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CONVERSION DES PÉCHEURS, OEUVRE DE MISÉRICORDE ET DE JUSTICE

Dico fobis quia ità gaudium eril incœlo super uno peccalore pœnilentiam agenle,

fuàm super nonaginta nocem justis qui non indigent pœnilentid (Luc xv. 7). uurquui cette joie? S'il s'agissait d'une joie humaine, un l'expliquerait faciiemeol. Nous éprouvons une conïolalion plus sensible à recouvrer ce que nous avons perdu qu'à en jouir toojturs à notre aise, nous apprécions la santé par la maladie, l'aaiitié par la privation d'un ami. Notre intelligence ne pouvant assez connaître les choses en ellesmêmes, nous avons besoin des contraires piur les apprécier à leur juste valeur. Mais les anges, mais Notre-Seigneur dans le ciel, ne sont pas sujets à celte faiblesse. Le motif de la joie des anges et de Notrc-S^igneur, c'est la gloire de Dieu, el s'ils se réj'iuissent si fort de la conversion des pécheurs, c'est que la gloire de Dieu y éclate avec plus de magnificence.

La gloire de Dieu, c'est la manifestation de ses divins attributs, de ses perfections. Sa providence, son immensité. sa tuute-puissance paraissent dans les créatures inanimées, mais il n'y a que les raisonnables qui pui>sent ressentir les etTurts de sa miséricorde el de sa justice ; et ce sont ces deux atlribuis qui établissent sa gloire el son règne sur les 'laiures intelligentes. C'est par la miséricorde et par la justice que les anges el les hommes sonl sujets à Dieu ; la miséricorde règne sur les bons, la justice sur les criminels; l'une par la communication de ses duns, l'autre par la sévérité de ses lois: l'une parla douceur, el l'autre par la force; l'une se fait aimer, l'autre se fait craindre ; 1 une attire, l'autre réprime; l'une récompense la (iJélité, l'autre venge la rébellion ; si bien que la miséricuide el la justice sont en quelque sorte les deux mains de Dieu, dont l'une donne el l'autre châtie ; ce sont les deux colonnes qui soutiennent la majesté de $nn ligne : l'une élève les innocents, l'autre accable les criminels ; afin que Dieu ir les uns et sur les autres avec une égale puissance. C'est pourquoi le l'ro- )ie : Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité (l's. xxiv, 10). i,c.^<-a uiie miséricorde et justice, selon l'inlerprétaiion des docteurs, d'autant que la justice de Dieu c'est sa v«M-ité, parce que, comme dit le grand saint Thomas (l-î, Quœst. xciii, art. 3), c'est à cause de sa vérité qu'il est la loi éternelle el qu'il est la loi immuable qui règle toutes les créatures intelligentes. Que si toutes les voies du Seigneur sonl misénrorde et justice, si ce sont ces dpiix divins altributs qui établissent sa gloire et S' : ne m'étonne plus, à - .s, de ce que la pénitence vous comble

de j lï vous y voyez édatei ment la gloire de Dieu voire Créateur

par : le et par sa juslice : ■>. . jide dans la conversion, la justice dans

la s la première dans la rémission des péchés, la seconde dans les gémisse-

men - iir.

SDliJ. 1. /') irde divine dans la conversion des pécheurs qui

répondent à la liielle est précipitée l'âme pécheresse. Le pécheur

b'éU' " .r fuit: Dieu le poursuit el le trouve; le pécheur

est I I t Dieu le porte.

1' / . , ( troupeau, cela se fait par l'hérésie el le schisme.

Ceux qui s'en rriiUciil coupables nunl par là mémfl hors de l'Eglise. Mais il y en a qui, «ans «f séparer exlérieurerripnt des liHèles, nont dans l'Kglise, snlon le mol de saint

\isible lande

t de terre : les i. !(■^

. C'est l'arche 'i ((^1

U'. '■ i't;lic& à elle p^r la f>>i

cl I' : ils sont donc sépaiés

invi ' :

Ou.

péci . .

hecuonais donc, ù pccUeur, que in es !>i-piré du brrcail. iNe l'excuse pas en disant que tu a» la foi el (]iie lu ph membre de rKsrl'««>. l'n hr(i<< <lt».<séché e»( mfmhrt» d'un corp» auqn. ■ ■

cipc ... . , . , . .

