XII- - Prérîeux Sang
il 23. (Christui) Dilexit nos et larit nos in sanrjuiîie suo. (.\poc., i, 5.) L homme par son péché était mort à la grAce, il avait perdu droit à la vie temporelle et éternelle. Pour qui! pût revivre, il fallait sacrifier une autre vi.i nui apaisAt la justice de Dieu.
:is et pro giiihi/sf Qui va faire ce sacrilice. c'est Jésus-Christ. Christus nos. lui l'innocent, le saint, le juste par excellence; lui le Créateur, |( prémc. il va sofTrir en victime pour de pauvres créatures, pour
d. ~ du démon, l'j.r projusto quis mnritur; nain pro bono forsitan
qv ' mori ? (Rom., v, 1) et cependant cum adhuc peccatores essemus.
Ci' ro nobis mortuus est. (l'est ainsi fju'il fait connaître son amour,
connue lé dit saint Paul : Commendat charitatem suam Deus in nobis. Oiiand nous ne méritons que des foudres ventreresses, il a pitié de nous.
' Kl il verse son sang. Donner pour quelqu'un sa fortune, quel .1 héroïque ! mais sacrifier son sang 1 (^we) est le père qui pousse jusque là lamour de son enfant ? Les mères elles-mêmes ont-elles souvent sacrifié leur sang, pour conserver la vie au fruit de leur sein ? C'est que le sang est le principe de la vie humaine. Il est donc d'un grand prix: mais qui pourra dire la valeur du sang de .lésus-Christ ? C'est le sang d'un Dieu. Il a p.r lient un prix infini; toutes les richesses de la terre et des
cieux. ■ 'la vie de tous les hommes et de tous les anges ne peut être
~ ■ • mit.- seule goutte de ce sang divin'.
odo ? — Or, Jésus-Christ 1 a répandu tout entier. 11 lui tardait .. . .,. ..... .lans ce sang, qui devait sanctifier les hommes : baptismo Itabeo
baptizari, et (/uutnodo coantor ?... Aussi, dès sa naissance, il en verse les pr<»-t. ;,.(•,.« L'oiitles sous le couteau de la circoncision; au jardin des Oliviers, rr .^ en sueur abondante par tous les pores de son corps et détrempe
la us les fouets de la flagellation, il inonde le prétoire ; sous la
couronne dépines, il dégoutte de la tête de Jésus: puis il teint les voies douloureus. s du Calvaire. Après le crucifiement, il s'échappe à flots par les m i-cés ; et s'il en reste quelques gouttes dans le Co'iir de
J. (il à travers la large blessure que le bourreau fait à son
\iissi le i»roi»lièlc compare-l-il la Passion à un pressoir. Le pressoir Mf tout le vin contenu dans les grappes de raisin ; et la Passion a fait jaillir tout le sang du l'ils de Dieu. Tornilar calcari solus... sic Deus dilejcit mtntdum. Hegarde, ô homme. Jésus cnu;ifié, sa face livide : tout son corps a la (tAlcur de la mort ; il n'a plus de sang dans ses veines. Il l'a (ont ré[)andii. Sihi ni/iil réservât sanguinis. (Hv.mn. fksti.) 0 Dieu, qn ■ versez tout votre sang, ne devons-nous pas du moins répandre
di : Vous série?: un homme ordinaire, un étranger pour nous. qu'A
ce «ipiTia. M- nous nous laisdcrions attendrir. Mais vous êtes notre Créalciu*, notre Père, notre Sauveur, decet saltem fundere lacrymns, d'autant plus •'te :
IV. Cur? — C'est pour nous que vous le versez. C'est 1° pour nous mettre ,,. ),,h,-, ii,.< i;„i ii< iU> 1,1 iii'ii',,,- iiîvMif (iii.in.I I";inL'i' l'xioiiiiioitii'iir devait {,,. né de
11, dont le sang nous prcserve des
'. 2" Pour laver nos péchas. (Juand
■ lut repenti d nvnjr lail 1 iioinuic, il ouvrit les cataractes du <iol. et
iT aux cnux de» otéans de se ruer ^ttr In terre, nfin de la iiuiilier
'^ ; mai» cette eau qui !«?
lier les Ames. Il fallait di. es
i.lcs.
i, cheK tous les peuples, chez les Juifs en particulier, répandait-on le irifier ; mais, dit saint Paul, imfmssibilt est sanguine taurum auferri peccata. (IIkb.. x. 4.)
