a donné à votre coffre la propriété de garder votre trésor, ne pourra-t-il pas le garder ? Celui qui a donné à votre servante l'inspiration de vous être loyale, vous sera-t-il déloyal et perfide ? Celui qui a donné au barbare l'instinct de garder religieusement la foi qu'il a jurée, faussera-t-il lui-même son serment T Celui qui a défendu sous de très graves peines à votre associé de vous tromper, vous trompera-t-il lui-même ?« SecMrKs es de servo tuo, et non es secunts de Domino tuo ! securus es de tua domo, et sollicitus es de rœlo ! Invadit hostis domum, nunquid invaderet cœlum? occidit latro seri^um pecuniœ custodem, nunf/uia occideret Dominum servatorem ? » dit saint Augustin. Votre chant peut être grêlé, votre vigne grêlée, votre coffre crocheté, votre servante séduite, votre ennemi perverti, votre associé appauvri. Kien de tout cela ne peut arriver à votre Sauveur ; et nous ne nous fierions pas à lui, nous ne voudrions pas compter sur lui, pas plus que s'il était le plus infidèle, le plus traître, le plus perfide de tous les hommes. Ne seraitce pas offenser sa fidélité ? (Le Jeunk). Donc, espérons en lui.
III. Quel est son objet ? Tout ce qui est dans l'ordre du salut, donc 1" les biens de ce monde qui tendraient à cette fin (1) ; 2» les biens de la grâce pour
(1) On dit aa'an empereur de l'antiquité, voulant se donner du plaisir ainsi qu'à ses favoris, leur ut dresser un festin somptueux dans un vaisseau en pleine mer, et qu'à chaque service, quand on levait les assiettes pour en donner de propres blanches, on les jetait dansia mer. Les conviés disaient entre eux : Quelle profusion, quel dommageet quelle perte de prodiguer ainsi cette vaisselle d'argent qui serait si utile à tant de personnes i mais ils ne savaient pas le secret, ils ne savaient pas que l'empereur avait fait tendre autour du navire des filets qui recevaient tout, et qui, à la fin de la fé>e, amenèrent à bord et la vaisselle et plusieurs beaux poissons qui s'y étaient pris. Dieu compare sa providence à un filet : Extendam super eum rete meutn, parce que sa providence est
tleine d'yeux comme un filet. Quand un revers de fortune vous est arrivé, il vous semle que c'est fait de vous pour jamais, que tout est perdu sans ressource, que vous êtes plongé au plus profond de l'abîme: Veni in altitudinem maris. Craignez Dieo et vous ne perdrez rien, sa providence est autour de vous et de votre maison Sperantem in Domino misericordia circumdabit. Elle recueille tout, elle conserve tout et elle vous rendra tout avec usure et surcroît de prospérité.
Confiance dans les épreuves t Pendant que votre mari vivait, toutes vos Affaires étaient en prospérité. La mort vous le ravit et vous êtes inconsolable. Mais vous avei la foi.
i* DIMANCHE. — LESPÉRANCB 807
viter le péché, triompher des tentations, praliauer les vertus ; 3" les biens
!e la gloire. Le démon perd les Ames par la déhance qui les porte au mur-
l'ire. r\\\ -It'sospoir ; et le désespoir fait que les bras nous tombent dans les
! il qui cramt se retranche dans sa forteresse avec ses sol-
te sur la victoire, fait de vigoureuses sorties, il repousse
les enaeuus et en triomphe. Que ne fait pas faire l'espoir de la victoire à un
soldat, l'espoir du suicos à un commerçant, de la gloire à un homme de
lettres ?... Si rcs[ioir des biens terrestres a de tels résultats, qu'en doit-il être
de l'espérance des biens éternels (1>. Espérons. .\on delttiquent omnes qui
fit in eo.Spe salvi facti su/nus. Spes, dit saint Jean Chrysostome,re/u^
i fortis de cœlo pendens animas sustinet îiosfras, et ad cacumen
I ml trahit eos qui hanc firmiter tenent, et a procellis malorum prœsentis
itœobripit. {Ad Theodorum lapsitm.)
Pensez» vous que Dieu ne fut pour rien dans le succès de voire mari en ses affaires? Si Dieu ne l'eût aidé, votre mari aurait pu tout perdre en débauche sou en banqueroutes. Dieu vous reste, pensez-vous qu'il soit comme ces mauvais écrivains qui ne peuvent tailler une autre plume, quand la première est usée. L'accident qui a donné la mort à votre n&ri a-l-il enlevé la puissance à Dieuî Potem est autem Deus omnem gratiam abundare facere in vobis. (Le Jeuxe)
Nous nous croyons si fort en sûreté, quand nos intérêts et notre fortune sont entre les mains d'un ami fidèle depuis longtemps éprouvé, et sur lequel nous comptons comme sur nous-mêmes ; nous ne daignons pas même nous informer des raisons qu'il a dans les partis qu'il prend par rapport à nous: tout ce qu'il fait, nous l'approuvons, nous y souscrivons, nous le trouvons bon pour nous. Et voilà la consolation d'une Âme fidèle qui a mis son sort entre les mains de Dieu : elle n'examine pas les raiî^ons que sa bonté paternelle a pu avoir dans les situations qu'elle lui ménage : il lui suffît de savoir que c'est un Dieu qui n'a que des vues de bonté et de miséricorde pour sa créature; un Père qui ne se propose que le salut de son enfant ; un ami tendre et fidèle, et qui n'a rien Uni à cop'ir que les intérêts de ce qu'il aime. Quelle situation, mes Frères ! en est-il ici-ba* n ' us désirable pour la créature? (Massilloti.)
(I; I soyons pas présomptueux. Celui qui aime le péril y périra. Amas
pericvl..,,. .■.^., vous exposez au danser, puisque vous attaquez ce qui vous doit servir de refuge ; vous offensez la bonté de Dieu qui est votre asile et votre unique espérance ; vous dites que vous espérez en elle, et vous la désobligez en vous servant d'elle pour loi être mauvais. Amas periculum ; vous vous r.issurcz sur la bonté de Dieu, qui est pour les gens de bien et vous ne l'êtes pas ; et vous ne craignez pas sa sévérité, qui est pour les vicieux, et vous l'êtes et l'avez peut-être toujours été ; vous vous confiez en sa douceur qu'il ne promet pas à ceux qui l'offensent, et vous ne redoutez pas sa rigueur dont il rnfnare d'une manière terrible tous ceux qui lui désobéissent.