me dis pas que tu i

en est éloignée. La .

menceol leur enfer même aur U terre. Ce qui U\i l'uatvr, c'est moins la peine ijui csl

800 DOMINICALHS UK LK l'ENTKCOTE

dans i'urdre de Dieu, que Is rébellion contre Dieu et la séparation d'avec loi, qui est un

abso!" '"'■ -'-■^. Le dernier degré de la misère des damnés, c'est d'être loin de Dieu, qui est I l'éatitude. Or, il est plus clair que le jour que c'est le péch>': qui opère

celle , 1. Donc, pécheur, tu portes ton enfer en loi-méme, en y portant ion

crime qui te fait descendre vivant dans ces cachots où sont enfermées les &mes rebelles. Et si saint Paul, parlant des âmes qui vivent dans la charité, dit que leur demeure est au ciel et leur conversation avec les anges (Pui. m. âO), nous pouvons dire que les pécheurs sont abîmés dans l'enfer et que leur conversation est avec les démons. Vous direz que le pécheur peut se relever. Oui, par la miséricorde de Dieu ; mais par sa nature même le péché est une blessure mortelle. Nabuchodonosor fit jeter les trois enfants de Habylone dans la fournaise et il les brûla autant qu'il fut en lui. Ce n'est que par un miracle de Dieu qu'ils furent sauvegardés. Ainsi le péché, autant qu'il est en lui, rendrait notre damnation éternelle, si Dieu ne nous en retirait. Ainsi David pardonné disait à Dieu : Eduxisli animam meam de inferno fPs. lxxx. 13). Quel fut le ravissement des patriarches, quand ils virent descendre dans leurs sombres demeures Jésus, leur Rédempteur; or, les pécheurs sont dans un enfer bien plus obscur, quand Jésus les visite par ses inspirations, les remords qu'il leur envoie... Nos pères soupiraient après sa venue ; mais,

2" Les pécheurs le fuient et Dieu les poursuit. Quel état que celui des pécheurs qui fuient Dieu l Un malade languit : il aurait besoin de nourriture pour se soutenir ; mais il a en dégoût et les aliments et les remèdes : faible image de l'homme qui, à l'exemple d'Adam, a voulu goûter le fruit défendu des plaisirs coupables et qui a perdu le goût des choses célestes. Vous lui montrer la terre promise du ciel ; il en a horreur, et regrette l'Egypte; vous lui offrez la manne, il la trouve insipide. Il fuit le charitable Pasteur qui le cherché. Mais comment? Quand nous vous disons : Parionner, fuyez les occasions, etc., c'est Jésus qui vous poursuit; et que répondez-vous î Pas encore, attendons. N'est-ce pas fuir la miséricorde? !»auvre pécheur, |u as oublié ton bon Pasteur; tu n'écoule.s plus sa voix. Quel mal fa-t-il fait pour le redouter? Pendant qu'il te tend les bras, tu cours an loup ravisseur. Tu l'es lassé à le fuir.

3" Tu n'as plus la force de revenir sur tes pas et Dieu te porte. L'âme prend sa force en Celui qui lui a donné l'étrç. Si elle cherche ailleurs un aliment, elle s'épuise, comme celui qui ne prendrait que des aliments qui ne seraient pas nourrissants. De là vient que l'enfant prodigue, loin de son père, ne trouve rien pour apaiser sa faim. Pauvre infidèle, console-toi : Jésus te présente ses épaules : il te soutiendra. 0 miséricorde de Dieu, digne d'être célébrée par tous les Bienheureux I C'est la bonté divine qui se manifeste par la création ; mais quand cette bonté rencontre des obstacles, elle s'appelle miséricorde. Quand Dieu a créé, il n'a rencontré aucune opposition ; il en trouve dans la conversion des pécheurs, de la part des pécheurs eux-mêmes et de la part de sa propre justice, c'est pourquoi sa miséricorde éclate par là d'une manière merveilleuse.

