‹ Le Prêtre dans le ministère de la prédicationChapitre 224 sur 416 · DOMINICALES DU. CARÊME · texte numérisé non relu

DOMINICALES DU. CARÊME

délité du monde. Au seul nom de Jésus crucilié, lonl fléchit Je genou, comme Dieu ravHJl révélé à saint l'aul, dans un temps où tout semblait s'opposer à un elTel si merveilleux (I). Nous avons jieine à couipremlre l'obstination et ruveuglemenl des Pharisiens, après tant «le miracles qu'ils avaient vus, nous en vovons aciuellemeul un encore plus grand, je vi-ux dire le triomphe de la croix ; et notre loi, malgré «;e miracle, est toujours languissante et chancelante. PoiM" bien proliter de ce mystère, tremblons et pleurons dans l'esprit d'une salutaire onction, au lieu de trembler et de pleurer par le sentiment d'une dévotion passagère et superficielle. Il faut que .I«'sus-(;hrist mourant fasse im miracle en nous, et c'est le miracle de notre conversion.

II. (lest dans le mvstère de la croix que Dieu a fait éclater plus hautement «a sar/esse. (â) Il fallait deux choses ; i) Satisfaire Dieu offensé: 2)

(I) Le monde lui avait disputé la réalité et l'éclat de sa Royauté : il ne l'avait traité de Roi que par dérision : toutes les marques de sa Royauié avaient été de nouveaux opprobres: le sceptre, un vil roseau; la pourpre, une robe d'ignominie; la couronne, une couronne de douleurs ; le trônt», un bois infâme, et le lit de ses opprobres et de ses souffrances. Mais, aujourd'hui, ces marques d'une Royauté si humiliante, deviennent les signes glorieux de sa puissance et de son empire. Ce faible roseau, qui lui sert de sceptre, va renverser tous !e« auiels profanes, abattre toutes les idoles, confondre toutes les sectes, anéantir tous les empires, frapper les géants dt la terre et détruire toute science qui s'élève contre la science de Dieu. Cette couronne, qui le couvre de douleur et de confusion, va orner les (êtes des Césars plus pompeusement que les lauriers et les diadèmes les plus superbes : et un Roi du premier trône du monde, et du sang le plus auguste de l'univers sera plus glorieux d'avuir enrichi son royaume de ce saint et précieux trésor, que s'il avait conquis un empire. Ce trône d'ignominie, où il est attaché, sera bientôt un trône de gloire, aux pieds duquel les princes et les souverains viendront courber leurs têtes superbes; un trône de puissance et d'autorité, sur lequel il jugera toutes les nations de la terre; un irône de grâce et de miséricorde, aux pieds duquel tous les peuples trouveront la vie et le salut ; un trône de science et de doctrine, sur lequel il instruira jusqu'à la tin tous les hommes, et leur apprendra les vérités de la vie éternelle ; enfin, un irûne de sagesse et de conseil, d'où ce nouveau Salomon gouvernera tous les peuples dans la justice, dans la paix et dans l'abondance.

La puissance et le règne des rois de la terre flnis.sent avec eux, le règne de Jésus» Cbrist ne commence à (éclater que par la mort, et ses opprobres sont la première source de ses grandeurs et de sa gloire. Père saint 1 votre Fils et véritable Joseph, que nous pleurons, vit donc encore : la malice de ses frères qui l'ont livré, n'a donc servi qu'à faire éclater sa grandeur et sa puissance : il est sorti du puits fatal où l'envie l'avait enseveli ; et tous les peuples de l'Egypte, et l'univers entier reconnaissent sa domination et son pouvoir suprême : Filins tuus ricit, et ipse dominatur in oinni terra JEgypti.

Mais, mes Frères, tout reconnaît aujourd'hui la souveraineté de Jésus Christ : sa Croix triomphe du Ciel et de l'Enfer, de l'aveuglement des Juifs, de l'incrédulité des Centils, de la barbarie des bourreaux, de l'endurcissement même d'un pécheur mourant. Toute la nature le confesse, toutes les créatures le reconnaissent; et nous lui fermerions tout seuls notre cœur, et nous nous obstinerions tout seuls à dire : ^ous ne voolons pas que celui-ci règne sur nous : Aolumus tiunc reonare super nosf Les morts enteadent aujourd'hui sa voix et sortent de leurs tombeaux ; et nous demeurerions encore ensevelis dans l'abtme de nos dissolutions! (Massillo:*.,

(2) Comme l'a remarqué Tertullien, les paTens, au lieu de se soumettre à leurs dieux, se faisaient les juges et les censeurs de leurs dieux, on délibérait en plein Sénat s'il fallait admettre un dieu dans le Capitole ou non, et selon les goûts et les avis différents, ce Dieu était exclu, ou était reçu : s'il agréait aux juges qui en devaient décider, il passait au nombre des dieux ; mais si cette approbation juridique venait à lui manquer, on le rejetait avec mépris. De sorte, ajoute Tertullien, que si ces prétendus dieux ne plaisaient pas aux hommes, ce n'étaient plus des dieux ; Mti homini deus placuertt, dcui non erit N'est-ce pas là le derni3r aveuglement de l'esprit humain T

Or, Chrétiens, permeitei-moi de le dire ici, cet aveuglement règne encore aujourd'hui dans le monde ; et ce qu'il y a de bien déplorable, c'est qu'il ne règne plus parmi les PaTens, mais au milieu du Christianisme. On voit dans le Christianisme des hommes à qui leur Dieu, si je puis ainsi parler, ne platt pas; ils ne trouvent pas bon qu'il se soit fait ce qu'il est, ni qu'il ait éié ce qu'il a voulu être; s'il s'est fait homme, cela les révolte : en qualité d'homme, il a voulu s'anéantir et souffrir; mais ils le voudraient dans l'éclat et dans la grandeur ; et s'ils pouvaient le réformer, ils en feraient un tout autre Dieu Car voilà l'idée, ou plutôt la présomption de tout ce qu'on appelle esprits forts du monde, c'est-à-dire, des libertins du monde, des sensuels du monde, des ambitieux du monde, et même des femmes du monde. Combien en voyons-nous, jusqu'entre les per- «oones du sexe, corrompues par la mollesse des sens et emportées par ia vanité de leur

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