us donner un coup de poing à un chirurgien, sachant qu'en le faisant vous riez le bras et que vous n'aurez que ce chirurfcien pour vous le remettre T
Scaèque raconte que de son temps, une misérable femme, qu'un gouverneur de ville entretenait, étant à table avec lui, fut curieuse de voir mourir un homme : sit6t qu'elle lui eût dit son désir, il envoya chercher un criminel qui était en prison et le fit exé> coter en présence de cette malheureuse ; il en fut extrêmement blâmé, et on lui en in> tenta on procès, non seulement h cause des circonstances de celte cruauté, mais encore parce que, si les parents de ce prisonnier eussent prouvé après sa mort son innocence, ce juge inhumain n'aurait pas pu lui rendre la vie qu'il lui avait Mée par une brutale passion. Supposons que cette femme i|ue vous aimez crim .ne veuille céder à
vos sollicitations infâmes qu'aprè<( que vous lui aurez fa: o tous vos biens et
tué votre enfant .tnniir .^i.. ...n.» .mo t, . ,. mortelle; si v ...-z ce qu'elle désire,
si vous loi d' mort votre lils, en disant : Dieu e»t bon,
Dieu est misi s biens, pour me récompenser de relie
pf" IN erra par un an^c, de lur et de l'argent, comme il i' inr
l'c m archange ; je le prierai tant, qu'il fera un miracle. ra
njii! inme il ressuscita le l' '■ '■ • -nve. Celui qui vous im 'S
pro|< ^. irait il pas que vnu.s (^: C'est pourtant là ce qu' )d
vous ( Miuii. liez un péché mortel, .<* ve de la miséricorde de ne
la moindre grâce, le moindre mouteroeni du Saint-Esprit, qui doit vous faire e-xeicer un acte de vraie «tirition, est une plus grande faveur, un bienfait plus «ignnlé, un don plus prt si Dieu vous donnait tous les tré.» ' ressoi-
citer vo'. ind elle est morte par le péché, > que si
Dieu re> jire enfant <* '-.r.'.' .i,-nii,« «i» «.m,,,. airemeni
naufrage de tous vos biens sp passion ; vous perdez tous vos mé*
rites et tous les trésors de f; imnssés en vous; vous assaasines
cruellement votre âme, en coinnicu et vous dites: Dieu est bon.
Dieu est miséricordieux, il me ren : ur recouvrer la perte que je
fais; il ressuscitera moa im» en me cuiift:rii83iiui. u'ci aveuglement t (Lt Jtc^i)
808 DOMWICALF.S DR l'bI'IPHAN'IF,
<813. V'' Dlmuuclic après l*Kpip1iaiiie. — l"'' Mnjet. — CoUir-
(fite ricanid et (//lif/ate ko in fasciculosad comhurendum. L'ivraie co sont les inochanls qui sonl dans IKglise ; le feu qui les »;onsiiinc c'est celui de l'enfer -- renCor, n-^ 4 1-40.
Autre mijot. — A j»ropos de l'épitre. Super omnia charitatem habete, quod est vittruluni per/ectionis. (Coi,, m.) Traiter le sujet suivant.
La perfection.
181 i. Estote et vos perfecti sictit Pater vester cœlestis perfectus est. Regardez donc, enfants de Dieu, la sainteté, la iteauté, la perfection infinie de votre l'ère céleste, perfection qui ravit les anges et les élus du ciel, et toutes les Anios pures de la terre ; voilà ce que vous êtes appelés à imiter. C'est pounjuoi nous allons vous dire. I. ICn quoi consiste la perfection. II. En quoi elle est obligatoire pour tous. 111. Que tous peuvent, avec la grâce de Dieu, arriver à la perfection.
1815. I. En quoi consiste fa perfection. 1" Elle ne consiste pas dans les cruvres ni dans les pratiques extérieures, cependant si utiles à la perfection. Les livres servent à acquérir la science : sans eux, comment pourrait-on devenir savant ? Mais la science n'est pas dans les livres, mais dans l'iïme, dans l'intelligence du savant. De même les jeûnes, les pénitences, les aumônes, les prières et tous les exercices de la dévotion, la pratique des conseils aident puissamment h acquérir la perfection, mais ne sont pas plus la perfection que le chemin nest le terme d'un voyage. — 2*' La perfection d'un être consiste dans son union à sa fin : quand une créature atteint le but pour lequel elle a été faite, elle est parfaite. L'o-il est parfait quand il voit clair, parce que Dieu lui a donné pour fin d'v voir. 11 serait imparfait, s'il ne percevait pas les objets, ou ne les percevait que d'une manière confuse. Or quelle est la lin de l'homme ? La raison comme la foi nous disent que c'est Dieu. Fecisti nos ad te, Domine, disait saint Augustin. La perfection de l'homme consiste donc à être uni à Dieu. C'est même là toute sa perfection. Donc ceux qu' ne tendent pas vers Dieu, s'abaissent «?//'rtc/?' *Mn/ ahomi?iabiles sicut ea <]uœ dife.remnt. Or qu'est-ce qui imit l'homme intérieur, l'àme humaine à Dieu ? C'est l'amour divin ou la charité. L'amour ra[)proche, en effet, autant que possible, deux êtres distincts; il les unit d'une manière intime. Et comme on ne peut aimer Dieu véritablement sans aimer le prochain qui est l'image de Dieu, selon le mot de saint .lean : Celui qui n'aime pas le prochain qu'il voit, comment aimera-t-il Dieu qu'il ne voit pas f il s'ensuit que l'amour du prochain est essentiel à la perfection (1).
1816. En (juoi la perfection est-elle obligatoire pour tous ? l» On n'est pas tenu d'aimer Dieu 1) autant qu'il le mérite, car Dieu seul peut s'aimer lui-même de celle manière, 2) ni de l'aimer sans distraction, ni interruption. Les Bienheureux, dans le ciel, peuvent seuls l'aimer ainsi. W) On n'est pas tenu non plus de s'appliquer tellement à l'amour de Dieu cl à ce qui regarde
(1) Nous devons ici admirer la douceur de la Providence, qui a rais notre félicité et tout notre bonheur dans une chose si facile, si douce, si conforme à noire naturel; non à posséder et distribuer de grandes ricliesses, les pauvres en seraient privés; non à pénétrer des vérités sublimes, les idiots n'y pourraient atteindre ; non à pratiquer des actions héroïques et difficiles, les malades en seraient dépourvus: mais à avoir l'amour, c'est-à-dire de la b<inne volonté pour Dieu, ce que tout le monde peut faire avec si ÇTkct. Il n'est rien de plus naturel à l'homme que d'aimer, rien qui coûte moins, qui $• fasse plus aisément. Les vrais objets de l'amour sont la bonté et la beauté; ce sont les deux plus puissants charmes du cœur humain; Dieu est une bonté infinie, et l'abtme de toutes les beautés et bontés concevables; il n'est donc rien de plus doux à l'homme, de plus conforme à son naturel, que d'aimer Dieu. Admirer donc la douce conduite et la sapesse de Dieu, d'avoir fait que le vrai purgatoire de nos péchés et le comble de la perfectinn consistent dans «ne action si délicieu?e : 0 dulce et amœnum purgnlorium amor Dei? Ah I le doux et agréable purtratoire que l'amour de Dieu, dit Cassiodure. Ab$o{vi vit, ama. Charitas nperit multitudinem peccatorum ; ama ergo Deum, o homo! et ama totus, ut omnia pofsi$ vincere nne labore peccata. Tenerœ mililiœ et delicati confliclus est , amore solo, de cunclis criminihus reportare cictoriam, regnum cœlorum amanti promiltitur; ama ergo, et régna; quid facllius quam amare! quid gloriosiu$ quam regnarel dit saint Pierre Chrysologue.