20H II. [m justice y n aussi sa place. Les anges se réjouissent de ce que le pécheur fait pénitence. Qu'est-ce à dire, faire pénitence? sinon faire de dignes fruits de pénitence, c'est-à-dire des œuvres laborieuses par lesquelles nous exerçons à notre égard la justice divine et. vengeons sur nous la bonté de Dieu méprisée. Que se passe-t-il, en effet, quand un pécheur se convertit? Il est effrayé de voir suspendu sur sa télé le glaive de la justice divine; la pénitence lui dit : Si nous nous jugeons nous-mi'mct, nous ne serons pas jiujés : préviens la justice, en te châtiant toi-même. Dieu est armé pour te punir; arme tes propres mains contre le péché. Dieu acceptera le sacrifice d'un coeur contrit, alors le pécheur se réveille ; et sentant qu'il ne peut échapper à la justice divine, il prend le parti de se joindre à elle, afin de l'apaiser, voyant que Dieu accuse les pécheurs, qu'il les condamne et qu'il les punit,

i' Il s'accuse lui-mrtne : c'est la confession. Il dit comme David : Peccavi Domino. Comme le prodigue : Ihu ad l'alrem et dicam ei. Une fausse honte l'arrête. Va. honte maudite, dit-il, que Dieu m'avait donnée pour me faire rougir de mal faire, tu m'as abandonné mal à propos, quand je me suis précipité dans le crime ; il est juste que je t'abandonne. Il s'accuse, le Seigneur ne l'accusera pas.

îo n se condamiie, il déleste ce qu'il a aimé; il déplore ce qui la séduit; il combat contre ses inclinations corrompues; il les arrache : c'est la contrition, c'est le ferme propos.

3» Il se punit. Parce que Jésus est bon, ce n'est pas une raison d'être lâche. Aussi David disait-il : Cinerem quasi panem inanducabam. Les Ninivites se couvrirent de cilices et couchèrent sur la cendre: ils jeûnèrent eux-mêmes et firent jeûner jusqu'aux animaux. C'est ainsi qu'ils échappèrent à la ruine qui les menaçait.

C'eft ainsi que la justice éc'ate en même temps que la miséricorde dans la conversion des pécheurs. C'est ainsi qu'est procurée la gloire de Dieu, ce dont se réjouissent les anges . Que tardons-nous de donner ceile joie au ciel, et à la terre, et à nous-mêmes?

2012. Quatrième diuiauolie après la PentecAte. — Ejc hoc

^am eris homines capiens. Zèle n" î*îil.

4"^ lUMANCHK. — LES l'LA.ISIRS DU MONDE 891

â013. Autre plan pour le même jour, d'après Bossuct.

Les plaisirs du monde

Muni! 'lit, vos vero contristabimini. Tous ceux qui veulent vivre

dans la i riront persécution. Que n'ont pas enduré les premiers chré-

tiens? Nuij soiiloinent les tyrans les tourmentaient; mais ils se faisaient souffrir eux-inônies. On leur était la vie; ils se retranchaient les plaisirs; leurs biens, ils s'en dépouillaient. On les exilait et ils ne voulaient avoir de patrie ici-bas; et l'austérité de leur vie écartait deux les esprits autant et plus encore que la [»ersécution. Voilà nos modèles. L'n chrétien doit déclarer la guerre i\ la joie et aux plaisirs des sens ; I, parce qu'ils sont funestes; II, parce qu'ils sont vains ; III, parce que le temps de la joie et du plaisir n'est pas venu.

2014. I. Les plaisirs sont funestes. Les libertins s'indignent de ce qu'on veut les leur ravir : qu'ils écoutent un païen, Cicéron : « Peut-on désirer ces voluptés que IMaton a appelées l'appAt de tous les maux? Kn etTet quelles maladies et du corps et le resjirit, quels épuisements et des forces et de la beauté, de l'un et de l'autre, (piolle honte, quelle infamie, quel opprobre, n'est pas causé par les voluptés, dont le transport est d'autant plus ennemi de la sagesse qu'il est plus violent ? qui ne sait que les grandes émotions des sens ne laissent aucun lien à la réflexion, ni à aucune pensée sérieuse ? quel serait l'homme assez brutal^ pour vouloir passer sa vie dans l'enivrement des plaisirs ? quel homme sensé ne désirerait plutôt que la nature ne nous eût donné aucun de ces plaisirs corporels qui dégradent l'dme de sa dignité et de sa grandeur naturelle ? » Voilà comment parle celui qui n'a rien su de la chute originelle, ni de la félicité du ciel, qui n'a point appris que la chair convoite contre l'esprit. Rougissons, dit saint Augustin, en entendant des paroles des pnîcns si conformes à la vérité. Je vous en conjure. Chrétiens, que notre i ' \ qui est la seule véritable, ne soit pas moins honnête que