OS'2 lÊTKS Uli NUTKK-SEIGNEUH
Quand même on aurait répandu le sang de tous les humains, il eût été inipuissanl à effarer la tache d'un seul péchù. Le sang d'un Dieu pouvait seul apaiser la justice du Père et crier vers lui nùséricorde, plus éloquemnienl (pie le sang dWhel n'appelait la justice contre Cain. Seul, il pouvait éteindre les feux de l'enfer, en purifiant les î\ines. Seul, il pouvait fournir à riioniuie ces sources sacrées (pie nous appelons les sacrements et oui, couMMO (jles canaux mvslérieux, déversent sur nitus les mérites de la Passion du Sauveur, nous lavent et nous fortilienl. Aussi, dès (lue Jésus a répandu son sang, tout change dans l'univers... ^M/w/yr/ ferra felij^irriijata pluriu, a/ife s/nnÏK t/uœ scutehat (^enninavit (losculos. (IIvm.v. i ksti.) Les Ap(itros ont prêché dans l'univers l'amour de Jésus-Christ. Les martjtrs ont versé pour lui, à leur tour, leur sang sous la dent des hètes féroces el sous le fer des hoiirrcaux ; les vierges se sont lavées dans le sang divin et ont mérité de suivre dans le ciel r.\gneau partout où il ira. Quels prodiges de vertus étonnent la terre, lasse de la corruption païenne! Le ciel fermé se peuple. Quelles phalanges innomhrahles ! Ili f/ui amicti sunt stolis albis. qui sunt et unde venerunl. Ili sunt qui dealhuverunt stolas suas in sanguine Agni. El toujours ce sang divin, répandu par les sacrements, purifiera les âmes et multipliera les élus.
Pour(]uoi faut-il qu'il y ail des impies qui blasphèment leur Dieu et disent : Sanguis ejus super nos, comme les Juifs le disaient à Pilate, en demandant la mort de Jésus? Oh! qu'ils tremblent d'attirer sur eux la malédiction qui pèse sur le peuple déicide. Pourquoi faut-il qu'il y ail des chrétiens indilî'érents qui ne l'ont rien pour le salut de leur Ame? Jésus n'a pas cru trop faire pour les sauver, en versant pour eux son sang : et eux reculent devant le plus léger sacrifice poui- gagner le ciel. Ils sacrifient pour un vil plaisir, pour un intérêt d'un instant, celte ftme qui vaut plus que l'univers (i).
(1) Il faut que je vous fasse juge (j'une efTroyablP in?ratj(ude, qu'on dit avoir é(é commise en Italie; elle est noire et diabolique s'il en fui jamais. On avait condamné à mort un insigne voleur et on l'avait fait pendre sur le grand chemin, dans la fotél même où il avait coutume de dévaliser les passants ; toutefois, comme les exécuteurs de la sentence étaient pressés de faire d'autres exécutions, ils se conlenlèrenl de rattacher à un arbre, sans attendre qu'il fût mort ; un honnête marchand qui passait par là, immédiatement après, le voyant se mouvoir encnre, met pied à terre, couoe la corde, le ranime, le m^t en croupe sur .son cheval pour le mener à l'hôtellerie, à IVxemple du pieux Samaritain de l'Evangile. C'est une étrange tyrannie qu'une nnauvaise h^ibitude | Ce scélérat était si accoutumé à voler et à a>sassin<>r, qu'il lire par derrière le couteau de son sauveur et le lui plonge dans le corps, pour avoir sa bourse en lui ôianl la vie: et il disait en lui-même : Si je suis jamais mis en prison pour cette action ou pour une antre semblable, cet argent me servira pour gagner ou corrompre le jnge, pour me délivrer de prison et me racheter de la mort.