5* DIMANCHE. — LA PEaFECTION 809
son sorvicf .ihmh ni> donne à autre chose que le soin qu'exigent les nétessités de la \ o et qu'on fasse des œuvres de pur conseil. Mais 2« on
est tenu : 1 ont à n'aimer rien plus que Dieu, rien contre Dieu, rien
autant que l»ieu. de telle sorte qu'on ne fasse aucun péché mortel, «ietle perfection est tellement obligatoire pour tous, que sans elle il n'y a point d'amour de Dion, point de ciel par conséquent, mais l'enfer, i) On est tenu «l'éviter le {H'^lié véniel, à ne pas y être attaché. Quand on n'a pas cette perfection, on ne mérite pas l'enfer pour cela, pourvu qu'on n'ait point d'alTection :in péché mortel ; mais on déplaît à Dieu et on mérite le pui-gatoire. Fi doivent avoir la perfection ainsi entendue; le premier dejfré est
il! le, si on veut se sauver; le second est nécessaire aussi, si l'on
V. er au purgatoire. Par conséquent, évitons tout péché volontaire,
m lutes vénielles délibérées.
m. loui peuvent avec la grâce de Dieu, arriver à la perfection, non de Dieu lui-mi'^me, ce serait un crime d'y prétendre : (ce fut le péché de Satan ; Similis ero Altissimo): non des Rienheureux dans le ciel ; car nous ne voyons pas comme eux la perfection divine qui les captive et les absorbe;
ni luvons arriver, non seulement à éviter le péché mortel et le péché
V ré, mais même à nous appliquer à Dieu et aux choses de Dieu,
d- !• M. -. iio que nous ne donnions à tout autre intérêt que le soin qu'exigent les nécessités de la vie présente et aue, pour l'amour de Dieu, nous f;,>:^;...,>; ,i.^s choses de pur conseil, c'est-à-dire des œuvres saintes que Dieu n 'i faire et ne nous commande pas néanmoins. 11 est même néces-
s arriver à cette perfection, de faire des choses de conseil. Si on
11 que les commandements, on se tiendrait dans les limites de ce
q; . imun à toutes les Ames qui ont la crainte de Dieii, et de ce qui est
obligatoire pour tous, et par conséquent on n'aurait aucune perfection partinilière au-dessus de celle qui est essentielle; mais il n'est pas nécessaire, pour avoir reite perfection plus grande que la commune, d'observer tous les constMÎs évangéliques. comme le font les religieux, bien que ces conseils soient <o quiaide le plus elTicacement à acquérir la perfection ; il suffit d ObstrviM- quelques conseils.
(iette pcrl'cction, plus grande que celle qui est obligatoire pour tous, est ce qu'on appelle communément la perfection. « l'ne des plus grandes illusi it M. Olier, est de croire que la perfection n'est pas faite pour tout
1 'n se persuade cela parce qu'on en a une idée fausse ; la perfection
le tous peuvent avoir. » Kt nous avons les plus pressants lérir. 1" Dieu nous y invite : 1 ) par lui-même. Estofe et vos ;;/.■/. ' ' ' ;iiia ego sanctus sum. Dieu nons a faits à son
iiiia;.'f, I'' ; M est d'achever en nous cette divine ressem-
blanre; il t-M . (Miqne s'approche de Dieu doit se rendre conforme
A lui. i) Par s s. Oui justus est justifiretur ai/huc. — .fJmula-
mini meliora < m ,.-,„, ,i<i ; amhulate in dilectione. Crescite in illo f)er omnin. 3) I*ourquoi |)ieu nous v invite-t-il ? (») pour sa gloire (a^ parce qu'il |,T..T,,i v..(; .-..ii.t.l .is: m. ..^ .iiiw (es i\mes <|ui jamais '>e i-.miii«t..iit s;, m . .i-nr.
a quo bene milii I \ec
irum. (b) Les ûmo- , en
et, c'est reconnaître qu'il n y a ri' nd,
it comme lui; ces Aines le préfèii > le
i-,v,'.' (1,11 II m arhitror ut stfrrora ut Christum lucrifarinm.V,iU' seule AniC
!• :' ' ' ' ,int l.itrni.ri. rend jîIms de ijlnire ù Dieu que plusieurs centaines
par leurs saints exemples, par
I Dieu tl'autres Ames qui le glori-
i leur luur. {hj A cause des av.iiitages qui nous en reviennent.
l'iire : « \.» vertu est une habitude de vivre selon la raison : et comme
tie de Ihomme. il .s'ensuit que la vertu est le
en l'homme. Klle vaut n)ieu\ que les riehesses,
' ii-n; elle vaut m' ' ' i i»s.
; elle vaut mi' 'Ile
• si l'i biuiue \ie, ei qii ii seraii meilleur de 11 être iia> iiummr '['i<- av nc
pas vivre en homme, c'est-à-dire de ne pas vivre selon la raison et faire de
810 DOMINICALES DR l'ÉPIPHANIE
l'homme une bMe ; elle vaut mieux aussi que l'honneur, parce qu'en toutes choses l'être vaut mieux, sans comparaison, (|uo le sembler Mre; il vaut mieux être riche que de sembler riche : être sain, être savant (|ue de sembler tel ; il vaut donc mieux, sans comparaison, être vertueux que de le paraître, et. ainsi la vorlu vaut mieux que Ihonncur. Il n'est donc pas permis ni de quitter la vertu pour se faire estimer des hommes, ni de rechercher la vertu pour s'acquérir de la gloire, parce que ce n'est pas assez estimer la vertu; car celui qui ne l'estime pas ne la peut pas avoir, parce qu'on la perd en la méprisant. » (Uossuet.) Cui servire regnare est ; qu'en est-il de le servir parfailement, d'approcher de plus près de son cœur? (b) Consolalion : Jiegnum I>ex lœtitia et pax et gaudium. Quant bonus anirnœ quœrenti eum ! Ou'en est-il pour ceux qui le trouvent ? (c) Mérites : Dies pleni invenientur in eis. Point de temps jierdu ; tout est semence de béatitude et de gloire éternelle.