celle di-

I/amour dos plaisirs, affaiblit le cœur, amollit l'àme, la rend légère en la dissipant au dehors, et ne laisse ni force ni courage pour Dieu à qui nous les devons réserver. De là une sorte d'ivresse qui offusque l'esprit, et fait naître une ardeur violente, qui pousse à tout crime. Le coeur se prend par des attaches intimes, et il ne résiste ensuite plus à rien. Donc gardons-nous des douceurs qui séduisent et des violences ipii nous entraînent. Celles-là nous flatter)!, et dnienl Imii'teinps ; celles-ci nous emportent et nous poussent loin eu [>eii de leMijis nn n attend pas qu'im enfant soit blessé pour lui (iler une épée. "' -;ird avant que le cœur soit percé; cessez les familiarités,

avant < viennent un engagement. Que la difticullé de revenir (piand

on s'esi MU- ,w,s laissé prendre à des atlraijs perfides, vous retienne. Klle pourrait vous conduire plus loin que vous ne'voidcz. Mes plaisirs, dit le vol,,|.t,!..,iY ,w. i..fit tort à personne, pourquoi me les enlever ? Vous ne savez pi liront ces flatteurs. Voyez, dit saint .Vuguslin. les buissons

ii. î.i iMiiiii- n'en i-si nas iiii|iiiinte ; et c'est elle cependant

(|ii nains. Ainsi l'attache aux plai-

^i' lie, quanil elle trouve de la ré-

sistim.r; pjle p' - vols, quand elle s'cst ruinée par d'excessives dé-

pi-nses ; elle p(»ii A faire mourir l'rio. A ententlrc le langage que

hiit tenir aux hninin sir le livre de la Sagesse, il n'y arien de si

saint, ils ne parlent >\ ins, de fleurs, de joyeux passe temps. Coro-

neinits nos mus. l'hnfue n:!uit/itumns sir/nti lirf< ^i - leur ton change

vite. 0/i/>rHntnniis juvi f frein just il tn . I/Aine une ;ii'o *lc Dieu, fait

de len ses malli 'i-arts. l.lJc tombe d'cxecs en

excès." inqueN.. nr cl l'Kglise, qui vcultMil n'>tre

salut. ti.Hi. .|. I I 1:1. ■ isdu ni'iiiic, qui scion saint .Vuguslin ; /Vri-

culosior fut lilanilti^ 'istus(^\).

(1) Il est Ucile de se détacher d'un monde aai ooot abandonne ou qai nous méprise; mats qa'il est difficile de se déplaire dans un lieu oii luut nous rit; de regsrder comme un exil, une terre de délices ; et de o'étre pas de ce monde, lorsque le moode ne |>a*

2015. II. Un pliilftsophe nous en a appris los ravages, un roi nous dira leur vanité. In philosophe ptMit parler en théorie , un roi, qui s'est tout accordé, nous parlera dune nianiorc pratique ; les autres peuvent en avoir été privés par la misère, ou s'en être privés par vertu; Saloinon a tout eu sous la main; il n'a rien refuse à ses sens; et cependant il a trouvé que omnia vtinitas et af/lictio spiritvs. Pesez ces mots: Vanité. Ils n'ont point de consistance. Tous ces grands divertissements touchent plus les enfants que tous les autres. Ktrc paré ; courir ici et là ; se «léguiser sont dos jeux rl'enfants, nous nous en moquons, et nos plaisirs sont d'autant plus ridicules que nous v mettons plus de sérieux ; car il n'y a rien de f)lus ridicule (jue le sérieux dans les niaiseries. L'amour des divertissements du monde est donc un reste de l'enfance. Bien plus c'est une folie. Stultus in risu e.raltat vocem suam ; napiens vi.r tacite ridehit. Il rit avec crainte; il a peur ilc se tromper; il sait (ju'il a plus de sujets de tristesse que de joie. Kl puis, le plaisir amène le dégoiit ; le dégoût cesse {loiu* faire itlace à de nouveaux désirs ; c'est donc une vanité déraisonnable de se soumettre à de si inutiles changenionts..</'///ction d'e.sprit. Nulle passion qui ne fasse naître d'autres passions qui désolent

I Ame (1). L'espérance est balancée par la crainte ; l'amour |»rofano produit

II jalousie ; nos désirs sont rarement satisfaits ; ils sont contrariés par ceux 'les autres, (iolui «pii ne résiste pas à des entraioemcnls est injuste au prochain, odieux à Dieu, pénible à soi-même.