Vous frissonnez, en entendant parler d'un crime si monstrueux, vous avez peine de le croire, et vous n'avez pas horreur, vous n'avez pas peine de le faire; si vous eussiez été le juge de ce miscrable, que dis-je, vous? si un turc, si un arabe, un de ces hommes qu'on appelle barbares, eût été son juge, fût-il été assez avare pour recevoir cet argent et iibsoudre ce criminel 1 Vous étiez condamnés à la mort éternelle. pour le péché du premier homme et pour vos propres péchés, Jésus vous en a affranchis par une miséricorde ineffable, il s'est servi de son sang pour rompre vos fers, briser vos chaînes, el vous vous en servez pour !ui porterie poignard jusque dans le eein.
Il faut nous convaincre el nous confondre par l'exemple des animaux, puisque là raison et la justice n'ont point ce pouvoir sur notre esprit. Plutarque, rapporte que le roi Pyrrhus dans un voyage, rencontra un chi^n auprès du corps de son mattre qu'un soldat avait assassiné, et comme on lui dit qu'il était là depuis trois jours sans boire ni manger, hurlant jiur et nuit, il fit enterrer le corps el emmena le chien avec lui. Quelque temps après, le roi faisant la revue de son arméeetlessoldatspassant devant luil'un après l'autre, le chien qui était couché auprès de lui, reconnut l'assassin de son mattre, courut contre lui aboyant, et poussant de grands cris, et puiss'adressant à Pyrrhus avec une voix plaintive, comme pour lui demander justice ; le soldat fut saisi, appliqué à la
:|uestion, condamné à mort après avoir confessé son crime. Voilà comment il faudrait aire si nous avions la fidélité de certiins animaux ; quand nous pensons à la mort et à la passion de Jésus, il faudrait gémir, soupirer auprès du Saint-Sacrement où son corps nous est représenté comme mort, demander vengeance au Père éternel contre le péché qui l'a assassiné, le prier de nous donner des forces pour l'exterminer el anéantir. Mais qa'eût-on dit de ce chien? qu'en eût-on fait, s'il eût caressé le meanrierde son mattre, au
l'incarnation 983
Pourquoi faul-il, enfin, que des Ames n'aiment pas Celui qui les a tant aimées . Ah! Jésus, à la vue de cesii^^rals, je vous entends nous dire avec tristesse : Qikp utilitas in sanguine meo ? Faut-il qu'il coule inutile et que la terc' "'^n abreuve? Terra ne operias sanguinem. 0 terre, ne bois
f»as to ; c'est pour les Ames qu'il a élé répandu. C'est pour toutes
fs ' /('/ nisi fotus orhis, voilà ce que Jésus-Christ a racheté. Et nous
r. notre part! Quand Bernard, à vingt ans. vo^-ait le monde lui
»jiii 11.-. Il lui semblait entendre l'ombre de sa mère, défunte depuis longtemps, lui dire à l'oreille : Kst-ce donc pour les vanités du monde que je vous ai élevé avec tant de soin, ù mon tils; et ce souvenir de sa mère le fit résister A toute séduction, sacrifier l'avenir brillant qui s'ofTrait à lui et s'enfermer i (it.vi.iT ■«;.. r„,iirrait-il que la voix de Jésus répandant son sang pom* nous, fi; • que celle d'une mère? Quœ utilitas in sanguine meo?
M , ueur, dit le Sauveur, est-ce pour vous voir vous damner que
j'i ut mon sang ? Est-ce pour que vous couriez à de dangereuses
oi [uevous traîniez de honteuses chaînes, que vous sacrifiiez tout à
de viles créatures qui ne vous donnent qu'amertume? Est-ce pour que vous aimiez la vanité et le mensonge ? Vous ne résisterez pas à ses doux reproches. Vous lui donnerez tout votre cœur en attendant que vous sacrifiiez pour lui, s'il le faut, vie pour vie, sang pour sang.