Donc, si nous sommes sincères quand nous disons h Dieu : Adveniat 7'eynum tuutn, souvenons-nous que Regnum Deiintra tws est ; qu'il y règne pleinement, qu'il se promène en liberté dans notre ftme, n'y rencontrant point de concurrent qui lui dispute notre cœur, point de lachequi lui répugne, pdint de froideur ou d'indifférence qui le glace. Si nous tenons à ce que nous ambitionnons le plus sur la terre, procurons-nous l'honneur insigne, les consolations, les avantages d'être parfaits. Knfants de Dieu, ressemblons à notre l'ère; grandissons dans son amour qui n'a point de limites ici-bas.
Crescife in if h per omnia. Voilà cette montagne qu'il nous faut gravir; mais pas de découragement, le chemin est f<iQ\\e;juxta est sermo valde in corde tuo ut facias illud \ il ne s'agit que d'aimer ce qui est parfait, et si nous trouvons que la route est longue, surge et cotnede: nous trouvons notre force dans les sacrements et dans la prière; et une fois parvenus sur cette montagne, nous serons aux portes du ciel. Et la mort nous fera entrer dans le repos des élus. « Dépêchons-nous donc d'entrer dans ce repos éternel ; dépêchons-nous, n'ayons rien de lent. La voie qui nous est ouverte, dit saint Augustin, ne souffre point de gens qui reculent, ne souffre point de gens qui se détournent, ne souffre point de gens qui s'arrêtent; et si l'on avance toujours dans un si raide sentier, sans faire de continuels efforts, on retombe de son propre poids. (IJossiet.)
1817. A propos de l'épitre: Induite vos sicut dilecti Dei, sancti et dilecti,
parler :
De la grâce liabituelle
(Ce sujet est d'une grande importance et mérite d'être traité avec une grande précision).
Benedictus Deus qui de tenebris nos vocavit in admirabile lumen suum. Dieu s'est montré à notre égard bien généreux. Il eût pu créer l'homme avec une fin naturelle, qui aurait consisté à connaître le Créateur et à l'aimer sur la terre, pour arriver à le connaître et à l'aimer après la mort plus parfaitement encore, mais sans voir l'essence divine face k face et sans nuage. Si l'homme eût été créé dans ces conditions, il aurait toujours eu besoin du secours de Dieu pour exister, agir et arriver à sa fin ; mais un secours naturel, comme celai qui donne aux plantes la croissance, aux animaux, le mouvement et la sensation, eût suffi.
Dieu a mieux fait. Dans sa miséricorde, il a daigné appeler l'homme comme les anges, à l'aimer et à le connaître tel qu'il est, et d'une manière semblable en quelque sorte à celle dont il s'aime et se connaît lui-même.
Cette fin dépasse la force et les droits naturels de toute créature créée et même pos* sible. Fin véritablement sublime, qui nous fait participants de la nature divine ellemême. C'est une vérité de notre foi que nous sommes appelés à cette destinée saréminenie.
Cette vérité est même le fondement de toute la doctrine catholique.
Toutefois pour atteindre ceUe fin, puisqu'elle est hors de notre portée naturelle, nous avons besoin d'an secours de Dieu autre que celui qu'il nous accorde naturellement pour nous faire exister et agir ; et ce secours que Dieu ne nous doit pas, puisqu'il ne nous doit pas non plus la fin surnaturelle à laquelle il nous destine, se secours particulier s'appelle la gr&ce. C'est un don purement gratuit que Dieu nous accorde <^ans sa bonté, en vue de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui l'a mérité pour nous, par sa passion et par sa mort.
o' L'iMANuttc. — bt La GRACE HABITUELLE 811
Or, il y a deux sortes de grftce : l'une est pour l'Ame ce que la vie est au corps, c'est un don habituel et durable de Dieu qui fait que notre àme vit snrnalurellement et sans lequel nous sommes dans un état de mort par rapport au salut. C'est de cette grâce que nous allons parler. Nous en dirons la nature, l'excellence, les effets.
I. La nature. Cette grâce est le produit d'un amour spécial de Dieu qui afTecle la substance même de notre âme d'une manière permanente et lui communique une participation à la vie divine. (Voir n* t>73^. Cette vie ne détruit pas la vie naturelle de l'homme, elle l'élève et la perfectionne, ainsi que la greffe un sauvageon. Elle n'est pas dans l'âme pour un instant seulement, c'est une habitude, un état permanent, qui demeure en l'homme sans qu'il y pense, pendant qu'il dort, comme la science. Cette habitude n'est pas produite par les efforts de l'homme, cnmme la science est produite par l'étude ; elle est répandue en nous par Dieu lui-même, et il ne faut pas la confondre avec les autres habitudes que Dieu répand en nous, comme les vertus; car elle en est distincte, bien qu'elle soii la source de ces vertus, de la même manière qu'une source se distingue des eaux qui en découlent et que l'arbre se dislingue de ses branches, bien que ses branches lui soient unies.
II. De là il est facile de concevoir l'excellence de la grâce. L'homme, par elle, participant à la vie divine, peut faire des œuvres surnaturelles, sans doute d'une manière imparfaite par rapport à Dieu ; car la créature n'est pas capable d'une perfection infi- Die ; mais cependant, déjà dès ce monde, par les mystères, il connaît quelque chose de l'essence de Dieu, il aime Dieu en tant qu'il le connaît par la foi, et comme sa fin sornaturelle, sachant qu'il est appelé à voir son essence dans le ciel, et il se prépare par cette connaissance et par cet amour, à la vision et à la possession éternelles de Dieu. Aussi saint Thomas enseigne-t-il que le bien de la grâce qui nous fait participants de la vie divine est plus grand que tous les biens naturels de l'univers, même que les perfections naturelles des esprits célestes.
La grâce revêt notre Ame d'une incomparable beauté, qui est un reflet de la beauté divine. Le fer jeté dans le feu prend la chaleur et la clarté du feu. Le cristal traversé par les rayons du soleil devient étincelant comme la lumière. Ainsi en est-il de l'âme échauffée et illuminée par la grâce. Toute tache du péché originel et mortel est effacée dans cette àme, elle devient lumineuse comme les anges du ciel qui saluent en elle une sœur. Non seu'ement le péché est effacé, mais toutes les vertus et tous les dons du Saint-Esprit accompagnent la grâce ; et l'Ame du juste devient comme un ciel tout émaillé d'étoiles brillantes. L'amour de Dieu et avec lui la prudence, la justice, la force, la tempérance, la pureté, l'humilité, la douceur, sont comme autant d'astres brillants qui ornent ce ciel.
Cet éclat est caché au regard des hommes, car la gloire (de l'âms), fille du Roi du ciel, est au dedans d'elle-même. C'est ainsi que les lampes de Gédéon étaient cachées dans des vases de terre. C'est ainsi que le tabernacle qui servait de temple au peuple d'Israél et qui était si riche dans l'intérieur, était recouvert à l'extérieur de peaox d'animaux.