Ne buvons donc plus à cette eau trouble qui sort d'une source corrompue. Ne craignons pas de vivre sans plaisirs, parce que nous renonçons à ceux du corps pour goiiter ceux de l'ilme. Le plus grand des plaisirs est d'avoir triomphé des plaisirs mêmes. (Jiii nous donnera de goûter cette joie toujours égale qui nait. non du trouble de l'Ame, mais de sa paix, non de sa maladie, mais de sa santé, non de lardeur inquiète de ses désirs, mais de la rectitude constante de sa conscience; plaisirs par conséquent véritables (pii n'agitent pas la volonté, mais qui la calment, qui n'enivrent i)as la raison, mais qui i'éclairent, (pii ne chatouillent pas le cœur à la surface, mais qui l'atlircnl à Dieu et à se reposer en lui. Si ces plaisirs, les seuls dignes d envie ne remplissent pas encore complètement le cœur,

ratt être que pour nous ; de ne pas fixer son tabernacle où l'on se (roave si bien; de g<^rair comme le propliète, sur la durée de son p(!lerinage, quand on n'en ressent, ni les travaux, ni les amertumes; el de marclier sans cesse vers la patrie, tandis qu'on trouve sur le chemin lanl d'ailrails prupres à vous arrêter! L'insensé de l'Evangile, se voyant dans l'abondance pour une longue suite d'années, conviait son âme à se reposer: Anima, requiesce; mon âme, reposez-vous. C'est la première impression qui la prospérité fil sur son cœur; elle l'aliaclia à la terre, et lui fit cliercher un injuste repos dans les créaiures. Comme le serpent dépose un venin sur les fruits qu'il a nurdus, ainsi le premier homme, en usant contre l'ordre de Dieu des biens de la terre, y laissa un principe de mort pour sa |)ostérilé (D'après éi'istillon).

(1) Si l'espoir d'une condition plus heureuse n'adoucissait les peines de notre élat présent, el ne liait encore nos coeurs au monde, il ne faudrait pour nous en détromper, que les dégoûts et les amertumes vives que nous y trouvons. Mais nous sommes, chacun en secret, ingénieux à nous séduire sur l'amertume de noire condition présente. Loin de conclure que le monde ne saurait (aire des heureux, et qu'il faut chercher ailleurs le bonheur oii nous aspirons et que le monde ne saurait nous donner, nous nous y promettons tuujours ce qui nous manque el ce que nous souhaitons; nous charmons nos ennuis présents par l'espoir d'un avenir chimérique ; el par une illusion perpétuelle et déplorable, nous rendons toujours inutiles les dégoûts que Dieu répand sur nos passions injustes pour nous rappeler à lai, par des espérances que l'évënement dément tonj<^urs, mais où nous prenons, de notre méprise même, l'occasion de tomber dans de nouvelles.

Nous remplaçons par l'erreur de notre imagination ce qui manque à nos désirs: nous ne jouissons jamais; nuus espérons toujours. C'est-à-dire, ce n'est pas le monde présent que nous aimuns ; nous n'y sommes pas assez heureux ; c'est ce monde chimérique que nous nous formons à nous-mêmes; ce n'est pas un bonheur réel qui nous éloigne de D;cu; (car il n'y a en point hors de lui;; c'est une vame image, aprè.s laquelle nou< courons, sans jamais pouvoir y aiieindre; c'est un prestige qui nous joue; qui ne se montre jamais que de loin ; el qui s'évanouit, et s'éloigne encore lorsque nous croyons y louclier et le saisir. 0 mon IJieu! et c'est k ces songes, que nous sacrifions notre bonheur éternel I Le monde tout seul est trop triste, et trop dégoûtant pour nous plaire et pour nous séduire : il faut que nous nous en mêlions nous-mêmes, et que nous aidions par nos erreurs l'impuissance de ses attraits. (Hàssillok;.

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