On ne voit pas la semence jetée dans un champ, sinon au jour de la moisson quand elle a produit des gerbes d'or. Pendant la nuit on ne sait pas distinguer un homme endormi d'un cadavre, une cabane d'un palais, le lis ou la rose d'une plante vénéneuse, l'or de la pierre. Il faut attendre que le soleil se lève. Il se lèvera au jour de la mort du juste, et d'une manière plus éclatante au jugement dernier. El alurs on appréciera la dignité, la gloire de l'âme en étal de grAce. Que ne la voyons-nous ici-bas t Sainte Catherine de Sienne eut ce bonheur. Par un miracle, elle put comtempler une âme juste; et elU en fut si ravie qu'elle protesta d'élre i>rête à donner sa vie puur que cette Ame ne perdit pas cette merveillnuse beauté ; et c'est ce qui portait celte sainte à baiser la terre où les prêtres passaient, par respect pour leur ministère qui procure aux hommes la f(râce de Dieu.
Mais si les hommes n'apprécient pas l'éclat de l'âme qui a la grâce. Dieu ne s'y mé-
Erend point. Du haut du ciel, il se penche vers celle Ame en qui il trouve sa ressemlance, et il dit : Vos amici met e$lis. llic est ftliut meus dilectus in quo bene eomplacui mihi. Il adopte ce juste pour son enfanl, il lui délivre un titre i l'héritage du ciel II s'unit i celle âme d'une manière intime ; le Saint-Esprit en fait son temple, il y réside.
Les trois Personnes divines habitent en elle, ad eum veniemus et niansionem apud eum faciemus. L'Ame qui est enrichie de la grâce devient <\ açrrf^ahle i Dieu que. comme s'il n'était éternellement occupé à contempler »e- ' H semble
qu'il n'a des yeux que pour contempler cette âme : f'n meoi :
oculi Domini su})€r justos ; des -- "- - "■■■- te. n i' ui es :
Aures tjus in prêtes eorum, Si- 'is meis ; 'he
que pour louer sa beauté : (Juti , ci men ! i "ur
l'aimer el l'affectionner : Apponit erya eum cor luum ; qu'il n'a de» mMiuti quo p<>ur la défendre el pour la soutenir : Cum ceciderit non colUdetur, quia Itominus »wpponit manum tuam ; et enfin qu'il n'a des bra» que pom -r et pour la
caresser : Liera ejus nub cupite meo, et dextera illius ^ivi; "u*. Est-il une
gloire conptntbio f Bsi-il un bonheur pareil? liuo sont l'or, .-.»., le» pierres pré-
812 DOMINICALES DE l'ÉPIPHANIR
cieases, la vaine fumée de l'honneur mondain comparés à la grùce de Dieu ? On conçoit que Noire-Seigneur, pour la procurer à l'homme, ait versé tout son sang ; on conçoit que Dieu ail accompli toutes ses grandes œuvres : l'Incarnation de sou divin Fils, l'élahlissement de l'Eglise, l'instilulion des Sacrements, elc, pour procurer au;: âmes l'état de grâce. El il y aurait des hommes qui n'apprécieraient pas la grâce, qui l'ayant perdue, ne f - -'r>n pour la recouvrer, qui, la possédant, risqueraient de la perdre pour une I li s'exposeraient aux occasions de péché! Habemus thciaurum
ittum in r , ^ ..i/its.
III. Effets de la (jrdce. i' l^ premier, que nous avons indiqué déjà, c'est la sanctiflcaiion, ou la joatification de l'homme. Le plus grand pécheur, dès qu'il reçoit la grâce, cesse d'être pt^cheur, il est renouvelé, il devient juste et saint, non pas de nom seulement, mais en réalité Cette œuvre, considérée en elle-même, est la plus grands œuvre de Dieu, au dire de saint Thomas ; car son terme est la participation à l'essence de Dieu, qui est un bien éternel, tandis que la création a pour terme le bien de la nature changeante.
2*' L'Ame renouvelée et vivifiée par la grâce devient capable de faire des œuvres saintes ; c'est pour cela que les vertus lui sont données en même temps que la grâce. Avant la justification, ses œuvres étaient mortes et incapables de mériter le ciel ; après sa sanciilication, comme un bon arbre, elle peut produire de bons fruits ; et ces fruits seront dignes d'être cueillis par la main de Dieu. Aussi, bien que la beauté de cette âme soit intérieure, elle se manifeste de quelque manière. Dans le juste, les allures, les paroles, les œuvres sont saintes. Elle se révèle par des actes de pénitence, de religion, de piété, de charité, etc.; et ces actes offerts h Dieu sont méritoires du ciel. Par chacun d'e ix elle s'acquiert des trésors célestes. Une fontaine peut toujours monter au niveau de la source d'où elle découle. Nos bonnes œuvres faites en étal de grâce, et ayant pour principe la grâce qui nous vient du ciel, remontent jusqu'au ciel où elles seront récompensées; et c'est ce qui fait voir notre aveuglement en même temps que la justice de Dieu. Un orfèvre, un marchand de draps qui ne sont pas justes, s'ils ont à faire à un ignorant, vendent un morceau do verre pour une pierre précieuse ou du mauv.iis drap pour un drap fin. Vous voudriez que Dieu fit ainsi, qu'en récompense dune bonne action, il vous donnât la fortune, la santé, de beaux hïbils ! s'il faisait ainsi, il vous ferait tort. La santé, la vie est fragile comme du verre, il veut vous donner une vie durable plus que le diamant, une vie éternelle. Vous voudriez d.« l'or : les voleurs ou la mort vous le raviraient. Vous voudriez de beaux habits l Stolam gloriœ induet eum. La première fois que les soldats firent une expédition en Guinée, et qu'ils virent qu'on s'y pouvait procurer des lingots d'or pour une chemisî, combien ils durent être étonnés et regretter de n'y avoir pas porté de grandes pièces de toile. Ah I si quelque chose était sujet de regret aux saints, ce serait de n'avoir pas fait assez de bonnes œuvres.
3» Ln glorification, voilà le dernier et suprême effet de la grâîc sanctifiante. C'est pour nous préparer la gloire, que Dieu nous donne la grâce. La grâce est la semence, la gloire en est le fruii ; la grâce, c'est le boulon de rose; la glorifica.ion, son épanouissèment ; la grâce, c'est l'aurore, la gloire, c'est le soleil en plein midi. Celte vie sarnalurelle, commencée sur la terre par la foi. l'espérance, la charité, se consomme par la vision de l'essence divine, la possession des richesses de Dieu, l'union d'un éternel amour avec lui.
Ceux-là seuls arriveront à la gloire qui auront quitté la terre en élat de grâce, ceuxlà seuls méritent le ciel qui sont dans la grâce de Dieu. Sicul palmes non potfst ferre fructumn semetips > nisi mansfrit in rite, sic nfc vos nisi in me manaeritis (juel bien que la grâce, quel malheur d'en être privé! (Voir n" i478 et 10U.S). Si quis in ne non manseril mittetur foras sicut palmes et arestet et coUigeni eum et in ignem miltentet ardel (Jo. xv. 1.6). Vilacorporis anima est, rila animœ Deus est, dit saint Augustin, quomodo moi'itur caro, amissa anima ; sic moritur anima, amisjo Deo.
L'état de grâce est donc cette pierre précieuse pour laquelle il faut vendre tousses biens, afin de se la procurer. Ne pas le comprendre, c'est être enfant : c'est ainsi que le fils d'un roi, tant qu'il est au berceau, préfère une pomme à une couronne royale. Rien n est aussi précieux que la grâce, rien n'est aussi nécessaire pour vivre et pour mourir. Si nous étions assurés que dans le pays que nous habitons, tous les hommes sont sauvés et que tous ceux qui meurent en dehors sont perdus pour toujours, si peu que nous eussions du souci de notre salut, nous n'en sortirions jamais, quand même il serait ravagé par la peste. Si on nous disait : Vous allez y mourir, vous répondriez avec raison, tant mieux j'irai au ciel : el si, par hasard, vous en sortiez un instant, vous auriez hâte d'y revenir, vous ne voudriez pas rester dans un pays où vous fussiez sûr d'être damnés, dût-on vous offrir des millions el des couronnes. Or, c'est certain que tous ceux qui meurent en étal de grâce se sauvent ; que tous ceux qui meurent sans la grâce sont damnés. Il ne faui donc pas le perdre pour un empire el le recouvrer aussitôt, si nous avons le malheur de le perdre Possédpz-vousce prand bien? Venite, ^ened/d«, venez que je vous bénisse, enfanis sages, mères pieuses, chrétiens fidèles.etc. Prenez garde : on le perd par le péché mortel. Tene quod habes. Augmentez-le même par de saintes œuvres, etc., car la
Di.MAN» IIE. — LK (ihAiN ET LK LfcvAi.> 813
fr»ice peui granair indéfiniment : '- '■ ---'-'t . Si voos en éliei dépourvus, 1)06 vous serirr à plaindre ! ei -i vous ne cherchiez pas à la
recouvrer "tt t n^mience. Q.. Jt'l f Vous avei la source de
la vie, : lU. \'eni ut vitam habeanl et abundantius habeant. Haurile
uquas i '■■' fonlibus Salvatoris.
ISIS. Sixi^uie Dimanche après r£piphante. — Le grain de
SI': ' ' lecain. — L'Kvanfjile ilc ce jour ivnCernio deux paraboles de
N. iir, celle du grain de sénevé qui. entre les graines, est une des
pi "^lis qui, une fois qu'il a germé et s'est développé, est plus
gr les autres plantes, et devient un arbre, dételle sorte que les
iii.v, , , ionnont s'abriter sous ses rameaux. La seconde parabole est
< elli' du levain que la femme dépose dans trois mesures de farine, et qui fait
IVl'M M iili'l- tiillli' 1:1 ïL-'lle.
-impies, employées par le Sauveur lui-même, renfer- 111-. . i.inements, lilcÈons de les recueillir.
I. l.c grain de sénevé c'est, d'après linterprétation de Notre-Seigneur lui-même, le royaume des cieux ou la prédication de l'Evangile catholique. Otioi de plus petit, de plus faible dans ses commencements? i» En la personw i!p .Vofrp-Serr/neur lui-même. Il était vraiment Dieu et Fils de Dieu ; m 'i lui-même, ayant pris la forme de l'esclave. Quel
aii >A naissance, dans sa vie cachée, et surtout dans sa
pas.sioa et dans sa mort ! Il a été, selon le langage du prophète, un ver de tfrre. et non un homme, l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple. Maii c'est itour cela que son Père lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, en sorte qu'au nom de Jésus tout genou fléchit au ciel, sur la terre et dans les enfers.
2" Dans les .l/tôtres que Notre-Seigneur avait choisis pour être les fondements de son Kglise, et con<piérir l'univers. Il s'agissait de réfuter tontes les erreurs, de harmir toutes les sujici'slitions, de renverser toutes les idoles, de fier- ' ' mmes une doctrine qui combattait tous les préjugés, une
nii ii-iait toutes les passions, et de changer la face entière du
niiMi'i.- '' •' ' tllu. ce semble, des hommes qui pussent en impo-
ser à to e, leur crédit, leur fortune, leurs talents; et pour-
t.TD' "^ ... •......•.il de pauvres bateliers ignorants, sans fortune.
s;ii s ont réussi. Kl leur succès est une preuve de la divinité
-Il ... .1 .losiK- «e trouva en face de la ville de Jéricho, le Seii.'iieiir
Imi wr .i..iui;i ■!.• îiii.. i" ii !ant sept jours, le tour de la ville avec son :i |i(' i . i .ilii.mce, les prêtres sonnant de la trompette.
i.l jour les mui"» de Jéricho tombèrent, et Josué entra
In lile. Par l.i t'iiite la gloire de colle victoire revenait :l
Dieu ; ainsi en esi-ii de I iicnt de l'Eglise. Si .Notre-Seigneur eût
choisi desrf,nM'iérnnt<;, dc^ , - du siècle, de?; «ïMvants. on eut pu croire
qi;- ut dus à leur influence; ■ td il emploie •!
ins; il que voir dans leur suc' -i de Dieu... Et >;
arnici» '^ -iieiir a-t-il mises en leurs mains :• il leur défend '!
même i, il veut qu'ils aillent sans chaussure, sans besace, san
NÏM n i aucune sorte, et cela qu milieu de peuples hostiles, sicut agnos m-
tri ! Iliit».
lu ■ in fines orhis :
cl v.i,. ..;. ^;..;id arbrc qui a
• I pures uat, comme des oiseaux, cherché un abri sous ses
r.r, irs
'v. Ile sont eu\ ( ' m. Leur dévot i
814 1>0MINICALES t)E L'ÉPIPriANIË
prit; leur crainte de Dieu, un vain scrupule ; on se moque d'eux ; mais enfin ils Unissent par être reconnus comme enfants de Dieu. Ecce quomodo comjmtati siint inter fiUos Dei; et les grands de la terre implorent leur crédit auprès do la divine majesté.
•1819. 11. Le levain, c'est aussi l'image de l'effet produit dans l'univers, par l'Kvangile. par la prédication, par l'Eglise. Non seulement la prédication évangélique, comme le grain de sénevé, s'est répandue comme un grand arbre dans le inonde entier, et a abrité sous ses rameaux les nations et les ômes fidèles ; mais encore semblable à un levain, elle a fait fermenter la masse de l'humanité et lui a communiqué sa saveur et sa veilu surnaturelles, dételle sorte que le monde en devenant chrétien, est devenu du goût de Dieu, et s'est élevé de la terre vers les choses du ciel. La corruption païenne a disparu et a fait place A la chasteté ; l'orgueil, à l'humilité ; la vengeance et la haine, à la charité. Celte charité divine a fait fermenter tous les cœurs les remplissant d'ardeurs toutes célestes, et a développé tous les dévouements. Toutes les puissances de l'Ame, figurées par les trois mesures de farine, en ont été transformées ; l'intelligence, par la connaissance des mystères de la foi; la mémoire, par le souvenir des bienfaits divins ; le cœur, par l'amour divin.
Ces trois mesures de farine peuvent désigner aussi les trois parties du monde connues autrefois, où l'Evangile s'est répandu, et a produit des fruits de sainteté ; l'Asie, l'Europe, l'Afrique ont eu, dès les premiers siècles, des ai»6tres, des martyrs, des vierges.
Ah ! laissons nos Ames s'imbiber de ce levain céleste qui leur donnera la saveur que Dieu aime. Pounjuoi résistons-nous à l'influence salutaire de J'Evangile ? C'est lui qui a fait tous les saints... Laissons-le nous convertir en lui, nous communiquer sa vertu, et nous pourrons la communiquer ensuite aux autres, il faut que les parents chrétiens soient un levain surnaturel qui transmette à leurs enfants l'amour, la crainte de Dieu. L'action de la vertu, de la piété, du zèle, ne doit pas se concentrer dans les bornes étroites de la famille : il faut qu'elle s'étende aussi dans la paroisse toute entière. Quel bien les saints ont opéré ! Nous pouvons comme eux avoir une action salutaire, si nous imitons leurs vertus.
0 mon Dieu, nous ne voulons pas être de ces êtres lourds, toujours courbés vers la terre, mais de ces oiseaux légers qui vont se reposer sur les rameaux du grand arbre de l'Evangile. Ces rameaux ce sont les saints qui, par la puissance dont Dieu les a revêtus, portent les Ames encore chancelantes qui s'accrochent à eux, et les soutiennent de leurs i»rières et de leurs exemples. liamus est Pefrus, ratnus est Paulus, comme le dit saint Augustin.
Enfants de l'Eglise, dont l'établissement est si prodigieux et si divin, nous voulons vivre de sa foi, pratiquer ses commandements, pour mériter les récompenses célestes qu'elle nous fait espérer. Nous voulons que nos cœurs, tendres comme une pâte molle, se laissent imprégner du levain des vertus, afin de les communiquer autour de nous. Nous voulons être saints, afin d'aider les autres à devenir saints.
1820. A propos de l'épilre : Imitatore$ nostri facti estis et Domint. De la Terlu.
Laudemtu vlrot gloriosos... homines tnagni virtute. CEccli. xliv. 1. 3.) Les hom* mes souvent ne sont pas sincères dans les éloges qu'ils nous donnent. Leurs compliment* et leurs flatteries ne font que nous tromper. D'autres fois, ils se trompent euxmêmes en estimant comme méritant des éloges ce qui est plutôt digne de blAme. Le Saint-Esprit ne se trompe pas, et jamais il ne trompe. Laudemu$, dit-il. Qui va-t-il louer? les grands conquérants qui ont soumis de vastes royaumes ? non, mais les hommes glorieux dominantes in potestalibua $ui$, qui savent dominer par Ia raison et par la foi toutes leurs puissances, c'est-à-dire les sens de leur corps et les racultés de leur Ame. Va-t-il louer les savants, les riches, les hommes habiles dans If s affaires de ce monde, les grands politiques T non ; mais homines mayni virtute. Qu'est-ce donc que la vertu qui mérite les éloges de Dieu lui même ? Je le demande aux théologiens et ils me disent que c'est une habitude bonne; une habitude, c'est une disposition habituelle OU ordinaire de l'homme qui ne change pas facilement et qui l'incline à agir de telle
•> DIMANCHE. — DE LA YKHTU ïil5
uu telle manière, si celte habitude le porte à mal faire, comme à blaspbénier, c'est une habitude mauvaise, ou un vice, et il n'y a rien de pire et de plus contraire à la raison; >i elle porte habituellement à faire le bien, c'est la vertu. Je dis habituellement, cr.r on n'est pas vertueux pour faire de loin eo loin quelque acte de vertu ; il n'y a pas d'homme si méchant qui ne fasse de temps en teirps quelque chose de bien. Pour être vertueux, il faut être incliné à faire le bien souvent et habituellement.
Croire toujours les vérités du salut, avoir habituellement confiance en Dieu, être d'ordinaire prudent, juste dans sa conduite, courageux pour entreprendre le bien, obéissant, humble, doux, mortifié, etc., c'est être vertueux. Il faut par conséquent se conduire d'ordinaire conformément à la raison et à la foi. C'est donc vous aider à être des hommes que de vous dire les raisons qui doivent nous porter à pratiquer la vertu et les moyens de la pratiquer.
1. Motifs. i° Excellence de la vertu. Etre vertueux, c'est aimer le bien et se porter facilement à le faire et à fuir le mal. Qui ne voit dès lors qu'il n'y a rien de plus grand ni de plus noble pour l'homme ; aimer le mal, et s'y porter facilement, c'est la perversité de la nature humaine ; c'est la honte. Pratiquer la vertu, c'est se rendre semblable aux héros, aux saints, aux anges, à Dieu lui-même qui a une aversion suprême et éternelle pour le mal, et un amour nécessaire pour le bien.
C'est la perfection de l'âme raisonnable qui rend un homme bon, et qui lai fait produire des œuvres bonnes, ainsi qu'un bon arbre produit de bons fruits, ainsi qu'un champ fertile produit de riches moissons. La vertu : est l'ornement de l'âme comme les vêtements sont celui du corps, comme les fleurs et les fruits sont l'ornement des arbres, comme les étoiles sont l'ornement du ciel. Tandis que les familles tirent leur noblesse de leurs ancêtres, l'Ame tire sa noblesse de ses vertus : aussi un empereur disait-il à un de ses sujets qui lui demandait un titre de noblesse : Je puis bien vous enrichir ; mais vous ne deviendrez noble que par la vertu. Homines divites in vivlute, pulchriludines studium kahentes. Ceux qui sont riches en vertu ont seuls le goût de la beauté. La vertu est une beauté resplendissante qui fait pâlir celle de la gloire du monde, celle de la science, etc. Elle chasse de l'àme la laideur du vice qui est hideux.
3* Ses avantages: 1) pour l'homme qui la pratique, (lloria et honor et pas omni opérante bonum. (a) L'estime des hommes ne se concilie que par la vertu : on peut flatter les plus vicieux, leur donner extérieurement des marques de respect, intérieurement on les méprise. Vanta res est virtus, dit saint Chrysostome, ut eiiam illam tmputjnanles admirentur. Il n'y a rien, ajoute-t il, qui rende l'homme aussi éclatant, aussi admirable à voir, malgré les elTorts qu'il se fait pour se cacher que la splendeur des vertus. Par elle il brille non seulement sur la terre, mais encore dans le ciel. Les démons eux-mêmes qui sont les princes des ténèbres respectent et redoutent l'homme vertueux, car ils le sentent inébranlable; son courage surmonte les obstacles, les douleurs, la mort elle-même: il sait par conséquent triompher des tentations. C'est pourquoi saint Bernard a dtt ; Virtus gradus ad ijloriam, virtus mater (jluriœ est.
(bj Le vrai bonheur, est dans la vertu. Le vice pour un moment de plaisir amène une longue et cruelle amertume ; la vertu, pour un moment de peine et d'effort, procure une longue paix, qui accompagne même après la mort. D'après la doctrine des païens euxmêmes, le bonheur est dans l'àme, et qui ne le comprend T or, c'est la vertu qui est le bien de l'&me. Le bonheur est dans la perfection de l'homme, or, c'est la vertu qui rjp.j ik ..,,r.« parfait. Le vrai bien est ce qui, étant bien en lui-même, rend bons les autrt telle est la vertu sans laquelle les richesses, la gloire, etc. sont plulât des
ma ^t donc le vrai bien de l'homme, elle fait la santé du corps et de l'àme, la
joie de la cootcience, la consolation dans l'épreuve. (1)
Idlion, I estime
816 tK)MINir,ALES DK L'kPIPUANII!
Elle n'empêche pas il est vrai le juste de souffrir ; mais les épreuves la purifleni et la rendent plus brillante; c'est ainsi que les étoiles, selon la comparaison de saint Bernard, se cachent pendant le jour et brillent pendant la nuit.
{e) Ilicfiesies. Si vous cherchez des trésors, prenez non ceux qui sont dans les mines de la terre, mais dans la vertu. Avec la vertu on a tout, lors même qu'on manquerait de tout le reste; sans la vertu, eût-on tout, le reste, on n'a rien. (Saint Ambr.)6't vere divites esse cupilis, vcras divilias amate. (St Crég.) Le; autres richesses n'ajoutent rien à la valeur de l'homme, et ne chassent pas la pauvreté de l'âme : on les acquiert souvent sans mérite, on les perd malgré soi. Il n'en est pas ainsi de la vertu. Elle ne peut se perdre, dit un païen, Cicéron, ni par les naufrages, ni par les incendies; elle n'est ébranlée ni par le vent ni par les tempêtes. Les voleurs ne peuvent nous la ravir. Elle nous Tait acquérir des trésors pour le ciel où les actes de vertu seront seuls récompensés. A'OH Hoslra sunt quœ non possumus aufene nobiscHin, dit saint Ambroise ; iola
\\f sans omWre, la oonsoicnoe sans trouble, la raison sans t'garement, la libcrlt* sans faiblesse, le fruit mur enfin jiour l'éternité qui \v sema. Tel apparut Jacob, lorsqu'il retrouva son lils perdu, toi Moïse, lorsqu il regardait de la montagne la terre promise à son peuple et où il ne devait pas entrer, U>t aussi Daviil, lors(|u'il s'avançait avec sa fronde et sa jeunesse contre le provo<-atcur de l'arméo ' " <|U aux pii-ds d'un roi réprouvé, il jouait de la har|)e jwur consoler une destinée vaincue i- < ir 11 vrrtii n'a p.is brsnjn rit! sPCnurs des .ins ; elle n.iit en un jour ,iiissi liien qu'en un
latailic, du quelque cuuruuuc qu on ail oint; les Iro- '-. pour l'honneur de 1 homme et la le(,xin de l'avenir,
l.e iiionile qui - -ei U vcitu, u esUnie ol ne res|>ectc pourtant qu'elle, il élève des monu-
ments superbes auv "ns des conquérants; il fait retentir la terre du bruit de leurs louants ;
une iK>ésie pfimfKii^. ,-•....... et les immor»^'"^' ■!■•■"!'■ Achille a sou Homère ; l'éloiiuenee s'épuise
pour leur donucr du lustre: I appareil des ■ né A 1'u.sage et à la vanité ; 1 admiration se-
crète el les lonanc»"; réelles et sincères, on \t: .a'h. la vertu et & la vérité.
Km '■ ' ' 1 la témérité ont pu l^me n.- n' ros ; mais la vertu t ' ' ' ' ■
grani île bien moins de remporter dos victoires (|ue d.
est bi iérir des pr<jvinres et de dompter des peiijilri;. ,|ii(
1,1 III. isen est convenue. Du moins les comb.ii
(In (, iiilitaire, sont de ces actions rares, <|i;
i-cpiir- : et quand il ne faut être jrrnnd qu'à .
toutes ses (urcts, el 1 oij^ueil pour un i>eu de temps peut suppléer à Ij, viilii. Mais i. sont des combats de tous les jours : on a all'aire à u<'s ennemis qui renaissent de 1' si vous vous lassez un instant, vous périssez : la victoire mémo a ses dangers ; I. aider, devient le plus dangereux ennemi que vous ayez à combattre : tout ce qui vcn; des armes contre vous; votre coeur lui-même vous dresse des embûches ; il faut sm cer le combat. En un mot, on jieut être q«el(|uefois plus fort ou plus heureux que ïi> imn im:-, ii'.ii.-> qu'il est grand <i'élre toujours plus fort que soi-même!
Telle elle est pourtant la gloire do la i-eligion.lji philosophie découvrait la honte des passions, mais elle n'apprenait guère à les vaincre, et ses préceptes pompeux étaient plutôt l'éloge de la verluque le remède du vice.
Il ri lit iil"-ni.' né. css^iire 'i 1.» •,'loirr- et rai triomphe do In relij;ii,ii ([iielcs plus i,'r.in(ls ij.'nics. c-t (unie
houiieur de s<i terlu à la >a raisuu, ou â la beauté de la veilu liièuio ; luaia ces prédica-
teurs de la sagesse ne lii >gcs ; et il fallait i|ue les vains essais de la [iliilosopbic préparas-
sent de nouveaux triompli. ,. . . ^. ..
C'est la religion enliii qui a montre à la terre le véritable sage, que tout le faste et tout l'aiiiiarcil de la raison biimnine mms annone.-iit depuis si lonirlenip«. File n'a pas borné toute sa sfloire comme la
i' ' ■' : ■ ■ ■ f I • 'iiècle parmi les hommes ; i" ' ' -^